Chapitre 630
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 630 : Une différence de talent
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Même un parasite comme moi, dans le château flottant, était un roi et un professeur respecté dans le Monde inférieur. Les habitants du district scolaire me comblant d’attentions, je me délectais de ma propre supériorité.
Quel effet cela faisait-il ? Incroyable. J’étais l’un de ces ignorants, et pourtant, on me traitait bien uniquement parce que j’étais descendu du château flottant. C’était aussi grisant que de jouer avec l’argent qu’on avait emprunté à quelqu’un d’autre.
Et si je me faisais prendre ? Dans le château flottant, presque personne ne me connaissait, et personne ne ferait tout ce chemin pour corriger le malentendu. Même s’ils finissaient par découvrir la vérité, je n’aurais qu’à m’épousseter les mains et partir.
Profitant de ces plaisirs sans avoir à en assumer les conséquences, je me consacrai à la recherche d’un moyen de franchir la Porte du Dragon.
Je cherchais à savoir comment ceux qui manquaient de talent pouvaient rattraper leur retard sur les autres. Comme j’avais déniché d’excellents cobayes, je comptais tirer le meilleur parti de la situation.
« Hé, les morveux. Venez par ici, deux minutes. »
C’étaient les élèves en difficulté du district scolaire frontalier du domaine de Celsius.
Les districts scolaires étaient eux aussi hiérarchisés. Les enfants doués fréquentaient les meilleurs, et ceux qui s’y distinguaient devenaient apprentis auprès de prestigieuses familles de mages.
Les enfants encore présents dans ce district étaient comme des tickets de loterie bon marché, pas encore grattés, mais dont on n’attendait de toute façon pas grand-chose. De futurs membres de la masse ignorante.
Ils ne parvenaient pas à sentir ni à maîtriser correctement leur pouvoir magique, mais ils seraient utiles à quelqu’un dans la même situation. Je leur fis signe. Ils s’approchèrent et s’assirent, l’air enthousiaste.
« Placez ces lentilles devant vos yeux et regardez mon doigt. Qu’est-ce que vous voyez ? »
Je leur tendis des lentilles taillées dans du Haut Cristal. Les enfants fixèrent mon doigt et répondirent.
« Je vois un hexagone. »
« On dirait un flocon de neige. »
Je n’avais pas encore formé de cristal, mais ils voyaient le pouvoir magique qui en constituerait l’ossature. Les lentilles permettaient donc de voir le pouvoir magique juste avant qu’il ne prenne forme.
« Et maintenant ? »
« Je ne vois rien. »
« Hm. Comme je le pensais, la capacité des lentilles à détecter le pouvoir magique dépend de leurs propriétés. Elles ne peuvent pas détecter toutes les sortes de pouvoir magique. »
Les lentilles ne pouvaient pas sentir tout le pouvoir magique à votre place. Elles ne faisaient briller que certaines formes d’ondes magiques. Ça n’allait pas.
Je consignai les résultats et m’apprêtais à récupérer les lentilles lorsqu’un enfant continua de jeter des coups d’œil hésitants à la sienne. Sans réfléchir, je lui demandai :
« Qu’est-ce que tu vois ? »
« Euh… Quelque chose sourit. »
« Quoi ? »
« Les flammes montent comme si elles souriaient… »
« Ah, exact. »
Cet enfant arrivait à le voir. Le Haut Cristal étant un cristal, il aurait dû bien détecter le pouvoir magique qui formait des cristaux, mais pas celui qui brûlait comme des flammes.
Ce qui voulait dire…
« Il y a des enfants comme toi. Tu le perçois, mais tu ne te rends pas compte qu’il s’agit de pouvoir magique. Si tu l’observes régulièrement de cette façon, tu finiras par apprendre à le sentir correctement. »
« Quoi ? »
« Félicitations. Tu as appris à sentir le pouvoir magique. »
Il y avait donc, même dans ce tas d’ordures, une pierre précieuse encore brute capable de sentir le pouvoir magique. L’enfant regarda alternativement la lentille et moi, puis bondit littéralement de joie.
