Chapitre 610
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 610 : Comprimer, comprimer, comprimer l’air
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Un château flottant restait, par définition, un château. Or, tout château devait disposer de moyens de défense contre les attaques ennemies. Même un château flottant imprenable ne faisait pas exception.
Comme son nom l’indiquait, la capitale de la Fédération arcanique possédait des défenses magiques. Les cinq tours magiques, disposées aux pointes d’un pentagramme, concentraient sur nous une puissance suffisante pour renverser des montagnes.
Mais pourquoi nous visaient-elles ?
Lankart répondit à ma question.
« Je modifiais le parchemin et j’ai fini par emprunter une trajectoire interdite. Il est défendu de tomber à la verticale depuis une trajectoire située bien au-dessus du château flottant. »
« Hé, espèce d’ordure ! C’est ta faute ! »
« Hum. Ne t’inquiète pas. J’en suis au moins en partie responsable, alors je vais m’en occuper. »
« Tu dis ça comme si tu en étais fier… Mais surtout, comment comptes-tu t’en occuper ? »
« Eh bien… »
Avant que Lankart ait pu finir, les tours magiques s’illuminèrent. Des traînées lumineuses s’étirèrent d’abord dans le ciel, puis des torrents de puissance s’y engouffrèrent.
Flammes, vent, foudre, vapeur, vibrations. Des rayons de mana imprégnés d’éléments différents filèrent dans notre direction. Leurs traînées allongées fendirent le ciel et fondirent sur nous.
On appelait magie de grade tactique celle qui pouvait à elle seule changer le cours d’une bataille. Celle qui pouvait à elle seule infléchir le cours d’une guerre entière était dite de grade stratégique. Chacun des cinq rayons tirés par les tours magiques possédait une puissance suffisante pour remodeler le paysage.
Nous pouvions à peine bouger en plein ciel.
À cet instant critique, Lankart leva la main droite.
« Monde de la Main droite. »
L’Arcane innée de Lankart remplaça toutes les lignes droites par des courbes.
Les cinq flux lumineux, qui suivaient chacun une trajectoire différente, dévièrent dans toutes les directions. Ils ne heurtèrent rien, et leur trajectoire ne fut pas déviée. Comme si c’était là le chemin qu’ils étaient censés emprunter, ils contournèrent naturellement Lankart en décrivant des arcs différents, puis nous manquèrent.
Au vu de la puissance déployée, le résultat était d’une absurdité dérisoire.
Constatant qu’ils avaient raté leur cible, les tours magiques modifièrent la direction de leurs rayons. Telles d’immenses épées de lumière balayant le ciel, ceux-ci décrivirent de larges courbes et revinrent à la charge.
Mais cela ne changea rien. Comme si une sphère de verre transparente entourait Lankart, les épées de lumière et les rayons dévièrent autour de lui en passant.
« Comme c’est banal. Ce genre de chose… »
Lankart ignora la magie défensive du château flottant et poursuivit sa chute, comme si elle ne lui opposait aucun obstacle.
« Ils n’ont fait qu’augmenter la puissance. Rien d’original là-dedans. Ça peut servir contre des idiots… mais contre des gens comme toi et moi, qui renversons les règles elles-mêmes, c’est inutile. »
« Pourquoi est-ce que tu m’inclus là-dedans, tout à coup ? Moi, je trouve ça plutôt terrifiant. »
Lankart pouvait se permettre de trouver cela banal parce qu’il possédait une Arcane innée proche de la défense absolue. À sa place, j’aurais été réduit en cendres. Ces attaques ne reposaient pas seulement sur la force physique : elles possédaient aussi des propriétés magiques. Même Shei, à pleine puissance, n’aurait pas réussi à les repousser aussi facilement que Lankart.
Les lumières s’éteignirent peu à peu. Lankart marmonna à voix basse :
« Ils ont compris qu’il ne servait à rien de gaspiller leur mana. Ce sont des mages, après tout. Ils ont assez de jugeote pour cesser de faire des choses inutiles. »
Que le château flottant ait compris que son bombardement défensif ne servait à rien ou qu’il ait appris que Lankart était là, il cessa de tirer et abaissa ses défenses.
