Chapitre 669
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 669 : Une tour sans plafond et des humains mêlés les uns aux autres - 5
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Il avait suffi de défier une fois la prescience du combat pour qu’on lui perce un trou entre les sourcils. Quel dommage.
Je ne lui avais pourtant pas ôté la vie. Je retirai avec précaution la brochette qui lui avait à peine transpercé le front. Le Paladin sacré resta immobile, tremblant jusqu’à ce que je l’en débarrasse.
N’importe qui aurait réagi ainsi. Personne n’aurait eu le courage de bouger avec une brochette de fer plantée entre les sourcils. Je tapotai l’épaule du Paladin sacré, terrifié, et lui dis :
« Pour honorer ta rébellion contre la révélation, je ne prendrai pas ta vie. »
Je le poussai légèrement, et il s’effondra au sol, terrassé par la peur.
Il avait survécu, mais avait au moins compris une chose : la prescience du combat n’était pas toute-puissante.
Bon. Combien de temps comptais-tu encore rester à regarder ? Si tu ne sortais pas, j’allais vraiment passer à l’étage suivant.
Crépitement.
La voix que j’attendais résonna près de mon oreille.
[Oui. Je comprends ce que tu essayais de montrer. Tu voulais dire que tu n’étais pas le seul à considérer l’ordre comme un ennemi. Tu voulais montrer que chacun pouvait enfreindre l’ordre pour son propre compte, n’est-ce pas ?]
Sa voix babillait comme celle d’une jeune fille, tout en paraissant étrangement détachée de tout. L’entendre juste à côté de mon oreille me procura une sensation que je ne parvenais pas vraiment à mettre en mots. Depuis un lieu d’une distance inimaginable, Ruel, la Sainte Vierge de la Lumière, murmura à mon intention.
[Ton idée est simple et claire : « Chacun doit affronter le monde en restant fidèle à ses propres intentions ! » Même si son adversaire est l’ordre lui-même. C’est pour cela que tu as imaginé cette tragédie. Pour que les Paladins sacrés se battent contre toi et que les mages calculent leurs pertes et leurs gains avant de t’attaquer.]
La violence aurait éclaté quoi qu’il arrive. Lorsque l’Ordre des paladins sacrés avait atteint le septième étage, Kuram et Mille-pattes venimeux leur avaient tendu une embuscade. À leur arrivée au neuvième étage, les mages avaient prévu de les attaquer par surprise pour les éliminer. Mais ceux qui avaient l’habitude des embuscades savaient mieux les déjouer : Kuram en avait repéré les signes et avait frappé le premier.
Tout était joué d’avance. Le Maître de la Tour cyan se méfiait d’eux, et Hilde comptait les éliminer ici. Les autres mages faisaient semblant de coopérer tout en cherchant à franchir la Porte du Dragon avant les autres.
Je n’avais fait qu’exacerber un peu les opinions de la foule. Les mages et l’Ordre des paladins sacrés avaient chacun leurs propres objectifs ; je ne pouvais donc pas simplement les ignorer.
[Si tu as pu organiser une situation pareille, tu aurais aussi pu faire le contraire, non ? Tu aurais pu les arrêter ! Tu en avais la force et les moyens. Tu aurais pu garantir à tout le monde une issue paisible, sans qu’ils courent à leur perte !]
Oui.
J’aurais pu.
J’aurais pu appeler Hilde et lui ordonner de ne pas intervenir, convaincre le Maître de la Tour cyan en invoquant notre passé commun et utiliser mon influence pour imposer le résultat. Même à l’intérieur de la Tour de Babel, j’aurais pu établir un ordre incontestable.
[Mais ce n’est pas ce que tu voulais, n’est-ce pas ? Parce que tu crois que la résistance elle-même fait partie de la nature humaine.]
Mais ce n’était ni mon devoir ni ce que je voulais.
Chacun devait pouvoir s’opposer aux règles. Même si cette règle, c’était moi.
[Je comprends. Mais je ne veux pas comprendre. Au bout du compte, ton argument se réduit à la loi du plus fort. Si chacun affronte les autres en suivant ses propres intentions, le monde entier sera rempli de conflits et de guerres. Je déteste ça. C’est trop simple ! Les humains ne peuvent pas être aussi simples !]
Ça ne changeait rien qu’elle le nie. C’était là, juste devant nous. Nier ce qui existait n’était rien d’autre que de la masturbation mentale.
