Chapitre 685
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 685 : Histoire du passé. Chasse aux sorcières - 2
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C’était une époque où il n’y avait pas grand-chose à apprendre.
Les érudits célèbres de l’époque étaient également versés en théologie et échangeaient leurs connaissances avec le Sanctuaire. Le Sanctuaire soutenait ces intellectuels, rassemblant et préservant leurs travaux.
Quand les alchimistes étaient jetés dans du métal en fusion bouillant pour y mourir, le Sanctuaire allait chercher les érudits formés à l’alchimie et les sauvait. Sans la clairvoyance et les avertissements de la Sainte Vierge, l’intellect du continent aurait régressé de plus d’un siècle, ouvrant la voie à un âge sombre. Même en pleine guerre, les missionnaires du Sanctuaire transmettaient aux érudits de la Mer du Nord des nouvelles de la situation sur le continent.
« C’est impossible. Le professeur Lavoisier est mort ! »
« Le professeur Lavoisier ? Celui qui est à l’origine de la théorie des éléments alchimiques… ? »
« C’est le professeur Lavoisier qui a établi la distinction entre les transformations de la matière sans alchimie et l’alchimie elle-même. J’ai moi aussi appris l’alchimie auprès de lui. Le professeur était obstiné, mais incroyablement intelligent. Comment est-ce possible… ! »
« C’est une immense perte pour le continent. »
La guerre frappait sans discernement. Intelligents comme sots étaient emportés par la folie et périssaient. Les terribles nouvelles qui arrivaient les unes après les autres de contrées lointaines ne firent que rapprocher les érudits.
« La folie et l’anti-intellectualisme font des ravages. Nous ne pouvons tolérer pareille démence. »
« Fondons une société et rassemblons nos connaissances. Peu importe qu’elles viennent des sorcières ou des alchimistes. »
« Si nous voulons survivre ici, nous devons bâtir une tour de savoir. »
Les érudits rassemblés fondèrent la Société de Babel et mirent leurs connaissances à profit pour accroître leur puissance.
Les Arts de la Terre, le druidisme, l’alchimie… Le monde comptait déjà d’innombrables pouvoirs. Si quelqu’un comprenait le Dieu démoniaque et accordait son paysage mental au sien, l’Arcane innée du Dieu démoniaque lui prêtait sa force. La Société de Babel rencontra des alchimistes, des druides et des adorateurs de la Terre Mère qui avaient fui la guerre, puis étudia le pouvoir du Dieu démoniaque.
« Le savoir, c’est le pouvoir. Nous devons en réunir davantage si nous voulons surmonter cette crise. »
Des génies de leur siècle, issus de domaines différents, se retrouvèrent en un même lieu. La curiosité savante leur servait de fondement, et le désespoir de survivre, de combustible : ils débattaient et tenaient des réunions. Peu leur importait l’endroit. Ils discutaient assis dans des charrettes, veillaient toute la nuit dans des pièces chauffées par une cheminée et se rassemblaient parfois sur la place d’un village pour crier à pleins poumons.
Même ceux qui avaient autrefois évité les alchimistes finirent peu à peu par les accueillir à bras ouverts. Le charbon alchimique de grande qualité fabriqué par Fahrenheit était un combustible précieux, les moulins à vent de Pascal pouvaient accomplir le travail de dix hommes robustes, et les téléphones à ficelle de Decibel leur permettaient de communiquer avec des villages éloignés. Les réfugiés, qui n’avaient pas le luxe de faire les difficiles, apprirent avec empressement ces techniques avancées et les adoptèrent.
Comme cette terre était vierge et dépourvue de tout, le savoir de la Société de Babel s’insinua sans résistance dans la vie quotidienne. Les plaines de la Mer du Nord, autrefois désolées, se remplirent d’études et de connaissances.
Ils étaient à la pointe de l’humanité. À l’image de la Babel de la légende, les génies venus des quatre coins du monde bâtirent peu à peu une tour de savoir et devinrent le groupe le plus puissant et le plus réputé des terres de la Mer du Nord…
« On se croirait vraiment à Babel. Tout le monde bavarde dans une langue différente. »
Un jour, Principia lança cette remarque avec désinvolture en observant un débat de la Société de Babel. Le silence tomba sur l’assemblée.
Un génie en reconnaissait un autre. Il le discernait d’autant mieux lorsque ce dernier le surpassait.
Principia était un érudit plus remarquable que tous les autres. Dès que quelqu’un peinait à comprendre une explication savante, il surgissait pour remettre la théorie en ordre. La façon dont il exposait le savoir au monde était si belle et précise que même les érudits les plus orgueilleux s’inclinaient devant lui.
