Chapitre 651
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 651 : Personnification du silex
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Pour voir le bon côté des choses, la présence d’un espion parmi nous n’était pas une mauvaise nouvelle en soi. Cela signifiait que les agissements du Temple du Dieu démoniaque étaient assez sensibles et importants pour justifier une telle surveillance.
Bien sûr, puisque je pouvais lire les pensées, peu importait le nombre d’espions.
La vraie question était de savoir si le Temple du Dieu démoniaque était digne de confiance, puisqu’il n’était même pas capable de démasquer un seul espion.
« On dirait que le Seigneur Johannes ne m’accueille pas à bras ouverts. »
« Johannes est un fondamentaliste. Ils pensent que faire progresser la magie est le moyen le plus rationnel et le plus approprié d’atteindre le Dieu démoniaque. Johannes n’accueillera pas volontiers des étrangers comme Shei ou toi dans ses affaires. »
« Tu crois que je peux m’entendre avec eux ? »
« Ce n’est pas grave si tu n’y arrives pas. »
« Pardon ? »
La Maîtresse de la Tour rouge sourit d’un air rassurant.
« Sans conflit, pas de progrès. Les flammes jaillissent des frictions. Peu importe ce que Johannes pense ou manigance, même si cela nous oppose ! Ces frictions attiseront les flammes, qui s’élèveront et donneront naissance à quelque chose que le monde n’a encore jamais vu ! »
Elle ignorait que le Seigneur Johannes était un espion. En fait, elle se fichait tout simplement de l’attitude qu’il pouvait adopter.
C’était le genre d’arrogance que seuls les êtres absolus pouvaient se permettre. Cela dit, vu son Arcane innée et sa maîtrise de la magie, cette attitude lui allait bien.
« C’est pour ça que tu te rebelles contre le Roi démoniaque ? Pour créer des frictions ? »
Mes paroles sous-entendaient une question : en était-elle vraiment capable ?
Hwaran Fahrenheit était la Maîtresse de la Tour rouge, assez puissante pour faire fondre à elle seule toute la glace de la famille Celsius. Pourtant, elle faisait pâle figure face au Roi démoniaque. Pouvait-elle vraiment le vaincre et trouver ce Dieu démoniaque ?
« Une rébellion ? En serait-ce vraiment une ? »
« Pardon ? »
L’assurance de la Maîtresse de la Tour rouge s’effaça un instant. À sa place brûlait un désir ardent.
« Dans le château flottant, rien n’échappe au Maître. Il sait ce qu’est le Temple du Dieu démoniaque et tout ce que nous faisons. Cette conversation lui parvient peut-être même en ce moment. »
Pas à cause de l’espion… ?
Le pouvoir du Roi démoniaque était la maîtrise de l’espace. Il ne s’était pas encore dévoilé dans toute son ampleur, mais, pour une raison ou une autre, il avait beaucoup en commun avec les reliques de Rene. Non, on pouvait même dire qu’ils étaient identiques.
N’était-ce pas le Roi démoniaque qui avait offert son Coffre d’héritage à la famille Celsius, à l’origine ? Il avait peut-être le pouvoir d’interférer avec la Bourse de Rene.
S’il pouvait user sans retenue d’une telle magie spatiale, il serait presque tout-puissant, l’égal d’un dieu.
« Mais est-ce que cela a de l’importance ? Douter et explorer, voilà le devoir d’un mage. Un mage doit démanteler les mystères et les façonner en briques pour bâtir une tour. Le souhait de toute une vie, pour un mage, c’est de construire cette tour jusqu’à ce qu’elle atteigne les étoiles ! C’est aussi ce que souhaite le Maître ! »
« Le Roi démoniaque veut donc que les gens se rebellent contre lui ? »
« Le Maître protège le Dieu démoniaque, mais il autorise toutes les tentatives pour le trouver, car il souhaite que quelqu’un le défie et s’empare du Dieu démoniaque ! Ce n’est pas une rébellion ! C’est accomplir la volonté du Maître ! »
Son raisonnement comportait quelques raccourcis assez vertigineux, mais il n’était pas entièrement dénué de logique.
