Chapitre 636
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 636 : Purification rituelle
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« Haaah… C’est épuisant. »
Je n’exagérais pas. J’étais vraiment épuisé. La magie rituelle restait de la magie. Je n’avais enseigné qu’à des gens qui possédaient des bases, mais stimuler leurs nerfs, les inonder de mana et leur imprimer de force la magie rituelle n’avait rien d’une tâche facile.
Avais-je trop couru dehors par ce temps glacial ? Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas pratiquer la magie rituelle devant tout le monde. Me faufiler en douce pour la leur enseigner en secret rendait les choses bien plus difficiles.
« Maître. L’eau du bain est prête. »
« Vraiment ? Je vais enfin pouvoir me détendre. »
La servante entra à l’improviste pour me l’annoncer. Ravi d’apprendre la nouvelle que j’attendais, je me levai.
La Fédération arcanique avait beau avoir un climat froid, ses appareils magiques permettaient de profiter de toutes sortes de luxes. Le bain chaud en était un parfait exemple. Ailleurs, il fallait couper du bois et alimenter le feu pour chauffer l’eau ; ici, il suffisait d’appuyer sur un bouton d’un appareil magique pour obtenir de l’eau chaude.
Les appareils magiques nécessitaient une substance capable de contenir le mana de façon stable, comme des pièces alchimiques ou des cristaux supérieurs. La Fédération arcanique était l’endroit au monde où l’on trouvait le plus facilement des cristaux supérieurs. Son atmosphère stable et son mana permettaient de les conserver plus longtemps.
Les pièces alchimiques, très stables, étaient trop précieuses pour servir à autre chose qu’à la monnaie. Une économie s’était donc développée autour des cristaux supérieurs, utilisés comme combustible.
Autrement dit, devenir mage et savoir produire des cristaux supérieurs revenait pratiquement à s’affranchir de tout souci financier. Si tant de gens étaient prêts à tout pour devenir mages, ce n’était pas sans raison.
La magie rituelle ne permettrait sans doute pas d’en créer, mais qui sait ? Elle restait de la magie. Peut-être que quelqu’un finirait par atteindre ce niveau et même par éveiller la magie blanche.
« Bon sang… Quelle fortune et quelle gloire est-ce que je cherche donc, pour m’agiter autant ? Je dois être la personne la plus occupée de toute la Fédération arcanique. »
Tandis que je soupirais en me préparant à prendre mon bain, la servante gonfla les joues.
« N’importe quoi ! C’est moi, la plus occupée : je vous suis partout et je m’occupe de tout ! »
« Toi, tu n’utilises que ton corps. Moi, je dois enseigner la magie rituelle, donner des cours et donner des ordres à la servante. C’est plus dur pour moi, parce que je sollicite mon cerveau de toutes les façons possibles. À ton avis, pourquoi les métiers qui font appel à l’intellect sont-ils mieux payés ? »
« Moi, j’utilise plus mon corps ! Le bain soulage la fatigue physique, alors je devrais aussi passer la première ! »
« Allons, allons. Reste à ta place. Tu es servante, alors comporte-toi comme telle et prends soin de moi. »
Usant de mon autorité pour faire taire ses protestations, j’entrai dans la salle de bains et m’immergeai dans l’eau fumante.
Le territoire Celsius regorgeait d’eau propre. Dans cette région où la magie de manipulation des cristaux s’était développée, on tirait de l’air une humidité pure, puis on se servait de la particularité du territoire — ses points de congélation et d’ébullition anormaux — pour régler la température de l’eau.
En temps normal, l’eau gelait à zéro degré. Dans le territoire Celsius, en revanche, ce seuil variait selon la distance qui séparait l’endroit de la famille magique bénie par le grand Celsius. J’avais entendu dire qu’il pouvait monter jusqu’à environ huit degrés. En attirant l’eau puis en l’évacuant, les habitants contrôlaient ainsi la température dans tout le territoire Celsius.