Nous tombions droit vers le château flottant, qui avait achevé ses préparatifs pour nous accueillir… Euh, attendez.
« Attends. On est en train de tomber. »
Suspendu en plein ciel, je ne sentais pas notre vitesse, mais notre approche du château flottant était alarmante. Le château, qui n’était encore qu’un point au loin, envahit ma vision en un instant. Les bâtiments gigantesques, si éloignés quelques secondes plus tôt, se dressaient soudain juste devant nous.
« On va s’écraser ! »
C’est alors que cela se produisit. Juste avant que nous n’atteignions le château flottant, une force colossale nous enveloppa en silence, sans le moindre choc. Nous aurions dû nous fracasser après une chute à une vitesse comparable à celle d’une météorite, mais nous atterrîmes en douceur, comme si nous posions le pied au sommet d’une montagne.
« C’est… la Gravité inversée ? »
« Champ gravitationnel d’équilibre. Un sortilège complexe qui applique une gravité différente selon la vitesse, et qui attire ainsi les gens comme l’air vers le château flottant. C’est comme ça qu’il maintient l’air et les gens prisonniers de ces hauteurs. »
« Ils ont des sortilèges pour tout. »
« Nous sommes dans la Fédération arcanique. C’est le pays qui maîtrise la magie mieux que n’importe quel autre au monde. L’État militaire n’arrive pas à la cheville de cet endroit. Même toi, Hui, il te faudrait un an d’études pour apprendre toute la magie d’ici. »
Quoi qu’il en soit, grâce à ce sortilège, nous avions atterri sans encombre sur le château flottant. Un château flottant, qui dérivait dans les cieux : je n’en avais entendu parler que dans les légendes. C’était assurément mystérieux, mais… un peu différent de ce que j’avais imaginé.
Quand j’entendais « château flottant », je me représentais un château littéralement suspendu dans le ciel, dérivant avec majesté dans les cieux et dominant le monde du regard.
Pourtant, le sol était si loin en contrebas qu’on ne distinguait rien. Seuls s’étendaient à perte de vue le ciel et les nuages sous nos pieds. Nous étions bien trop éloignés du sol pour régner sur qui que ce soit ou administrer quoi que ce soit. On aurait dit que nous vivions dans des mondes entièrement différents.
« … Mais surtout, on a vraiment le droit d’atterrir comme ça ? »
Shei, qui était tombée derrière nous, posa la question, inquiète. Lankart lui répondit :
« Tu ressens quelque chose d’anormal dans la gravité ? »
« Non. Ce n’est pas ça. Tu sais, les lumières des tours magiques qui nous ont attaqués tout à l’heure… »
« La magie défensive du château flottant ? Ce n’est rien. Les produits de la convention ne peuvent pas vaincre mon Monde de la Main droite. »
« Ce n’est pas le problème ! S’ils ont utilisé leur magie défensive, c’est qu’ils veulent nous chasser ! Même si nous avons réussi à la traverser, si les forces de défense de la Fédération débarquent… ! »
Ah, encore ce scénario. Celui où Shei nous avertissait du danger trop tard, avant qu’il ne nous tombe dessus. Pris d’une impression de déjà-vu, je regardai autour de moi et reculai d’un pas.
Et, comme prévu, ils arrivèrent.
Un pas. Deux pas. Trois pas.
Des silhouettes en capes immenses commencèrent à descendre des tours magiques en volant, telles des chauves-souris. Chacune tenait un bâton orné de joyaux et s’agrippait aux murs en pointant son arme sur nous. Des centaines de lumières de mana clignotèrent. Au milieu d’elles, une femme en robe verte s’approcha, l’air maussade et appuyée sur une ombrelle.
« Pff. Lankart Spendry. Encore toi ? »
Cinq tours magiques protégeaient le château flottant. Seul le mage le plus puissant de chaque tour pouvait en devenir le maître.
Autrement dit, le Maître de la Tour qui se tenait devant nous comptait parmi les cinq mages les plus puissants du château flottant.
