Chapitre 656
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 656 : Les papillons attirés par la flamme - 1
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Saint Rene était une missionnaire légendaire, mais aussi une grande magicienne qui avait apporté l’étincelle de la magie dans ces terres glaciales du Nord.
Mais avant tout cela, Saint Rene avait été une sainte.
L’une de celles qui avaient sauvé cette époque des ténèbres, comme l’avait prédit la Sainte Vierge, qui voyait tous les avenirs.
Une grande figure qui avait fait le bien, répandu la vertu et chassé le mal que l’humanité avait déversé sur le monde.
Une humaine devenue une singularité de l’Histoire.
Saint Rene.
Ses exploits avaient été transmis dans des hymnes, le tissu qu’elle avait porté avait été scellé comme un saint suaire, et son corps avait été déposé dans un cercueil sacré. Cette sainte qui avait consacré sa vie au monde était respectée de tous après sa mort.
Le Sanctuaire rassemblait ce que les saints avaient laissé derrière eux. C’était à la fois un devoir et une promesse : honorer leurs pas, célébrer leurs accomplissements aux quatre coins du monde et faire en sorte qu’ils vivent à jamais dans le cœur des fidèles, même après leur mort. C’est ainsi qu’on enseignait à tous à suivre leur exemple.
Pourtant, le Sanctuaire n’avait pas encore obtenu la chose la plus importante que Saint Rene avait laissée derrière elle.
Une relique sacrée.
Le pouvoir que Rene avait laissé derrière elle.
« C’est un affront à Dieu ! Faire d’une relique sacrée de sainte un prix à gagner ! »
Le cardinal Elton abattit la main sur la table, furieux. Sa colère était avant tout religieuse et politique ; elle devait donner une justification rationnelle à la décision qu’il prendrait ensuite.
« La délégation a forcément réclamé officiellement sa restitution. Pourtant, le Roi démoniaque n’a même pas répondu. C’est un acte d’hostilité envers Dieu, la Sainte Vierge et les fidèles ! »
En vérité, le cardinal n’avait jamais mis les pieds dans le château flottant. Sa prétendue délégation se composait de quelques prêtres et d’une dizaine de chevaliers sacrés qui escortaient le cardinal. Mieux que quiconque, le cardinal Elton savait combien il était embarrassant de se prétendre une délégation quand ils ne pouvaient que suivre le château flottant à la trace.
Malgré tout, ils devaient le faire.
Le Sanctuaire devait récupérer la relique sacrée de Saint Rene.
« Saint Rene a servi tous les peuples durant sa vie et a rendu son dernier souffle dans les bras de la Sainte Vierge ! Elle a mis les Écritures en pratique, sauvé les innocents et pris soin des faibles ! Ce n’est pas le Roi démoniaque qui a créé et façonné les terres de la Fédération arcanique. C’est Saint Rene ! »
Saint Rene était une sainte. C’était un fait évident, ni exagéré ni minimisé. Elle avait toujours emporté les Écritures avec elle et agi selon les paroles de la Sainte Vierge.
Le Sanctuaire avait raison de prendre les affaires de Rene et de les sceller comme des reliques sacrées. Le cardinal Elton n’était pas le seul à le penser : tous les fidèles partageaient cette conviction.
« Le Roi démoniaque devrait rendre les affaires de Saint Rene ! Pourtant, il reste muet et agit à sa guise ! »
C’était pourquoi le Sanctuaire adressait régulièrement au Roi démoniaque des demandes officielles de restitution. Si elles continuaient encore aujourd’hui, c’était bien parce que le Roi démoniaque n’y avait jamais donné la moindre réponse.
Un prêtre leva timidement la main pour poser une question.
« Votre Éminence, les Écritures disent que les épreuves ont leur raison d’être, mais cela concerne notre cheminement spirituel, pas la réalisation de changements concrets. Puisque nous ignorons les trajectoires célestes, nous ne pouvons pas atteindre le château flottant. N’est-il pas vain de continuer à présenter des requêtes si personne ne peut les entendre ? »
On ne pouvait atteindre le château flottant sans connaître la magie de gravité et ses coordonnées spatiales, appelées les trajectoires célestes.
Or, la délégation du cardinal avait seulement couru partout au sol, à la poursuite du château flottant qu’on distinguait au loin. Aux yeux du jeune prêtre, leur conduite semblait absurde.
