Chapitre 634
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 634 : Jeu de mafieux
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Richard avait un père taciturne, mais stupide, et une mère tenace, mais stupide. Ils formaient un couple parfait. Ils aimaient leur enfant tout aussi stupidement.
Il se sentait à l’étroit, comme s’il portait des vêtements qui n’étaient pas à sa taille. Il se croyait différent. S’il pouvait seulement quitter ce quartier de parias, peut-être que la famille Celsius, avec son éclat, serait celle à laquelle il appartenait.
S’il n’était pas né dans le quartier des parias. Si ses parents avaient eu ne serait-ce qu’un peu de volonté. Si la moindre occasion lui avait été donnée. Richard était persuadé qu’il aurait pu devenir quelqu’un de plus grand.
Ne disait-on pas que le Ciel aidait ceux qui s’aidaient eux-mêmes ? Une occasion se présenta à lui. Un mage était descendu du château flottant pour enseigner à tous sans distinction. Le Missionnaire Casas lui en parla, et Richard saisit sa chance en se glissant dans l’académie.
La froide réalité qu’il découvrit d’abord le découragea, mais le mage n’était ni arrogant ni vil.
Il était simplement froid.
« Tu as du talent. Ce serait dommage de le gâcher, mais te prendre sous mon aile serait trop contraignant et trop incertain. »
Le mage reconnut froidement les capacités du garçon.
« Si tu avais reçu une éducation convenable dans un quartier scolaire ordinaire, tu serais devenu mage sans grande difficulté. Avec suffisamment d’efforts, tu aurais même pu atteindre le château flottant. Mais tu as grandi dans ce quartier de parias et tes connaissances fondamentales sont inexistantes. Tu n’apprendras jamais vraiment la magie. »
Richard le savait lui aussi. Quoi qu’il fasse, ce ne serait jamais assez.
Le sort en était déjà jeté quelque part, sans le moindre rapport avec lui.
« Je ne peux pas dire que tu manques d’efforts. Fourneaux arcaniques, lampes à mana, cristaux de glace… Tout cela est fabriqué grâce à la magie. Ces objets coûtent trop cher pour qu’un paria puisse en posséder, et tu ne peux même pas fournir assez de mana pour les alimenter. Qu’espères-tu accomplir en étudiant un peu après le travail, dans une maison sombre, en gémissant de faim et de soif ? »
En apparence, même les imbéciles pouvaient se servir d’appareils magiques rudimentaires.
Mais ils ne pouvaient pas les entretenir. Leur mana était trop faible pour en exploiter tout le potentiel et, surtout, ils n’avaient pas d’argent. Même au sein de la Fédération arcanique, où les appareils magiques étaient répandus, les parias ne pouvaient pas en user librement.
« Et puis, seuls ceux qui connaissent déjà la magie peuvent lire les cristaux des grimoires. N’est-ce pas ironique ? »
Il fallait connaître la magie pour l’apprendre.
Cette réalité contradictoire était le plus grand obstacle entre le garçon et la magie.
« Tu n’as pas le talent nécessaire pour surmonter un obstacle d’une telle ampleur. Mais cela ne signifie pas que tu es incapable. On ne peut pas reprocher à une graine de ne pas fleurir dans un froid glacial. »
Richard acquiesça. Tout était parfaitement exact. Blâmer son environnement, une excuse ? Pour les parias, même cette excuse était un luxe. Ils devaient obtenir la permission de jouir non seulement de la magie, mais de la vie elle-même.
« Je ne t’enseignerai pas la magie blanche. Ton talent n’a rien d’assez exceptionnel pour que je te forme et te soutienne pendant trois mois. À mes yeux, tu es tout à fait ordinaire. »
Trois mois. Ce n’était pas rien, et pourtant Richard fut si ému qu’il en pleura.
Le plus grand mage qu’il eût jamais vu venait de le déclarer : avec trois mois et un soutien suffisant, Richard avait le talent nécessaire pour devenir mage en trois mois. Il était plusieurs fois plus doué que les élèves ordinaires d’une académie médiocre comme celle-là.
« En revanche, je t’enseignerai la magie rituelle. »
En entendant ces mots, Richard éprouva du dégoût. Il savait vaguement que la Fédération arcanique était une nation de magie blanche et que les autres formes de magie y étaient mal considérées.
Pourtant, il ne ressentit pas plus de réticence que nécessaire.
