Chapitre 65
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 65 : La Progenitrice marionnette et le désagréable spectacle de marionnettes (2)
──────
Bon. Qu’allais-je faire ?
Comment étais-je censé expliquer ça ?
Non, avant même de pouvoir expliquer quoi que ce soit, j’ignorais comment exprimer ce sentiment misérable.
Je me frottai le visage d’une main et marmonnai :
« Je vous avais clairement prévenue, stagiaire Tyrkanzyaka. Je vous ai dit de vous méfier des étrangers qui vous abordent avec de belles paroles. Ils pourraient chercher à vous prendre quelque chose. »
Je lui avais enseigné, montré, mis en scène, et je l’avais même taquinée sans relâche. Pourtant, rien n’y avait fait.
Sinon, elle n’aurait pas montré son cœur à Finlay.
« Je vous ai dit de ne pas offrir votre cœur à la légère et que la magie ne pourrait jamais vous donner ce que vous vouliez. Je l’ai répété encore et encore. Et regardez où nous en sommes. »
Une voix perplexe s’éleva à côté de moi.
« Qu’est-ce que tu racontes, maintenant ? »
« Voilà pourquoi je ne devrais pas me prétendre éducateur. Ah… Je suis épuisé. À quoi bon tous ces efforts si ma stagiaire s’égare toute seule ? Qu’est-ce que ça fait de tout le mal que je me suis donné ? »
« Tu parles comme si tu étais un vrai éducateur. Alors, qu’est-ce qui se passe ? »
La régresseuse me rabroua sans ménagement, puis me pressa de répondre.
Dans un profond soupir, je lui expliquai calmement ce que j’avais appris de Finlay.
« La stagiaire Tyrkanzyaka est tombée dans le Dilemme de l’homoncule. »
Tomber dans le Dilemme de l’homoncule.
Pour qui connaissait la magie, cette expression avait une signification symbolique.
Elle désignait quelqu’un qui avait tenté de se transformer par la magie, pour finir dans l’état misérable d’un simple homoncule.
Autrement dit, la personne était devenue une marionnette contrôlée par quelqu’un d’autre.
La régresseuse comprit aussitôt et me fixa, stupéfaite.
« Quoi ? Par qui ? Ne me dis pas que… »
« Finlay. Il a pris le contrôle de la stagiaire Tyrkanzyaka. C’est pour ça qu’il peut maintenant manier son pouvoir. »
« Impossible ! »
La régresseuse lança sèchement :
« Comment est-ce possible ? Un vampire de rang inférieur ne peut pas vaincre un vampire de rang supérieur. Leur maîtrise du sang par l’art du sang est séparée par un gouffre immense ! Et la Progenitrice ? Elle pourrait le démembrer d’un claquement de doigts ! »
« Pourtant, c’est arrivé. On dirait que la stagiaire Tyrkanzyaka a baissé sa garde. »
« Ce n’est pas le genre d’écart qu’on peut combler en baissant sa garde ! »
« Ah bon ? Elle m’a montré son cœur, et elle a même demandé à la stagiaire Shei de la foudroyer. Ce n’est pas assez, comme imprudence ? »
Et son incapacité à faire rebattre son cœur l’avait conduite à se faire contrôler.
Ne trouvant rien à redire à mes paroles, la régresseuse réfléchit à la situation avec plus d’objectivité.
« Ça explique tout. Si Tyrkanzyaka avait vraiment voulu partir, elle nous l’aurait au moins dit. Mais pourquoi ? Pour un moins que rien comme lui… ? »
La régresseuse fronça les sourcils, déconcertée, et repassa lentement les événements de la veille.
Tyrkanzyaka avait dit qu’elle voulait un cœur qui batte de lui-même. Elle avait demandé à la régresseuse de la foudroyer. Et la régresseuse lui avait aussi conseillé de m’interroger sur le Dilemme de l’homoncule.
Quand elle se souvint de tout ça, la régresseuse me lança un regard furieux.
« Tu as parlé du Dilemme de l’homoncule à Tyrkanzyaka, hier. »
J’acquiesçai.