« Maître de la Tour verte ? Qu’est-ce que vous faites ici ? »
« Tu me demandes ce que je fais ici ? Toi, un enquêteur de la Fédération ? »
Le Maître de la Tour verte tapa le sol de son ombrelle en parlant.
« Il est interdit d’atterrir sur le château flottant depuis une altitude correspondant à la septième zone ou plus, avec un angle d’incidence égal ou supérieur à quarante-cinq degrés. Nous ne pouvons pas vous distinguer des fragments de météorites qui tombent de l’espace. Les tours magiques non plus ; elles tirent donc leur magie défensive. »
Pas étonnant que l’attaque m’ait paru beaucoup trop puissante pour viser des gens. Le bombardement des tours magiques était destiné à intercepter des météorites. Est-ce qu’elles en voyaient assez souvent pour avoir besoin de telles défenses ? C’était fascinant, à sa façon.
« Peu importe. La magie défensive reste soumise aux lois de la main droite. »
« Que tu t’en sois sorti indemne n’est pas le problème, enquêteur. Et le mana gaspillé à cause de toi ? Cinq axions de mana, c’est une perte que ton salaire ne pourra pas compenser. »
Même face à l’un des cinq Maîtres des Tours du château flottant, l’attitude de Lankart ne changea pas. Il parlait avec un aplomb égoïste et effronté, comme s’il était le centre du monde.
« Vous n’auriez pas dû tirer. Ça ne servait à rien. »
Crac. Un pli se forma entre les sourcils du Maître de la Tour verte. Son visage se déforma horriblement tandis qu’elle rabattait son chapeau à large bord vert.
« Toi… Tu as obtenu une Arcane innée puissante par chance et, maintenant, tu te déchaînes sans connaître ta place. »
« Par chance ? C’est vraiment toi qui dis ça, alors que tu as davantage profité des avantages de l’Arcane innée que n’importe qui d’autre ? »
« Tu l’as bien obtenue par chance, Lankart Spendry. Tu es tombé sur une Arcane innée quand tu étais enfant, puis tu t’es comporté comme si le monde entier t’appartenait. Qu’une telle puissance te soit tombée entre les mains, c’est un malheur, rien d’autre. »
Si j’avais dû choisir l’objet le plus inutile du château flottant, j’aurais opté pour une ombrelle. Le château flottant se trouvant au-dessus des nuages, il n’y pleuvait ni ne neigeait. Rien n’empêchait vraiment de s’en servir pour se protéger du soleil, mais… ça aussi, c’était difficile à comprendre.
Après tout, le quartier résidentiel du château flottant se trouvait sous nos pieds, à l’intérieur du château.
Voilà pourquoi l’ombrelle du Maître de la Tour verte n’avait rien d’un objet pratique. Elle ressemblait plutôt à une arme.
« Je ne suis pas arrivé où j’en suis par chance, contrairement à toi. Je vais t’apprendre les bonnes manières, sale gosse ! »
Le Maître de la Tour verte ouvrit son ombrelle. Des gemmes étincelantes pendaient aux bords vert pâle, semblables à des feuilles. Les baleines, qui se croisaient à travers les joyaux multicolores, formaient un cercle magique à elles seules.
« Parasol d’émeraude, en place. »
Le mana circula entre les gemmes. La lumière emplit des dizaines de baleines — sur les centaines, peut-être les milliers, que comptait l’ombrelle — et dessina un unique motif géométrique.
C’était là l’essence de la magie blanche, qui utilisait les gemmes comme médium.
Le Maître de la Tour verte pointa sur nous l’ombrelle ornée d’un cercle magique et incanta :
« Pascal ! »
Le vent ne soufflait pas fort sur le château flottant. C’était probablement dû à quelque procédé qui maintenait en place l’air raréfié.
Pourtant, une bourrasque colossale se déchaîna derrière l’ombrelle du Maître de la Tour verte. Sur le château flottant, il n’y avait nulle part où s’agripper. Si nous ne faisions pas attention, le vent nous emporterait et nous précipiterait dans le vide. Je m’aplatis contre le sol et utilisai l’Art du qi terrestre pour plaquer mon corps au sol, tandis que Shei absorbait le courant d’air avec Chanteciel.