[Et sans même parler de tout ça… Si ce que tu dis est vrai !]
Alors descends, toi aussi. Viens nous montrer ta volonté.
[J’ai également le droit d’imposer la paix par ma propre force !]
L’ordre était lui aussi le produit barbare de la loi du plus fort !
Des papillons innombrables voltigeaient dans les airs. Le cardinal Elton se mordit la lèvre et fit le signe de croix. Le Maître de la Tour cyan rejeta sa robe. Hilde poignarda Kuram dans le dos.
La température du neuvième étage chuta brutalement. L’air et l’humidité gelèrent, emprisonnant le monde dans la glace. Le sang qui coulait du dos de Kuram exhalait une forte odeur médicinale. Au même instant, les papillons qui voletaient s’abattirent tous au sol.
Dès que Mille-pattes venimeux vit Kuram saigner, elle se rua vers lui comme une bête. Désemparé, le cardinal Elton fit le signe de croix et appela quelqu’un.
« … Que la lumière soit. »
Une lumière jaillit du soleil artificiel.
Le monde disparut. Une lumière si éblouissante qu’elle effaçait tout ce qui l’avait précédée. Un voile blanc enveloppa le monde et je ne vis plus rien de ce qui se passait.
Peu après que ma vue fut revenue,
« Urk ! »
Une pression colossale écrasa tout le monde.
La gravité ? L’atmosphère ? Non, quelque chose d’invisible s’abattait sur nous. Contrairement à la gravité ou à la pression de l’air, cette force ne venait que d’en haut. J’avais l’impression de me tenir sous une cascade déchaînée.
Pourtant, je ne voyais rien.
Je me recroquevillai et m’efforçai de relever la tête. Même en regardant vers le haut, je ne vis rien. Seule la lumière du soleil artificiel emplissait mon champ de vision.
Rien ? Cette force qui m’écrasait était bien réelle ! Il devait y avoir quelque chose.
Je haletais quand, soudain, je bougeai le bras. Celui que je tenais dissimulé dans mon ombre était toujours léger. Mais à l’instant où il s’apprêtait à en sortir, il faillit tomber au sol.
Ce n’était pas mon corps qui était devenu lourd. C’était…
… la lumière ?
[Lux Vis Mea. La lumière est puissance.]
Après ces mots murmurés d’une voix délicate, une ombre immense s’étendit sur la prairie.
Une jeune fille, une auréole flottant derrière la tête, descendait lentement sur la lumière elle-même. Un sourire serein et saint reposait sur ses lèvres, mais une curiosité sans fin brillait dans ses yeux étincelants. Elle ressemblait à un ange découvrant le monde des humains pour la première fois. Qui n’aurait pas su qui elle était l’aurait prise pour un ange et se serait rendu coupable d’idolâtrie.
L’une des cinq Maîtres des Tours du château flottant. Une mage qui avait éveillé son Arcane innée et une génie qui avait franchi seule la Porte du Dragon.
Et, parmi toutes les Saintes Vierges du Sanctuaire, celle qui était la plus proche de la vérité.
Le Maître de la Tour blanche, Ruel, la Sainte Vierge de la Lumière.
« Gardez toujours la tête humblement inclinée. La lumière éclaire le chemin devant vous, mais si vous osez lui faire face, elle vous aveuglera. »
Elle avait raison. J’avais l’impression que mes yeux allaient éclater rien qu’en la regardant. Comme si quelqu’un me les arrosait d’un puissant jet d’eau.
Je plissai les yeux et me forçai à fixer Ruel. Elle avançait dans le vide, vêtue de longues robes blanches flottantes. La lumière derrière elle dessinait les contours de son corps tout entier, et pourtant j’avais du mal à soutenir son regard. Comment un pécheur osait-il se jouer d’un ange ? Je vais t’aveugler. J’avais presque l’impression d’entendre ces mots.
Les autres ne s’en sortaient pas mieux. Même Hilde, l’un des pratiquants du qi les plus doués ici, peinait à regarder Ruel malgré le qi qu’elle avait rassemblé dans ses yeux.
L’Épée sacrée de Hilde tremblait. Ancienne membre du Corps de l’Épée sacrée, elle reconnut aussitôt Ruel.