« Waouh ! J’ai réussi, j’ai réussi… ! Enfin ! »
L’enfant qui venait de découvrir son talent était ravi, mais je fronçai les sourcils comme si cette réaction était ridicule.
Sentir le pouvoir magique était littéralement la première étape de la magie. D’ordinaire, on apprenait à le maîtriser après avoir appris à le sentir, puis on étudiait pour devenir mage. Pourtant, beaucoup de gens dans le monde étaient incapables de suivre ce parcours pourtant si simple et prenaient du retard. Il était mille ans trop tôt pour se réjouir.
Et ceux qui n’arrivaient même pas à faire ce premier pas ? Fermez-la.
Agacé, je tendis la main.
« Qu’est-ce que tu fais ? Rends-moi la lentille. Elle est à moi. »
« Euh… Je ne peux pas la garder ? »
« Petit… Tu devrais t’entraîner à voir sans. »
Restez à votre place, les ratés. Vous n’aviez qu’à obéir et servir de cobayes. Enfin, l’un d’eux avait appris à sentir le pouvoir magique grâce à moi. Les cobayes seraient sans doute plus dociles après ça.
« J’ai des choses à mettre en ordre, alors allez lire ces grimoires. Toi, celui qui arrive à sentir le pouvoir magique, suis du regard les parties du cristal du grimoire qui brillent intensément pendant que tu lis. Tu vas vivre une expérience intéressante. »
« Oui ! »
Les enfants agaçants s’éloignèrent en masse, sans se douter qu’on se servait d’eux. Les lentilles étaient une bonne piste, mais de simples lentilles ne suffiraient pas. Il me faudrait d’autres dispositifs pour approcher d’une véritable capacité à sentir le pouvoir magique.
Il y avait beaucoup à faire. Les cobayes étaient utiles, mais il fallait aussi s’en occuper. Je ne pouvais pas, à moi seul, maîtriser des enfants qui n’en faisaient qu’à leur tête. Et ce n’était pas non plus à moi de le faire.
« Madame, pourriez-vous venir un instant ? »
La femme à l’air chaleureux s’illumina dès qu’elle me vit.
« Oh là là, professeur ! Qu’y a-t-il ? Vous avez besoin de quelque chose ? »
« Rien de bien important. Il me faudrait quelqu’un pour s’occuper des cob… je veux dire, des morveux. Ils pourraient aussi me rendre quelques services. »
« Bien sûr ! Justement, j’ai déjà trouvé quelqu’un ! »
« Quand arrivera-t-elle ? »
« Elle a dit qu’elle viendrait aujourd’hui. Je l’enverrai à l’école dès qu’elle sera là ! »
« Très bien. »
Je me détournai comme si je n’avais plus rien à ajouter. Derrière moi, j’entendis la femme lancer d’une voix souriante :
« Si vous avez besoin d’autre chose, dites-le-moi ! »
« Quel coup de chance ! Tous les mages ne se valent pas, mais je n’aurais jamais cru qu’on en trouverait un prêt à enseigner aux enfants ! Ils accrochent bien, et les résultats sont déjà là ! Ça va aussi me faire bien voir ! »
Cette femme avait plus d’importance que je ne l’avais imaginé. Dans la Fédération arcanique, les districts scolaires étaient une question de statut, et les écoles étaient des institutions étroitement liées à l’avenir de chacun et de ses enfants. Se voir confier la gestion d’un tel endroit signifiait qu’elle avait autorité sur les habitants de toute la région.
Après avoir élevé son aîné pour qu’il devienne mage, cette femme était devenue la représentante du district scolaire. Elle semblait prête à me donner son foie et sa vésicule biliaire, sans se douter que j’utilisais les enfants comme cobayes.
« Qu’est-ce que la masse ignorante peut bien savoir ? J’imagine qu’elle ne voit pas plus loin que le bout de son nez. »
Après seulement quelques jours au château flottant, les gens comme elle me paraissaient tous stupides et insignifiants. Peut-être que le Monde inférieur n’était pas ma place. Chacun devait vivre là où il était à sa place.
