Chapitre 64
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 64 : La Progenitrice Marionnettiste et le spectacle de marionnettes déplaisant (1)
──────
Les gens sont toujours tentés.
Inutile de vérifier la véracité de cette affirmation. Chaque matin, l’humanité affronte une épreuve redoutable.
Allait-elle savourer quelques minutes de bonheur supplémentaires, bien au chaud sous une couverture, ou tout abandonner pour affronter le monde terrifiant ? Chaque soir, au moment de se coucher, chacun se retrouvait inévitablement face à la terrible épreuve qui l’attendait le lendemain matin.
La plupart des gens surmontaient cette épreuve et faisaient un pas dans le monde hostile. Non par courage, mais parce qu’ils n’avaient pas le choix s’ils voulaient survivre. Cela n’enlevait rien au fait qu’ils avaient remporté la victoire.
Soyez fiers, humains. Vous êtes des êtres qui luttent chaque matin et remportent chaque bataille.
Bon, c’était un peu différent pour les vampires capables de dormir trois cents ans d’affilée dans leur cercueil. Mais les humains, eux, étaient ainsi faits.
Et pourtant.
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! »
Ce qui rendait même cette épreuve inutile, c’était le réveil de l’État militaire — ou plutôt Azzy, le Roi des Chiens, qui avait décidé de le remplacer.
On vous tirait de force du lit, me privant jusqu’au droit d’être tenté. On éliminait brutalement toutes les autres possibilités pour m’imposer une voie unique.
C’était indéniablement pratique. Efficace, aussi.
Mais il n’y avait là aucune souffrance. Aucune réflexion née de la souffrance, aucune évolution issue de cette réflexion.
Va-t’en, chien.
Tu n’es pas le Roi des Poulets, que je sache. De quel droit me prives-tu de ma chance de m’affiner ?
Je vais encore m’attarder un peu sous cette douce couverture, puis revendiquer une victoire tardive. Allez, ouste !
« Ouaf ouaf ouaf ouaf ouaf ouaf ouaf ouaf !! »
« Ça va, ça va. Pardon ! Je me lève ! »
Bon sang. Ça n’avait pas marché du tout.
Comme d’habitude, je me lavai le visage, m’humidifiai les cheveux et glissai une capsule vestimentaire pour enfiler mon uniforme d’instructeur. L’uniforme impeccable épousa mon corps.
Comme toutes les capsules vestimentaires, elle était remarquablement confortable malgré son apparence, mais j’avais une réserve : les manches étaient trop étroites pour y cacher quoi que ce soit. Un magicien de mon calibre pouvait dissimuler des cartes dans des manches aussi étroites, mais n’importe quel autre magicien aurait sans doute eu l’impression de porter des menottes.
Je songeais à ces sottises tout en cachant des cartes dans mes manches, puis je sortis de ma chambre comme d’habitude.
« Grrr. »
« Hum ? »
« Ouaf ? »
Je regardai Azzy, qui me regarda à son tour. Ses grands yeux se tournèrent vers les miens.
Quand j’inclinai la tête, Azzy fit de même.
« C’est étrange. Tu viens de grogner, non ? »
« Ouaf ? »
« J’ai dû me tromper. Laisse tomber. »
J’avais cru entendre quelque chose. Finlay était dans les parages ?
Ah, peu importe. Ce n’était sans doute rien.
Je préparai le petit-déjeuner avec le riz de la veille. Azzy mangea de bon appétit, tandis que je me contentai de remplir un peu mon estomac avant de me rendre tranquillement dans la cour.
« Bon, qu’est-ce que je pourrais faire aujourd’hui… ? Hum, je n’ai pas grand-chose à faire. Ce serait bien de soutirer quelques pièces alchimiques à la stagiaire Shei sous prétexte d’une leçon. »
J’allais doucement amadouer la vampire en lui assurant que la leçon du jour était très importante, lui faire miroiter monts et merveilles, puis prendre un air désemparé et battre en retraite. La régresseuse ne finirait-elle pas par ouvrir son portefeuille d’elle-même ?
Le défaut des œuvres d’art que possédait la vampire, c’était qu’aussi coûteuses fussent-elles, je ne pouvais pas les utiliser tout de suite. Dans ces conditions, les pièces alchimiques restaient le meilleur choix. Surtout que je pouvais les convertir immédiatement en biens matériels.
Héhé. J’allais lui soutirer tout un tas de pièces alchimiques et m’offrir un nouveau jeu de cartes. Avec, bien sûr, des spécifications qui me permettraient de toutes les convertir par alchimie.
Alors que je marchais en échafaudant mon arnaque du jour, une autre pensée étrange me parvint d’un coin de la cour.