« Sainte Vierge… ? »
« Blanche-Face. Tu as autrefois plongé le monde dans le chaos, mais tu t’es repentie et la lumière t’a sauvée ; on ne peut donc pas te qualifier de malfaisante. Tu es encore dans la prescience de Yuel, alors je vais t’épargner pour l’instant. »
Ruel claqua légèrement des doigts. Hilde, qui s’apprêtait à attaquer Kuram par surprise, fut projetée au loin par une force sans précédent. Même dans le vide, son corps accéléra de plus en plus. Avant qu’elle ait le temps de réagir, elle fut propulsée jusqu’au bord de la tour.
Kuram, poignardé par Hilde, tenta de reprendre rapidement ses esprits. Mais, en un instant, une pression écrasante s’abattit sur tout son corps et le plaqua au sol. Comprenant d’où venait cette puissance, Kuram leva la tête.
« Une Sainte Vierge ? Qu’est-ce qu’une Sainte Vierge fait dans une tour de mages ? »
« Mais, Kuram. Tu as enfreint plusieurs tabous et commis un péché en t’emparant de la volonté d’autrui pour la maîtriser à l’aide de drogues. Tu es un grand pécheur. C’est remarquable que tu aies survécu jusqu’ici. »
Sa déclaration était de mauvais augure. Kuram mobilisa aussitôt son qi empoisonné. Son corps tout entier était imprégné de poison, et le qi empoisonné circulait dans ses veines à la place du qi ordinaire. Pour lui, un poison puissant était à la fois un remède et une source de force. La dose était plus de dix fois supérieure à la dose mortelle pour une personne ordinaire, mais ne lui faisait pas plus d’effet qu’un léger stimulant.
« Je suis curieux. Laissons de côté la raison de la présence d’une Sainte Vierge ici… Est-ce que vous faites le même bruit que les humains ordinaires quand vous mourez ? »
Kuram activa son corps. Son cœur battait au moins deux fois plus vite qu’avant et ses muscles gonflèrent, gorgés de sang. Résistant à la lumière qui s’abattait sur lui, il se releva. Devant lui flottait le beau visage arrogant de la Sainte Vierge.
« Même votre sang sacré, si particulier, est-il semblable à celui des autres humains ? »
Kuram saisit une lance et modifia la structure de son corps. Ses articulations s’étirèrent comme s’il en avait plusieurs de plus, et son bras allongé ondula tel un fouet. Mobilisant toute sa force, il contracta tous ses muscles d’un seul coup et lança la lance.
Propulsée avec une force terrifiante, elle fila comme un rayon de lumière, prête à abattre l’ange qui descendait du ciel.
Ruel vit la lance foncer sur elle, sourit radieusement et pointa Kuram du doigt.
« Yaaa ! »
Une lance de lumière le transperça.
La lumière explosa. Kuram n’eut pas le temps de réagir. En moins d’un clin d’œil, le rayon jailli du bout du doigt de Ruel traversa la lance, éclata avec fracas et lui perça la poitrine d’un trou gros comme un doigt.
Grésillement.
Le sang brûla dans le trou noirci. Quand Kuram s’en rendit compte, la lance de lumière avait déjà traversé son cœur. Une demi-seconde plus tard, celui-ci battit et projeta du sang par le trou. Un filet sombre coula de la commissure de ses lèvres.
« Kof. »
Réagir ? Impossible. C’était de la lumière. Quand on la voyait, il était déjà trop tard.
Arcane innée, Lux Vis Mea, la lumière est ma puissance.
Une Arcane innée qui conférait une force physique à la lumière.
Comprimée à l’extrême par l’Arcane innée de la Sainte Vierge, la lumière était plus tranchante et plus puissante que n’importe quelle lance. Kuram avait beau s’être renforcé grâce aux drogues, face au Maître de la Tour blanche et au soleil artificiel qui brillait derrière elle, il n’était qu’une luciole sous le soleil. Il tenta de couvrir le trou dans son corps de ses mains tremblantes, mais cela lui était même difficile.
Kuram gémit, incapable de faire bouger son corps comme il le voulait.
« … Mon sang a changé. C’est la lumière ? »
« Oui ! La lumière a des propriétés purificatrices. Enfin, au lieu de purifier, elle modifie les substances très réactives, comme le poison. Si l’on ne veut pas faire sécher un médicament, il ne faut jamais l’exposer directement au soleil, n’est-ce pas ? »
Pour Kuram, qui tirait sa force de son qi empoisonné, la lumière était un ennemi naturel. L’activation de son corps provoquée par les drogues s’affaiblissait à toute vitesse. La lumière avait déjà réagi avec son corps et l’avait purifié.
