Chapitre 678
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 678 : L’histoire du temps suspendu. L’heure du thé de la Sainte Vierge (Partie 2)
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[La confiance ? Qu’est-ce qui te pousse à lui faire confiance ? Il n’a aucune intention d’assumer quoi que ce soit.]
« Je connais Hughes. Je l’observe depuis si longtemps. J’ai traversé d’innombrables épreuves avec lui. »
Elle sourit comme si la seule vue du Roi de l’Humanité suffisait à la rendre heureuse. Shei ressemblait moins à une Sainte Vierge qu’à une jeune fille amoureuse.
« Il n’est pas gentil. Il n’est pas cruel non plus. Il est simplement ordinaire. Lâche, honnête, compatissant et froid. Comme il le dit toujours, c’est un Roi de l’Humanité ordinaire. »
[Même s’il est ordinaire, il reste le Roi de l’Humanité. Il est devenu l’agent de la barbarie et a défié l’ordre de toutes les nations. L’État militaire, les États mineurs, la Principauté. Il s’en est pris à l’ordre défaillant des confins de l’Empire. Cela, je peux le comprendre. Le problème est venu après.]
Il y avait une prophétie.
Une prophétie prononcée par la Première Sainte Vierge, qui avait béni tous les hommes. Un ordre magnifique et digne, qui ferait naître un lendemain semblable à la veille et permettrait à l’humanité de perdurer à jamais.
Il n’avait pas de nom. Personne ne l’avait encore découvert. Même la Première Sainte Vierge n’en avait qu’entrevu la possibilité. Elle ne savait ni comment il fonctionnait ni pourquoi il était possible.
Pourtant, il existait bel et bien.
Un ordre sacré où tous étaient heureux, où les inégalités n’existaient pas et où les rires et les chants résonnaient sans fin.
La prophétie annonçait qu’il apparaîtrait avec le Roi de l’Humanité.
[Il aurait pu devenir le chef de l’État militaire. Il aurait pu devenir le Seigneur de l’Or des États mineurs. Il avait même les qualités requises pour s’élever au rang de prince de la Principauté. Ou peut-être aurait-il pu simplement devenir le Roi de l’Humanité, rassembler les humains vivant sur les terres de la barbarie et instaurer l’ordre. Nous avons aussi attendu cela.]
Nevida n’était pas le seul à attendre le Roi de l’Humanité. Les Saintes Vierges l’avaient attendu, elles aussi. Parce que Nevida avait préservé le Roi de l’Humanité, mort à l’Âge de la barbarie, elles avaient entrevu le Roi de la Civilisation qui naîtrait ensuite.
C’était un roi né dans un monde où l’humanité et la civilisation ne faisaient qu’un. Contrairement aux autres Rois des Bêtes, qui n’étaient liés ni aux nations ni à la société, il était né au sein de la civilisation. Comme les poissons nageaient dans l’eau et les oiseaux fendaient le vent, il respirerait au cœur de la civilisation.
[Et pourtant, il n’a instauré aucun ordre.]
Aux grandes attentes succéda une déception encore plus grande.
[Il a abandonné l’officier des transmissions AB, le Seigneur du Vert-de-gris et la Progenitrice Tyrkanzyaka, puis s’en est simplement allé. Il a abattu des clôtures, hissé des drapeaux et rassemblé des gens, mais il n’a jamais accepté d’en assumer la responsabilité.]
Le Roi de l’Humanité n’instaura aucun ordre.
L’État militaire était capable d’assurer une transition du pouvoir d’une stabilité sans précédent. Personne ne connaissait la véritable nature du Quartier général, et personne ne comprenait le système des officiers des transmissions. Pourtant, le Roi de l’Humanité était le seul à avoir noué le contact avec ce système et avec Yuel. S’il l’avait voulu, il aurait pu devenir le roi de l’État militaire. Il aurait pu absorber et développer le système préparé par son prédécesseur, et diriger à la perfection le pays appelé État militaire.
Mais il n’en fit rien. Il abandonna le capitaine AB sous cette terre obscure et s’en alla.
Les États mineurs ne firent pas exception. C’était une terre maudite, sans maître, mais unie par l’immense ombre du Seigneur de l’Or. Ayant obtenu le Dieu démoniaque du Seigneur de l’Or, il était le roi et le dieu des États mineurs. Sur cette terre d’un blanc pur, dépourvue d’ordre et de civilisation, il aurait pu tracer tout ce qu’il voulait.