Quand le Maître de la Tour cyan, le Maître de la Tour verte et le Maître de la Tour noire s’étaient disputés pour des broutilles, le Roi démoniaque ne les avait pas arrêtés. Il avait plutôt isolé l’espace autour d’eux et les avait laissés se déchaîner sans craindre d’entraîner d’autres personnes dans leur querelle.
En y réfléchissant…
« C’est peut-être toi qui accomplis le mieux la volonté du Roi démoniaque, Maîtresse de la Tour rouge. Plus un adversaire est tout-puissant et redoutable, plus la rébellion a de valeur. »
La Maîtresse de la Tour rouge entendit mon murmure et m’adressa un grand sourire avant de me serrer soudain dans ses bras. Même dans ces contrées du nord, la Maîtresse de la Tour rouge, vêtue de façon si légère, était brûlante. Littéralement.
« Exactement ! Roi de l’Humanité, celui qui accepte et comprend toute l’humanité. Tu me comprendras sûrement. Et tu m’aideras ! Tu n’as pas le choix. Toi… »
« Attends, tu es beaucoup trop près ! »
Shei coupa la Maîtresse de la Tour rouge en s’interposant. Elle accourut, m’arracha à ses bras et la foudroya du regard.
« Nous avons accepté d’aider le Temple du Dieu démoniaque pendant quelque temps, mais ne fais pas comme s’il était à tes ordres ! »
Shei me repoussa sans effort, mais la Maîtresse de la Tour rouge ne bougea pas d’un pouce. Une étrange résistance l’enveloppait.
La force physique de Shei dépassait ce qu’une personne ordinaire pouvait supporter. Même si la Maîtresse de la Tour rouge avait l’air robuste et en pleine santé, elle restait une mage. Elle n’aurait pas dû pouvoir résister à la force d’une adepte du qi, mais quelque chose l’entourait.
La Maîtresse de la Tour rouge tint bon, promena son regard de Shei à moi, puis renifla.
« Shei. Tu n’as jamais été aussi passionnée depuis que tu as accepté d’aider le Temple du Dieu démoniaque. Jusqu’ici, tu ne faisais que t’appuyer contre le mur en regardant, non ? »
« Je n’avais tout simplement rien à dire. »
« Et maintenant, tu as quelque chose à dire ? C’est bon signe. Amener Hughes ici en valait la peine, ne serait-ce que parce qu’il a éveillé ta passion. »
« Quoi ? La passion, tu parles… Ce n’est pas comme si je m’en souciais. C’est juste que je n’aimais pas te voir entraîner mon cama… enfin, mon compagnon là-dedans. »
Shei répondit en essayant de croiser les bras, mais la Frontière d’inversion céleste l’avertit. Elle dégaina aussitôt Chanteciel.
Des flammes déferlèrent sur nous. Une lumière ardente et une chaleur brûlante se répandirent dans un espace où rien ne pouvait prendre feu.
La combustion consistait à scinder et à décomposer la matière pour en extraire de force la lumière et la chaleur qu’elle renfermait. Une fois allumée, une flamme engendrait d’autres violences et se propageait aux alentours. Les flammes qui continuaient de brûler jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à consumer étaient destructrices, violentes, et même conquérantes.
Pourtant, ironiquement, il fallait d’abord détruire pour que la destruction commence. Il fallait créer une étincelle au tout début avant de pouvoir allumer d’autres feux. Le feu avait besoin du feu. Voilà le paradoxe.
Peut-être le monde entier n’était-il pas embrasé parce qu’il ne pouvait surmonter ce paradoxe.
Le monde de la Maîtresse de la Tour rouge était différent.
Arcane innée, Jardin d’Ignition.
Un jardin où le feu s’épanouissait comme des fleurs. Dans ce monde, toute chose pouvait s’embraser à n’importe quel instant, sans même avoir besoin d’une étincelle pour s’allumer.
« Technique de l’Épée céleste, Tranche du vide ! »
La poussière réagit à l’énergie magique et s’embrasa. Shei abattit aussitôt Chanteciel. L’espace comprimé fendit l’air lui-même, et la lame de Chanteciel s’illumina comme si elle avait pris feu.