Kuram tomba à genoux. La lumière amenée par Ruel transperçait sa peau pâle et transformait déjà tout son corps. Le qi empoisonné enfoui dans ses entrailles fut purifié en un instant. Même le poison qu’il avait dissimulé au plus profond de son être…
« Kuraaaam ! »
Mille-pattes venimeux accourut tandis que son compagnon frôlait la mort. Parant de sa large lame la lumière qui s’abattait sur eux, elle examina en hâte la blessure de Kuram.
« … Je n’aurais jamais cru mourir comme ça. Kof. C’est peut-être une mort qui me convient. »
Sa blessure était grave, mais la lumière qui s’enfonçait dans le trou de son corps était tout aussi fatale. Le médicament, censé être assez puissant pour donner le tournis, perdait son odeur à vue d’œil. Mille-pattes venimeux trempa un doigt dans le sang de Kuram et le goûta, puis s’écria, le visage ravagé par les larmes :
« Si tu meurs, qu’adviendra-t-il de mon bonheur ? Qui va me fabriquer mon bonheur ? »
Alors que son compagnon était à l’agonie, Mille-pattes venimeux ne pensait qu’aux drogues. Kuram laissa échapper un rire incrédule. Il n’était pas particulièrement déçu. Elle avait toujours été aussi dérangée, et c’était précisément pour cela qu’il s’était rapproché d’elle.
Du moment qu’il lui fournissait des drogues, Mille-pattes venimeux devenait un excellent cobaye, une garde du corps et un jouet. Sans elle, Kuram n’aurait pas supporté l’ennui du Tartare. Mille-pattes venimeux aurait haleté après quiconque lui aurait donné de la drogue.
Ils avaient besoin l’un de l’autre, mais leur relation était déformée et perverse.
Et maintenant, c’était fini.
« … Tu as raison. Je ne pourrai plus en fabriquer. »
« Tu me l’avais promis ! Tu avais dit que tu me fabriquerais des drogues ! Jusqu’à ce que l’un de nous meure ! »
« C’est vrai. Je te l’ai promis, alors… »
Kuram enfonça les doigts dans son propre corps. Le sang coulant de ses blessures, il déchira sa chair et en extirpa, au plus profond de son cœur, une poche gluante de sang.
Une poche remplie d’un liquide violet inquiétant. C’était sa glande à poison, la source qui l’avait transformé en homme-poison. Grâce à elle, Kuram pouvait produire des drogues et des poisons avec son propre corps.
« C’est plus puissant que toutes les drogues que tu as prises jusqu’ici réunies. Si tu l’avales, tu mourras sous le choc. Même si ta constitution te maintient en vie, tu ne trouveras plus jamais satisfaction avec une autre drogue. Jusqu’à ta mort, tu ne chercheras que celle-ci, sans jamais pouvoir en retrouver… »
« Hein ? »
« … J’ai trop expliqué. Pour faire simple, c’est le bonheur ultime. Quelque chose qui ne se reproduira jamais dans ta vie. »
Sur ces mots, Kuram plaça sa glande à poison dans la bouche de Mille-pattes venimeux. Celle-ci la mâcha avec une expression extatique. La membrane tendue éclata et l’essence du poison se répandit. Avant même que ce narcotique, aussi puissant qu’un poison mortel, puisse descendre dans sa gorge, il s’infiltra dans son corps.
Les yeux de Mille-pattes venimeux s’écarquillèrent. Même elle semblait avoir du mal à le supporter ; son corps fut secoué de violentes convulsions. Autour d’elle, alors qu’elle se tordait comme si elle allait mourir d’un instant à l’autre, des centaines de millions de papillons battaient des ailes comme des dragons. Ils ne se contentèrent pas d’éroder la réalité. Ils se mirent à la détruire.
Ruel observa l’illusion qui envahissait la réalité et murmura :
« Un principe. Une loi qu’un pratiquant du qi impose au monde en le déformant par la seule force brute. »
Le principe de Mille-pattes venimeux était le Somnambulisme hallucinatoire. Elle transformait en réalité les hallucinations qu’elle avait sous l’emprise de la drogue. Elle bondit dans les airs en prenant appui sur des papillons qui n’auraient dû exister que dans ses hallucinations. On aurait dit qu’elle dansait, se réjouissait et hurlait à la fois.
