Chapitre 635
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 635 : Qui a appris la magie noire
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Le mal naît de la faiblesse.
Il se glisse dans les fissures entre ceux qui luttent pour survivre. Quand les laissés-pour-compte se battent désespérément pour garder la tête hors de l’eau, il revêt un masque et leur tend la main. Depuis le fond d’un gouffre, quiconque lève les yeux vers une ombre se découpant sur le ciel la prendrait pour un ange. Les faibles qu’il a choisis soutiennent le malfaiteur de tout leur corps et de toute leur âme.
C’est ainsi que le mal accorde de l’attention et de l’affection aux laissés-pour-compte, puis agit en secret à travers eux, qui lui servent d’hôtes.
Voilà pourquoi le mal prospère dans les endroits faibles et misérables, et pourquoi l’ordre se tourmente tant sur la manière de traiter les faibles.
Pourtant, même si l’ordre le juge maléfique,
l’est-il vraiment aux yeux de ceux qu’il a abandonnés ?
* * *
Le bio-terminal de l’État militaire était un appareil d’une grande complexité. Il interprétait les informations corporelles sous forme de données magiques, les traitait pour créer un Avatar Aki à inscrire dans le corps, puis accordait à son utilisateur l’accès à tous les avantages magiques fournis par l’État militaire.
Ces avantages magiques consistaient à les utiliser comme sources de mana vivantes, mais tout de même.
Par rapport aux innombrables autres fonctions du bio-terminal, la magie rituelle n’était presque qu’une option supplémentaire. Même dans l’État militaire, où l’instruction était universelle, très peu de gens savaient véritablement pratiquer la magie rituelle. L’État militaire avait besoin d’une source d’énergie magique, pas de gens ordinaires capables de manier la magie noire. La magie rituelle n’était qu’une des fonctions du bio-terminal.
Il me suffisait donc d’éliminer toute possibilité de mauvais usage du bio-terminal.
Et de me concentrer uniquement sur la magie rituelle, en toute bonne volonté : ouvrir cette voie serait alors un jeu d’enfant.
Le principe de base de la magie rituelle consistait à faire correspondre les cinq doigts aux cinq éléments, puis à tracer un cercle magique simple à l’aide d’incantations et de signes de main.
Sa structure avait beau être irrégulière, le mana résidait tout de même dans le corps humain, et ce mana intérieur était plus facile à maîtriser que le mana naturel extérieur. Il était difficile de former une structure ordonnée avec un mana intérieur irrégulier, mais les os, les vaisseaux sanguins et les nerfs des doigts possédaient déjà leur propre structure, semblable à une tour.
Construire une structure de mana à même le sol était difficile, mais la tâche devenait beaucoup plus aisée lorsqu’une structure existait déjà. Il fallait d’abord former un signe de main afin de bloquer une partie des vaisseaux sanguins et des nerfs. Puis, en se concentrant un peu et en récitant une incantation, le mana circulait dans certains vaisseaux et formait une structure à l’intérieur des doigts.
Autrement dit, c’était une magie noire qui se rapprochait énormément de la magie blanche. Elle utilisait les nerfs et les vaisseaux sanguins comme cercle magique, et le mana intérieur que possédait chaque être humain comme source d’activation.
Il fallait au minimum savoir faire circuler le mana dans les nerfs et les vaisseaux sanguins ; une procédure ouvrant la voie et y canalisant directement le mana était donc indispensable. L’État militaire perçait des trous dans le poignet, mais je n’avais pas besoin d’aller jusque-là.
Je pouvais utiliser le Dieu démoniaque du Sang et le Dieu démoniaque de la Foudre. Je pouvais tracer une voie nette, sans le moindre effet secondaire.
Un mage stupide de l’ancien royaume.
La magie rituelle était une magie pour les imbéciles, créée par Prelvior la Mage de guerre.
Je devais m’en servir pour exaucer les vœux des imbéciles qui voulaient devenir membres de la Fédération arcanique.
