Chapitre 649
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 649 : Un secret de Polichinelle ne vaut pas mieux que la vérité
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Quoi qu’il en fût, je finis par rejoindre le Temple du Dieu démoniaque.
Lankart avait toujours été un membre éminent du Temple du Dieu démoniaque, et Shei l’avait rejoint parce qu’elle comptait collaborer avec eux au cours de cette vie. Comme deux visages familiers s’y trouvaient déjà, je les rejoignis à mon tour, comme si j’avais décidé de m’inscrire parce que mes amis l’avaient fait.
S’ils m’avaient été totalement inconnus, j’aurais pu jouer la comédie. Mais je les connaissais, et cela me posait toutes sortes de problèmes.
« Hughes ? Tu n’avais pas dit que tu partais pour la Porte du Dragon ? Qu’est-ce que tu as fabriqué ? »
« Ah, eh bien… »
Derrière Shei, qui venait de me passer un interrogatoire en règle, Lankart secoua la tête.
« Tu brailles encore plus que cette truie sauvage. Hui a vraiment des goûts particuliers. »
« Une truie sauvage ? Moi ? »
« C’est comme ça que j’appelle Historia. Je compare une idiote qui n’a que sa force à une truie sauvage. »
« Ah bon ? Si c’est Historia, ça va. »
Donc, elle acceptait tant qu’il ne l’avait pas traitée elle-même de truie sauvage ? Les truies sauvages ne semblaient pas très solidaires entre elles.
Incapable de se retenir, Lankart en rajouta une couche.
« Ça veut dire que tu es encore plus bête qu’elle. Je ne sens pas la moindre trace d’intelligence chez toi. Qui a proposé de la laisser entrer au Temple du Dieu démoniaque ? »
« Tu veux mourir ? »
« À mon avis, tu n’as pas la force de me tuer. »
« Je vais te montrer à quel point tu te trompes. Même si tu seras déjà mort à ce moment-là. »
On aurait dit une conversation entre méchants sans foi ni loi dans une organisation maléfique. Shei, tu étais parfaitement à ta place. Rien ne détonnait.
Tous deux montaient en pression, comme s’ils allaient se battre d’un instant à l’autre. D’habitude, c’était là que le chef intervenait pour les arrêter.
Comme prévu, des flammes jaillirent de la cheminée à l’autre bout de la pièce, et la Maîtresse de la Tour rouge apparut. Sans même épousseter les étincelles accrochées à son corps, elle entra et jeta un coup d’œil aux deux autres.
« Vous comptez vous battre ? Alors écoutez-moi pendant que vous vous battez ! J’ai quelque chose d’important à vous dire ! »
Oh, quelle fougue ! Une telle fougue que Shei renonça à se battre et se rassit.
« … Pff. Laisse tomber. »
La Maîtresse de la Tour rouge lança : « Vraiment ? », puis se dirigea droit vers moi sans ajouter un mot. Tous ceux qui s’étaient rassemblés là se tournèrent vers nous.
Avec un large sourire, la Maîtresse de la Tour rouge m’empoigna l’épaule.
« Bien. Tout le monde, écoutez ! Pour commencer, laissez-moi vous présenter notre nouveau camarade. Il s’appelle Hughes. »
Après m’avoir pétri l’épaule avec une affection manifeste, la Maîtresse de la Tour rouge dut estimer que ce n’était pas suffisant. Elle m’attira la tête contre elle. Quelque chose de doux s’appuya contre l’arrière de mon crâne. Comme je recevais rarement des marques d’affection aussi franches, je fus déconcerté.
« … Hein ? »
Pour une raison quelconque, tandis que Shei me lançait une intention meurtrière, la Maîtresse de la Tour rouge rayonnait en prenant la parole.
« Sa véritable identité est le Roi de l’Humanité. Réservez-lui un accueil chaleureux ! »
La rumeur semblait s’être répandue partout. Enfin, après en avoir fait autant de publicité, il ne devait probablement plus y avoir personne au monde qui l’ignorait.
Apparemment, tout le monde n’était pas au courant. Plusieurs personnes réagirent avec une vive surprise. Un mage portant une capuche et tenant un bâton surmonté d’un cristal bleu la repoussa et prit la parole.
« Le Roi de l’Humanité ? Vous en êtes sûre ? J’ai entendu dire qu’il traversait la plaine d’Enger avec des disciples. »
Nous nous étions déjà rencontrés. Le Seigneur Johannes, maître du dixième étage. Un grand mage qui avait veillé sur la Tour de Cristal plus longtemps encore que le Maître de la Tour cyan, mais qui s’était éloigné des premières lignes pour choisir d’enseigner à des disciples.
Même quelqu’un d’assez puissant pour faire pâlir les mages de cour de l’Empire appartenait au Temple du Dieu démoniaque. Certains mages, comme Lankart et la Maîtresse de la Tour rouge, ne cachaient pas leur affiliation, mais la plupart dissimulaient leurs liens avec le Temple du Dieu démoniaque. Peut-être leur réputation pâtissait-elle de leur appartenance à une organisation privée.