Cette résistance ! Ce serait… !
Chanteciel était trop tranchante pour être maniée dans le Jardin d’Ignition. Même le minuscule frottement produit par la lame en tentant de fendre l’espace semblait de trop ; des explosions localisées éclosaient le long de Chanteciel comme des fruits.
« Comme je le pensais. La Bourse de Rene que tu possèdes est particulière ! Elle diffère de celle du Maître ! »
Le Jardin d’Ignition devenait plus puissant à mesure qu’on s’approchait de la Maîtresse de la Tour rouge, et même l’énergie magique qui enveloppait son corps s’embrasa rapidement. Comme une météorite qui prend feu en entrant dans l’atmosphère, tout ce qui s’approchait d’elle heurtait son énergie magique et explosait.
Avec son Arcane innée activée, la Maîtresse de la Tour rouge portait en quelque sorte une armure faite de bombes.
La Maîtresse de la Tour rouge, qui avait allumé des flammes dans l’air, fixa l’arme dans la main de Shei.
« On ne peut pas sortir une bourse de l’intérieur de la Bourse de Rene. Toutes les Bourses de Rene existent sur le même plan. Malgré leur nom, elles ne font que diviser un espace en compartiments distincts. Mais ta bourse existe sur un plan plus profond. »
Son regard, qui fouillait les secrets, analysa Chanteciel. Shei resserra instinctivement sa prise.
Chanteciel est une relique sacrée du Sanctuaire, pas de la Fédération arcanique. C’est la clé qui mène à la Carte de Rene, la véritable relique de Saint Rene… ! Merde, il ne faut surtout pas que le Temple du Dieu démoniaque s’en aperçoive ! Tout ça, c’est la faute de Hughes !
En quoi était-ce ma faute ? Si on cherchait bien, c’était plutôt la sienne. Elle avait en sa possession la clé qui menait à la relique de Saint Rene, sans jamais y avoir pensé jusqu’à maintenant ?
Bon, ce n’était plus très important.
« Toutes les pièces sont réunies. L’occasion est parfaite, tout s’emboîte comme si c’était trop beau pour être vrai. Vous deux êtes les pièces dont nous avions le plus besoin. Si nous ne saisissons pas cette occasion maintenant, elle ne se représentera jamais. »
Les flammes qu’elle avait projetées plus tôt n’étaient qu’une salutation. Sans se laisser troubler par l’hostilité tranchante de Shei, la Maîtresse de la Tour rouge pivota d’un geste décidé et marcha jusqu’à une cheminée. Elle y alluma un feu.
« Roi de l’Humanité. Et toi, Shei. Notre objectif, c’est le Dieu démoniaque. Le vôtre aussi, n’est-ce pas ? Servez-vous les uns des autres, unissez-vous ou marchez-vous dessus, et frayez-vous un chemin vers le sommet. Réclamons le Dieu démoniaque au sommet de la Tour de Babel ! »
Au-delà de la cheminée s’étendait un paysage rouge. Je n’y étais jamais allé, mais il s’agissait sans doute de la Tour rouge. Voyager en un instant du territoire des Celsius au château flottant… Toutes les reliques de Rene étaient stupéfiantes.
Il y avait une raison pour laquelle le Temple du Dieu démoniaque recherchait Rene. On ne pouvait ignorer des artefacts aussi importants et puissants.
« Désormais, tu pourras me contacter par cette cheminée. C’est la mienne et je la garderai allumée pour le moment ; viens me voir quand tu en auras besoin. Même s’il n’y a aucun problème, ça me va. Je trouverai toujours du temps pour vous deux. »
Alors, l’allumer suffisait à ouvrir la connexion. C’était inhabituel.
Ah. Il me restait une question à poser avant son départ. Je retins la Maîtresse de la Tour rouge, qui était déjà à moitié dans la cheminée.
« Attends. Il y a encore une chose qui m’intrigue. »
« Ne fais pas durer le suspense. Demande, je te dirai tout ce que je sais. »
Rencontrer ainsi une figure centrale du Temple du Dieu démoniaque était une sacrée chance, mais cette rencontre n’avait rien eu de naturel.