Le Missionnaire Casas ne dénonça pas Richard. C’était une personne assez bonne pour mériter le titre de missionnaire. Pendant ce temps, je poursuivis mon enseignement, faisant la navette entre l’école et le quartier des Exclus.
Mes cours étaient bien trop efficaces. Quel que fût leur district scolaire d’origine, tous les enfants doués éveillaient leur détection du mana. En deux semaines à peine, j’obtins ce que d’autres n’avaient pas réussi à accomplir en plusieurs années. Les éloges pour mes résultats ne firent que s’amplifier de jour en jour.
Pourtant, plus ma lumière brillait, plus nombreux étaient ceux qui sombraient dans le désespoir.
« Professeur… ! P-pourriez-vous nous accorder un instant ?! »
Mon talent ne faisait aucun doute. D’innombrables résultats l’avaient déjà prouvé.
Et ceux qui n’avaient toujours pas éveillé leur pouvoir ? Ces pauvres élèves qui avaient suivi mes cours et n’arrivaient toujours pas à en saisir le moindre rudiment ?
Mon enseignement ne leur convenait pas ?
Ils n’avaient pas eu de chance ?
Ils ne se sentaient pas bien ?
Mon existence réfutait toutes ces excuses.
« N-notre enfant n’arrive pas à sentir le mana. Saturn, chez les voisins, y arrive, et Neil aussi ! Notre enfant assiste à vos cours depuis le tout premier jour ! »
Oh là là. Quel dommage.
Après tout, chacun était différent et les talents variaient énormément.
Certains enfants étaient intelligents et apprenaient vite, mais étaient absolument incapables de détecter le mana.
D’autres le percevaient vaguement, mais ne correspondaient à aucune branche de la magie et restaient dans une impasse.
Certains avaient éveillé leur détection du mana, mais étaient tout simplement trop peu intelligents pour en comprendre les principes.
Et beaucoup n’étaient que de pauvres élèves sans talent, incapables de comprendre quoi que ce soit.
« En quoi notre enfant est-il différent des autres ? Pourquoi n’y arrive-t-il pas… ?! »
Ils ne pouvaient pas non plus rejeter la faute sur leur situation. Ils devaient probablement envier les Exclus. Au moins, les Exclus étaient des tickets de loterie qu’on n’avait pas encore grattés. Ces pauvres élèves, eux… n’avaient déjà rien gagné.
Je répondis d’un air indifférent.
« Vous connaissez la raison. Dois-je vous l’expliquer ? »
Votre enfant n’avait aucun talent. Même moi, je ne pouvais pas l’éveiller.
Mon expression leur fit comprendre cette froide vérité.
« Snif ! »
À mes paroles glaciales, les parents jetèrent brièvement un regard derrière eux.
Un enfant se tenait là, recroquevillé. Il n’avait rien fait de mal, pourtant son cœur débordait de culpabilité. Il n’était pas à la hauteur, ne répondait pas aux attentes et ne pouvait pas rendre à ses parents ce qu’ils avaient investi en lui.
Je suis désolé d’être né comme ça.
Derrière ses parents qui imploraient, l’enfant s’excusait.
Mais ces excuses silencieuses ne leur parvinrent jamais, et les parents poussèrent un cri de désespoir.
« Comment… ? Nous avons eu sept enfants, et pas un seul ! Pas un seul n’y est arrivé ! Ce ne sont que des idiots inutiles qui ne font que manger… ! »
La mère se lamenta.
Les districts scolaires périphériques abritaient les gens les plus pauvres et les plus démunis, à l’exception des Exclus. Leur seul moyen de surmonter cette misère et d’améliorer leur statut était de gagner à la loterie.
Un unique ticket, délivré après qu’un homme et une femme en âge de se marier se sont rencontrés et ont attendu dix mois. Ils avaient passé près de dix ans à gratter ce ticket, qui s’était révélé perdant.
Et ils en avaient tiré sept. Voilà où les avait menés leur ambition démesurée.
« Non. Il nous reste le petit dernier ! »
« Professeur, nous amènerons le plus jeune à l’école ! Il a encore une chance ! »
En se rappelant le ticket de loterie qui leur restait, les parents s’accrochèrent de nouveau à moi. Je n’étais pas particulièrement intéressé, mais je posai la question par politesse.