C’est parce que Richard ignorait jusqu’à ce qu’était la magie rituelle.
« La magie rituelle fait appel à des signes de la main et à des incantations fortement simplifiés pour invoquer en toi des phénomènes magiques. Ses effets sont limités, mais elle peut t’aider à surmonter nombre de problèmes qui te préoccupent. Tu pourras activer des appareils magiques, et la magie de lumière te permettra de lire les cristaux des grimoires. En apprenant la magie rituelle, tu seras sur la ligne de départ. Acceptes-tu ? »
Le mage ne lui disait que la vérité. Si Richard parvenait à surmonter la peur diffuse que lui inspirait cette nouvelle forme de magie, le pouvoir serait assurément à sa portée.
Face à l’offre du diable, Richard demanda : « Combien de temps faut-il pour apprendre la magie rituelle ? »
Le mage le regarda droit dans les yeux.
« Une heure. »
* * *
Richard apprit la magie rituelle. Rien d’étonnant à cela. Malgré des différences de qualité, le niveau d’éducation de la Fédération arcanique dépassait celui de l’État militaire, surtout en matière de magie. Dans ce domaine, elle excellait comme nulle part ailleurs au monde.
Richard, qui avait réussi à écouter ici et là des leçons de magie malgré sa condition de paria, ne faisait pas exception. Il avait toujours été doué pour les études ; il apprit donc rapidement une discipline aussi simple que la magie rituelle.
« Set. Ri. Lux. »
Une lumière éclatante jaillit des ongles de Richard. Il venait d’obtenir la magie qu’il avait tant convoitée, mais il s’exprima d’un ton absent :
« La magie a toujours été aussi facile ? »
« Même les idiots apprennent la magie blanche. Ce serait absurde que la magie rituelle, qui est plus facile, soit difficile. »
Il était évidemment plus simple de maîtriser son propre corps qu’une machine. Je lui donnai quelques explications.
« La magie rituelle utilise ton corps, et surtout tes doigts, comme catalyseur. En magie blanche, ils joueraient le rôle d’une baguette magique. Comme les pierres précieuses utilisées comme catalyseurs, leur structure s’abîme en contrepartie de l’usage du mana. »
Les mages se servaient de pierres précieuses comme catalyseurs parce que leur structure était uniforme. Les différentes pierres émettaient un mana adapté à des formes de magie distinctes, et un même procédé produisait le même effet, quel que soit le lanceur.
Le mana d’une pierre précieuse ressemblait à des briques : des éléments solides et uniformes pour bâtir une forteresse.
La structure du corps, en revanche, était irrégulière comparée à celle des pierres précieuses et se détériorait avec le temps. Elle tenait davantage d’une masse de chair humide et sinistre.
Si la magie blanche bâtissait des tours avec des briques, la magie noire sculptait des masses de chair. La chair pouvait mieux convenir à la création d’une forme humaine, mais seule la magie blanche permettait d’accomplir des miracles aussi vastes et méthodiques que des tours.
« À force d’utiliser la magie du feu, tes doigts brûleront. Avec trop de magie de l’eau, ils gonfleront et éclateront. Si tu abuses de la magie de lumière, ils ramolliront. Trop de magie de la foudre, et tu seras électrocuté, ce qui émoussera tes sens. Chaque élément comporte des risques, alors sers-t’en sans abîmer ton corps. Si tu en abuses, tu devras peut-être te faire couper les doigts. »
« … Je crois que j’ai appris ça pour rien. »
« C’est exact. La magie rituelle n’est pas assez utile pour avoir été choisie comme voie dominante. Tant que tu sacrifies tes ongles, ça va : leurs performances sont assez uniformes et, même si le mana les use, ils repoussent. Mais évite autant que possible de te servir de tes doigts comme médium. Si tu les perds, tu perdras aussi la magie rituelle. »
J’avais surtout utilisé mes doigts parce que je devais garder mes ongles en bon état pour mes tours de cartes. Je l’avais pourtant mis en garde avec sévérité, mais il n’y avait pas lieu de trop s’inquiéter. Ses doigts ne seraient pas abîmés s’il n’en faisait pas un usage excessif.
