Chapitre 631
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 631 : Voici notre district scolaire
──────
L’académie s’était vidée, ne laissant derrière elle qu’un véritable capharnaüm. Des lentilles de cristal usagées, de la glace pure, un brasero alimenté par la magie, un xylophone à énergie magique et toutes sortes d’autres objets jonchaient le sol.
Rien qu’à l’idée de devoir tout ranger, on avait envie de soupirer. Enfin, pas moi. La gouvernante.
Je lui fis signe du menton.
« Hé. Range-moi tout ça. »
« Mmm… Hein ? M-moi ? Vous m’appeliez ? »
« Où est-ce que cette femme traîne toute la nuit pour somnoler en pleine journée ? J’ai dit de ranger tout ça. »
À ma réponse agacée, la gouvernante s’essuya le coin de la bouche et grommela.
« Pff. Ce n’est pas la peine de le dire comme ça… »
Malgré ses plaintes, elle rangea tout à une vitesse folle. Quelques coups de balai suffirent à tout faire disparaître en un instant. En voyant les outils magiques entassés dans une grande caisse, elle prit la parole.
« Waouh. Il y a plein de choses que je ne reconnais même pas. Vous avez préparé tout ça pour les enfants ? »
« Qu’est-ce que vous racontez ? Ce sont mes outils d’expérimentation. »
« Grâce à ces outils magiques, les enfants ont pu sentir l’énergie magique. Je n’ai jamais vu autant de matériel conçu pour enseigner aux enfants, même à la Fédération arcanique. »
« J’avais quelques tests à faire, voilà tout. »
À la Tour de Cristal, je cherchais des moyens d’éveiller la magie ; il me fallait simplement des sujets d’expérience. Par pure chance, ils avaient tiré profit de ma visite.
« Pour les enfants, votre arrivée a dû être une rencontre providentielle… »
« Exactement. Je suis une rencontre providentielle, un miracle et une bénédiction pour eux. Si je ne m’étais pas intéressé à l’éveil de la magie chez les masses ignorantes, si je n’avais pas suivi cette dame parce qu’elle avait attiré mon regard, ils auraient gâché leur vie à parier sur leurs chances de réussir dans cette académie perdue aux confins du territoire. »
La gouvernante baissa les yeux et marmonna :
« Professeur, vous parlez comme ça, mais au fond, vous êtes quelqu’un de bien, non ? »
« Hein ? Qu’est-ce qui vous prend, tout à coup ? »
« Vos paroles sont froides et votre attitude arrogante, pourtant vous vous donnez du mal pour les enfants de cette région reculée. Les gens talentueux ne viennent pas jusqu’ici pour aider les autres. À moins d’être missionnaires, bien sûr. »
Je haussai les épaules.
« C’est comme ça que les choses ont tourné. Mais je n’en fais qu’à ma tête, et je ne répondrai pas forcément à vos attentes. »
« …Vous êtes gêné ? »
« J’aimerais bien savoir ce que ça fait. Je ne connais pas cette émotion. »
Apparemment, ma réponse ne satisfaisait pas sa curiosité. La gouvernante pencha la tête tout en continuant de ranger.
« Dois-je vous faire apporter à manger ? Ou préférez-vous prendre un bain ? »
« Je mangerai d’abord, puis je me laverai. »
« Très bien. Je vais prévenir la dame qu’elle vous apporte votre repas ! »
À l’heure du repas, la gouvernante se précipita dehors. Son propre repas l’attendait aussi ; voilà pourquoi elle se dépêchait autant. Chacun ne pensait qu’à ses propres affaires.
À cet instant, l’orbe de cristal de résonance dans ma poche vibra. Quand je le sortis, le visage de l’Ancien Avant se dessina faiblement à l’intérieur. Je fis pivoter l’orbe pour le mettre en place et pris la parole.
« Je vous entends, Ancien Avant. »
Comme si elle n’attendait que ça, la voix de l’Ancien Avant retentit.
[Hughes. Comment vas-tu ? Et le Monde inférieur ?]
« Je loge dans un endroit agréable, alors je suis à l’aise. Les règles sont intéressantes, elles aussi. »
[Ah, c’est vrai ! J’ai oublié de t’expliquer les règles du territoire de Celsius ! Euh, qu’est-ce que je fais ? Je t’apporte un guide ou quelque chose comme ça ?]
