Chapitre 639
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 639 : Magie noire, magie blanche et magie grise — 3
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Le Missionnaire Casas me lança un regard terrible. Il me dévisageait comme s’il avait affaire à son pire ennemi. Qu’est-ce que j’avais bien pu faire ?
« Eh bien, le Père a enfermé un prêtre et appris la magie noire à un enfant… ? »
« Non. C’est Hilde qui les a capturés et enfermés de ses propres mains. »
« Le Père m’a ordonné de le faire ! C’est toi le meneur, alors évidemment qu’ils te détestent ! »
« Quoi ? Tu disais que tu avais eu plus de mal parce que tu avais fait le travail toi-même, mais quand vient l’heure d’assumer, tu me refiles tout. »
Injuste. J’aurais vraiment dû être le seul à prendre des bains.
« Gloire au Seigneur Celsius ! »
Temperus ne resta pas les bras croisés après l’irruption du Père Casas : il fit tournoyer son bâton à grands coups. Un immense dôme hémisphérique de glace se forma dans son sillage et nous emprisonna, le missionnaire et moi.
Créer une structure de glace aussi vaste avec une incantation si brève ? Tant que Temperus se trouvait dans le domaine familial, le mage était pratiquement un utilisateur d’Arcane innée. Non, puisque je ne pouvais pas voler ni utiliser l’Arcane innée, Temperus était peut-être un adversaire encore plus redoutable pour moi.
« Ne bougez pas ! »
Une prison de glace s’éleva. Des stalactites acérées engloutirent le Père Casas comme autant de crocs. Puis une lueur jaillit et l’Onction temporelle fut invoquée une nouvelle fois. La glace se mit à fondre lentement aux endroits qu’elle touchait.
La magie et le temps s’affrontèrent. L’eau fondait puis gelait, encore et encore ; telles les glaces de la mer du Nord, l’eau et la glace se disputaient leur territoire. Gelant, se brisant, s’agglomérant puis se dispersant, les éclats scintillaient comme des étoiles.
« Délivrez-nous du péché, délivrez-nous du péché… »
Le Missionnaire Casas était désavantagé. Nous nous trouvions au cœur du territoire de la famille Celsius. Seul, il aurait pu se protéger, mais il était loin d’être assez fort pour défendre Richard et les vingt personnes du Quartier des parias.
Serrant son chapelet dans une main, il feuilleta la Bible de l’autre.
« Saint, Sainte Vierge, Esprit saint ! Au commencement était la lumière. Veillez sur ceux qui sont sans péché ! »
Une lumière éclatante jaillit entre les pages refermées. Une lumière radieuse. Le Porteur de lumière, un pouvoir que n’importe quel membre du clergé pouvait utiliser. Pourtant, la lumière du missionnaire était si vive et brûlante qu’elle faisait fondre la glace créée par magie.
La brume évaporée se dissipa peu à peu. Le corps entier du Missionnaire Casas avait viré au bleu sous l’effet du froid, mais la Bible continuait d’émettre une sainte radiance.
L’essence du pouvoir sacré était de nier ce qui n’était pas naturel. Un pouvoir réparateur qui remettait dans le droit chemin ce qui avait été déformé. Rien n’égalait le pouvoir sacré en matière de défense. Temperus avait l’air contrarié.
« Dès que cet enfant utilise de l’énergie magique noire, il devient un mage noir ! Un serviteur du Sanctuaire s’apprête à attaquer un mage pour protéger un mage noir ? »
« L’enfant n’a commis aucun péché. S’il y a péché, il m’incombe de ne pas lui avoir appris à temps à distinguer le bien du mal, ainsi qu’à cette terre, qui n’a pas su l’en empêcher. »
Exactement. Quel péché avait commis un enfant qui ne savait même pas si la magie noire était bonne ou mauvaise ? Le problème, ce n’était pas l’enfant, mais ce monde…
« Mais le plus détestable, c’est cet homme ! »
« Hein. J’ai agi par pure bonté. »
« Si c’est de la bonté, elle devrait mener à un bon résultat ! Si c’est ça, la bonté, alors les démons doivent eux aussi murmurer aux oreilles des humains par bonté ! »
Il n’avait pas tort. On pouvait prétendre autant qu’on voulait avoir de bonnes intentions ; si l’on refusait d’assumer ses actes quand les choses tournaient mal, ce n’était que de la malveillance.
Mais quand même.
« Alors, qu’est-ce que j’aurais dû faire ? Comme vous, laisser cet enfant sombrer lentement dans la mort, dans le Quartier des parias ? Avec miséricorde ? »
Le pouvoir sacré était une force qui rejetait les idéaux. Une autorité qui contraignait les gens à renoncer et à se soumettre. Une religion qui disait aux gens de supporter les souffrances de la réalité en leur promettant le bonheur dans l’au-delà était parfaitement adaptée à la préservation du système.
