Chapitre 668
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 668 : Une tour sans plafond et des humains mêlés les uns aux autres - 4
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Un Paladin sacré fonça sur moi en balayant l’air d’un large coup. Je pouvais me représenter ses mouvements. La large lame de son Épée en croix était lourde et lente, et sa longue garde rendait sa trajectoire évidente.
Même sans lecture des pensées, j’aurais probablement pu l’esquiver sans peine dans mon état actuel. Quel dommage. Si j’esquivais, tout le monde mettrait ça sur le compte de la lecture des pensées.
Je levai ma brochette et bloquai l’Épée en croix. Des étincelles jaillirent lorsque la brochette racla la lame, assez large pour refléter mon visage. La force étant proportionnelle au poids, la lourde Épée en croix me repoussa. À bout portant, le Paladin sacré croisa mon regard.
« Ses mouvements sont corrects, mais un mage reste un mage ! Je vais le submerger par ma force ! »
Il m’enfonça aussitôt l’épaule dans le ventre. Simple, mais puissant. Cette charge téméraire, qui ne se souciait pas de son propre corps, reposait sur sa foi en la précognition du combat et sur le pouvoir guérisseur d’un prêtre.
Jusqu’où pouvait-il tenir ?
Boum. L’épaulière du Paladin sacré me percuta l’abdomen. Mes muscles s’écrasèrent contre le fer. Ça faisait un mal de chien.
Mais je l’avais attiré exactement là où je le voulais.
« Il est solide… ! Ce n’est pas une aura ! Qu’est-ce que c’est ? J’ai l’impression de combattre une bête féroce ! »
Je saisis à main nue l’Épée en croix qui hésitait un instant. Le sang coula de ma paume entaillée, mais je serrai si fort l’arme qu’elle ne bougea plus.
Je tirai dessus de toutes mes forces, récupérai ma brochette et attirai le Paladin sacré à moi en le tirant par son arme. La brochette acérée fila vers sa tempe à la vitesse de l’éclair.
« La mort ! »
La précognition du combat. Averti de sa mort prochaine, le Paladin sacré se tordit désespérément. Il me repoussa de l’épaule et tourna la tête pour éviter le coup fatal. Dans le même temps, il libéra son aura au maximum et s’en enveloppa pour se protéger. L’aura d’un Paladin sacré manquait de souplesse, mais elle était robuste. Une aura seule pouvait arrêter une lame.
Tss. Ça ne marcherait pas.
Je retournai ma prise sur la brochette.
« … La précognition ?! »
Il avait vu la mort. Puisqu’il s’y était préparé, inutile d’insister. Au lieu de viser sa tempe, je m’attaquai à ses doigts. La brochette se faufila entre ses deux mains crispées sur l’Épée en croix, tel un serpent, puis piqua et pivota, lui ouvrant de force les doigts.
Ayant concentré son aura sur sa tête, le Paladin sacré s’était retrouvé vulnérable l’espace d’un instant. Je lui pris son arme avec une facilité déconcertante.
Qu’est-ce qui était le plus humiliant ? Perdre son épée quand on était épéiste, ou perdre sa croix quand on était prêtre ?
Je n’en savais rien, mais le Paladin sacré avait subi les deux. Qu’est-ce que ça faisait ? C’était humiliant, pas vrai ?
« Mais quelle est cette technique de main absolument bizarre ?! Il a glissé une brochette dans ma prise et, au moment où ma main s’est ouverte, il a refermé ses doigts dessus et me l’a arrachée ! On dirait qu’il s’est entraîné toute sa vie à désarmer les gens ! »
Était-ce vraiment le moment de penser à ça ? Tu avais aussi perdu ton épée.
« Frère ! Attention ! »
Au moment où je levais ma brochette pour l’achever, quelqu’un s’interposa. Deux Paladins sacrés pointèrent droit sur moi leurs Épées en croix. Je ne pouvais pas bloquer leurs attaques avec une seule brochette ; je repoussai donc le Paladin sacré désarmé et reculai.
La situation se compliquait.
La précognition du combat m’empêchait de les tuer d’un seul coup. Même blessés, ils se rétablissaient aussitôt, à moins que leurs plaies ne soient mortelles. Je devais les repousser pas à pas grâce à ma force et à ma technique supérieures, mais les Paladins sacrés, soutenus par les prêtres, bougeaient comme un seul homme et s’entraidaient.