Le cardinal y réfléchit un instant, puis décida de réprimander sévèrement le prêtre.
« Vous ne connaissez qu’une seule chose et êtes incapable de voir plus loin ! La lumière qui éclaire le monde est partout. La lettre de la délégation a déjà été remise au Roi démoniaque. Nous attendons sa réponse ! »
« Pourtant, nous n’avons même pas encore aperçu l’ombre du Roi démoniaque. »
« C’est vrai. Mais la volonté du Dieu céleste est partout, jusque près de celui qui ose se faire appeler le Roi démoniaque. Le message a été transmis, et nous attendons sa réponse. »
« J’étais trop ignorant pour m’en rendre compte. Mais on dit que le Roi démoniaque manipule l’espace à sa guise, apparaissant et disparaissant sans laisser de trace. Comment est-ce possible ? »
« C’est grâce à la Sainte Vierge. »
Le cardinal n’aurait jamais prétendu à tort que c’était grâce à la Sainte Vierge. Et puis, si le Roi démoniaque avait utilisé le pouvoir de la Sainte Vierge, lui transmettre un message avait dû être facile.
Ses doutes dissipés, le jeune prêtre s’émerveilla de cette grâce, fit le signe de croix et se retira. Le cardinal Elton lui lança un regard réprobateur, comme il se devait, puis reprit la parole.
« Pourtant, le Roi démoniaque est d’une arrogance et d’une obstination sans bornes. S’il est descendu parmi nous, il devrait répondre à notre demande ! Qu’il la refuse ou l’accepte, n’est-il pas simplement poli de nous donner une réponse ? »
« C’est exact. »
« C’est un blasphème envers Dieu et un manque d’égards envers nous. »
« Même si nous condamnons le Roi démoniaque, personne ne dira que nous sommes allés trop loin. »
Tous les prêtres qui s’étaient joints à cette condamnation le savaient.
Le Roi démoniaque ne leur accorderait pas le moindre regard.
C’était comme une pièce soigneusement mise en scène. Depuis cinquante ans, le Sanctuaire réclamait régulièrement la restitution de la relique sacrée. Pendant tout ce temps, d’innombrables prêtres et pèlerins avaient suivi le chemin autrefois emprunté par Saint Rene et condamné le refus de la rendre.
À leur grande surprise, beaucoup étaient de leur avis, car Saint Rene avait été une missionnaire respectée de tous. Après avoir ainsi gagné le soutien du public, le Sanctuaire s’était empressé de s’en servir pour réclamer la restitution de la relique.
Mais ils pouvaient bien crier tant qu’ils voulaient dans le Royaume inférieur : leurs voix ne parviendraient pas jusqu’au château flottant. Peu importait le délire des imbéciles, personne ne les écouterait.
Tant qu’ils n’auraient aucun moyen d’atteindre le château flottant, le Sanctuaire ne serait qu’une créature insignifiante du Royaume inférieur.
La présence du Roi démoniaque dans le domaine des cieux, le royaume du Dieu céleste que servait le Sanctuaire, avait porté un sérieux coup à son orgueil.
Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était échanger ces paroles rebattues et panser un peu leur amour-propre blessé.
« Hum ? Si notre message a été transmis et que le Roi démoniaque a agi de la sorte… »
Ce ne fut qu’alors que le cardinal aborda le véritable sujet, bien trop tard.
« Ne pourrions-nous pas considérer son ordre de gravir Babel et de récupérer la relique comme une réponse ? »
Le changement de cap était inattendu. Les prêtres oublièrent les répliques qu’ils avaient préparées dans leur tête. Après un instant d’hésitation, le jeune prêtre demanda :
« Votre Éminence, mon cheminement spirituel est encore insuffisant, aussi ne comprends-je pas ce que vous voulez dire. »
« Nous sommes une délégation, mais aussi des pèlerins. Nous ne faisons que suivre le chemin qu’a emprunté Saint Rene. Nous ne nions ni ne portons atteinte à quoi que ce soit qui appartienne à la nation appelée Fédération arcanique. »
C’était tout naturel.
Le vaste pouvoir du Sanctuaire reposait sur la conviction qu’il n’en ferait pas mauvais usage. Aux yeux des dirigeants de toutes les nations, le Sanctuaire était une organisation qui se contentait, de temps à autre, d’exprimer de profonds regrets.