« Aurais-je dû le pousser dans un endroit où l’attendait l’anéantissement promis, réduire en miettes l’espoir qui le faisait regarder vers le ciel et l’enfermer dans une froide prison en ne lui parlant que du bonheur dans l’au-delà ? Richard se serait-il satisfait d’une telle vie ? »
Je connaissais la réponse à cette question. Non. Inutile de la poser.
« Si cela avait été le cas, Richard ne serait pas venu me chercher. Il ne se serait pas non plus battu pour grimper plus haut. N’est-ce pas ? »
Je levai les yeux vers le Missionnaire Casas. Il comprendrait ce que je voulais dire.
Après tout, c’était le Missionnaire Casas qui avait parlé à Richard, dans le Quartier des parias, d’un mage extraordinaire vivant dans le château flottant. De moi.
La radiance du Missionnaire Casas vacilla un instant. Un seul. Puis il me lança, comme s’il me méprisait :
« Quel culot, répandre un péché comme la magie noire ! Tu aurais pu l’aider par des moyens convenables, au lieu de recourir à des méthodes aussi abjectes ! »
« C’est du sophisme. Cette structure est le fruit de l’accumulation, encore et encore, de méthodes convenables. Voilà le résultat. Qu’on les juge bonnes ou mauvaises, c’est un ordre qui s’est figé au fil du temps, bâti sur ce qu’on estimait convenable. »
Les choses avaient simplement tourné ainsi. C’était regrettable. Ceux qui avaient créé cet ordre, à l’origine, avaient dû imaginer un avenir où tout le monde serait heureux et plein d’espoir. Le monde ne s’était pas plié à leurs désirs.
Fallait-il pour autant les tenir pour responsables ? Ce serait tout aussi déraisonnable. Un homme vivait-il seul dans ce monde ? Un seul homme avait-il créé le monde ? Une époque était l’œuvre de tous ceux qui l’avaient traversée.
« Je ne dis pas que l’ordre est mauvais. Je ne cherche pas non plus le bien. Ces choses-là m’indiffèrent. Et je ne rejetterai la responsabilité sur personne. Voilà le résultat des efforts de chacun. »
Les humains n’étaient que des bêtes. Des bêtes stupides et viles. Même si l’on tentait de faire porter le péché et la vertu à une poignée de personnes, les êtres humains n’en étaient pas capables.
Ils n’avaient ni la capacité de s’en défaire, ni celle de les porter.
Je sortis mes cartes et les mélangeai légèrement.
« Mais si l’ordre était inévitablement apparu, les tentatives pour le dépasser ne devaient-elles pas, elles aussi, surgir inévitablement ? »
Si l’humanité avait découvert la magie pour triompher d’un environnement hostile,
alors dépasser l’ordre créé par la magie était également une tâche qui lui incombait.
« Arrêtez ! »
L’un des gardes pointa sa lance sur moi d’un air menaçant. Je lui adressai un large sourire.
Je tirai des cartes. Un pique et un trèfle. Des cartes contenant le Dieu démoniaque et de la magie reposaient dans mes mains.
Les cartes de trèfle que j’avais utilisées auparavant étaient une sorte de grenades à énergie magique comprimée. Comme je n’avais pas assez d’énergie magique pour lancer directement de puissants sorts, je remplissais d’énergie magique, extraite de pièces alchimiques, des cercles magiques que j’avais conçus moi-même, puis je les utilisais comme des bombes magiques à usage unique.
Elles étaient faciles à utiliser, mais peu puissantes, et leur défaut fatal était qu’on ne pouvait s’en servir qu’une seule fois.
La plupart des cartes de trèfle qu’il me restait n’étaient que des coquilles vides, épuisées de leur énergie magique. Des ratés dont les cercles magiques endommagés avaient été réparés de force.
Et puis.
« Prépare-toi. »
Je les gavai d’énergie magique.
Énergie magique blanche ? Énergie magique noire ? À vrai dire, son type importait peu. L’énergie magique se dispersait dans toutes les choses de ce monde.
Si la magie blanche choisissait les cristaux comme catalyseurs, c’était simplement parce que leur énergie magique était constante.
Si la magie noire utilisait le corps comme catalyseur, c’était simplement parce qu’il était pratique d’utiliser le mien.
Voilà les seules raisons de ces choix. En vérité, je pouvais utiliser d’autres énergies magiques si je le voulais.
« J’ai dit d’arrêter ! »
Le garde projeta sa lance. Le garde du corps d’un mage formait l’avant-garde. Un rempart qui maintenait l’ennemi à distance pendant que le mage préparait son sort.
La pointe fendue de la lance me visait. Au lieu d’esquiver, je levai la main pour l’attraper.
