Chapitre 657
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 657 : Les papillons attirés par la flamme — 2
──────
Au moins, la délégation du Sanctuaire se montrait d’une politesse et d’une retenue exceptionnelles.
La Fédération arcanique était une terre de mages. Des lois mystiques régissaient ses territoires, et ces environnements singuliers avaient fait naître des spécialités qu’on ne trouvait nulle part ailleurs.
Le territoire de Celsius, qui partageait ses origines avec la Tour de Cristal et pouvait maîtriser la chaleur à sa guise, possédait des techniques de fabrication d’appareils magiques particulièrement avancées.
De nombreux marchands venaient donc dans le territoire de Celsius pour importer ces appareils, tout comme des bandits espérant leur tomber dessus. Des mercenaires les suivaient également, attirés par les affrontements entre les deux camps.
Pour gagner leur vie, les mercenaires devenaient parfois marchands, parfois bandits.
Ils ne pouvaient pas se battre dans les limites imposées par les familles de mages, alors ils erraient dans les districts sans rang et s’infiltraient dans les territoires dès qu’ils avaient gagné un peu d’argent. Ils n’en demeuraient pas moins l’une des forces constitutives de la Fédération arcanique.
Sans pouvoir rivaliser avec les familles de mages, les groupes de mercenaires dotés d’une certaine puissance militaire maintenaient entre eux un équilibre précaire.
Mais, récemment, un changement important avait bouleversé la structure du pouvoir chez les mercenaires.
« Du bonheur ! Donnez-moi du bonheur ! »
Un cri strident fit trembler la tente. Quelques instants plus tard, des mercenaires en sortirent en titubant, hurlant de terreur.
« Bon sang, elle recommence aujourd’hui ! »
« Elle ne vient pas de tout prendre pour elle ? Cette salope est folle ou quoi ?! »
« Allez chercher l’Apothicaire ! »
Les mercenaires détalèrent dans un vacarme de tous les diables, n’emportant que leurs objets de valeur. Ils se tenaient tous la tête et se roulaient par terre.
Un instant plus tard.
Des lignes bleues zébrèrent la tente. Dans le même temps, une entaille explosive la déchira en dizaines de bandes. Les tables et les meubles, tranchés avec la tente, s’écrasèrent au sol.
Un mercenaire qui avait échappé de peu à la mort s’apprêtait à pousser un soupir de soulagement.
« Hum. »
L’entaille n’avait rien épargné. Ni les objets, ni la tente, ni même les gens.
Un mercenaire malchanceux s’effondra, la poitrine ouverte, le sang ruisselant. Un autre, un peu plus chanceux, avait le bras fendu dans le sens de la longueur, qui pendait mollement comme du caramel étiré.
À l’intérieur de la tente, une femme aux vêtements ouverts tournoyait, un lourd sabre à la main.
Elle avait l’air ridicule, mais les dégâts qu’elle provoquait n’avaient rien de drôle. Ses coups furieux détruisaient tout ce qu’ils touchaient. Un mercenaire encore en vie resserra la jugulaire de son casque et cria :
« Cette folle… ! Pourquoi une droguée est-elle aussi forte ?! »
« Parce qu’elle a atteint un principe grâce aux drogues. »
Cette voix douce et calme n’en était que plus glaçante. Le mercenaire tressaillit et recula.
Un jeune homme se tenait à l’endroit d’où venait la voix. Il portait des vêtements noirs, mais sa peau était plus pâle que la glace.
« L’Apothicaire… ! »
L’Apothicaire jouait avec une petite fiole en parlant.
« Vous comptiez vous amuser pendant qu’elle dormait, sous l’effet des drogues. Je suis heureux de voir que vous restez fidèles à vos désirs. Mais vous auriez dû écouter mon avertissement aussi. Elle a atteint un principe. »
« C’est un mensonge… ! Comment une droguée pourrait-elle être Maîtresse ? Quel principe pourrait bien se cacher dans son escrime ?! »
« Le principe n’est pas dans son escrime. Il est dans son corps. »
Pour atteindre un principe, un artiste martial devait acquérir une longue expérience, s’entraîner avec assiduité et se forger une image mentale du pouvoir. Ce n’était qu’après s’être accordé au ciel et à la terre et avoir formé son moi qu’il pouvait toucher aux lois sous-jacentes du monde et tordre la réalité.
Les drogues ? Les élixirs ? Ou un tabou comme la Gloutonnerie ? S’appuyer sur des arts démoniaques de ce genre pouvait certes accroître sa force. Mais les pouvoirs étrangers finissaient par se mêler les uns aux autres, rendant difficile la formation d’une image mentale claire.