Voilà pourquoi personne ne voulait se battre contre des Paladins sacrés. Ils lisaient tous mes mouvements, paraient même mes attaques-surprises parfaitement synchronisées, et je ne pouvais pas non plus les épuiser à petit feu. C’était écœurant, comme si on m’entraînait dans un combat interminable pour mieux me faire perdre.
« Ce ne sont pas des mouvements de mage. Ça va, frère ? »
« Méfie-toi… ! Cet homme voit tous mes mouvements. Il frappe dans les ouvertures de façon irrévérencieuse et sournoise, et surtout, il détourne la précognition du combat… ! »
« Il détourne la révélation du Dieu céleste ? Qu’est-ce que tu racontes ? Comment une simple créature pourrait-elle défier l’autorité accordée par le Dieu céleste ? »
« Il ne la défie pas ! Tu comprendras quand tu l’affronteras toi-même ! Cet homme… C’est un démon ! »
Les Paladins sacrés étaient pourtant de bons défenseurs, sans grand pouvoir offensif. Si je parvenais à surmonter leur précognition du combat, le reste serait facile.
Le problème, c’était que cette précognition était l’autorité du Dieu céleste. Un pouvoir devenu ordre. Le système nommé Dieu céleste, qui symbolisait le Sanctuaire lui-même.
Pouvais-je le surmonter ? Ah…
« Tenez bon, gardez la foi ! Cet homme est un démon. Ne vous laissez pas tromper. En avant ! »
« Le Dieu céleste veille sur nous ! »
Remplis de foi, les Paladins sacrés raffermirent leur détermination, se regroupèrent et avancèrent vers moi.
* * *
« Vous ne pouvez pas. »
L’intensité était une émotion qui ne naissait que lorsque les gens se battaient, s’affrontaient et créaient des frictions.
Voilà pourquoi Lankart Spendry était si détaché. La chaleur et l’intensité n’avaient rien à voir avec lui. Même face à un cardinal ayant reçu la révélation du Dieu céleste, un être dont le pouvoir et l’autorité trônaient au sommet de la pyramide, Lankart demeurait froid.
« Les droitiers ne peuvent pas envahir mon monde. La force n’y changera rien. Même si vous êtes le Dieu céleste. »
« Silence, blasphémateur ! »
Le cardinal Elton franchit des dizaines de mètres en un seul pas. Ayant reçu une révélation, le cardinal pouvait tout faire. Quand Elton posa le pied au sol, la terre se souleva pour le soutenir. Quand il prit appui, le vent le poussa dans le dos. Partout où le cardinal Elton regardait, la lumière scintillait, créant un faisceau qui l’éclairait.
La victoire du cardinal Elton était assurée. Tant que la révélation l’accompagnait, il ne pouvait pas perdre.
Mais son adversaire était Lankart Spendry.
Le Tartare, où l’on avait jeté tous les vestiges et les horreurs du royaume, tout ce qui était immonde et irrévérencieux. Les prisonniers qui y étaient enfermés avaient macéré pendant plus de dix ans, devenant toujours plus cruels tandis qu’ils se dévisageaient, prêts à se dévorer les uns les autres.
Le mage le plus puissant de l’État militaire, qui y était descendu seul, avait tué tous ceux qui lui résistaient et s’était échappé sans se presser.
Lankart Spendry.
« La plupart des gens puissants sont droitiers. »
Alors que le cardinal Elton chargeait, il se rendit compte que son corps avait, d’une manière ou d’une autre, dévié vers la droite. Il avançait bel et bien, mais la distance qui le séparait de Lankart ne diminuait pas. Comme une planète dans le système solaire, il tournait autour de lui.
Lankart lui lança un coup de main droite.
« La révélation… ! »
Le cardinal Elton avait lui aussi été moine. La précognition du combat le protégeait. Depuis qu’il était devenu cardinal, toutefois, sa vie n’avait jamais été directement menacée ; elle n’avait donc probablement pas été activée une seule fois pendant tout ce temps.
Dans l’Arcane innée de Lankart, Elton sentit la mort dans ce simple mouvement de doigt. Le voile sacré bougea de lui-même et l’enveloppa.