« Souviens-toi : la magie rituelle n’est qu’un outil. Ton avenir changera selon la manière dont tu t’en serviras. Et… »
Richard contemplait sa main droite avec regret. J’ajoutai donc une dernière chose :
« Si tu en arrives là, tu peux tout simplement choisir de ne pas t’en servir. »
« Quoi ? »
« Tu peux apprendre la magie blanche sans recourir à la magie rituelle. Ou t’en servir uniquement pour surmonter tes difficultés, puis poursuivre ton apprentissage de la magie blanche comme tu le faisais jusqu’ici. »
« Je peux apprendre la magie blanche après avoir appris la magie rituelle ? »
« Bien sûr. La magie rituelle et la magie blanche ne sont que des outils. N’est-il pas naturel de commencer par celui qui est pratique, puis de le remplacer peu à peu par un autre, plus difficile et plus efficace ? »
On croyait qu’une personne ayant appris la magie noire ne pouvait pas apprendre la magie blanche, mais c’était faux. C’était simplement que les imbéciles incapables d’apprendre la magie blanche recevaient souvent la magie noire par des raccourcis.
Son rêve n’était pas encore mort. Il avait appris la magie noire, mais son potentiel restait intact. Comme je l’avais dit, il n’avait fait qu’acquérir un outil utile.
« … Très bien ! »
Richard bondit sur ses pieds.
« Merci, maître. Peu importe ce que c’est, l’essentiel, c’est que je possède la magie, maintenant. Je peux lire les cristaux des grimoires. »
Jusque-là, il n’avait eu aucun moyen de les lire. À présent qu’il avait appris la magie rituelle, tout était différent. S’il projetait sa lumière sur l’écran de cristal et éclairait un cristal de grimoire, une page du livre apparaissait telle quelle.
Richard possédait désormais la magie. Même si c’était une magie noire malfaisante, sa malfaisance lui serait utile.
« Je vais essayer. »
Richard quitta la mission, résolu. Il comptait se servir du pouvoir qu’il venait d’acquérir.
Le silence retomba sur la mission après le départ du garçon. Une lumière blanche filtrait à travers les fenêtres faites de glace éternelle. La statue de la Sainte Vierge, à demi plongée dans l’ombre, nous observait en silence.
Au bout d’un moment, de violents coups résonnèrent depuis le confessionnal. La porte de bois s’ouvrit à la volée et le Missionnaire Casas en sortit en roulant, étroitement ligoté. Les yeux exorbités, Casas cria assez fort pour que toute la mission l’entende :
« S-sale vaurien ! Enseigner la magie noire à un enfant innocent… Mmgh ! »
« Pardonnez-moi, mon père ! Je vous en prie, supportez ça encore un instant ! »
La gouvernante sortit derrière Casas, présentant des excuses à répétition tout en bâillonnant le missionnaire. D’un geste, je l’arrêtai avant qu’elle ne ramène Casas dans le confessionnal. La gouvernante observa ma réaction, puis relâcha prudemment le missionnaire.
Ayant retrouvé l’usage de sa bouche, le missionnaire me fixa et s’écria :
« Vous avez perdu la tête ? Vous savez seulement ce qu’est la magie noire ?! »
« Bien sûr. »
« La magie noire est un savoir interdit qui détruit le moi ! C’est un pouvoir maléfique et terrifiant qui souille l’âme ! Et vous l’avez enseignée à un agneau venu dans cette église ! Vous enverrez Richard et vous-même en enfer ! »
Je haussai les épaules.
« Vous ne m’avez pas arrêté non plus alors que j’avais déjà commencé à lui enseigner la magie rituelle. »
« C’est parce que je ne savais pas que c’était de la magie noire ! »
C’était vrai. La magie rituelle était simple dans sa forme, et les phénomènes qu’elle produisait ressemblaient à ceux de la magie blanche. Il était donc difficile de la reconnaître au premier coup d’œil comme de la magie noire. Pour les imbéciles incapables de sentir le mana, elle avait exactement l’apparence de la magie blanche.
« Dire qu’il existait une technique secrète pour transmettre la magie noire sans même accomplir de rituel… ! »
« Oh, vous connaissez aussi les rituels ? »
« Bien sûr ! Tout le monde sait que les mages noirs maléfiques attirent les gens par le pouvoir pour en faire des sacrifices ! »
Pourquoi la magie noire passait-elle pour une magie facile ? Parce qu’elle prenait le corps pour catalyseur. Il était évidemment plus simple de manipuler son propre corps qu’un outil.
Mais deux sortes de personnes choisissaient cette voie.
Les sacrifices qui apprenaient la magie noire auprès d’un autre mage noir après avoir subi un rituel, par exemple une procédure transformant leur corps en catalyseur.