« Oui. Parce que quelqu’un m’y a poussé. Si elle en avait entendu parler, elle aurait pu se renseigner elle-même. Au lieu de ça, elle n’arrêtait pas de me refiler des corvées pénibles. »
« Tss. »
À court de réplique, la régresseuse claqua la langue et changea de sujet.
« Tu lui as bien expliqué ? Si Tyrkanzyaka avait entendu cette histoire, elle n’aurait pas tenté quelque chose d’aussi irréfléchi. »
« Je lui ai expliqué comme il faut. On dirait que nous ne nous attendions pas tout à fait à la même chose. »
Naturellement, le Dilemme de l’homoncule était un avertissement.
Un avertissement sévère : ne songez même pas à transformer votre corps par la magie, à moins de vouloir finir dans un état atroce, démantelé pièce par pièce pour servir de matériau.
« Pour un humain ordinaire, se faire démonter le corps et utiliser comme matériau, ce serait terrifiant, non ? »
Les vampires avaient plus d’une fois affiché des attitudes défiant le bon sens. Je le savais, mais en même temps, je ne le savais pas vraiment.
Même moi, qui pouvais tout lire, des pensées d’une personne à ses souvenirs, je n’étais pas capable de comprendre entièrement un vampire ayant vécu douze siècles.
C’était peut-être pour ça que je m’en étais rendu compte trop tard.
« Mais est-ce que la stagiaire Tyrkanzyaka aurait vraiment ressenti de la peur, ou une vague répulsion, en entendant cette histoire d’horreur ? Ou s’est-elle simplement dit : “Tiens, il existe donc une méthode comme celle-là” ? »
Pour une raison ou une autre, elle n’avait pas semblé particulièrement affectée pendant que je lui expliquais le Dilemme de l’homoncule, la veille.
J’aurais dû comprendre à ce moment-là.
« Peut-être que la stagiaire Tyrkanzyaka n’y a pas vu un tabou… mais une façon parmi d’autres de faire rebattre son cœur. »
Le visage de la régresseuse se figea.
Pour une vampire qui s’était ouvert la poitrine parce qu’elle voulait recevoir une décharge électrique, pour une vampire qui avait réclamé de la magie parce que les décharges ne suffisaient pas et qu’elle voulait plutôt être frappée par la foudre…
Le Dilemme de l’homoncule n’avait rien d’un tabou répugnant…
Ce n’était guère différent d’un refus poli.
« Je n’avais… pas compris. »
La voix de la régresseuse trembla.
« Alors, c’est ma faute ? Tyrkanzyaka a laissé Finlay prendre son cœur à cause de moi ? »
À cause de toi ? Quelle absurdité.
Si le fait de lui en avoir parlé te rendait responsable, qu’est-ce que ça faisait de moi ? J’avais lu ses pensées en temps réel, et pourtant, je n’avais pas prévu ce qui allait arriver.
« Non. Ce n’est pas la faute de la stagiaire Shei. »
Je n’étais pas responsable. Elle non plus. Nous étions tous les deux hors de cause.
« Et ce n’est pas ma faute non plus. Comment aurais-je pu savoir que le désir de la stagiaire Tyrkanzyaka d’avoir un cœur qui batte à tout rompre était si puissant ? Franchement, du début à la fin, c’est sa faute. Sérieusement, ce n’est pas une vieille dame sénile. Pourquoi se fourre-t-elle la tête dans chaque danger qu’elle croise ? Si elle n’était pas immortelle, elle serait morte depuis longtemps. »
Je lui offris mes consolations d’un ton léger à l’extrême.
Pendant un instant, la régresseuse fut touchée par mes paroles. Même pour elle, les mots réconfortants étaient rares.
Juste au moment où elle s’apprêtait à se détendre…
« Attends. »
Son regard, jusque-là baissé, retrouva toute sa vigueur. La régresseuse repoussa de force ce doux réconfort et se cabra contre la faiblesse qui menaçait de s’emparer d’elle.
« Comment tu sais ça ? »
Ah ah ah. Pas bête.
J’avais lu les souvenirs de Finlay.