J’avais lu ses pensées, mais je voulais en avoir le cœur net. Je posai donc la question à la Maîtresse de la Tour rouge.
« Pourquoi moi ? “Grande Sœur” était là aussi. »
« Grande Sœur » désignait le Roi de l’Humanité.
Ce pouvoir était bien réel. La Maîtresse de la Tour rouge, comme n’importe quel autre mage, l’aurait reconnu dès qu’elle l’aurait aperçue, même de loin. Le Roi de l’Humanité était réel. Elle était véritablement revenue.
En général, il ne naissait qu’un seul Roi des Bêtes par époque. Si « Grande Sœur » était authentique, l’attention et les soupçons dirigés contre moi auraient naturellement dû retomber.
Pourtant, la Maîtresse de la Tour rouge m’avait désigné dès le début comme le Roi de l’Humanité, comme si elle avait toujours su qu’il y en avait deux.
La raison, c’était…
« Au sommet de l’Arbre de l’Origine repose quelque chose que Nevida chérit de tout son cœur. Le Roi de l’Humanité d’un passé lointain, mort à une époque où l’humanité était encore composée d’hommes-bêtes. Celle que tu appelles “Grande Sœur” doit être cette personne. Vous vous êtes comparés à des frères et sœurs parce que vous êtes tous deux des Rois de l’Humanité ? »
Ce n’était pas le genre de chose qu’on pouvait apprendre par ouï-dire. Je demandai avec précaution :
« Puisque tu en parles, toi aussi… »
« C’est exact. Moi aussi, j’ai attendu le Roi. Je connais le souhait que Nevida chérit depuis si longtemps. »
La Maîtresse de la Tour rouge faisait partie des Seigneurs de toute la Création. Elle comptait parmi ceux qui avaient ardemment attendu le Roi de l’Humanité et œuvré pour le retrouver.
Nevida était un Dieu démoniaque vivant, et le Temple du Dieu démoniaque étudiait les Dieux démoniaques. Il n’était donc pas étonnant qu’ils aient pu entrer en contact.
Ce que je voulais savoir, en revanche, c’était pourquoi elle m’avait choisi, moi, plutôt que « Grande Sœur ».
« Un Roi faible à proximité aura davantage besoin de moi qu’un Roi puissant au loin. »
En bref, j’étais faible. Si leurs fonctions étaient les mêmes, elle choisirait celui qui serait le plus facile à gérer.
Franchement. Il y avait des limites à l’honnêteté.
Après ces explications, la Maîtresse de la Tour rouge se tut un instant, pensive, puis reprit :
« Ce n’est que mon avis personnel, alors ne le prends pas trop au sérieux. Je trouve un Roi comme toi, absorbé et consumé par quelque chose, bien plus attachant qu’un Roi absolu, détaché de tout. »
« Pardon ? »
« Quoi ? »
Ça sortait de nulle part. Ne prenait-elle jamais la peine de réfléchir avant de choisir ses mots ?
La Maîtresse de la Tour rouge poursuivit sans se soucier de nos réactions, à Shei et à moi.
« Tu cherches quelque chose. Tu avances vers une destination. Les pas qui vont de l’avant ne tombent pas. Ils heurtent ce qui les entoure et provoquent des changements. Même si elle s’éteint rapidement, je trouve belle une flamme qui consume son propre corps. »
« On dirait bien le genre de chose qu’une Fahrenheit dirait. »
« Oui. Fahrenheit. Ma patrie, belle et brillante, qui a fini en cendres précisément pour cette raison. Comme cet endroit. »
La Maîtresse de la Tour rouge se tenait immobile, le regard lointain et rêveur. Shei, qui s’impatientait depuis un moment, lança à la Maîtresse de la Tour rouge, toujours à moitié dans la cheminée :
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu as dit que tu étais occupée. Allez, file ! »
« Ah, c’est vrai. À bientôt. »
La Maîtresse de la Tour rouge me fit un clin d’œil, puis disparut dans la cheminée.
Comme une étincelle.
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