Mais dès qu’une dispute éclatait, Principia déclarait qu’il devait se concentrer sur ses recherches, puis disparaissait pendant des années. C’était une autre raison pour laquelle les autres érudits s’inclinaient devant lui.
Cette fois ne fit pas exception. À son retour, après presque cinq ans d’absence, Rene l’interrogea sans attendre.
« Nous avons présomptueusement adopté le nom de Babel en hommage aux artisans venus de tout le continent, qui ont travaillé ensemble à la construction d’une tour. Nous ne devrions pas reproduire leur fin. Professeur Principia, pourriez-vous vous calmer et nous expliquer ce que vous voulez dire ? »
Rene le réprimanda avec douceur, et Principia se gratta la tempe. Sachant que ce geste signifiait qu’il était d’accord, Rene attendit tranquillement qu’il poursuive.
« Eh bien, comment vous expliquer ça ? Si la nature était un livre, vous ne feriez que réciter chacun votre propre compte rendu de lecture. Vous avez tous vu la même chose, mais vous en dites des choses différentes. À ce rythme, nous finirons comme la vraie Babel… Vous voyez ce que je veux dire ? »
« … Vous avez lu une sorte de roman ? Pourquoi vous mettez-vous soudain à parler de comptes rendus de lecture ? »
Principia ne savait pas mieux s’expliquer. Les autres érudits ne comprenaient pas davantage ce qu’il racontait.
Ne pouvant rester plus longtemps sans intervenir, son assistant prit la parole.
« Je crois comprendre ce que veut dire le professeur. On dit que les grands principes de la nature sont écrits dans la langue de Dieu, n’est-ce pas ? Pourtant, nous exprimons ce que nous comprenons à l’aide de toutes sortes de figures de style et de métaphores. Voilà pourquoi il nous faut tant de temps pour nous comprendre. Nous devons d’abord normaliser notre langage savant, afin que la fin de l’histoire de Babel ne se répète pas. »
Principia acquiesça à l’explication de son assistant.
« C’est à peu près ça. Pas tout à fait, toutefois. »
Ce ne fut qu’alors que les érudits de Babel comprirent les propos de Principia. Chacun des membres de la Société de Babel était exceptionnel, mais tous étaient absorbés par leur propre univers. La plupart avaient éveillé une Arcane innée et s’en servaient pour créer des compagnies commerciales ou fonder des familles, étendant ainsi peu à peu leur influence.
Leurs progrès dans les études, en revanche, avaient ralenti. Leur Arcane innée, désormais achevée, se dressait sur leur chemin comme une sorte de limite.
« Est-ce vraiment nécessaire ? »
Le plus grand obstacle était toujours soi-même. Les mages s’étaient chacun heurtés à un mur dans leurs études et, au lieu de le franchir, l’avaient renforcé encore, jusqu’à atteindre l’Arcane innée.
À leurs yeux, l’argument de Principia était bien trop vague.
« Votre ambition est noble, mais votre propos est trop abstrait. Il n’existe aucune langue de Dieu capable d’expliquer les principes. Et même si elle existait, de simples humains ne pourraient pas la comprendre. »
« Le monde obéit à d’innombrables lois, et un seul être humain ne peut en apprendre qu’une poignée. »
Autrefois, peut-être l’auraient-ils écouté plus attentivement, ou l’auraient-ils suivi. Mais Principia s’était absenté trop longtemps. Les érudits de la Société de Babel étaient devenus des gens puissants, gouvernant cette terre sous la forme d’une fédération. Ils avaient trop à perdre pour se laisser guider par leur seule passion du savoir.
Et surtout…
« Professeur Principia. Vous ne possédez même pas encore d’Arcane innée, n’est-ce pas ? »
Quelle que fût son intelligence, quelqu’un qui ne possédait pas d’Arcane innée n’était pas considéré comme ayant achevé son propre domaine d’études. Les paroles de Principia n’avaient plus le même poids qu’autrefois.
« Posez au moins les bases de votre théorie pour que nous puissions l’examiner et en juger par nous-mêmes, professeur. Je vous respecte, mais je n’ai pas le temps de me consacrer à une idée aussi chimérique. »
« Envoyez-nous une lettre quand vos recherches auront avancé. »
Tous se montrèrent indifférents. Alors qu’ils s’apprêtaient à partir…
« La quête de la langue de Dieu ? Ça m’intéresse. Me serait-il permis d’y jeter un œil ? »
Rene était désormais évêque de la Société missionnaire du Nord, mais aussi porte-parole et mécène de la Société de Babel. Elle était débordée, et pourtant, les recherches de Principia éveillèrent son vif intérêt.
Rene observait Principia de près. C’était un génie, mais il n’aimait pas que l’on remette sa logique en question.