Et les mages noirs qui commandaient d’innombrables sacrifices.
Aux yeux du Missionnaire Casas, je devais avoir l’air d’appartenir à cette deuxième catégorie. Il devait me prendre pour un scélérat qui séduirait un enfant ignorant, lui offrirait du pouvoir sous un prétexte quelconque, puis s’emparerait de son corps.
Mais il se trompait.
La magie rituelle n’était pas cette sorte de magie noire, et je n’étais pas ce genre de mage noir.
« Je n’ai rien fait au corps de Richard. Vous avez tout vu de vos propres yeux. »
« M-mais c’est impossible ! Vous avez forcément utilisé quelque ruse maléfique ! »
« Allons, faites un effort. Je lui ai seulement tripoté le bras devant vous. Quelle ruse aurais-je bien pu employer ? Nous sommes dans une église, et la statue de la Sainte Vierge nous observe. Si vous aviez senti quoi que ce soit, vous m’auriez déjà arrêté. N’est-ce pas ? »
Pourquoi serais-je venu dans une église pour enseigner la magie noire devant un missionnaire, sinon ?
Tout citoyen respectueux des lois savait que ce n’était pas un crime si personne ne vous avait vu.
En d’autres termes, si l’on voulait commettre un crime, il fallait se trouver un témoin. Et mieux valait encore que ce témoin soit un missionnaire sincère, droit et honnête.
« Mais le mana sombre et sinistre que j’ai vu était forcément de la magie noire ! »
« Normalement, la magie rituelle de l’État militaire ne peut être utilisée qu’après l’ouverture d’un bio-terminal dans le corps. C’est comparable au rituel dont vous parliez. »
Un bio-terminal était la trace d’une procédure visant à transformer le corps en catalyseur. L’État militaire l’utilisait comme une carte d’identité, même si ce n’était là que sa fonction officielle.
Enseigner la magie rituelle à des enfants qui n’en savaient rien. Faire subir toutes sortes de tabous aux criminels. Tout cela était possible grâce aux bio-terminaux.
« Mais je peux imprimer la méthode qui permet d’utiliser le corps comme catalyseur sans y laisser la moindre trace. Comme vous l’avez vu. »
C’était moi qui avais restauré les souvenirs de Tyr. Avec le Voleur de foudre et le Dieu démoniaque de Tyr à ma disposition, imprimer la magie rituelle dans les nerfs d’un enfant ignorant n’avait rien de difficile. Mon Dieu démoniaque ne laissait ni effets secondaires ni traces.
Le missionnaire, qui avait tout observé de près, le savait mieux que quiconque.
Et il comprenait ce que cela signifiait.
« C’est impossible… A-alors, ça veut dire que… »
« Vous avez enfin compris. »
Voyons voir. Il y avait ici un mage noir. Il ne portait aucune trace d’un rituel subi et n’était devenu la marionnette de personne sous l’effet de drogues ou de malédictions. En apparence, Richard n’était qu’un enfant doué et intelligent.
Alors, sur quelle base pouvait-on définir cet enfant comme un mage noir ?
« Sans laisser de trace, sans le moindre changement, il n’a fait qu’acquérir un savoir. »
« Cet homme ne veut aucun mal à Richard… ! En réalité, il éprouve de la bienveillance à son égard ! Il a vraiment fait ce choix pour le bien de Richard ! »
La magie rituelle ? Et si Richard ne se servait pas de cette magie, si insignifiante qu’on pouvait à peine la qualifier de magie noire ? Et s’il restait inactif, pareil à n’importe quel paria ?
« La Fédération arcanique pourrait-elle distinguer les mages noirs des citoyens innocents ? Sur quelle base les jugerait-elle ? Comment les punirait-elle ? »
« Ce qu’il hait, c’est l’ordre même de la Fédération arcanique ! »
Une société fondée sur l’apprentissage de la magie. Une éducation inégalitaire. Et les parias exclus.
Ceux qui étaient nés tout en bas de cette hiérarchie, condamnés dès le départ à l’ignorance, abandonnés par la magie et incapables de remonter la pente. Que se passerait-il s’ils obtenaient le pouvoir et le savoir que la Fédération arcanique ne voulait pas leur accorder ?
« Aurait-elle le droit d’écraser les parias qu’elle a exclus au nom de son propre ordre ? »
Je posai la question au missionnaire.
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