Une onde de choc brutale partit de Lankart, traversa le Monde de la Main droite et frappa le voile sacré. C’était comme recevoir un tir de canon. Les explosions retentirent les unes après les autres, et le corps massif du cardinal Elton fut projeté au loin comme un jouet.
Le voile sacré, déchiré et réduit en lambeaux, s’effondra. La puissance divine qui entourait Elton le rétablit, mais le choc qui avait secoué tout son corps l’immobilisa un instant.
Malgré cela, Lankart reprit la parole comme si rien ne l’avait particulièrement ému.
« À bien y réfléchir, ce n’est pas aussi écrit dans les Écritures ? Que Dieu accorde de l’importance au côté droit. »
Autrefois, les gens parlaient ainsi. La droite était considérée comme une direction heureuse, honorable et de bon augure, et la place à la droite du Dieu céleste était décrite comme la position la plus glorieuse. À l’inverse, la main gauche était parfois associée au mal et aux démons.
Il existait désormais des sectes qui interprétaient la doctrine autrement, mais le cardinal Elton répondit :
« Dieu n’a pas de limites. À gauche comme à droite, le Dieu céleste leur accorde la même valeur. La droite n’est qu’un ordre imposé par des gens stupides comme nous ! »
Dieu était absolu ; seule la foi des humains imparfaits faisait défaut. Le cardinal Elton énonça la doctrine à laquelle il croyait. Un être absolu ne pouvait pas favoriser un côté plutôt qu’un autre. Si Dieu était véritablement omniscient et omnipotent, alors la gauche et la droite seraient traitées de la même manière.
Lankart ricana.
« Dès que vous dites ça, vous avez tort. La droite et la gauche ne sont pas égales. »
« … Qu’entendez-vous par là ? »
Lankart leva tranquillement la main droite.
L’Arcane innée d’un mage était la façon dont ce mage interprétait le monde. Les mages qui analysaient le monde et cherchaient à en approcher l’origine finissaient par apprendre à y projeter leur image mentale. L’Arcane innée consistait à remplacer les règles du monde par les leurs.
Voilà pourquoi les mages disaient ceci :
Plus l’Arcane innée d’un mage était puissante, mieux ce mage comprenait les principes de ce monde.
Lankart était arrogant et insolent, mais on le traitait avec respect parce que son Arcane innée comptait parmi les plus puissantes de tout le château flottant.
Certains se demandaient quel principe pouvait bien se cacher derrière une chose aussi insignifiante que le Monde de la Main droite, mais Lankart n’en avait cure. Les paroles des idiots incapables de comprendre ne serait-ce que ce principe n’étaient pas différentes des aboiements des bêtes.
Lankart déclara avec assurance :
« Dieu est droitier. »
* * *
« Urgh, ngh ! »
« Ha… ha… »
Malgré leur réputation prestigieuse, les Paladins sacrés étaient plus habitués à la défaite qu’à la victoire.
Tout d’abord, les Paladins sacrés ne se battaient pas contre les faibles. Si leur adversaire avait la foi et se comportait avec respect, ils devenaient des frères bienveillants qui prenaient soin de lui. Ils n’affrontaient que des ennemis puissants et redoutables, tels que des scélérats, des hérétiques, la magie noire et des mystères. Ils perdaient plus de batailles qu’ils n’en gagnaient.
Les Paladins sacrés étaient meilleurs en défense qu’en attaque. Leur précognition du combat, leur pouvoir guérisseur et leur aura sacrée étaient remarquables, mais passifs. Ils pouvaient conserver l’avantage tout au long d’un combat, mais manquaient de force pour achever un ennemi.
Et même sans cela, ils ne pouvaient qu’être faibles, puisqu’ils s’en remettaient à la foi plutôt qu’à leurs propres principes. S’ils avaient vraiment été forts, ils n’auraient pas eu besoin de devenir Paladins sacrés.
Mais les Paladins sacrés ne craignaient pas la défaite. Ils avaient combattu toute leur vie pour leur foi, convaincus que même s’ils mouraient, leur sacrifice deviendrait la pierre angulaire d’un avenir nouveau.
Mais.
« Démon… ! »
Pourtant, ce jour-là, ils éprouvaient de la peur face à un homme seul.