Du mensonge qu’il avait raconté à Tyrkanzyaka la veille jusqu’au moment où la vampire avait fini par sortir son cœur, malgré ce mensonge éhonté, j’avais vu les souvenirs de Finlay sans le moindre flou.
Mais je ne pouvais pas le lui dire. Je posai mon index sur mes lèvres.
« C’est un secret. »
Puis je lui adressai un sourire parfaitement innocent.
Le regard de la régresseuse s’assombrit davantage. Comme une bête face à un ennemi, elle aiguisait tous ses sens et me foudroyait des yeux, les dents serrées.
Non, pourquoi ? Je lui avais offert un sourire si amical. Qu’avais-je fait ?
« …Très bien. Je laisse tomber pour le secret. Alors… »
La régresseuse, prête à bondir au moindre geste, exigea une réponse :
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? Rester là à regarder ? Coopérer ? Ou devenir mon ennemie ? »
Eh bien.
Si j’avais pu m’échapper à l’extérieur grâce au pouvoir de la vampire, j’aurais peut-être coopéré avec Finlay. Non, avant ça, j’aurais séduit la vampire et je serais remonté à la surface avec elle.
Mais je savais qu’on ne pouvait pas s’en tirer aussi facilement. J’avais démonté le bracelet de Finlay et découvert un indice, puis j’avais extorqué une réponse au golem, ce qui m’avait convaincu.
Pour sortir d’ici, il me fallait autre chose que la capacité de voler.
Autrement dit…
« Finlay ne réussira pas à s’échapper. Tu ne peux pas quitter l’Abîme comme ça. »
Les vampires étaient immortels ; ils pourraient donc continuer à grimper avec patience. Mais même ça avait ses limites. Tôt ou tard, ils comprendraient qu’ils ne pourraient jamais atteindre la surface de cette manière.
« Quand il comprendra qu’il s’est trompé, il reviendra vers nous. Ça ne va pas être gênant ? On lui dit bonjour, puis au revoir, et voilà qu’il revient parce qu’il ne connaissait pas vraiment le chemin de sortie. La situation sera gênante pour tout le monde, et l’atmosphère déjà pesante de l’Abîme le sera encore plus. »
« Et alors, ta conclusion ? »
Je ne pouvais pas envoyer Finlay dehors. Même si je le lui disais, il ne me croirait pas. Et même s’il finissait par me croire après avoir vérifié par différents moyens, il ne me laisserait pas tranquille après que je l’aurais dupé.
En d’autres termes, nous étions condamnés à nous affronter tôt ou tard.
Si je voulais vivre, je devais tuer Finlay.
« Je suis d’un naturel joyeux, alors je préfère mourir que de supporter une ambiance gênante. Je vais devoir garder Finlay ici, quitte à l’attraper et à le tuer. »
Je souris et tendis la main à la régresseuse.
« Stagiaire Shei, coopérons. Pour attraper Finlay et le tuer. »
« Hmph. Tu crois que je vais coopérer avec quelqu’un dont je ne peux pas deviner les véritables intentions, comme toi ? »
Non, pourquoi était-elle aussi revêche alors que je lui avais adressé un sourire si aimable et proposé de coopérer ? Était-elle secrètement le Roi des hérissons ?
Sans prêter attention à ma main tendue, que je ne savais plus trop où mettre, la régresseuse épousseta ses vêtements.
« Nous avons simplement le même objectif pour le moment. Ne me gêne pas, c’est tout. »
« Ça me suffit. Quel soulagement. »
« Je ne suis pas rassurée du tout. »
« C’est mieux que de l’avoir comme ennemi, mais je ne peux pas lui faire entièrement confiance. Pour l’instant, je partirai du principe que je me bats seule. »
Oh. Une bonne résolution.
Parce qu’elle allait vraiment devoir se battre seule. Je n’avais aucun moyen de combattre les vampires.
Alors elle devait gagner seule. Si je me retrouvais tout seul, j’étais très mal barré.