Voilà pourquoi, si Principia avançait un argument, c’était que sa théorie était déjà achevée. Rene devait voir celle qu’il avait probablement mise au point après y avoir consacré des années.
Parce que…
« Oh ! Vous avez mordu à l’hameçon ! Assistant, comme vous l’aviez dit ! »
« … Pardon ? »
« Depuis le début, la seule personne dont j’avais besoin, c’était l’évêque Rene. Je n’avais besoin de personne d’autre. Seulement de vous. »
« … Excusez-moi ? »
« Évêque Rene. Vous avez étudié la géométrie analytique en dessinant des cartes, n’est-ce pas ? J’ai besoin de vos cartes. J’ai déjà fait tous les calculs dans ma tête, mais je n’avais aucun moyen de les expliquer. Seule la géométrie peut étayer ma théorie. »
Principia ne manifestait qu’une pure bienveillance intellectuelle.
Il devait avoir besoin des connaissances de Rene. La géométrie analytique que Rene avait élaborée en dessinant des cartes de la Mer du Nord était révolutionnaire. Principia avait dû s’en souvenir parce qu’elle l’avait impressionné, puis la rechercher au moment où il en avait eu besoin.
Face à cette bienveillance intellectuelle si manifeste, Rene se sentit coupable.
Une seule raison poussait Rene à vouloir aider Principia.
Principia était l’érudit qui avait le plus de chances de devenir un Dieu démoniaque.
Comme elle s’y attendait, les recherches de Principia étaient presque achevées. La géométrie de Rene en était la dernière pièce. Il cherchait à expliquer les principes du monde à partir de leurs racines, en décrivant les mouvements du monde à l’aide de principes simples.
Rene était érudite avant d’être clerc. En parcourant les travaux de Principia, elle fut stupéfaite et captivée. Ses notes griffonnées à la hâte ouvraient des pistes de réflexion passionnantes, et ses articles, longs de quelques pages seulement, renfermaient des découvertes qui resteraient dans l’Histoire.
« Les Arts de la Terre, le druidisme, l’alchimie… Même le pouvoir divin. Il existe dans ce monde des pouvoirs que l’on obtient par la foi. »
Même à Babel, où s’étaient rassemblés les plus grands talents du monde, Principia était un génie à part. À force de vivre à ses côtés, Rene en vint à éprouver un doute instinctif sur l’intellect humain.
L’intellect était-il une propriété extensive ou intensive ? Des myriades d’humains mettant leurs idées en commun pourraient-ils rattraper une seule intuition qu’il avait laissée derrière lui ? Et si ce n’était pas possible, pour le progrès de l’humanité, un génie valait-il davantage que des dizaines de milliers de personnes ?
« Mais d’où vient cette foi ? Peut-on obtenir ce pouvoir en croyant aveuglément, sans réflexion, sans méditation ni interprétation ? Non. Tous les adorateurs aveugles de la Terre Mère ne maîtrisent pas les Arts de la Terre, et même les druides qui ont vécu toute leur vie dans les forêts ont des affinités différentes. Cela signifie que le pouvoir ne vient pas de la foi. Il vient du savoir. »
Principia traça des dessins sur le papier. La transmission de la force. Le mouvement de la matière. Les changements d’état. Il relia les connaissances acquises au fil de ses échanges avec les nombreux érudits de Babel. Il simplifia, approcha, supposa et compara, reproduisant ces phénomènes à l’aide de simples mots et dessins.
« Le savoir est la vraie foi. En comprenant, nous pouvons manier directement le pouvoir. Comme ceci : si nous reproduisons les principes de la chaleur et des flammes de Fahrenheit… »
La feuille s’embrasa en un instant. La découverte de Fahrenheit, le principe qui avait donné naissance à son Arcane innée, venait d’être reproduite à l’aide d’une simple feuille de papier et d’un dessin.
Sans même que l’humanité s’en rende compte, un seul homme venait de provoquer un bond immense. Rene frissonna. Ayant contribué à une grande découverte de son époque, elle murmura d’une voix tremblante :
« C’est vraiment… de la magie. »
Principia applaudit avec ravissement.
« Bien ! Voilà ! »
« Pardon ? »
« Je me demandais comment appeler ça. L’assistant sait tout faire, mais n’a aucun sens des noms. Il voulait lui donner des noms pompeux comme “langue de Dieu” ou “écriture runique”. »
« J’ai quand même plus d’imagination que vous, professeur. Reproduire des principes par la philosophie naturelle ? C’est trop long et ennuyeux. »
Ignorant les récriminations de son assistant, Principia inscrivit un titre sur la couverture du livre qu’il préparait.
Les Principes de la magie.
Ce fut le commencement de la grande magie, qui annonçait la fin du mystère.
Notes :
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