« La révélation ne marche pas ! »
La précognition du combat ne marchait pas.
Non, elle marchait bel et bien. Mais il s’en jouait avec une facilité invraisemblable. Il avait réellement l’intention de les tuer et les poussait au bord de la mort, mais dès qu’ils le pressentaient grâce à la précognition du combat et paraient son attaque, il retirait son intention meurtrière comme si tout cela n’avait été qu’un mensonge, et saisissait une autre occasion.
L’homme, toujours affublé de son sourire indéchiffrable, soupira.
« J’ai l’air d’un démon ? C’est dur. Je n’ai encore tué personne. »
Puis il projeta soudain la tête en avant. Surpris, le Paladin sacré abattit son Épée en croix. C’était une belle entaille diagonale, digne d’un manuel, qui mettait tout son poids dans la lame épaisse.
L’homme bloqua la lame qui arrivait avec sa manche. Un simple tissu ne pouvait pas arrêter une lame enveloppée d’aura. Surmontant sa peur, le Paladin sacré renforça son coup pour trancher la manche et tout ce qu’elle recouvrait.
La lame chargée de puissance divine toucha son bras.
Elle aurait dû le toucher.
Frrt. La manche se transforma en des dizaines de cartes qui tombèrent au sol. Elles étaient faites de larges plaques d’acier. Le Paladin sacré ignorait d’où elles venaient, mais des couches et des couches de cartes bloquèrent la lame comme une armure d’écailles.
« Urgh ! »
Même si l’attaque avait heurté une armure, l’homme aurait dû en sentir l’impact. Mais l’adversaire du Paladin sacré n’avait rien de normal. Sans craindre d’être tranché, il coinça l’Épée en croix sous son aisselle, attira aussitôt le Paladin sacré à lui et brandit sa brochette. Elle jaillit comme l’éclair et se planta entre les sourcils du Paladin sacré.
Au moment où il sentit la mort approcher, la précognition du combat lui révéla son avenir. Il leva précipitamment un coude pour se couvrir le visage.
« Eh bien, ce n’était qu’une plaisanterie. Vous avez eu bien trop peur. »
Un ricanement discret suivit. À cet instant, la brochette changea de cible. Le Paladin sacré ne comprit même pas ce qui s’était passé. Il sentit un choc puissant contre son coude et, avant d’avoir pu réagir, on lui avait déjà pris son Épée en croix. D’un tour de main terrifiant, l’homme fit tournoyer l’arme et la lança derrière lui.
Il visait ouvertement les Épées en croix, à la fois foi et armes des Paladins sacrés. On aurait dit qu’il se moquait d’eux en leur demandant si leur attachement à la croix se limitait à ça.
Et pourtant, ils ne parvenaient pas à surmonter cette humiliation.
Cet homme rendait inutile la précognition du combat, le pouvoir de leur foi. Dès qu’ils réagissaient et tentaient de lui faire face, il changeait aussitôt de cible et s’en prenait à leurs Épées en croix. C’était comme s’il cherchait délibérément à renier Dieu en personne.
Non, c’était clairement son intention.
« Ne vous arrêtez pas, frère ! »
Un Paladin sacré rassembla son courage et cria :
« Cet homme veut insulter notre foi ! Ne craignez pas la mort. En avant ! Encerclez-le ! »
Avec autant d’audace que ses paroles, le Paladin sacré chargea. La révélation du combat se manifesta de nouveau. Elle lui montra la brochette fonçant vers lui, qui allait se planter entre ses sourcils.
« Une révélation de mort… ! Mais cette fois, ce sera encore une feinte ! Je ne me laisserai pas guider par la précognition du combat ! »
C’était ainsi qu’il avait agi tout du long. Chaque fois qu’ils lisaient une attaque grâce à la précognition du combat et l’évitaient, il la modifiait comme s’il s’y était attendu. Depuis le début, cette attaque n’était qu’une feinte. Il était toujours prêt à y renoncer.
Ce serait pareil cette fois-ci. Alors, ils ne suivraient pas la précognition du combat et continueraient leur assaut.
« Dieu céleste, pardonnez à ce serviteur irrévérencieux ! »
La brochette froide transperça la tête du Paladin sacré, qui avait brièvement abandonné sa foi au nom de la foi.
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