Les humains trouvaient toujours un moyen, pourtant.
Parmi les arts internes qualifiés de démoniaques, les arts du poison étaient les plus répandus.
On commençait par plonger une personne dans les stupéfiants. On prenait ensuite sa dépendance en otage et on la soumettait à un entraînement digne de la torture, jusqu’à ce qu’elle en vienne à compter sur les drogues pour gagner en force. Enfin, on utilisait la drogue comme déclencheur pour éveiller cette force.
Parmi ces personnes, celles qui avaient un talent exceptionnel et réagissaient bien aux drogues atteignaient parfois un principe.
Mille-pattes venimeux était l’un de ces cas.
Son principe était relativement faible : il ne faisait qu’améliorer ses capacités physiques tant que les drogues circulaient dans son organisme. Un principe restait néanmoins un principe.
« Moi aussi, je venais du Royaume, alors je me faisais de vagues illusions sur les Maîtres. La voir a achevé de les briser. Peut-être que les principes ne sont pas si impressionnants, si même les drogues peuvent les submerger. »
L’Apothicaire secoua la tête en regardant Mille-pattes venimeux au loin.
Une entaille fila alors brusquement vers lui.
L’Apothicaire se cambra avec souplesse, presque comme un mollusque, et l’évita.
« Aaah ! »
Le mercenaire, lui, n’était pas aussi souple. L’entaille qui avait manqué l’Apothicaire lui trancha une oreille. Celui-ci se tourna vers le mercenaire hurlant.
« Vous, en revanche, m’intriguez davantage. Les mercenaires sont peut-être impulsifs, mais vous avez essayé de mettre la main sur une femme pareille. Vous ne sentiez pas la mort approcher ? »
Le mercenaire, qui se tenait l’oreille en sang, haletait et cria :
« Bon sang, c’est parce que tu t’amuses avec cette femme tous les jours ! Laisse-nous aussi nous amuser avec la tienne. Ce n’est pas comme si elle allait s’user ! »
« Ma femme ? »
Le mercenaire venait de dire quelque chose qu’il aurait mieux fait de taire, mais l’Apothicaire s’attarda sur un autre détail. Il l’empoigna par le col. Maigre et doté de l’air d’un érudit fragile, il souleva pourtant sans effort le grand gaillard, avec une force monstrueuse.
« Écoute bien. Elle n’est pas de mon goût. Elle est trop en bonne santé. J’aime les femmes fragiles, qui semblent pouvoir rendre leur dernier souffle d’un instant à l’autre. J’aime celles qui, au seuil de la mort, me murmurent leur amour dans un râle. J’aime les femmes pâles et délicates, qui semblent pouvoir se briser au moindre contact. »
La terreur emplit les yeux du mercenaire. Perdu dans ses rêveries, l’Apothicaire le maintint en l’air et se lamenta :
« Le problème, c’est que les femmes de ce genre meurent trop vite. Même si la mort les rend parfaites, cet instant est beaucoup trop bref. Je suis tombé amoureux de plus de vingt-sept femmes, et elles m’ont toutes quitté, sans exception. »
« Hum… F-fou… »
« Le sang des vampires aurait peut-être permis de surmonter cela… Mais dès qu’on leur promet l’immortalité, elles cessent d’être fragiles. J’ai compris ce dilemme trop tard. L’État militaire m’avait déjà piégé et fait entrer à Tartare… »
Kuram, autrefois surnommé l’Apothicaire, avait été le plus grand maître du poison du Royaume et un tueur en série. Ses méthodes étaient si cruelles et horrifiantes que même l’État militaire avait jugé qu’il ne pouvait pas l’utiliser et l’avait emprisonné à Tartare.
Ayant fini sa lamentation, Kuram sourit calmement.
« Malgré tout, ce n’était pas si mal. Cela m’a donné l’occasion de comprendre mon cœur. Les adieux sont douloureux, mais je porterai toute cette peine en moi et continuerai à chercher l’amour… »
Du sang et des entrailles s’écoulèrent devant l’homme qui marmonnait. L’Apothicaire pencha la tête.
Le sang gouttait de la moitié inférieure manquante du mercenaire.
Le coup de la femme l’avait coupé en deux. Du sang coulait de sa bouche tandis que son corps tremblait. Kuram l’observa tranquillement et dit :
« Oh. Je commence à t’aimer bien. »
Mais cet instant fut bref, lui aussi. Le mercenaire rendit son dernier souffle. L’Apothicaire contempla le corps avec tendresse, puis le jeta de côté comme s’il s’en était lassé.
Ce qui plaisait à l’Apothicaire, c’étaient les gens juste avant leur mort, pas les morts.