Mais il n’en fit rien. Au lieu de cela, il attaqua Claudia, le Village des Nuages, en fit sortir le Dieu démoniaque qui y était caché et le dispersa, puis partit pour la Principauté.
Il n’avait même pas besoin d’assumer de responsabilités dans la Principauté. Favorisé par la Progenitrice Tyrkanzyaka, il aurait pu devenir son consort et régner sur la Principauté. Bénéficiant de la faveur dévouée et du soutien total d’une souveraine absolue, qui n’avait rien à envier à un dieu, il aurait pu développer la Principauté stagnante. La Progenitrice Tyrkanzyaka lui aurait probablement accordé tout ce qu’il aurait demandé.
Tout, sauf une chose : qu’il la quitte.
C’est précisément ce qu’il demanda.
C’était absurde. Même sans soif de pouvoir, si l’on avait des désirs, mieux valait être celui qui donnait les ordres. L’autorité de gouverner une nation, le pouvoir du Dieu démoniaque de recréer toute chose, ou la faveur d’une belle souveraine. Il refusa tout ce que l’on pouvait désirer et s’en alla.
Comme s’il s’en méfiait.
[S’il avait pris cette position et instauré l’ordre… !]
Conformément à la prophétie, l’ordre que personne n’avait encore vu serait apparu dans le monde. Tandis que Ruel condamnait le Roi de l’Humanité, Shei sourit à un heureux souvenir.
« Oui. Si Hughes se met vraiment à instaurer l’ordre, le monde devient un paradis. »
« C’était le paradis. Personne n’était malheureux, personne ne commettait de péchés et ceux qui travaillaient dur étaient récompensés. Après avoir exploré les possibilités sans relâche, tous goûtaient au bonheur. C’était le dernier âge d’or de l’humanité, avant la fin. Hughes a beaucoup souffert, certes, mais il passait généralement ses journées à ne rien faire, alors il l’avait bien mérité. »
[Tu as vu cet avenir ?]
« Oui. C’était vraiment… amusant. Heureux, beau, merveilleux. J’ai toujours voulu mourir, mais là-bas seulement, j’ai eu envie de vivre mille, dix mille ans. »
Le Roi de l’Humanité lisait les pensées.
Sans la moindre preuve ni le moindre déclencheur, Shei le comprit simplement d’instinct.
Elle comprit aussi comment un ordre parfait avait été instauré.
Lire dans les pensées, c’était distinguer la bienveillance de la malveillance. L’ordre, lui, en était incapable. C’était pour cela que le Roi de l’Humanité avait créé un ordre parfait.
Un marchand avait amassé une belle fortune en mentant sur la provenance de ses marchandises, mais il fut bientôt dénoncé. Devant le Roi de l’Humanité, il plaida son innocence, prétendant ne rien savoir, avoir été trompé lors de l’achat et ne plus avoir un sou.
Découvrir la vérité aurait demandé un travail colossal. Il aurait fallu retrouver les marchands qu’il avait rencontrés, recueillir leurs témoignages, les recouper, interroger des gens, trouver des preuves et récupérer l’argent restant. La tâche nécessaire pour éviter de punir ne serait-ce qu’un innocent était immense.
Pourtant, le Roi de l’Humanité connaissait la réponse.
Il récupéra jusqu’au dernier sou du profit mal acquis et le distribua aux victimes de la tromperie. C’était tout. Nul besoin de faire un exemple du marchand en le punissant cruellement. Ayant perdu la confiance du public, il fut dénoncé et essuya de lourdes pertes. Il jura de ne plus jamais recommencer. Tout le monde voulait le juger, mais le Roi de l’Humanité n’avait pas besoin de se salir les mains.
Après tout, personne ne pouvait tromper le Roi de l’Humanité.
S’il connaissait la réponse, il pouvait révéler la vérité. La malveillance était jugée, la bienveillance, protégée. Toutes les failles de la loi disparaissaient. Sacrifier un bouc émissaire, rejeter la responsabilité sur autrui, garder le silence, faire taire les autres… Rien de tout cela ne fonctionnait. Il jugeait et punissait l’intention elle-même.
En comblant toutes les failles de l’ordre, le Roi de l’Humanité garantissait la bienveillance. La malveillance disparaissait d’elle-même. Les gains tirés de la tromperie, de l’arnaque et du préjudice infligé à autrui tombaient sous zéro et devenaient des pertes. Plus personne n’avait donc besoin de choisir la malveillance pour survivre. La bienveillance restait le choix le plus rationnel et le plus pratique.
Naturellement, seule la bienveillance subsistait dans le monde. Les gens se faisaient confiance. Même se méfier de la malveillance devenait une perte. Dans un monde sans soupçon, les gens s’étreignaient.