« Les découvrir fait partie du plaisir. Je m’y suis déjà un peu habitué. Les points de congélation et d’ébullition inhabituels sont pratiques pour manipuler la magie du cristal. »
[C’est ça ! Sur le territoire de Celsius, les structures cristallines de la neige et de la glace sont renforcées, ce qui entraîne des points de congélation et d’ébullition inhabituels ! Tant que tu le sais, tout ira bien !]
L’Ancien Avant bavardait avec enthousiasme. Je ne pouvais pas lire ses pensées d’aussi loin, mais au moins, je pouvais l’entendre. Après quelques échanges de banalités et avoir pris des nouvelles l’un de l’autre, elle poursuivit la conversation un bon moment avant de conclure :
[La Tour de Cristal est très occupée, parce qu’elle sert d’échelle pour le site de descente. On devrait avoir plus de temps la semaine prochaine, alors je descendrai te rendre visite ! D’ici là, prends soin de toi !]
« Bien sûr. Vous serez surprise en me voyant. J’ai hâte de vous montrer à quel point j’ai changé. »
[J’ai envie de… J-j’ai envie de te voir, moi aussi !]
Sur ces mots, l’Ancien Avant mit fin à l’appel. La lumière de l’orbe de cristal s’éteignit.
Une tâche terminée, je remarquai quelqu’un qui me fixait et demandai :
« Qu’y a-t-il, gouvernante ? »
« …Vous êtes un pécheur. »
« Vous avez changé de métier ? Gouvernante le jour, juge la nuit ? Et puis, pourquoi épiez-vous l’appel de quelqu’un ? C’est impoli. »
« Alors allez dans votre chambre pour téléphoner ! »
Qu’est-ce qui lui prenait ? Pourquoi était-elle aussi à cran ? La gouvernante me répondit froidement :
« Pendant que vous vous amusiez, j’ai prévenu la dame. Le repas ne va pas tarder. Mais… »
« Mais quoi ? »
« …Quelqu’un vous cherche dehors, professeur. »
Quelqu’un me cherchait ? Ce n’était pas l’Ancien Avant, et j’espérais que ce ne serait pas Lankart. Shei, peut-être ? Étrange. Si c’était elle, elle serait simplement entrée.
« Alors faites-le entrer. Il y a un problème ? »
« Oui. La dame l’a chassé. »
« Quoi ? »
Perplexe, je sortis aussitôt.
La glace fondait difficilement sur le territoire de Celsius. La plupart des terres étaient donc recouvertes de neige et de glace, et les bâtiments construits en glace plutôt qu’en pierre n’avaient rien d’inhabituel.
Les routes étaient gelées et la plupart des véhicules prenaient la forme de traîneaux. De temps à autre, je voyais des gens patiner. Les habitants élevaient surtout des huskies, et les traîneaux à chiens constituaient un moyen de transport pratique.
Il faisait assez doux pour que la neige paraisse molle, mais il était difficile de se déplacer ; les gens ne sortaient donc pas sans raison particulière.
Pourtant, il y avait aujourd’hui beaucoup de monde près de l’académie. La dame avait rassemblé un groupe et criait, les yeux flamboyants.
« C’est notre district scolaire ! Quand on vous a suppliés de nous aider, vous ne nous avez même pas accordé un regard. Et maintenant, vous débarquez pour réclamer votre part ?! »
Son adversaire était un ancien à la longue barbe. Son niveau était modeste, mais c’était un mage à la retraite, et il affichait un air décontracté.
« Allons, madame. Une part ? À vous entendre, on croirait que vous avez préparé toute la table vous-même. »
« C’est ce que j’ai fait ! C’est moi qui l’ai amené ici et qui me suis occupée de lui ! »
Contrairement à la dame, qui s’époumonait, l’ancien lui répondit sans la moindre honte :
« Vous ne l’avez pas fait descendre du château flottant, et les soins que vous lui avez prodigués auraient-ils pu satisfaire un mage ? Il est simplement entré dans l’académie la plus proche. Rien n’empêche donc cette académie d’être la nôtre. »
« Rien ne prouve non plus qu’elle doive être la vôtre ! »
« Notre académie est plus grande, accueille davantage d’élèves, est mieux équipée… et pourrait aussi offrir une meilleure compensation. »
C’était une académie dirigée par un mage à la retraite, qui y enseignait lui-même. Elle n’avait rien à voir avec celle d’une dame dont le seul mérite était d’avoir eu un enfant doué.