Qu’est-ce que c’était ? La régresseuse avait encore arraché le bras de Finlay ?
Intrigué, je m’approchai.
Et alors.
« Je me doutais que vous ne tarderiez pas à venir, instructeur. »
La régresseuse et Finlay se tenaient face à face. La scène me rappela le jour où Finlay était arrivé.
Leur attitude, en revanche, n’avait plus rien à voir avec celle de l’époque. Finlay était assis sur une chaise, l’air assuré, tandis que deux chevaliers noirs, entièrement constitués de ténèbres ondoyantes, se tenaient à ses côtés, droits comme des gardes du corps disciplinés.
Comme toujours, la régresseuse se tenait les bras croisés, l’air mécontent.
Je demandai, perplexe :
« Qu’est-ce qui se passe, cette fois ? La stagiaire Shei a encore arraché le bras de quelqu’un ? »
La régresseuse me jeta un regard et répondit sèchement :
« Pas encore. »
Pas encore. Hum.
Finlay comprit le sous-entendu et laissa échapper un bref rire sans joie.
« Vous avez pris la grosse tête parce que vous brandissez une épée qui dépasse votre rang… Mais cela ne durera que jusqu’à aujourd’hui. »
« La grosse tête ? »
Qu’est-ce qui lui prenait ? Il était devenu fou, ou il avait envie de mourir ?
Que la régresseuse tente d’arracher le bras de quelqu’un, c’était une scène banale. Mais la voir défier Finlay avec une telle assurance dépassait tout ce que j’aurais pu imaginer.
Qu’est-ce qui pouvait bien donner autant d’assurance à quelqu’un que la régresseuse pouvait transformer en sashimi de vampire cru dès qu’elle en aurait envie ?
J’étais curieux.
Je me concentrai donc et lus les pensées de Finlay, qui me parvenaient de l’extérieur.
Je compris alors ce qu’il avait fait la nuit dernière.
Eh bien, regardez-moi ça.
Il y avait ici un escroc encore plus doué que moi.
L’escroc releva le menton. On aurait dit qu’il imitait la vampire, ce qui était étrangement déplaisant.
« Vous ne me plaisez pas. Pourtant, la Progenitrice semble éprouver une certaine affection pour vous et cette petite. Je vais donc vous transmettre un message. »
Comme s’il était son représentant, Finlay déclara avec arrogance à la régresseuse et à moi :
« La Progenitrice partira à la surface avec moi. »
« Quoi ? »
« Ce n’est ni une demande d’autorisation ni une requête pour obtenir votre compréhension. Je vous informe simplement. La volonté de la Progenitrice est ferme, et vous ne pourrez pas l’empêcher d’agir. »
La volonté de la Progenitrice ? Il s’agissait plutôt de la sienne.
Tandis que je ricanai intérieurement, la régresseuse, qui ignorait ce qui se tramait, exprima ses doutes :
« De quoi parlez-vous ? Tyrkanzyaka a dit qu’elle n’avait pas l’intention de remonter… »
« Espèce de bâtarde ! Ne prononcez pas le nom de la Progenitrice à la légère ! »
La régresseuse s’emporta un instant, mais elle eut tout de même le bon sens de ne pas dégainer Chanteciel. Finlay nous observa, tous deux immobiles, avec satisfaction.
« Oui. La Progenitrice a dit cela il y a longtemps. Mais elle a changé d’avis peu après. Elle a décidé de remonter à la surface pour veiller sur les nôtres. »
« Je n’y crois pas. »
« Regardez les chevaliers noirs à mes côtés. Ils incarnent l’autorité de la Progenitrice. Si telle n’était pas sa volonté, comment pourrais-je être accompagné de chevaliers noirs enveloppés d’une aura de sang ? »
Comme pour appuyer ses paroles, les chevaliers noirs drapés d’une aura de sang écarlate frappèrent le sol du pied en même temps. Ils tentaient de nous intimider à leur manière.
La régresseuse ne cilla même pas.
« Je vais voir Tyrkanzyaka moi-même et je me ferai ma propre opinion. Emmenez-moi auprès d’elle. »
Son regard acéré semblait prêt à trancher tout ce qui se dresserait sur son chemin.
Finlay ne détourna pas les yeux.
« Vous ne m’avez pas entendu ? J’ai dit que la Progenitrice se préparait à remonter. »
« Et vous, vous ne m’avez pas entendu ? Je veux l’entendre de sa bouche et décider par moi-même. Emmenez-moi auprès d’elle. »
L’air ondula, chargé de tension. Le regard de la régresseuse irradiait une intention meurtrière. En réponse, l’aura de sang s’éleva autour des chevaliers noirs.