En regardant la régresseuse se préparer à livrer seule le combat, je lui demandai d’un ton désinvolte :
« Tu as un plan ? »
« …Ouf. Je n’ai aucune raison de le cacher. »
La régresseuse leva un doigt. Elle se concentra et fit un effort ; du sang rouge vif perla entre ses doigts, se rassembla en une goutte et roula sur le bout de son index.
« L’art du sang est une capacité que possède chaque vampire. Mais, aussi doué soit-il, ce n’est qu’un Yeiling. Il n’est pas un Ancien, pas même un Ain. Le lien dans son pouvoir doit être lâche. Dans ce cas… »
Flic.
La régresseuse agita le doigt, et le sang explosa dans les airs. L’impact fut comparable à celui d’une petite bombe.
Au milieu des gouttelettes qui retombaient, la régresseuse déclara d’un ton assuré :
« Je vais choquer Tyrkanzyaka avec mon art du sang. Mon pouvoir relève de l’art primordial du sang. Il ne dépend pas de celui de Tyrkanzyaka. Si je la stimule avec un pouvoir étranger, les instincts de Tyrkanzyaka se manifesteront, ne serait-ce que pour y résister. »
Son esprit avait beau être un peu abîmé, une régresseuse restait une régresseuse. Son contre était solide. Plus que satisfaisant.
Je n’avais aucune raison de lui refuser des compliments dans un moment pareil.
« Pas mal. Excellent plan. »
La régresseuse renifla.
« Hmph. Arrête de distribuer des compliments creux et apporte un soutien à distance. »
« Je n’ai aucun moyen de soutenir à distance. »
La régresseuse me lança un regard froid.
Quoi ? Elle croyait que c’était là mon seul point faible ?
En fait, je n’avais aucun moyen de soutenir au corps à corps non plus ! Tada !
« Alors, lance des sorts depuis l’arrière. »
« La magie que je peux utiliser se limite à la magie de niveau zéro. »
Tu m’as vu utiliser la magie, la dernière fois. Tu as même vu à quel point ma réserve de mana était pitoyable.
Quand elle s’en souvint, le visage de la régresseuse se crispa.
« Tss, quoi ? Tu n’es qu’un épéiste ? Un épéiste sans aucune capacité, c’est le pire profil possible face à Tyrkanzyaka ! »
Non, j’étais joueur de cartes. Je n’avais presque jamais manié l’épée. Toute mon expérience d’épéiste se résumait au couteau de cuisine dont je me servais pour cuisiner.
« Alors occupe-toi des familiers de Tyrkanzyaka ! Je m’occupe du reste ! »
« Il n’est vraiment pas rassurant ! Hmph, mais ce n’est pas grave. Je peux m’en sortir seule. J’y suis arrivée au cycle précédent ! »
Pendant un instant, la régresseuse se remémora un événement de son cycle précédent. Elle avait un jour attaqué le quartier général de l’armée immortelle qui s’opposait au Sanctuaire pendant la Grande Guerre.
À cette époque, la régresseuse avait affronté la Progenitrice, Tyrkanzyaka. Une vengeresse aux yeux rouge sang, qui avait proclamé qu’elle tirerait une vengeance sanglante.
« Je suis plus faible maintenant et j’ai moins de moyens à ma disposition, mais c’est pareil pour elle. Non, c’est encore pire pour elle. Les Anciens et les Ain du Duché du Brouillard ne sont pas là pour protéger Tyrkanzyaka, si ? Si je fais attention à Rallion, je pourrai réveiller Tyrkanzyaka. »
Ce bref retour en arrière prit fin. Après avoir tout calculé dans son esprit, la régresseuse se ressaisit et déclara :
« Nous devons nous préparer. »
« Quelle coïncidence remarquable. Moi aussi, je dois me préparer. »
« Retrouve-moi ici dans une minute. Nous allons tuer Finlay et sauver Tyrkanzyaka. »
Elle n’attendit pas de réponse et regagna sa chambre à grands pas.
Pour récupérer de quoi s’occuper des vampires.
Hum.
Je n’avais en réalité rien à préparer. Mais je devais au moins faire semblant de rassembler quelques affaires, non ?
En me grattant la tête, je montai récupérer le peu d’équipement que je possédais.
Notes :
Rejoignez notre serveur Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>