Malgré tout, elle ne pouvait se résoudre à abandonner la chance inespérée qui lui était tombée dessus. Elle renifla, prête à poursuivre la dispute.
« Et vous, madame. Je me suis retenu à cause de votre fils, mais… »
La dame ne put prononcer un mot de plus.
La raison était simple : des stalactites de glace lui avaient poussé dans la bouche.
Le froid soudain la fit trembler. Mais ce n’était pas seulement le froid. Elle était terrifiée parce qu’un sort avait été lancé sans qu’elle s’en rende compte.
Après avoir achevé son sort, l’ancien se caressa la barbe et reprit :
« Le mage repartira avec le château flottant, mais nous, nous resterons ici et nous continuerons à vivre, n’est-ce pas ? Ne ferions-nous pas mieux de régler ça convenablement plutôt que de nous emporter ? À moins que vous ne teniez à recevoir quelque sort inexplicable. »
C’était presque une menace, et la réalité se refermait sur la dame.
L’énergie magique était le pouvoir de faire surgir des phénomènes naturels par la volonté. Grâce à la sensibilité, on pouvait la détecter. Grâce à la maîtrise, on pouvait lui résister. À moins d’avoir préparé à l’avance un sort d’une ampleur colossale, la magie était presque inutile contre un mage.
Mais contre les gens ordinaires, dépourvus de sensibilité et de maîtrise ?
Ils ne pouvaient pas remarquer qu’un sort était lancé, ni résister à une attaque. Même attaqués, ils n’avaient aucun moyen de savoir qui en était l’auteur ni comment elle s’était produite.
Ils pouvaient bien porter plainte, personne ne serait arrêté ; et même en accusant quelqu’un, ils ne pourraient rien prouver. Pour les masses ignorantes, la magie était une main invisible. Comment prouver l’existence de quelque chose qu’on ne voyait pas ?
Les ignorants restaient ignorants.
De même que les personnes déclarées juridiquement incapables avaient besoin d’un tuteur, les masses ignorantes ne pouvaient que subir sans défense, en l’absence d’un mage pour les protéger.
La seule raison pour laquelle la dame n’avait pas connu pire, c’était que son fils était un mage. L’ancien se rappela ce détail, puis reprit d’un ton courtois :
« Qu’avons-nous demandé de si extraordinaire ? Nous voulions simplement rencontrer ce mage. Est-il juste de nous le refuser et de nous insulter en plus ? »
« … ! »
« Bien. Nous allons nous rendre à l’académie. »
Le groupe de la dame n’osa pas barrer la route à un mage. L’ancien s’apprêtait à se diriger vers l’académie avec un sourire en coin lorsqu’il me croisa.
« Il y a du monde. Pourquoi vous êtes-vous tous rassemblés ici, alors que vous n’avez rien à faire ? »
Mon air ouvertement agacé suffit à faire comprendre à l’ancien que j’étais un mage.
« Oh. Enchanté. Vous devez être celui qui serait arrivé du château flottant… »
« Que voulez-vous ? »
*Quelle arrogance ! Mais c’est bien normal de la part d’un élu du château flottant.*
Même si je lui répondais sèchement, en phrases courtes et impolies, il comprenait. Qu’est-ce que les mages avaient donc de si spécial ?
L’ancien expliqua aussi brièvement que possible la raison de sa venue.
« Hum. Ce n’est rien de bien important. Nous souhaitons accueillir dans notre académie un homme tel que vous, qui maîtrisez une magie remarquable, plutôt que de vous laisser dans une région aussi reculée. »
« Comment avez-vous appris ma présence et trouvé le chemin jusqu’ici ? Je ne suis là que depuis trois jours. »
« Le territoire de Celsius est petit. Et les terres où les gens s’entassent le sont encore davantage. Si un mage doté d’une énergie magique aussi puissante que la vôtre se présente, tout le monde finit forcément par le remarquer… »
L’ancien, qui s’était montré flatteur, sentit mon énergie magique et parut légèrement décontenancé.
*Hm ? Étrange. J’ai entendu dire qu’un mage remarquable était descendu du château flottant. Pourtant, son énergie magique est extrêmement faible.*
Tss. C’était donc bien un mage.
Les mages pouvaient sentir l’énergie magique. La mienne risquait donc d’être démasquée.