« L’ordre existe parce qu’il ne fait pas confiance à l’humanité. Mais Hughes, lui, fait confiance à l’humanité. C’est la dernière pièce qui manque à l’ordre. La confiance. L’ordre de Hughes possède cela. »
L’ordre de la confiance, gouverné par le Roi de l’Humanité.
Un miracle rendu possible parce que le Roi de l’Humanité lisait dans le cœur des hommes.
[Tu as vu tout cela, alors pourquoi… ?]
À la question de Ruel, une ombre de tristesse passa sur le visage de Shei, qui souriait avec tant de bonheur.
« Mais… si Hughes fait vraiment confiance à l’humanité, il ne doit pas devenir l’ordre. »
[Qu’est-ce que tu veux dire ?]
« Si tu fais confiance à l’humanité, tu dois lui laisser certaines choses. Hughes laisse les gens se débrouiller parce qu’il leur fait confiance. Il leur confie des tâches parce qu’il croit en la volonté de ceux qui sont bienveillants. Ne pas pouvoir leur confier quelque chose, c’est ne pas croire en leur volonté. Cette contradiction finira par tuer Hughes. Elle poussera l’humanité à l’abandonner. »
Le monde ne pouvait pas encore accepter un roi capable de lire dans les pensées. Les gens ne supportaient pas l’idée que quelqu’un puisse lire la laideur de leur cœur. Les méchants avaient peur, les bons avaient honte. Le réconfort de se dire que ce n’était pas grave puisque personne ne savait ne suffisait plus.
Le Roi de l’Humanité lisait les pensées.
Qu’ils soient bons ou mauvais importait peu. L’humanité finirait par rejeter le Roi de l’Humanité, et celui-ci accepterait ce rejet.
Le résultat restait le même, qu’on recommence des dizaines ou des centaines de fois. Tant que l’humanité ne changeait pas, même si Hughes instaurait un ordre, tout finirait en ruines.
« Je ne peux pas confier l’humanité à Hughes sans lui faire confiance. Hughes est le Roi de l’Humanité. »
C’était pour cela que Shei avait caché ses souvenirs. Inutile d’aller plus loin.
Même si Shei et Hughes atteignaient l’illumination et devenaient surhumains, tant que l’humanité ne changeait pas et que Hughes restait le Roi de l’Humanité, la fin ne viendrait jamais.
« Fais confiance à Hughes. Autant qu’Hughes fait confiance à l’humanité. »
[Lui faire confiance…]
Quel mot pouvait être plus irresponsable que confiance ? Dire à quelqu’un qui voyait l’avenir de garder espoir, c’était comme lui demander de regarder simplement un enfant s’approcher du bord de l’eau. Et ces paroles venaient d’une Sainte Vierge revenue d’un avenir dévasté.
[Dès qu’Orgueil tombera, tout sera fini. L’humanité n’a aucune chance. Dès que ce Dieu démoniaque se révélera au monde, elle reconnaîtra Orgueil et s’en servira à son tour !]
« Non. Il y a une chance. Tant que je suis là. Tant que je… suis avec Hughes. »
Shei, la régresseuse, revenait chaque fois que le monde touchait à sa fin. Si l’humanité provoquait sa propre destruction, si le Roi du Péché massacrait les hommes ou si Hughes trouvait la mort, elle faisait de sa propre mort le déclencheur de son retour.
Combien de fois ? Des dizaines ? Des centaines ? Elle ne s’en souvenait plus. Elle ne pouvait plus les compter. Des milliers de tragédies avaient déchiré le cœur de Shei, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.
« Je suis la Sainte Vierge des Possibilités. Tant que je veillerai sur les possibilités, l’humanité ne disparaîtra pas. »
Pourtant, chaque fois, son cœur brisé se reconstituait. La mort n’était pas la fin. De nouvelles rencontres, familières et pourtant inédites, l’attendaient. Chaque fois qu’elle descendait sous l’Abîme et prenait un instant pour choisir quelle histoire raconter, il tombait du ciel comme un cadeau.
Hughes avait lu dans le cœur de Shei et compris son passé. Réconfortée par lui, Shei avait entamé le cycle actuel. C’était pour cela qu’elle ne s’effondrait pas. Même en cas d’échec, elle pouvait toujours être avec lui.
« Tant que Hughes sera là, je continuerai d’être la Possibilité. »
… Même s’il découvrirait sans doute bientôt qu’elle le trompait depuis tout ce temps.
Notes :
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