Chapitre 684
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 684 : Histoire du passé. Chasse aux sorcières — 1
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Les terres glaciales du Nord étaient désertes.
Au-delà de la frontière où la civilisation cédait la place au froid, la terre gelée s’étendait à l’infini, toute blanche, sans le moindre brin d’herbe ni le moindre arbre. Aucun bruit de vie ne parvenait jusqu’aux plaines. Seule la lumière s’agitait, se courbait, se brisait, scintillait et rebondissait sur les champs de neige, comme si elle avait échappé à ses rênes.
Un invité indésirable arriva dans ces contrées.
Des réfugiés fuyant la guerre de l’Or contrefait.
La guerre de l’Or contrefait avait éclaté à l’aube de l’alchimie. Elle avait commencé pour une raison insignifiante : certains affirmaient que la monnaie utilisée pour payer dans l’État vassal de Marigold avait été dupliquée par alchimie.
Cette accusation n’était pas entièrement infondée, et la réponse de l’État vassal de Marigold mit le feu aux poudres. Elle sous-entendait que, de toute façon, personne ne pouvait distinguer l’or véritable du faux. Le conflit se répandit comme un incendie dans un champ de paille sèche.
Les historiens l’appelèrent plus tard une guerre déclenchée pour la plus honteuse des raisons, mais cet incident n’avait été que la mèche. Une mèche qui aurait fini par se consumer tôt ou tard.
L’ombre immense du Dieu démoniaque, qui avait mené le Royaume doré à sa perte, s’étendait sur le monde.
Même les deux États vassaux qui dominaient le continent occidental étaient faibles et impuissants face à un changement d’une telle ampleur. La défiance envers les valeurs établies. La peur de l’alchimie. La confusion et les conflits. Les pertes causées par le changement. Tout devint un problème et s’abattit sur les États vassaux.
Les techniques que les forgerons avaient affinées pendant des décennies devinrent inutiles, et la monnaie perdit toute crédibilité. Chacun entassait ses marchandises dans ses entrepôts, refusant de les en sortir. Les colporteurs qui allaient de ville en ville mouraient de faim, tandis que même les compagnies marchandes des États vassaux s’effondraient du jour au lendemain. Dès que l’argent cessa de circuler, toutes les régions des États vassaux commencèrent à pourrir.
La pauvreté au milieu de l’abondance. Un ordre bâti sur l’or s’écroula en un instant. Plus il s’était élevé, plus sa chute fut longue. L’État vassal de Marigold, qui avait autrefois amassé des fortunes en dirigeant des dizaines de compagnies marchandes, vit toute la nation sombrer dans un gouffre de dettes.
Pour résoudre un problème qui s’envenimait, le plus simple était de désigner un ennemi extérieur. Les États vassaux attribuèrent tous leurs problèmes à l’État vassal de Marigold, persuadés que le monde retrouverait son cours normal s’ils le détruisaient.
Cette conviction se concrétisa de la pire des façons.
La guerre relança l’économie de guerre. Elle était un gouffre qui dévorait les ressources. Vivres, armes et vies étaient engloutis à toute allure, ce qui permit à l’argent stagnant de circuler à nouveau. En temps de guerre, la confiance n’avait plus aucune importance. Il ne restait que la lutte pour échapper à la mort.
L’économie de guerre sauva des millions de vies. Des centaines de milliers de soldats saignèrent et moururent sur le champ de bataille, mais, à l’échelle du continent, cela ne représentait qu’une perte minime.
La guerre, dictée par la nécessité, s’intensifiait de jour en jour. D’innombrables réfugiés la fuyaient. Mais les autres États vassaux, déjà plongés dans le chaos par l’alchimie, n’avaient pas la place de les accueillir. N’ayant pas d’autre choix, ils traversèrent les terres des Sept Vassaux et prirent la direction des régions inhabitées de la Mer du Nord.
Les alchimistes bannis, les techniciens qui avaient perdu leur emploi, les sorcières et les druides dont les forêts avaient brûlé devinrent eux aussi des réfugiés et s’installèrent dans les terres de la Mer du Nord.
« Les alchimistes ne sont pas admis dans notre village ! »
Boum.
La porte claqua au nez des voyageurs. Un vent glacial frappa le battant solidement refermé.