Bien sûr, ce luxe restait réservé à ceux qui possédaient du mana ou des cristaux supérieurs.
« Avec la magie rituelle, je devrais au moins pouvoir chauffer un seau d’eau, même si je ne peux pas remplir une baignoire. »
Comparée à la magie blanche, la magie rituelle était un jeu d’enfant. Malgré tout, il y aurait des gens prêts à tout pour ça…
J’étais plongé dans mes pensées, la tête à moitié sous l’eau, quand la porte de la salle de bains s’ouvrit à la volée et que la servante passa la tête à l’intérieur.
« Maître ! Vous avez reçu un message ! »
« Ce doit être Ancien Avant. Apporte-le-moi. »
« Oui ! »
La servante se couvrit d’un peignoir, accourut et me tendit un cristal de résonance. Je tendis une main pour le prendre. Dès que je l’insérai, la voix d’Avant-garde retentit.
[Hughes ! Tu vas bien ? Tu es en sécurité ?]
« Je vais bien. Il s’est passé quelque chose ? Ta façon de me saluer est un peu différente de d’habitude. »
D’ordinaire, Avant-garde me demandait si mes recherches avançaient ou si j’avais appris beaucoup de magie. Pourquoi s’inquiétait-elle soudain pour moi ? S’était-il passé quelque chose ?
[Euh, hum… Ce n’est rien ! Tant que tu es en sécurité, ça me suffit.]
« Ça n’a pas l’air d’être rien. »
[Mais si, ce n’est vraiment rien ! Ne t’inquiète pas !]
Son insistance obstinée donnait l’impression qu’il s’était passé quelque chose de grave. Enfin, soit. Je ne pouvais pas savoir ce qu’elle refusait de me dire. Et ma lecture des pensées ne fonctionnait pas à cette distance.
« Ça m’intrigue, mais je suis trop loin du château flottant pour en avoir le cœur net, et savoir ne m’aiderait sans doute pas. Très bien. J’entendrai la suite quand j’aurai moi-même franchi la Porte du Dragon. »
[… C’est vrai ! Voilà qui est mieux, junior ! Dépêche-toi de monter !]
Je ne voyais pas son visage, mais je l’imaginais aisément s’illuminer avant de se mettre à bavarder. Il faudrait vraiment que j’y monte bientôt.
Quand nous eûmes terminé, je retirai le cristal de résonance. À côté de moi, la servante, qui n’avait qu’un peignoir sur le dos, grelottait de froid. Je lui tendis le cristal et lui demandai :
« Pourquoi restes-tu là à trembler ? »
« … À votre avis ? Parce que j’ai froid ! »
« Tu aurais dû t’habiller avant d’entrer. »
« Vous aussi, vous vous êtes déshabillé, Maître. Ça aurait l’air bizarre si j’étais la seule habillée ! »
« Et c’est moins bizarre si tu n’as qu’un peignoir sur le dos ? Tu essaies de donner quelle image ? »
On aurait dit une scène de genre. Pas que ça m’aurait déplu.
« Puisque tu as déjà ton peignoir, tu veux entrer ? »
« E-entrer ? »
« Si ça ne te dérange pas. »
« J-je ne dis pas que vous ne me plaisez pas, Maître… mais je ne suis pas encore prête… »
Qu’entendait-elle par « pas prête » ? Elle était déjà entrée avec pour seul vêtement un peignoir. Tandis qu’elle hésitait en guettant ma réaction, je m’adressai à la servante d’un ton indifférent.
« Dis-toi que tu es là pour t’occuper de mon bain. Sinon, tu n’as aucune raison de rester plantée là. »
« … C’est vous qui me l’avez demandé ! »
La servante agrippa son peignoir et entra prudemment dans le bain.
Même la robuste et vigoureuse servante semblait avoir accumulé une fatigue considérable. Son corps raide se détendit comme s’il fondait au contact de l’eau chaude. Des gouttelettes ruisselaient sur sa peau légèrement rougie.
