Chapitre 609
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 609 : Le Château flottant, forteresse aérienne
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La capitale de la Fédération arcanique, le Château flottant, était aussi gracieuse qu’une lune dérivant dans l’immensité du ciel. Il glissait silencieusement et sans heurt dans les cieux, à la fois capitale et symbole de la Fédération arcanique. La magie terrifiante qui avait élevé une ville entière jusqu’aux constellations témoignait de la puissance et de la magnificence de la Fédération arcanique.
Les masses ignorantes qui rampaient sur la terre contemplaient le Château flottant avec envie. Seuls les mages avaient le droit d’y monter. Voilà pourquoi les gens faisaient désespérément des enfants et leur enseignaient la magie.
C’était leur unique moyen d’accéder à un statut supérieur.
On disait que l’eau comme les hommes se rassemblaient dans les endroits bas. C’était simplement la gravité qui attirait toute chose vers le bas. Le Château flottant, qui tordait les lois mêmes de la gravité, était une terre dorée où se concentraient le savoir et le pouvoir suprêmes.
Et moi, je tombais en direction de ce Château flottant…
« Aaaaaah ! »
Mon cri retentit dans le ciel désert. Des vents violents s’acharnèrent sur mon corps. À cette vitesse, j’aurais dû ralentir, mais je ne faisais qu’accélérer.
Gravité inversée. C’était un sortilège de magie blanche de haut niveau qui inversait le sens de la gravité agissant sur son lanceur.
Pour faire simple, il vous faisait tomber à l’opposé du sol.
Ça ne risquait pas de nous faire quitter ce monde ?
Exactement.
Comme il n’y avait aucun sol où prendre appui dans le ciel, on s’élevait indéfiniment sans jamais rien heurter. Ce serait problématique si votre mana venait à manquer en cours de route et que vous retombiez, mais ce le serait encore davantage si ce n’était pas le cas. Vous seriez projeté dans le lointain vide spatial, où personne ne pourrait même récupérer votre cadavre.
C’est pourquoi la Gravité inversée était considérée comme un sortilège extrêmement difficile et peu pratique, presque inutile dans la plupart des situations.
Il n’existait pourtant pas de meilleure magie pour atteindre le Château flottant, qui dérivait aux confins du ciel.
« Le Château flottant parcourt toute la Fédération arcanique. Le chercher avec de la magie de vol serait une perte de mana et de temps. Le trajet le plus rationnel consiste à remonter l’Orbite du Pivot céleste à contre-sens. »
Lankart expliqua cela avec décontraction en corrigeant notre direction. Tels une comète fendant le ciel en diagonale, nous nous élevâmes tous les trois en biais.
Nous traversâmes les nuages, mais notre vitesse ne montra aucun signe de ralentissement. L’air se raréfiait tandis que le vent redoublait de violence. À bout de souffle, je hurlai :
« L-le vent est trop vio- ! »
« Quoi ? Je ne t’entends pas. Garde ça pour plus tard. On pourra discuter tranquillement une fois arrivés au Château flottant. »
« Non, je disais que le vent est trop viole- ! »
Ma voix ne parvint pas jusqu’à Lankart, qui me précédait, et se perdit dans la fureur du vent. Il croyait peut-être que je m’en sortirais même dans une situation aussi extrême, car il ne fit rien.
Voilà le problème.
Lankart était un mage. Un sorcier qui maîtrisait la magie blanche, la magie noire et même l’Arcane innée. Il serait probablement plus rapide de compter ce qu’il ne savait pas faire que le contraire. Enveloppé par des vents déchaînés, il gardait son calme.
Et Lankart ne doutait pas que j’avais atteint un niveau comparable, puisque j’avais gagné son estime. Il était convaincu que, si un problème était à sa portée, je le surmonterais moi aussi, quelles que soient les épreuves qui m’attendaient.
C’était sans doute pour ça qu’il m’avait poussé dans l’Abîme. Ah, si j’avais su que ça finirait comme ça, je n’aurais pas insisté pour rester premier. Je n’avais fait qu’attiser inutilement son étrange complexe d’infériorité.
Tss. Est-ce que je devrais simplement endurer ça grâce à ma régénération… ?
Au moment où j’y songeais,
« Technique de l’Épée céleste, Brise légère. »
Un éclair vif passa devant mes yeux. Chanteciel, l’épée de Shei, trancha le vent qui nous arrivait de face et immobilisa l’air.