Bon. J’en avais fini avec les essais des lentilles de cristal. Que pouvais-je tenter ensuite ? Je retournais à l’école, plongé dans mes réflexions, quand j’aperçus devant l’entrée une femme avec un paquet d’affaires, qui attendait sans bouger. Elle était adulte, donc elle ne ressemblait pas à l’un des enfants. En lisant ses pensées, je compris qu’il s’agissait de la femme de ménage que la dame avait fait venir.
« Excusez-moi. Vous êtes la femme de ménage ? »
Surprise par ma voix, elle serra son paquet contre elle et répondit :
« O-Oui ! On m’a dit de venir travailler ici à partir d’aujourd’hui ! »
Enfin, j’avais une esclave en règle, liée à moi par un contrat financier. Les morveux obéissaient assez bien, mais je ne pouvais pas demander à des enfants de faire le ménage ou de gérer mes affaires. Je levai un doigt et désignai l’intérieur de l’école.
« C’est bien ce que je pensais. Nous savons tous les deux pourquoi vous êtes là, inutile de nous attarder. Le ménage, la gestion de mes affaires, faire les lits, préparer le thé et les autres tâches diverses : voilà ce que vous aurez à faire. »
« Oui ! Comptez sur moi ! »
« Quelques consignes. Ne touchez pas à mes affaires sans permission. Ne faites rien que je ne vous aie demandé. Gardez la pièce à vingt-cinq degrés en permanence, et veillez à ce que nous ne manquions jamais d’eau propre obtenue en faisant fondre de la glace. »
« Euh, attendez un peu. Les affaires, le travail, vingt-cinq degrés, l’eau de glace… »
Après que je lui eus énuméré plusieurs consignes, la femme, toute déconcertée, marmonna en repliant ses doigts. Elle avait l’air négligente. Allait-elle seulement faire son travail correctement ? Tss.
« Vous savez utiliser la magie ? »
« Je dois aussi utiliser la magie ? Je ne la connais pas… »
« Hmph. Si vous saviez l’utiliser, vous ne feriez pas ce travail. Vous savez au moins vous servir d’outils magiques ? »
« Oui ! Je m’en suis souvent servie ! Mon précédent emploi consistait à servir un mage ! »
« Vous avez servi un mage ? Hm. Dans ce cas, vous devriez être utile. »
La femme serra le poing et répondit avec énergie :
« Comptez sur moi ! Vous ne serez pas déçu. Si je me fais renvoyer d’ici aussi, je n’aurai nulle part où aller. Alors je travaillerai comme si ma vie en dépendait ! »
« Voilà qui n’est pas très rassurant. »
Malgré tout, elle avait l’air travailleuse. Si elle avait déjà servi un mage, elle devait être l’une des rares personnes compétentes d’un district scolaire frontalier comme celui-ci.
La femme avait du flair. Elle ne m’avait pas envoyé n’importe quelle idiote : elle avait choisi quelqu’un qui semblait polie et capable. Le plus important, c’était de me plaire, n’est-ce pas ?
… Voilà pourquoi elle avait choisi cette personne. Madame, vous vous étiez fait avoir en beauté.
Avec son air candide, la femme de ménage regarda l’école tout autour d’elle en multipliant les exclamations admiratives, puis déballa ses affaires dans un coin de la pièce.
* * *
« À la base, sentir le pouvoir magique consiste à le percevoir avec ses sens. Jusqu’à présent, vous avez probablement essayé de sentir le pouvoir magique en le considérant comme une force mystérieuse qu’on ne peut ni voir ni sentir… Autrement dit, vous vous y êtes pris pour rien. »
L’arrivée de la femme de ménage me permit d’accélérer encore mes recherches. Sur les vingt-cinq enfants qui étudiaient à cette école, sept réussirent à sentir le pouvoir magique. J’avais obtenu ce résultat seulement trois jours après le début de leur formation.