C’était pourquoi les souverains n’imposaient aucune restriction aux pèlerins et aux prêtres qui traversaient leurs territoires. Le clergé avait gagné sa liberté en se tenant à l’écart de la politique. C’était la récompense d’une longue tradition que les prêtres avaient respectée.
Le cardinal ne faisait pas exception. Il ne réclamait que la restitution de la relique sacrée et n’entreprenait rien de plus. C’était pourquoi les familles de mages et le château flottant les avaient laissés tranquilles.
Mais à présent, il comptait mettre un peu à l’épreuve cette règle tacite.
« Après avoir enduré les épreuves de l’ascension de la Tour de Babel, nous réclamerons la relique sacrée. Ce n’est ni une invasion ni une manœuvre politique, et encore moins une ingérence dans les affaires intérieures. Nous ne ferons que l’obtenir loyalement par le moyen que le Roi démoniaque nous a indiqué. »
Il n’y avait aucune raison de laisser passer l’occasion d’obtenir la relique sacrée alors qu’elle se présentait à eux. D’ailleurs, même s’ils ne le montraient pas, les membres de la délégation étaient furieux. Ils feraient n’importe quoi pour mettre la Fédération arcanique dans l’embarras.
« Alors… ! »
« Excellente idée. Les chevaliers sacrés n’auront aucun mal à atteindre le sommet de Babel. »
« Nous qui sommes sous la protection du Dieu céleste ne nous égarerons pas. »
Gravir la Porte du Dragon ne signifiait pas qu’ils devaient devenir des mages du château flottant. Il leur suffisait de profiter du fait que le Roi démoniaque avait abaissé Babel, de l’escalader et de s’emparer de la relique sacrée.
Même si la Porte du Dragon était une mêlée chaotique où toutes sortes de gens se battaient, ce n’était malgré tout qu’une foule désordonnée. Si les chevaliers sacrés entraient en scène, les gens se demanderaient comment le Sanctuaire avait pu se contenir alors qu’il disposait d’une telle force.
« Je monterai moi aussi. »
« Pardon ?! »
Le cardinal enfonça alors le dernier clou.
Le cardinal Elton se leva. Sa cape blanche glissa de ses épaules, dévoilant son torse imposant. Même sous l’épaisse robe sacerdotale, sa force se dégageait avec une présence exceptionnelle.
« Moi aussi, je suis les pas de Saint Rene. Comment pourrais-je laisser les chevaliers sacrés s’en charger seuls et rester ici ? »
Il était âgé, mais pas affaibli. On ne pouvait accéder au rang de cardinal qu’après avoir fait ses preuves en matière de force et de foi. Si le cardinal Elton pouvait endurer un long pèlerinage à travers les terres du Nord, ce n’était pas sans raison.
Pourtant, le rang de cardinal était trop important pour qu’il agisse en personne. Les chevaliers sacrés, particulièrement choqués, tentèrent de l’en dissuader.
« Vous ne pouvez pas ! Ce n’est pas un endroit où Votre Éminence devrait se rendre ! »
« Je vous en prie, restez ici. Nous ramènerons la relique sacrée là où est sa place. »
« J’ai entendu dire que la mission compte un prêtre particulièrement compétent. Quelqu’un qui connaît bien la situation de la Fédération arcanique nous serait certainement utile. »
Le cardinal Elton se plongea dans ses pensées. Cela ne dura pas longtemps. Bientôt, il prit un air contrarié et réprimanda le prêtre.
« Assez. Même si retrouver la relique sacrée est important, chacun a son rôle à jouer. Comment pourrions-nous nous servir de quelqu’un qui accomplit son devoir à la place qui lui revient ? »
« Mais… »
« J’ai dit assez ! Ce sont des gens qui perpétuent la volonté de Saint Rene, font d’innombrables sacrifices de leur plein gré et servent cette terre ! Vous comptez vous servir d’eux ? Que les choses se passent bien ou mal, une telle personne ne pourra plus rester ici ensuite ! Cessez vos sottises et préparez-vous à gravir Babel ! »
Ses paroles fermes ne laissaient aucune place au compromis. Le prêtre baissa la tête et se retira.
Mais, au bout du compte, ces paroles parviendraient jusqu’à Casas.
Missionnaire Casas ne les aiderait que dans la mesure qu’il jugerait convenable.
Le cardinal Elton le savait lui aussi. Mais il fit délibérément semblant de l’ignorer.
Tout suivrait son cours naturel, dans le sens des intérêts du Sanctuaire.
Notes :
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