« J’ai pu constater ses capacités, mais elles n’avaient rien de particulièrement remarquable. Plus important encore, dans quelle mesure ces informations sont-elles fiables ? De qui les tenez-vous ? »
Le Seigneur Johannes exprima ses doutes avec un raisonnement logique et critique. Lankart grimaça et répondit :
« Le doyen a perdu la tête ? Si vous n’avez aucune information, taisez-vous. Vous jacassez sans rien savoir. »
… Peut-être que la mauvaise réputation du Temple du Dieu démoniaque ne venait pas uniquement de son statut d’organisation privée.
« Vous venez du Monde inférieur, vous n’avez donc aucune expérience sur laquelle vous appuyer. Vous ignorez le bon sens ? Quand on avance une affirmation, il faut fournir des preuves solides. Si chaque parole des gens était vraie, j’aurais déjà récolté toutes les étoiles du ciel. »
À l’image d’un mage de la Tour de Cristal, le Seigneur Johannes se montrait froid et rationnel. Il rabaissait aussi l’expérience et les connaissances superficielles de Lankart.
C’était peut-être pour cela que les paroles grossières de Lankart ne le vexèrent pas vraiment. Elles ne firent que l’agacer.
La Maîtresse de la Tour rouge prit le parti du Seigneur Johannes.
« Johan a raison ! »
« C’est Seigneur Johannes. »
« C’est trop long. Mieux vaut faire court ! »
La Maîtresse de la Tour rouge appelait sans façon par son prénom un doyen qui avait plus du double de son âge. Le haut de son corps toujours appuyé contre l’arrière de ma tête, elle se mit à expliquer :
« Je ne suis pas arrivée à cette conclusion sur la foi d’un seul indice. Il y a quelques mois, la Progenitrice est revenue au Duché du Brouillard. Certains pensaient qu’elle avait dormi quelque part, mais nous savions où elle avait reposé. »
J’avais entendu dire que ces informations avaient été vendues quelque part ; c’était donc là qu’elles avaient atterri. À l’évocation de l’Abîme, les membres du Temple du Dieu démoniaque hochèrent la tête.
« L’Abîme… la terre maudite par la Terre Mère. »
« C’est là que se trouvait le Dieu démoniaque. Utiliser la Progenitrice comme clé pour le garder, il fallait y penser. »
C’était sans doute un secret que l’État militaire voulait dissimuler, mais le Temple du Dieu démoniaque l’avait déjà percé à jour. Avec les pouvoirs de la Sainte Vierge, l’État militaire ne risquait pas de perdre facilement une guerre de l’information. Pourtant, les mystères de la Fédération des Arcanes semblaient avoir pénétré jusqu’à ce système pourtant bien verrouillé.
« D’après les informations de Lankart, il n’y a que deux jours par an où l’on peut s’échapper de l’Abîme : ceux où le soleil éclaire son fond même. Lankart a prouvé qu’il pouvait s’évader l’un de ces jours-là. Si rien ne s’était passé, nous aurions agi au prochain lever de soleil sur ces profondeurs. Mais Jiseon est arrivé avant nous et a tout compromis. »
Des regards interrogateurs se tournèrent vers Lankart. Il répondit avec indifférence :
« Pourquoi vous me regardez ? Vous non plus, vous ne le saviez pas. »
« Tu as failli compromettre l’opération avec de fausses informations, et tu ne manques pas de culot. »
« Au moins, je ne suis pas resté les bras croisés comme vous. J’ai vidé Tartare et laissé les conséquences à Hui. Et comme vous pouvez le constater, Hui a obtenu des résultats. Contrairement à vous. »
Les regards se tournèrent alors vers moi. Celui de Shei se remarquait plus que les autres ; elle semblait me demander si ce qu’avait dit Lankart était vrai.
Ah, est-ce que je devais répondre ou pas ? Je décidai de le faire.
« C’est exact. Une fois que Lankart se serait évadé de Tartare avec les prisonniers, j’étais censé y entrer, examiner la structure de Tartare et découvrir le secret de la Terre Mère. Et le plan a parfaitement réussi. »
J’inclinai légèrement le menton et esquissai un sourire, comme si j’avais tout prévu. Je pris un air mystérieux, comme si je riais du monde entier.
Le Temple du Dieu démoniaque comptait une foule de mages renommés, mais à cet instant, j’étais le plus arrogant et le plus dangereux d’entre eux. Face aux mages qui se tassaient, je haussai nonchalamment les épaules, comme si de rien n’était.
« Il y a eu des imprévus, mais tout a fini par réussir. Grâce à Jiseon, arrivé juste avant nous, nous avons obtenu Jizan, une relique de la Terre Mère. Comme Jiseon convoitait lui aussi la relique de la Terre Mère qui se trouvait sous l’Abîme et que nous nous sommes violemment opposés, j’ai confié la relique à Shei pour nous permettre de fuir. »
C’était un récit improvisé, bâti sur une part de vérité. Nous ne nous étions pas mis d’accord, mais Shei entra étonnamment bien dans mon jeu.