Bien sûr, les mages d’un certain niveau pouvaient dissimuler leur énergie magique. Mais je n’en voyais pas l’intérêt. Il n’y avait rien de mal à montrer qu’on était plus puissant.
*Pourquoi son énergie magique est-elle si faible ? Cette femme aurait-elle installé un remplaçant ? Voyons voir.*
L’ancien se caressa la barbe et baissa discrètement les yeux. De l’énergie magique commença à s’accumuler sous mes pieds, là où mes chaussures touchaient la neige.
Cette barbe était fausse. Une touffe de fils tressés y était cachée. Il lançait ses sorts en s’en servant comme catalyseur ?
J’avais beau être faible, ça, c’était facile.
Je glissai la main derrière mon dos et saisis une carte. C’était le trois de trèfle, l’une des nouvelles cartes que Lankart avait fabriquées pour moi au château flottant afin de remplacer celles que j’avais épuisées. Je la laissai tomber derrière ma jambe, à l’abri du regard de l’ancien, puis déplaçai lentement le pied pour marcher dessus.
« Fahrenheit. »
À l’instant où j’activai l’énergie magique contenue dans la carte, elle entra en collision avec le sort de l’ancien. Les stalactites qui s’apprêtaient à recouvrir mes pieds se dispersèrent sous l’effet de la chaleur, tandis qu’une vapeur blanche s’élevait en nuages.
Les yeux de l’ancien s’écarquillèrent.
*De la magie lancée par une simple incantation, sans catalyseur ?! Je n’ai même pas pu suivre le flux de son énergie magique. C’est un mage de haut rang !*
Il y avait bien eu un catalyseur, mais l’ancien ne l’avait pas vu. Mes cartes étaient difficiles à repérer à l’œil nu, et impossibles à distinguer pour quelqu’un dont la vue baissait.
L’ancien retira précipitamment sa main de sa barbe.
« Hum. Veuillez m’excuser. Vous dissimuliez votre énergie magique, alors je me suis demandé si vous n’étiez pas quelqu’un d’autre. »
« Je suis censé accepter que vous m’insultiez ? »
« … Ah ! B-bien sûr que non ! Je vous prie de m’excuser sincèrement ! »
Un ancien ? Le respect dû aux aînés ? À quelle époque croyait-il vivre ? Dans la Fédération arcanique, seule comptait la maîtrise de la magie. Je fixai l’ancien, qui s’inclina précipitamment, puis ouvris la bouche.
« Alors, qu’est-ce que vous me voulez ? »
« Je souhaitais seulement connaître vos intentions. Je vous en prie, ne vous mettez pas trop en colère ! »
« Faites comme bon vous semble. »
« Nous pouvons vous offrir tout le confort nécessaire, alors si vous acceptiez seulement… Pardon ? »
« Amenez-les vous-mêmes. Je ne les prendrai pas comme disciples, mais je pourrai m’occuper d’eux pendant mon temps libre. »
L’ancien fut surpris par la faveur de ma réponse.
« Vraiment ? Mais vous voulez dire que nous devrions les amener ici ? »
« Faire mes bagages serait pénible. Et j’ai déjà adapté mon corps à cet endroit. »
« Notre académie est bien plus grande et possède de meilleures installations… »
« Alors enseignez-leur dans vos excellentes installations. »
« Non, non, non ! Nous devons respecter vos souhaits ! À qui a soif de creuser le puits ! Je vais les prévenir ! »
L’ancien s’inclina plusieurs fois devant moi, puis repartit avec ses gens. Vu la façon dont les choses avaient commencé, le résultat me satisfaisait plutôt.
J’avais aussi préservé une partie de la dignité de la dame. Elle regretterait peut-être de ne pas avoir pu me garder pour elle, mais ce n’était pas une mauvaise chose que ce district scolaire reculé devienne le centre de l’attention. Comme l’ancien l’avait dit, une fois que je serais parti, ils n’auraient plus qu’eux-mêmes.
Malgré tout.
*Il ne se dérobe pas à ses responsabilités, mais il est encore moins du genre à proposer ses services de son plein gré. Ce n’est pas non plus un missionnaire ; alors pourquoi s’impose-t-il du travail supplémentaire ? Quel résultat cherche-t-il à obtenir, cette fois ?*
Seule la gouvernante me lança un regard où se mêlaient curiosité et méfiance.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>