« C’est injuste que vous profitiez de ce luxe tout seul, Maître ! »
« Que veux-tu que j’y fasse ? Je suis juste si impressionnant. »
À ma réponse, la servante s’exclama comme si elle n’en revenait pas.
« Waouh, quel culot ! Vous jouez si bien la comédie que même un acteur en pleurerait ! »
« L’acteur que je connais ne pleure pas. »
Quand je m’adressai à l’acteur qui se trouvait devant moi, l’attitude de la servante changea légèrement.
Jusque-là, elle avait joué les servantes audacieuses, naïves et tenaces, avec parfois un côté insolent. Des taches de rousseur dignes d’une fille de la campagne parsemaient son joli visage, et ses cheveux tressés lui donnaient l’air de quelqu’un habitué aux tâches quotidiennes.
N’importe qui aurait cru qu’elle était une servante ayant accepté de bon gré de faire les travaux les plus pénibles.
Pourtant, quand elle dénoua ses cheveux et les étala au fond de la baignoire, elle sembla devenir une tout autre personne.
« Maître. »
« Oui ? »
« Depuis quand le saviez-vous ? »
Hilde, laissant un instant de côté son rôle de servante, me posa la question. Je répondis honnêtement :
« Depuis le début. »
« Je ne prétendais même pas être quelqu’un en particulier. J’étais juste une servante ordinaire. Vous auriez dû vous laisser berner ! »
« Même si tu dis ça, qu’est-ce que j’y pouvais, puisque je savais déjà ? »
« Haaah… Je me doutais que c’était possible. Mon déguisement ne sert plus à grand-chose, maintenant. »
Hilde puisa de l’eau avec une louche et s’en versa sur la tête. L’eau ruissela, délavant ses cheveux ; les taches de rousseur qui couvraient sa peau s’effacèrent elles aussi. On aurait dit qu’elle abandonnait sa vieille peau pour renaître en papillon. Trempée, Hilde s’épanouit comme une fleur.
Avec une moue contrariée, Hilde se débarrassa de son déguisement et m’éclaboussa depuis l’autre côté du bain.
« On dirait que Père a mené une vie bien tranquille tout ce temps. Moi, je me débrouillais à peine dans cette lointaine Fédération arcanique. »
« Je suis content que tu t’en sois bien sortie, à ta manière. »
« Vous ne voulez pas savoir quelles épreuves j’ai traversées ? »
« Si. Je me disais qu’une fois que les choses se seraient un peu calmées, je te demanderais de m’en parler. »
« Tss. Tu n’étais pas curieux du tout. »
C’était parce que j’avais déjà lu ses pensées.
Lankart, venu au duché pour me retrouver, avait découvert Hilde déguisée en moi et l’avait emmenée au château flottant. Hilde avait ensuite été expulsée du château flottant, tout comme moi, puis avait parcouru tout le chemin jusqu’au territoire Celsius pour chercher le site de descente et entrer en contact avec moi.
« Lankart cherchait Père, alors je me suis dit qu’en suivant le château flottant, je finirais peut-être par te retrouver. Et te voilà : tu joues les professeurs, tu gardes une femme à tes côtés et tu vis dans le luxe. »
« Qu’est-ce que j’ai fait ? Je n’ai engagé qu’une seule servante, et tu racontes ça comme si je m’étais vautré dans le luxe et les plaisirs. »
« Hmph. À part moi, tu as aussi trouvé une maîtresse du coin au château flottant ? »
« Ancien Avant ? C’est une aînée très serviable. Je me suis beaucoup reposé sur elle. »
« C’est bien ça qui m’énerve ! Tu es tellement insaisissable, toujours prêt à t’échapper sans jamais franchir la limite ! »
Hilde tendit la jambe et me donna plusieurs petits coups dans le ventre. Sous l’eau limpide, sa jambe pâle, qui dépassait de son peignoir, ondulait légèrement.