Dans cette contrée de froid mordant, les gens n’étaient pas assez cléments pour se battre entre eux. Même les autres réfugiés auraient méprisé pareil traitement.
Mais les alchimistes faisaient exception. Qui avait déclenché la guerre ? N’avait-elle pas commencé parce que les alchimistes avaient copié de l’or pour jouir de la richesse et du luxe ? Tous les réfugiés les haïssaient.
Le voyageur tambourina contre la porte et cria :
« Hé ! Nous ne sommes pas des alchimistes. Nous sommes des érudits ! Nous avons étudié l’alchimie dans le cadre de notre formation ! »
— Comment une sorcellerie maléfique comme l’alchimie pourrait-elle faire partie d’une formation ?
— C’est facile, une fois qu’on l’a apprise ! Et c’est très pratique. Vous avez bien besoin de combustible, vous aussi, non ?
— Comment pourrions-nous faire confiance à quoi que ce soit donné par des alchimistes ? Et si les choses que vous nous offrez se changeaient en sable du jour au lendemain ?
La porte ne s’ouvrit pas. Tremblant de froid, les érudits prirent la parole.
« Tss. Voilà pourquoi les ignorants sont désespérants. Ils ne savent même pas comment fonctionne l’alchimie ! »
Un érudit ne pouvait s’empêcher de s’intéresser à l’alchimie. C’était l’étude de l’origine de la matière. Mystérieuse, savante et, par-dessus tout, utile.
Des télescopes, des béchers, des fioles, des pinces et bien d’autres choses encore. Grâce à de simples techniques d’ingénierie et au mana, on pouvait fabriquer facilement toutes sortes d’outils d’expérimentation. Les érudits apprenaient l’alchimie dans le cadre d’une formation complète et en systématisaient les connaissances.
Pourtant, la folie de la guerre était bien trop grande pour être apaisée par la raison. C’était une époque où même un érudit renommé risquait d’être plongé dans du fer en fusion pour le seul crime d’avoir étudié l’alchimie. Même les enfants de familles nobles devaient fuir vers les terres de la Mer du Nord pour survivre.
Fahrenheit croisa les bras et marmonna :
« Je ne comprends absolument pas leur raisonnement. Ils traitent ainsi un groupe d’une dizaine d’alchimistes à peine ? Que feraient-ils si des alchimistes les attaquaient ? »
Celsius s’avança précipitamment.
« N-non, Fahrenheit. Si tu faisais ça… »
— Je n’ai pas dit que je le ferais. Je me demande simplement sur quoi repose leur raisonnement.
Les alchimistes pouvaient fabriquer des armes même à mains nues. Ils n’étaient pas des alchimistes et ne comptaient pas recourir à la force, mais qu’en aurait-il été si leur situation avait été un peu plus désespérée ?
« Si nous étions vraiment des alchimistes, nous provoquer ouvertement ne serait pas une bonne idée. Un tel traitement pourrait nous mettre en colère et nous pousser à attaquer. Un petit village comme celui-ci ne pourrait pas nous résister. »
Ils avaient les moyens de réduire le village en cendres et de ne prendre que ce qu’ils voulaient. Ils avaient simplement choisi de ne pas le faire. Et les raisons ne manquaient pas.
Les alchimistes avaient déjà mauvaise réputation. Mieux valait éviter de se faire davantage connaître et de devenir les ennemis de tous.
De plus, dans les terres de la Mer du Nord, où il était difficile de rester longtemps dehors, la distance entre les villages influait directement sur les chances de survie des voyageurs. Détruire un village ne ferait que rendre la suite du trajet plus éprouvante.
Il existait bien d’autres raisons raisonnables de ce genre. Pourtant, une autre, bien plus fondamentale et importante, les dépassait toutes.
« Mais nous ne ferons pas cela. Même s’ils traversent une période difficile et ont momentanément oublié les paroles de la Bible, ils savent sûrement mieux que quiconque que les gens doivent s’entraider. »
« Sœur Rene. »
— Je vais essayer de les convaincre à nouveau. Si une missionnaire leur parle, ils baisseront les murs autour de leur cœur et nous accueilleront.
— Si notre sœur intervient, tout se règlera facilement. Tss. Faut-il donc s’en remettre à l’autorité pour convaincre les ignorants ?
Parce qu’ils étaient, pour la plupart, de braves gens.