« Tu as dit que le Dieu démoniaque était ton objectif depuis le début, et tu étais toujours ami avec Lankart… Je vois. À partir du moment où Lankart s’est évadé, tout a dû se dérouler comme tu l’avais prévu. Tu avais préparé ça bien à l’avance. »
Shei avait l’air soulagée, comme si elle venait enfin d’obtenir la réponse à une question qui la tourmentait. Les autres membres du Temple du Dieu démoniaque me regardaient eux aussi d’un œil un peu différent.
Une seule personne, Lankart, qui connaissait mieux la vérité, affichait une expression légèrement différente.
« Le plan a complètement déraillé. Qu’est-ce qu’on pouvait y faire ? Nous n’étions pas la Sainte Vierge. Malgré tout, Hui a tiré le meilleur résultat possible de tout ça. C’est ça qui était vraiment incroyable ! »
… C’est vrai. En réalité, le plan n’avait pas parfaitement réussi.
Tartare aurait dû être vide, à l’origine, et j’avais prévu d’y entrer par une méthode plus fiable.
Mais Shei s’y était infiltrée avant moi, et je ne l’avais appris qu’un peu trop tard.
Si quelqu’un se trouvait déjà là-bas, on risquait de ne pas m’envoyer à Tartare. La situation devenait donc beaucoup moins sûre. Même si l’on m’y envoyait, un problème subsistait. Shei était une personne mystérieuse qui avait délibérément provoqué la Lance absolue pour se faire jeter à Tartare. Il était évident qu’elle visait le Dieu démoniaque, comme moi. Vivre avec elle dans l’isolement de Tartare aurait été terrifiant.
Est-ce que j’y allais ? Est-ce que je n’y allais pas ? Après réflexion, je finis par décider de ne pas y aller. Mais je m’y étais pris un peu trop tard. Comme chaque fois qu’on freine brusquement, le plan qui avançait et ma décision de l’arrêter se désynchronisèrent. Celui que j’avais chargé de me signaler enchaîna avec le plan malgré le signal d’arrêt.
Le plan que j’avais préparé avait sacrément bien marché. Avec des imprévus qui déboulaient de toutes parts, m’être retrouvé coincé à Tartare avait peut-être été une chance à sa manière.
La Maîtresse de la Tour rouge prit la parole d’un ton joyeux.
« Hughes enquêtait de son côté sur le Dieu démoniaque avant même d’avoir le moindre lien avec le Temple du Dieu démoniaque ! Et Hughes et Shei ont vraiment réussi à obtenir une relique de la Terre Mère ! Contrairement à nous, qui connaissions l’emplacement, mais avons pris du retard à force de nous perdre en conjectures ! »
Tandis que les mages, incapables de savoir si elle se critiquait elle-même ou les critiquait, se raclaient la gorge, la Maîtresse de la Tour rouge rit sans la moindre gêne et poursuivit :
« Ensuite, Hughes et Shei ont traversé les petits États pour rejoindre le Duché. Au même moment, le Seigneur de l’Or a disparu et la Progenitrice est revenue sous la forme d’un Dieu démoniaque ! Puis on les a retrouvés auprès de l’Arbre de l’Origine, gardé par l’ancien druide ! Si vous prétendez que tous ces événements liés au Dieu démoniaque ne sont que des coïncidences, je vais allumer la cheminée : vous n’aurez qu’à vous y laver le visage ! »
Lorsque la Maîtresse de la Tour rouge pointa le doigt, un grand feu s’éleva dans l’une des cheminées. Si je m’y lavais le visage, je n’aurais plus jamais besoin de le sécher.
Un bon moment s’était écoulé depuis que nous avions semé le trouble autour du Dieu démoniaque. Toute organisation spécialisée dans le renseignement avait dû commencer à s’intéresser à Shei et à moi.
À vrai dire, si elles ne nous avaient toujours pas repérés après tout ça, elles auraient négligé leurs devoirs. Quoi qu’il en soit, il me serait désormais difficile de prétendre que je ne savais rien.
Le Seigneur Johannes hocha la tête après avoir entendu l’explication.
« Ceux qui se sont évadés de Tartare. Et le Seigneur de l’Or, ainsi que la Progenitrice… Ses liens avec le Dieu démoniaque sont évidents. Je le reconnais. Mais… »
Il s’interrompit pour appuyer son propos, puis posa une question avec une curiosité sincère :
« Cela ne prouve pas qu’il est le Roi de l’Humanité. Ne pourrait-il pas simplement être un mage passionné par le Dieu démoniaque ? Quel lien existe-t-il, au juste, entre le Roi de l’Humanité et le Dieu démoniaque ? Et en quoi le fait qu’il soit le Roi de l’Humanité influerait-il sur la politique du Temple du Dieu démoniaque ? »
« Excellente question ! »
Il était évident que j’avais un lien avec le Dieu démoniaque. Mais cela ne prouvait pas que j’étais le Roi de l’Humanité. Déjà, quelqu’un savait-il seulement pourquoi le Roi de l’Humanité avait disparu ?
Comme si elle n’avait attendu que cette question, la Maîtresse de la Tour rouge sourit de toutes ses dents.
« Parce que le Roi de l’Humanité peut utiliser tous les Dieux démoniaques ! »
Hein ? Mon secret, c’était…
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