« Alors, Père, qu’est-ce qui t’a poussé à quitter le château flottant ? »
« J’enseigne la magie rituelle. »
« Ça, c’est ce que tu fais en ce moment. Je te demande quel est ton but ultime. »
« Mon but ultime ? Je n’en ai pas vraiment. »
À ces mots, Hilde haussa légèrement les sourcils, resserra son peignoir et traversa le bain pour s’approcher de moi. L’eau ondulait autour de sa poitrine. Dans cette baignoire étroite, il était difficile de détourner le regard de la peau qu’on apercevait entre les pans de son peignoir trempé.
Hilde vint se placer juste devant moi et me demanda :
« Vraiment ? Tu te contentes d’enseigner gratuitement la magie rituelle, sans aucun objectif ? »
« Pour l’instant, oui. »
« Tu sais que la magie rituelle est de la magie noire, celle que la Fédération arcanique déteste, n’est-ce pas ? »
Je le savais très bien. Mais c’était le point de vue de l’ordre.
« Hilde, je ne suis pas aussi profond ni calculateur que vous le croyez. »
« Hmm. C’est la chose la plus difficile à croire que j’aie jamais entendue. »
« Non, c’est vrai. Si j’ai enseigné la magie rituelle à ces imbéciles, c’est parce que j’ai pensé qu’ils en avaient besoin. »
Hilde, qui s’était approchée tout près de moi, pencha la tête.
« Les enfants doués avaient besoin d’une éducation adaptée. Alors je la leur ai donnée. Ils ont éveillé leur détection du mana et se sont rapprochés d’un pas de la magie blanche. »
« C’est vrai. »
« Mais les enfants sans talent ne comprendront jamais avec un enseignement aussi bref. Si je faisais des efforts sur une longue période, ils pourraient peut-être devenir mages blancs, eux aussi, mais je ne le ferai pas. Ils ne le désirent pas assez pour ça, alors les forcer à changer serait mal. »
Ce serait les modifier, pas les éduquer. Changer les autres selon mes propres désirs, sans me soucier des leurs, revenait à mettre la charrue avant les bœufs.
« Malgré tout, la magie est nécessaire pour survivre dans cette contrée froide et hostile. Ils ont besoin de magie pour faire fonctionner les appareils magiques. Dans ces conditions, la magie rituelle peut être une assez bonne solution de rechange. »
Dans la Fédération arcanique, où la magie régissait le territoire, même un sort mineur pouvait produire des résultats considérables.
Plus on avait d’outils, mieux c’était. Même si l’un d’eux était la magie rituelle. Hilde comprit quand je lui expliquai cette évidence, mais un autre problème se posait.
« Mais, Père, la famille Celsius et le château flottant ne le permettront pas. »
La question était légitime.
La magie rituelle était de la magie noire. Dans tous les pays du monde, y compris la Fédération arcanique, on la tenait pour taboue. Seul un pays aussi déraciné que l’État militaire pouvait autoriser une telle technique ; ailleurs, le simple fait de l’apprendre pouvait vous valoir l’exécution. Hilde le fit remarquer.
« La Fédération arcanique est le pays de la magie blanche. Pour eux, la magie noire souille la civilisation magique. Ils chercheront à exclure non seulement toi, Père, mais aussi tous ceux qui ont appris la magie rituelle. L’ordre ne peut pas tolérer une telle technique. »
« Alors il n’a qu’à la tolérer. »
« Quoi ? »
Je ne cherchais pas à défier l’ordre. Je ne cherchais pas non plus à le nier pour inaugurer une ère de barbarie.
Je disais simplement que l’ordre était lui aussi un outil.
« Pourquoi est-ce à moi de changer ? Ce ne serait pas plutôt à l’ordre de changer ? L’ordre n’est pas une entité éternelle et parfaite. Comparés à l’ordre, qui a évolué selon les régions, les pays et les époques, les humains ont moins changé. »
J’étais le Roi de l’Humanité, mais aussi un petit criminel. J’avais enfreint d’innombrables règles et je franchissais les barrières de la loi avec un sourire narquois.