Portée par les papillons, sur lesquels elle prenait appui, elle s’éleva vers le ciel. Elle était si rapide et agile que même la lumière semblait incapable de la rattraper. Ruel tira plusieurs rayons lumineux, mais ils la manquèrent tous. Elle poussa un léger soupir.
« Ce n’est ni aussi équitable ni aussi rationnel qu’une Arcane innée, mais cette capacité à imposer son irrationalité au monde est redoutable. »
Tandis que Ruel maugréait, l’ombre de Mille-pattes venimeux apparut faiblement derrière elle. S’était-elle téléportée ? Ou la silhouette qui fonçait sur Ruel n’était-elle qu’une hallucination ? Impossible de le savoir. La seule certitude, c’était que Mille-pattes venimeux était là.
Sa large lame vacillait dans un flou indistinct. Elle fendit l’air à la vitesse d’un rayon de lumière et frappa Ruel. Sans verser une goutte de sang, elle lui trancha net le cou. La tête de Ruel tourbillonna en tombant, tandis qu’un paisible sourire demeurait sur ses lèvres.
Flash.
Puis le mirage de Ruel disparut.
« Hé, hein ? »
Ce n’était qu’une illusion créée par la lumière. Ayant perdu sa cible, Mille-pattes venimeux scruta le vide autour d’elle. Même le Somnambulisme hallucinatoire ne lui indiquait pas la voie à suivre. Il ne faisait que disperser les papillons dans tous les sens.
Le principe de Mille-pattes venimeux superposait des hallucinations à la réalité. Il n’avait rien à voir avec la capacité à percer les illusions. Au contraire, elle se laissait facilement berner. Ce qu’elle avait vu n’était que le mirage de Ruel, auquel l’Arcane innée de celle-ci avait même donné une consistance. Dans son état second, embrumé par la drogue, elle n’aurait pas pu s’en apercevoir.
… Enfin, ce n’était qu’une excuse. Même si Ruel n’avait pas été un mirage, la lame de Mille-pattes venimeux ne l’aurait pas atteinte. Du moins, c’était ce que je venais de lire.
Pendant un instant, Ruel avait traversé un monde figé.
… Hein ?
Qu’est-ce que c’était ? Cette pensée que je venais de lire ?
Les pensées de Ruel déferlèrent soudain en moi comme une marée. Environ neuf secondes — neuf secondes qui n’avaient pas existé pour moi — s’étaient écoulées pour elle. Je pouvais lire ses pensées tandis qu’elle observait l’attaque de Mille-pattes venimeux, créait son mirage et esquivait d’un pas léger !
Mais je n’avais jamais vécu ce laps de temps !
Un arrêt du temps ? Elle pouvait se déplacer dans le temps figé ?
Quel genre de principe était-ce ? Non, ce n’était pas la question.
Avec un pouvoir pareil, pourquoi perdait-elle son temps ici ?!
« Plus une personne est puissante, plus elle doit se méfier de son pouvoir. Si une force immense est exercée sans retenue… ce monde sombrera dans le chaos. L’ordre n’aura plus aucun sens. Le monde de chacun s’effondrera. »
Ruel avança avec légèreté dans les airs et joignit élégamment les mains. Une lumière terrifiante jaillit entre ses paumes. D’innombrables prismes étincelaient autour d’elle. Ces prismes, qui infléchissaient la trajectoire de la lumière, se braquèrent sur Mille-pattes venimeux.
« Notre force ne sert qu’à juger. Que la lumière te juge. »
Et la lumière jaillit de nouveau.
Elle était trop vive pour qu’on puisse la regarder. L’onde de choc de la lumière me repoussa, moi et tout ce qui se trouvait ici. Je me couvris les yeux, me recroquevillai et attendis que le désastre passe.
Les papillons qui voltigeaient s’abattirent tous en même temps. Leur dernier vol achevé, ils battirent pitoyablement des ailes, puis s’affaissèrent au sol en disparaissant un à un.
Des centaines de millions, des dizaines de milliers, des milliers, des centaines. Leur nombre diminuait peu à peu. Les papillons qui avaient existé dans l’hallucination de Mille-pattes venimeux s’évanouissaient rapidement, comme s’ils n’avaient jamais existé.
Quand le dernier papillon mourut et que la lumière s’estompa, il ne restait aucune trace de Mille-pattes venimeux.
« Ainsi, puisse cette journée se poursuivre comme la précédente. »
Seul le bref hommage de Ruel se souvint de la fin des deux scélérats.
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