« Quel âge a-t-il ? »
« …Huit, huit ans ! Il connaît déjà toutes ses lettres ! »
En réalité, l’enfant n’en avait que six ; ils lui en avaient ajouté deux. Il ne connaissait même pas toutes ses lettres. Ils pensaient vraiment que ça marcherait ?
« Je n’ai pas le temps. Je dois retourner au château flottant dans quinze jours. »
Après ces mots, je me détournai, mais la mère m’agrippa brutalement l’épaule et me ramena vers elle.
« V-vous ne pouvez pas faire ça ! Nous n’avons encore rien obtenu… ! »
Chaque enfant qui naissait dans la Fédération arcanique était un ticket de loterie qu’on n’avait pas encore gratté. Le montant du gain dépendait de son talent magique.
À cette pensée, je baissai les yeux vers la main qui me saisissait l’épaule.
« Lâchez-moi. »
Elle ne lâchait pas ? Elle comptait recourir à la force ? Ça ne changeait rien. Je n’avais pas besoin de magie pour me dégager de quelqu’un.
Je repoussai simplement sa main. Ce fut tout, et pourtant celle de la mère fut violemment rejetée en arrière. Un cri perçant retentit, attirant l’attention de tous.
Désespoir, résignation, peur, humiliation. Toutes sortes d’émotions négatives tourbillonnaient ensemble.
Je dépoussiérai mes vêtements, puis me retournai vers la mère en larmes.
Le désir de magie, l’entêtement et l’obsession, tout cela leur avait été inculqué par cet ordre. Eh bien, je n’avais pas l’intention de le nier. Il était naturel de faire des objectifs fixés par la société ses propres rêves.
« Je ne peux pas apprendre à un imbécile à maîtriser la magie blanche, mais je peux lui enseigner une magie rituelle relativement facile. »
Alors, j’exaucerais leur rêve.
« Voulez-vous apprendre la magie ? »
Les parents hochèrent frénétiquement la tête. C’était un spectacle désespéré, comme s’ils avaient compris qu’il s’agissait de leur dernière chance.
Ils m’imploraient parce qu’ils ne voulaient pas être rejetés parmi les Exclus, et j’exauçai également leur souhait.
Une situation semblable se produisit plusieurs dizaines de fois.
Étonnamment, les Exclus ne vinrent pas me trouver. Ceux qui avaient déjà renoncé à la magie ne savaient pas ce qu’était la magie rituelle ni en quoi elle pourrait les aider, et n’avaient même pas envie d’essayer. Quelques jeunes, dont Richard, qui conservaient encore leurs rêves et leurs espoirs, vinrent me voir pour apprendre la magie rituelle.
Les pauvres élèves des districts scolaires se montraient plus entreprenants. Craignant de ne plus jamais pouvoir apprendre la magie une fois mon départ, ils acceptaient tout, la magie rituelle ou autre.
Des incantations courtes, des signes de main simples et une magie phénoménale aux effets immédiats. La magie rituelle était facile à pratiquer et, de surcroît, utile. Elle se distinguait notamment par sa capacité à remplacer le mana nécessaire à l’activation des outils magiques. Même les ignorants pouvaient réduire considérablement leur consommation de mana grâce à la seule magie rituelle.
La technologie de l’État militaire avait rassemblé tout ce qu’il y avait de bon au monde et l’avait perfectionné dans le seul but de gagner en efficacité, jusqu’à la rendre malveillante. J’avais ôté cette malveillance pour en faire un outil pur.
Les imbéciles qui avaient acquis la magie comme un outil se réjouirent. Magie rituelle ou autre, la magie restait la magie. Le savoir qu’ils avaient acquis était précieux, trop précieux pour être gaspillé. Ces imbéciles l’exhibaient fièrement.
Quels imbéciles.
Les familles de mages qui accueillaient la descente du château flottant n’avaient pas encore appris la nouvelle.
Mais elles ne tarderaient pas.
Notes :
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