À vrai dire, il serait plus juste de dire que j’étais resté le même pendant que les lois traçaient leurs limites au gré de leurs caprices.
J’avais perdu mon pouvoir et n’étais plus qu’un être insignifiant, mais j’étais une entité conceptuelle. Je pouvais changer si l’humanité changeait, mais aucun humain ne pouvait me changer. C’était là la résistance et l’homéostasie de la race humaine. Je n’avais pas le pouvoir de les défendre, mais je restais malgré tout purement humain.
Parce que j’étais le Roi de l’Humanité, pas le Roi de l’Ordre.
« Hmm. »
Comme si elle me trouvait amusant, Hilde m’adressa un sourire audacieux, exaspérant au possible. Puis elle se rapprocha encore et me murmura à l’oreille :
« Tu sais, Père, après t’avoir rencontré, j’ai développé un souhait. »
Je le savais. Je l’avais lu dans ses pensées. Et j’y réfléchissais encore.
Était-ce un souhait que je pouvais exaucer ? Et devais-je l’exaucer ?
« Père, tu es profondément humain. Tu te moques des valeurs qui ne s’effacent jamais et des vertus qui ne perdent jamais leur éclat. Tu ne tiens compte que du cœur des gens. »
Bien sûr. Les humains attribuaient de la valeur aux choses, et c’était eux qui jugeaient de leur beauté. Sans les humains, il n’y avait rien.
C’était terriblement difficile à dire, une évidence pareille.
« Yuel a rassemblé tout ce qu’il y avait de bon au monde et a bâti une nation. Pourtant, il lui manquait une chose : la foi en l’être humain. Était-ce parce que Yuel avait le don de prévoyance ? Parce qu’elle avait vu toute la saleté et toute la laideur de l’humanité ? Si on ne les surveillait pas et qu’on ne les enchaînait pas, les gens finissaient par se pervertir et tout détruire. »
Le sourire espiègle de Hilde s’atténua. Comme si un souvenir précieux lui revenait, Hilde murmura doucement, un tendre sourire aux lèvres.
« Mais Père, toi, tu as une foi immense en l’humanité. À quoi ressemblerait la nation créée par quelqu’un comme toi ? Que se passerait-il si tu rétablissais ce que l’État militaire a le plus exclu ? »
Sa voix, chaude et humide comme l’eau du bain, Hilde m’enlaça. À travers le fin peignoir plaqué contre son corps, je sentis le désir brûlant de Hilde. J’avais l’impression de sentir son cœur battre.
« Je t’aiderai de tout mon corps et de tout mon cœur, Père. J’offrirai tout au Roi de l’Humanité, mon âme comme mon corps. »
Hilde s’accrochait désespérément à moi. Hilde attendait désespérément quelque chose de moi.
Autrement, Hilde n’aurait pas attiré l’Ancien à ma place au duché.
Hilde ne serait pas non plus restée dans la Fédération arcanique à m’attendre, sans savoir si je viendrais, au lieu de retourner dans l’État militaire.
« Montre-le-moi, je t’en prie. »
Qu’est-ce que ça faisait, de devenir le souhait de quelqu’un ?
Hilde attendait sincèrement de voir ce que je ferais. Ce que je comptais faire était le souhait de Hilde. Il me serait très facile de lui donner ce qu’elle voulait.
* * *
« N-nous n’avons pas non plus réussi à obtenir confirmation auprès des chambres d’amis. »
Le mage de la famille Celsius répondit d’un air embarrassé.
C’était un mage remarquable, suffisamment talentueux pour appartenir à une famille magique. Il faisait partie de l’élite, tout en haut de la pyramide. Son intelligence supérieure lui inspirait confiance et arrogance.
« Elisha a dit qu’il serait ici. Elle a dit qu’elle lui avait réservé une chambre dans le domaine de la famille Celsius. Un homme qui s’appelle Hughes. Vous ne l’avez vraiment jamais vu ? »
Pourtant, le véritable élu du château flottant était différent.