La situation pouvait dégénérer d’un instant à l’autre. Chanteciel, qui tournoyait comme l’aiguille d’une boussole, s’immobilisa peu à peu, juste au moment où les chevaliers noirs s’apprêtaient à porter les mains derrière leur dos.
« Attends, stagiaire Shei. »
J’intervins.
Je tendis une main pour retenir la régresseuse, puis désignai Finlay, toujours assis tranquillement.
« C’est une poupée faite de sang et de ténèbres. »
La régresseuse fronça les sourcils.
« Une poupée ? »
« Oui. Le vrai Finlay se trouve à l’extérieur du bâtiment et la contrôle. »
À peine l’eus-je désigné que le corps de Finlay se gonfla de ténèbres. En un instant, la poupée devint une ombre d’un noir d’encre, ouvrit grand la bouche et parla.
[Vous êtes perspicace, instructeur. Comment l’avez-vous deviné ?]
J’avais lu vos pensées. Celles qui me parviennent en ce moment de l’extérieur du bâtiment.
Je ne pouvais pas dire ça, alors j’inventai une excuse.
« Les lâches font tous la même chose. Un lâche comme vous ne se montrerait jamais en personne devant nous, n’est-ce pas ? »
À ma réponse, l’ombre noire ouvrit grand la bouche et éclata de rire.
[Héhé, quelle arrogance. Quelle arrogance. Un petit noble de rien du tout qui se croit tout permis parce qu’il a un peu de pouvoir…]
La poupée disait cela, mais le vrai Finlay, qui avait écouté notre conversation en cachette, pensait tout autrement.
« Il a percé à jour une poupée créée grâce à l’autorité de la Progenitrice ? Il n’a rien d’ordinaire… ! Héhé, oui. C’est certain. Même avec le pouvoir de la Progenitrice, mieux vaut éviter de l’affronter… ! »
Les pensées qui me parvenaient de l’autre côté du mur s’estompèrent. Finlay, qui s’était dissimulé dans les ténèbres de la vampire et nous avait observés jusqu’ici, prit la fuite à toute vitesse dès que je l’eus démasqué.
Ce n’était pas seulement un lâche. C’était un lâche exceptionnel.
À mesure que la distance augmentait, la poupée se déforma à son tour. Sa peau fondit, sa chair se tordit et les ténèbres jaillirent des fissures. La poupée de Finlay, qui n’avait plus forme humaine et ne ressemblait même plus à une poupée, laissa échapper un son grotesque.
[Mais vous le voyez, n’est-ce pas ? Cette poupée qui m’imite à la perfection est l’incarnation même de l’autorité de la Progenitrice. Petite, crois-tu maintenant que ma volonté est celle de la Progenitrice ?]
Difficile de ne pas le reconnaître. Même les sens de la régresseuse n’avaient pas réussi à déceler que cette poupée n’était pas son véritable corps.
La régresseuse répondit, l’air frustré :
« Tss. C’est sans conteste un pouvoir qui dépasse de loin les capacités d’un type comme vous. »
[Puisque vous comprenez, ce sera plus simple. Nous avons une exigence.]
Alors même que son véritable corps s’éloignait à toute vitesse, la poupée s’obstina à transmettre son dernier message.
[Ne vous mêlez pas de notre évasion. Si vous n’intervenez pas, nous ne vous tuerons pas…]
Tranche.
Avant qu’elle ait fini sa phrase, la régresseuse trancha la poupée en deux au niveau de la taille. Son corps se plia en deux, et des volutes de fumée s’échappèrent de la plaie.
Les chevaliers noirs réagirent à la perte de la poupée, mais la régresseuse balaya Chanteciel en un seul mouvement et leur trancha la tête à tous les deux. Dès que leurs casques noirs touchèrent le sol, leurs corps entiers se changèrent en fumée noire et disparurent.
Le silence retomba dans l’espace qu’avait quitté la vampire. Après avoir rangé Chanteciel, la régresseuse fixa la fumée noire qui s’élevait, le regard brûlant d’hostilité.
« Je dois aller voir Tyrkanzyaka. Je veux la rencontrer directement et savoir ce qui se passe. »
« Si Tyrkanzyaka compte vraiment s’opposer à moi, je ne pourrai pas gagner seule. Au mieux, nous nous détruirons mutuellement. Mais… »
Pour la régresseuse, une destruction mutuelle était une victoire. Elle avait un autre cycle après celui-ci.
Il lui suffisait d’utiliser les informations obtenues cette fois-ci pour chercher un avenir meilleur.
Après avoir pris sa résolution, la régresseuse tourna son regard vers moi.
« Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ? »
Notes :
Rejoignez notre serveur Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>