Après qu’il eut jeté le mercenaire, Mille-pattes venimeux tituba vers lui. Elle fit deux pas en avant, un en arrière, puis trois de chaque côté avant de l’atteindre et de s’accrocher à lui comme pour l’étreindre.
« Kuram. Je n’ai plus de bonheur. Vite, donne-moi du bon-heur… Donne-moi quelque chose qui fait du bien… »
« Hélas… Si tu en as besoin, je t’en donnerai. Écoute-moi pendant que tu le prends. »
Sans la moindre hésitation, l’Apothicaire enfonça une seringue dans la veine de Mille-pattes venimeux.
Son visage s’illumina aussitôt d’extase, et un gémissement ardent lui échappa, comme si elle avait atteint l’orgasme. Son corps, libéré de toute maîtrise, tressautait et frémissait de plaisir tandis que l’Apothicaire lui murmurait à l’oreille :
« C’est une lettre de Lankart. »
À mesure que la drogue se diffusait dans son corps, Mille-pattes venimeux retrouva peu à peu ses esprits. Son regard s’éclaircit et elle parut intriguée.
« Hé… Ça faisait longtemps. Presque depuis qu’on a quitté Tartare. Qu’est-ce qui se passe ? »
« Il y a un Dieu démoniaque au sommet de la tour. La lettre dit qu’on peut le prendre si on le veut. »
« Un Dieu démoniaque ? »
« Ah, tu ne sais rien. Pour faire simple, c’est un mystère du même genre que l’Abîme. »
« Héhé… »
Curiosité, intérêt, colère et haine.
Les yeux de Mille-pattes venimeux étincelèrent à mesure qu’elle reprenait ses esprits. Elle pressa la seringue vide contre son corps, encore et encore. Après s’être frottée à elle jusqu’à en tirer la moindre goutte, elle se lécha les lèvres et demanda :
« Si on l’obtient, on pourra détruire l’État militaire ? »
« Je ne peux pas l’affirmer, puisque je n’en sais rien non plus. Mais sans ça, tu ne pourras rien accomplir avec ta seule force. »
Deux criminels autrefois emprisonnés à Tartare : l’Apothicaire et Mille-pattes venimeux.
Leurs capacités étaient singulières et ils étaient juste un peu trop utiles pour qu’on les élimine simplement parce qu’ils avaient commis des crimes. L’État militaire les avait enfermés à Tartare, se disant qu’il pourrait peut-être les employer un jour. C’était une erreur de jugement.
Les humains avaient des émotions. L’irritation et la rage des prisonniers avaient mûri au cours d’une longue détention sous terre.
« Je me demande à quel point l’État militaire sera magnifique juste avant de mourir. »
La plupart des criminels enfermés à Tartare s’étaient affrontés et avaient péri. Quelques survivants s’étaient rebellés contre Lankart et avaient été déchiquetés.
Seuls ces deux prisonniers de Tartare avaient survécu. Suivant les ordres de Lankart, ils étaient venus dans la Fédération arcanique, étaient devenus mercenaires et avaient nourri leur haine de l’État militaire.
La survie était synonyme de force. La malveillance, concentrée sous cet Abîme comme du venin macéré dans une jarre à poison, visait l’État militaire…
« Hmm~. »
L’un des mercenaires tombés leva discrètement la tête.
Ce mercenaire avait été un homme baraqué à l’allure féroce. Mais à présent, c’était une femme au visage espiègle. Vêtue de vêtements beaucoup trop grands pour elle, elle se changea en marmonnant :
« Ces deux petits criminels ne mettront pas vraiment l’État militaire en danger~. Mais ce n’est pas bien de remettre ses devoirs à plus tard, hein ? Je suis vraiment une bourreau de travail~. »
Pourtant, tant que les deux restaient ensemble, même Hilde aurait du mal à intervenir. Séparément, ils étaient tous les deux des ratés pleins de défauts et de conditions particulières ; ensemble, ils compensaient parfaitement leurs faiblesses respectives.
Après un instant de réflexion, Hilde haussa les épaules, comme si elle n’avait pas le choix.
« Je n’ai qu’à les attendre au moment où ils graviront Babel~. Eh bien, j’ai maintenant une raison de monter moi aussi à la Porte du Dragon. »
Sa décision prise, Hilde fredonna en sortant de la tente, désormais transformée en mare de sang. Elle passa devant les cadavres entassés sans faire le moindre cas de ce qui l’entourait.
« Le travail est terminé. Je devrais aller demander à Père de me soigner~. »
La relique sacrée de Saint Rene, la relique du Dieu démoniaque.
Des centaines de personnes accouraient, attirées par ce prix tentant.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>