Cette fille qui appelait par son prénom le plus grand accomplissement de la famille Celsius, le Maître de la Tour cyan Elisha Celsius. Face à Shei, descendue au milieu d’une immense quantité de mana, le mage n’eut d’autre choix que de s’incliner.
Le mage semblait mal à l’aise, comme si l’écart entre la personne qu’il croyait être et celle qu’il devait désormais respecter lui était étranger.
« Je suis désolé, non, veuillez m’excuser. Mais la famille Celsius connaît l’identité de tous les mages qui viennent du château flottant. S’il n’y a aucune trace de lui, c’est qu’il n’est jamais venu. »
« Vraiment… D’accord. Si Hughes vient vous voir, faites prévenir la Tour cyan. »
« Mais je ne sais même pas qui est cette personne… »
Sans prêter attention au mage qui ronchonnait, Shei bondit dans les airs. Le vent qui s’élevait de Chanteciel la souleva.
En un instant, Shei monta à une centaine de mètres environ. Elle contempla le territoire Celsius qui s’étendait en contrebas et murmura :
« C’est étrange. Il devrait être ici. »
Elle avait quitté un moment le château flottant pour descendre, mais n’avait pas réussi à retrouver Hughes. Le Maître de la Tour cyan, Elisha, avait dit qu’elle lui avait préparé une chambre et tout le nécessaire, mais il semblait être parti ailleurs. Comme elle avait fait tout ce chemin pour rien, Shei regarda autour d’elle.
« Qu’est-ce que Hughes peut bien faire ? Il aurait au moins pu laisser un moyen de le contacter. »
Pendant un instant, elle envisagea de partir à sa recherche.
Shei possédait les Yeux aux Sept Couleurs. En fouillant le territoire Celsius avec leur aide, elle pourrait le retrouver rapidement. Ce serait un peu contraignant, mais tout de même.
Elle pouvait aussi répandre de l’argent autour d’elle. Le territoire Celsius regorgeait de mages, mais aussi de marchands et de voyageurs venus pour la descente. En les payant suffisamment, elle apprendrait vite où se trouvait Hughes.
Ou bien elle pouvait demander à un mage du son de produire un son assez puissant pour couvrir tout le territoire Celsius.
Plusieurs solutions lui vinrent à l’esprit d’un seul coup. Son corps s’apprêtait déjà à en mettre une en œuvre. Alors que sept couleurs étaient sur le point d’emplir ses yeux, Shei s’arrêta brusquement.
« … Tss. Quelle idée inutile. On croirait vraiment que j’ai envie de retrouver Hughes. »
Elle n’avait rien à lui dire d’urgent. Elle était simplement venue le voir sur un coup de tête. Shei, qui prenait contact avec le Temple du Dieu démoniaque au château flottant, avait des tâches bien plus importantes que Hughes, qui se préparait à franchir la Porte du Dragon.
Le château flottant était en effervescence, en ce moment. À cause de la descente ? En partie, mais aussi à cause d’un visiteur qui était arrivé en même temps.
Une délégation agitait le château flottant et exigeait qu’on lui rende les reliques de Saint Rene.
Hughes serait curieux de l’apprendre ; Shei était donc venue le lui annoncer en personne. Mais il n’avait laissé aucun moyen de le contacter. Elle se détourna, l’air contrarié.
« Hmph. Tant pis pour lui s’il ne l’apprend pas. »
Elle voulait le retrouver. Elle voulait le voir. Mais elle ne devait pas partir à sa recherche. Hughes était occupé. Pour redevenir entier, il avait besoin de souhaits plus que jamais. Du cœur d’un plus grand nombre de gens…
Des pensées confuses et éparses lui traversèrent l’esprit. Avant même d’avoir pu y réfléchir, Shei marmonna avec obstination :
« S’il n’arrive même pas à franchir la Porte du Dragon, il aura affaire à moi. Je ne le laisserai pas s’en tirer comme ça. »
Après avoir jeté un regard au territoire Celsius, Shei retourna directement au château flottant.
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