Les réfugiés n’étaient pas les seuls à s’être regroupés pour survivre. Les érudits cherchaient eux aussi leurs pairs et se rassemblaient. Des intellectuels chassés de l’Empire et des Sept Vassaux, des gens assez instruits pour étudier l’alchimie par loisir, formèrent un groupe.
Parmi eux, le groupe d’érudits le plus célèbre et le plus remarquable était Babel, réuni grâce à l’entremise de sœur Rene.
Ils étaient tous enseignants, et tous élèves. Les érudits qui avaient consacré leur vie à l’étude maîtrisaient chacun leur domaine, mais, dans les autres, leurs connaissances n’allaient pas au-delà de celles d’un amateur passionné.
À présent que des érudits s’étaient rassemblés dans les terres de la Mer du Nord et unissaient désespérément leurs esprits pour survivre, l’humanité faisait un immense pas en avant depuis un territoire situé à mi-chemin entre l’Empire et les États vassaux.
Et même parmi les meilleurs de Babel, deux personnes sortaient du lot.
« Puisque sœur Rene est intervenue, la porte va bientôt s’ouvrir. »
L’une d’elles était Rene, la nonne qui avait accompli des travaux d’érudition remarquables et rassemblé ces innombrables génies.
L’autre était…
« Hé, assistant. »
« Oui ! Professeur Fahrenheit ! »
— Amène-moi le professeur Principia.
— Oui, professeur ! Il est temps de se lever !
Le petit enfant qu’on appelait l’assistant trottina jusqu’à la charrette et réveilla l’érudit, recroquevillé à l’intérieur. Après quelques marmonnements, un homme aux lunettes de travers s’approcha en bâillant longuement. Soutenu par l’assistant, il avançait en titubant, l’air frêle et peu fiable.
Mais ce n’était qu’une apparence. Fahrenheit, Celsius, Pascal et même plusieurs autres érudits renommés s’écartèrent respectueusement devant lui.
Un érudit parmi les érudits, qui rassemblait les génies de Babel.
C’était l’homme qu’on appelait Principia.
« Tout cet espace constitue la relique. »
Saint Rene était un mage qui maîtrisait l’espace. Sa relique était assez vaste pour être l’espace lui-même.
Le vent qui y soufflait était glacial, et la neige crissait sous mes pieds sur le sol gelé. Mon corps tremblant cherchait instinctivement la sécurité d’un toit solide.
Pourtant, quand je levai les yeux vers le ciel nocturne limpide, scintillant d’étoiles, tous mes regrets de ne pas avoir de toit s’évanouirent. C’était si beau et si mystérieux que j’en vins à espérer, pour une fois, que le matin ne viendrait jamais. Dans ce ciel immense, dans ce vide sans limites, comment les humains pouvaient-ils être si petits et insignifiants ? Combien de connaissances nous faudrait-il accumuler, quelle hauteur devrait atteindre la tour que nous bâtirions pour parvenir à son extrémité ?
Devions-nous nous attrister de tout ce que nous ignorions, ou nous réjouir de tout ce qu’il nous restait à apprendre ?
Peut-être qu’en ces premiers temps, sous le ciel limpide d’avant même la fondation de la Fédération arcanique, le monde intérieur de Rene était rempli de cet espace vide.
En lisant les souvenirs de la relique, j’assistai au commencement de toute cette histoire. Babel, un rassemblement d’érudits sans pareil dans l’Histoire. Et, parmi eux, les érudits hors du commun que furent Rene et Principia.
« Est-ce le Roi démoniaque ? »
La relique de Saint Rene était liée à la fois au Dieu démoniaque et au Roi démoniaque. L’unique indice et le seul pouvoir susceptibles de surmonter cette crise se trouvaient tout près. Quelle coïncidence ridicule.
… Même si Shei l’avait probablement préparée à l’avance.
« Je ne sais pas si c’est parce qu’il s’agit d’une relique sacrée ou du sous-espace de Rene, mais le monde intérieur est limpide. Veut-il me montrer quelque chose ? Voyons voir. »
La porte s’ouvrit. Saint Rene, bienveillante et belle, investie de l’autorité du Sanctuaire, reçut l’hospitalité des villageois comme si c’était tout naturel. Les érudits entrèrent un à un dans la maison, et je les suivis jusqu’à la scène suivante.
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