Attaqués par un Maître des Tours dès notre arrivée au château flottant, Shei et moi nous écriâmes en toute hâte :
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi vous nous attaquez tout à coup ? »
Lankart, indemne au milieu de la tempête grâce au Monde de la Main droite, pencha la tête.
« Je ne sais pas. Un complexe d’infériorité ? »
« Tu crois que je suis jalouse de types comme toi ? Mais bien sûr, sale gosse ! »
Le Maître de la Tour verte passa la tête derrière son ombrelle, folle de rage.
« Lankart. Elle dit que ce n’est pas ça. »
« Alors, elle n’a aucune raison de s’énerver. Encore moins de soulever un vent qui ne servira à rien. »
Lankart marmonna dans sa barbe, tout en y réfléchissant sérieusement. Je crois que je comprenais pourquoi le Maître de la Tour verte était furieuse. Les mages avaient beau être absorbés par leur propre univers, Lankart était si égocentrique qu’il inspirait du dégoût même aux autres mages.
Il faudrait que je corrige un jour le caractère de cet abruti. Mais d’abord, je devais survivre.
« Ça ne marche peut-être pas sur toi, mais sur nous, si ! Fais quelque chose ! »
« Ça ne sert à rien. »
« Quoi ? »
« J’ai dit que ça ne servait à rien. Je n’ai aucun moyen de contrer l’Arcane innée du Maître de la Tour verte. Donc, inutile de faire quoi que ce soit. »
Lankart répondit sans la moindre honte.
« Je n’utilise pas de magie inutile, contrairement au Maître de la Tour verte. »
« Je voulais seulement t’apprendre les bonnes manières… ! »
Et Lankart finit par faire sortir le Maître de la Tour verte de ses gonds.
Les mages étaient tous égocentriques, à des degrés divers. Pour éveiller une Arcane innée, il leur fallait assez d’obstination pour imposer au monde leur propre vision des choses.
Le Maître de la Tour verte comptait lui aussi parmi les mages les plus puissants du château flottant. Ce qui signifiait qu’elle était tout aussi obstinée et égocentrique.
Assez égocentrique pour attaquer sans la moindre hésitation un enquêteur de la Fédération qui venait tout juste de rentrer de mission.
« Toujours aussi arrogant. Meurs. »
À cet instant, le Maître de la Tour verte, dont la colère avait dépassé le point de rupture, prononça ces mots d’une voix glaciale. Alors, les lois du monde changèrent.
Arcane innée : Rue à sens unique.
L’Arcane innée du Maître de la Tour verte était simple.
Elle créait un mur invisible et imaginaire. Ce mur était une rue à sens unique. Il laissait passer les choses d’un côté vers l’autre, mais pas dans le sens inverse.
Une force très simple, mais puissante, qui fixait entièrement dans une seule direction l’espace concerné.
Et la véritable puissance de la Rue à sens unique ne se manifestait pas quand elle bloquait quelque chose… mais quand elle cessait de le bloquer.
« Coupe-vent. Libération. »
L’ombrelle du Maître de la Tour verte contenait une sphère imaginaire. Visible uniquement dans sa représentation mentale, cette sphère était constituée de murs à sens unique qui laissaient les choses entrer, mais pas sortir.
Le vent soulevé par la magie blanche était malheureusement entré dans la sphère et s’était retrouvé prisonnier de son Arcane innée.
Le vent était un courant composé d’innombrables particules de gaz. Celles-ci, qui auraient dû danser librement, se retrouvèrent enfermées sous l’ombrelle de la Rue à sens unique et se comprimèrent peu à peu. Elles s’accumulèrent, encore et encore, jusqu’à ce que le vent condensé devienne nettement visible. Il se mit à luire de lui-même, ayant atteint sa limite.
La force créée par la seule persistance de son Arcane innée dépassait à elle seule celle d’une magie de grade stratégique.
Le Maître de la Tour verte abaissa son ombrelle. Le mur à sens unique fut libéré dans la direction de notre position. Le vent, transformé en lumière, se déchaîna et m’engloutit.
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