Bien sûr, c’était inutile. J’avais un peu gagné en force, mais saisir une lame à mains nues restait téméraire. Si l’arme était chargée d’une aura de lame, c’était non seulement téméraire, mais stupide.
Ma main s’ouvrit en grand et le sang jaillit. Le flot de sang, qui s’échappait comme d’une fontaine, sembla s’enrouler dans les airs, puis revint vers ma main droite.
Plus précisément, vers la carte de trèfle que je tenais dans ma main droite.
« Hooo. »
Les vampires utilisaient la magie du sang. Grâce à l’art du sang, ils faisaient circuler l’énergie sanguine et tissaient sa force vitale pour accomplir leur magie. Le prix était énorme, et les humains n’osaient même pas tenter de le payer ; mais pour les vampires dotés de pouvoirs régénérateurs, ce n’était qu’un coût raisonnable.
Autrement dit, moi aussi, qui avais acquis des pouvoirs régénérateurs grâce au Dieu démoniaque, je pouvais utiliser la magie du sang.
La force vitale se mit en mouvement. Une énergie magique tissée à partir du sang humain. Cette énergie magique sanguine était spécialisée dans la vie, le flux et le contrôle. Elle présentait trop de caractéristiques rédhibitoires pour manier directement la magie blanche ; il fallait donc d’abord l’affiner.
« Écheveau de foudre. »
Un cercle magique se trouvait à l’intérieur du corps humain.
Un petit cercle magique de foudre, gravé dans le corps, destiné à mouvoir à volonté cette enveloppe de sang, d’os et de muscles.
Je tissai l’Écheveau de foudre et traçai un cercle magique à plusieurs couches.
Une douleur étourdissante me traversa la main droite. Une douleur pure, qui broyait les nerfs eux-mêmes. Non content d’utiliser mon corps comme un outil, je le modifiais aussi à des fins magiques ; un terrible rejet se propagea en lui. Douleur et étrangeté envahirent tout mon bras droit.
Malgré tout, le Dieu démoniaque de Tyr tentait de me restaurer. La régénération et la destruction se produisaient simultanément, repoussant encore et encore la fin de cette horrible douleur. Si ma main guérissait complètement ou se brisait tout à fait, je ne souffrirais plus du tout.
L’énergie magique naissait de l’effondrement des structures. Dans mon bras, où régénération et destruction s’enchaînaient, l’énergie magique était plus abondante que jamais.
Je superposai deux cartes de trèfle. Cinq, six. Le vent, la condensation. Je m’emparai de l’atmosphère et la solidifiai, puis je repoussai l’espace lui-même avec le vent.
« … ! Qu’est-ce que… ! »
L’atmosphère se solidifia. Le garde du corps, pris à l’intérieur, devint comme un insecte piégé dans l’ambre. Le garde comprit vite ce qui s’était passé.
Temperus utilisait souvent cette magie, qui permettait de manier une force physique à grande échelle.
« Adieu. »
Après lui avoir adressé un léger salut, je frappai l’air de toutes mes forces. L’impact se propagea dans tout l’espace solidifié, et des fissures apparurent dans un claquement sec. Le garde du corps, repoussé avec l’espace lui-même, fut projeté au loin.
Les yeux de Temperus s’écarquillèrent. Mage lui aussi, Temperus ne pouvait manquer de comprendre ce que j’avais fait.
« De l’énergie magique noire… ? »
Temperus était choqué et furieux. Un dégoût instinctif monta en lui tandis qu’il pointait son bâton vers moi.
Ce n’était pas parce que j’avais utilisé la magie noire dans la Fédération arcanique, patrie de la magie blanche. Ni parce que la magie noire s’était révélée plus puissante que prévu.
« Tu as copié ma magie… ?! Avec un truc pareil, de la magie noire ?! Impossible ! »
C’était parce que j’avais manié la magie blanche à l’aide d’une énergie magique noire, trouble et immonde.
Mon bras droit avait déjà guéri. Je mélangeai mes cartes de ma main droite, indemne, puis m’adressai à Temperus.
« Bon. Tout à l’heure, tu as posé une question aux gens, non ? Je vais faire pareil. »
Ce que j’avais utilisé, c’était une magie standard, une forme de magie noire. Un pouvoir rejeté par la Fédération arcanique.
Et pourtant, le résultat obtenu était exactement le même que celui de la magie de Temperus.
« Comme tu le sais, analyser la magie est bien plus facile que l’inventer. Tout comme critiquer est plus facile que créer. Alors vas-y, devine. Quelle magie ai-je utilisée ? »
La Fédération arcanique avait une règle. Si quelqu’un était incapable de prouver quelle magie l’avait frappé, il ne pouvait accuser personne.
Une règle créée pour rejeter les terribles chasses aux sorcières du lointain passé.
« Si tu n’y arrives pas, c’est toi qui mènes une “chasse aux sorcières”. »
Notes de bas de page :
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