« Vous croyez que Celsius s’est éveillée à une magie unique liée à la chaleur et au froid sans raison ? Comment Pascal maîtrise-t-il le vent ? Et pourquoi Fahrenheit a-t-il fini par manier des flammes ardentes ? Avant que la théorie de la perception du pouvoir magique ne soit établie, la chaleur, le froid et le vent qui effleurait la peau étaient les sensations les plus familières aux humains. »
Était-ce parce qu’ils avaient du talent ? Non. C’était parce que j’étais un excellent professeur. J’avais une quantité phénoménale de connaissances et, grâce à ma lecture des pensées, je voyais clairement ce qu’ils ne comprenaient pas. J’avais pleinement révélé le talent des enfants.
« Le pouvoir magique est partout. L’important, c’est de le percevoir avec vos propres sens. La chaleur, le froid, le son, la lumière, le vent. Si vous pouvez le sentir, vous pouvez le tisser et le transformer en magie. »
Je parlai tout en frappant un xylophone en Haut Cristal. Les cristaux imprégnés de pouvoir magique résonnèrent, diffusant ce pouvoir sous forme de vibrations. Le pouvoir magique se glissait entre les sons.
« Le son fonctionne de la même façon, petit. »
L’enfant trembla et retira les mains de ses oreilles.
À cet instant, toutes sortes de bruits résonnèrent dans son corps. Des sons qu’il n’avait jamais entendus. Des bruits qui auraient dû lui parvenir par les oreilles vibraient dans tout son être. C’était comme si on l’avait posé sur un tambour avant de le frapper de toutes ses forces.
Ce vacarme immense, qui secouait le ciel et la terre, l’enfant seul pouvait l’entendre.
« P-Professeur… Alors, ce que j’entends dans mes oreilles en ce moment… »
« Félicitations. Tu as reçu la bénédiction de la magie. Lire et combiner le pouvoir magique grâce aux vibrations, c’est une forme de magie que l’école pythagoricienne a étudiée il y a bien longtemps. Elle exige non seulement du talent, mais aussi un sens artistique ; on l’utilise donc rarement. Autrement dit, elle est rare. Si tu te rends dans le domaine des Décibels, tu n’auras aucun mal à devenir apprenti. »
Un de plus. Huit en tout. Sentir le pouvoir magique était peut-être la capacité la plus facile à acquérir, mais huit enfants doués, c’était beaucoup trop pour un district scolaire frontalier comme celui-ci. Et tout cela, c’était grâce à moi.
L’enfant secoua vivement la tête et s’écria :
« Non ! Je veux continuer à suivre vos cours ici ! »
« C’est ton choix. Fais comme tu veux. Mais aujourd’hui sera la dernière fois que je m’occuperai de toi tout seul. »
Tout le monde se cachait derrière des apparences. Personne ne voulait être celui qui prenait du retard. Si les autres n’attendaient rien d’eux, ils se feraient abandonner. Alors, dans un district scolaire, les élèves dissimulaient désespérément ce qu’ils ignoraient et s’efforçaient de passer pour des modèles.
Mais j’étais un lecteur de pensées. Je voyais clair dans toutes ces tentatives, je lisais leurs aptitudes et leurs talents, et j’éveillais leur pouvoir magique par des méthodes adaptées à chacun.
La magie sonore était la plus difficile, et j’avais aussi réussi à l’enseigner. On pouvait dire que j’avais travaillé avec tous les élèves de l’école.
« Très bien. Vous avez tous compris dans les grandes lignes, non ? Vous savez quel talent vous avez et ce que vous devez faire. »
Le problème, cependant, ne venait pas des « élus ».
Il venait généralement des « laissés-pour-compte ».
« Ça suffit pour aujourd’hui. Rentrez chez vous. »
Les dix-sept qui n’avaient rien ressenti, en dehors des huit élus.
Ils ne regardèrent que le sol, le visage vide, puis s’enfuirent de l’école comme s’ils prenaient la fuite.
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