Ouf. J’étais vivant. Je n’avais jamais été aussi reconnaissant de pouvoir respirer. Enfin libre de parler, je lançai :
« Waouh. Tu m’as sauvé. Merci, Shei. »
« … Hmph. Je ne l’ai pas fait pour toi. Moi aussi, je voulais échapper au vent. »
Je ne pouvais pas continuer à le regarder grelotter tout le long du trajet.
Qu’est-ce que c’était censé vouloir dire ? Ses paroles et ses pensées n’avaient rien à voir. Elle prétendait ne pas l’avoir fait pour moi.
Je respectais la vie privée des autres, mais les mensonges aussi flagrants me donnaient envie de les démasquer.
« Allez. Tu l’as fait pour moi. »
« Hein ? Tu te trompes. »
« Comment ça ? Alors, d’où venait Chanteciel ? Elle flottait autour de toi pour te protéger jusqu’ici. Tu as utilisé son pouvoir parce que j’avais froid. »
« … Hein ? »
C’était… ça ? Non. J’ai juste pensé que je lui devais quelque chose, alors je lui rendais la pareille…
Quoi ? Elle n’avait pas consciemment voulu le dire. Ça lui avait échappé sans qu’elle y pense, parce qu’elle était gênée ? Eh. Parler plus vite qu’on ne réfléchit, c’était vraiment un talent. C’était à cause de cette histoire de Frontière d’inversion céleste ?
« Je ne cherche pas la bagarre. Je te remercie. Tu m’as montré ce que tu ressentais, ce serait dommage que ça ne m’atteigne pas. Merci, Shei. »
« … O-oui. Enfin. Si tu es reconnaissant, je n’ai aucune raison de refuser. Tu me revaudras ça. »
« À l’époque, tu n’aurais pas levé le petit doigt même si j’étais gelé. J’imagine que voyager ensemble t’a un peu appris à vivre en société. Ça me touche profondément. »
« N’importe quoi ! J’ai toujours su me débrouiller avec les gens ! C’est juste que tu n’étais pas assez fiable jusqu’ici ! »
Ça voulait dire que j’étais fiable, maintenant. Elle était gênée, et pourtant elle venait de dire quelque chose d’encore plus embarrassant. J’aurais fait preuve de vertu en laissant passer, mais…
« Hum ? Alors je suis fiable, maintenant ? »
Était-ce vraiment nécessaire ? Mieux valait clarifier les choses au plus vite avant que les malentendus ne s’accumulent. C’était pour le bien de Shei.
Shei tressaillit en comprenant ce qu’elle venait de dire.
Hein ? Hughes est fiable ? Ce n’est pas comme s’il ne l’était pas… Hughes m’a déjà aidée à plusieurs reprises. Il ne m’a jamais trahie, même quand j’étais au plus mal. Avant comme après ma régression, c’est le compagnon qui m’a témoigné le plus de bienveillance. Il est fiable… pas vrai ?
« … Euh, eh bien. Je suppose… »
Shei n’avait l’habitude ni d’entendre ni de dire des choses aussi embarrassantes. Sa voix s’éteignit peu à peu. Profitant de l’ouverture, je repris :
« Tu supposes ? Ho. Alors je suis devenu quelqu’un sur qui Shei peut compter. Ça me touche aussi. Tout ce que j’ai jamais entendu, c’est que je parle beaucoup et qu’on ne peut pas me faire confiance. »
« Mais non ! Ça suffit ! Je dissiperai Brise légère si tu n’en as pas besoin ! »
« Quoi ? Je n’ai jamais dit que je n’en avais pas besoin. Je t’ai remerciée. Pourquoi comprends-tu toujours tout de travers quand j’accepte volontiers ton aide ? »
« Parce que tu chipotes sur tout ce que je dis ! »
« Je n’ai fait que dire franchement ce que je pensais. Ce n’est pas toi qui chipotes ? »
« Tais-toi ! »
« B-bb-bb ! Hum, je n’arrive plus à respirer ! »
Attends. Si elle retirait Chanteciel d’un coup, je ne pourrais plus respirer ! Non, surtout, j’avais encore plus de mal à respirer qu’avant. Que se passait-il ?
Je me cramponnai à ma poitrine comme si elle allait éclater et regardai autour de moi.
Quelques minutes plus tôt, j’avais contemplé un paysage de rêve. Le soleil doré brillait sur une mer de nuages. La terre, en contrebas, semblait minuscule comme un jouet, comme si je regardais une carte, tandis que des sommets montagneux émergeaient au loin des nuages. Des paysages étranges et magnifiques emplissaient mon champ de vision.
Mais pendant que je discutais avec Shei, le décor avait complètement changé.
La première chose qui changea fut la couleur. Au-delà du bleu, au-delà de l’indigo, un azur vide, presque noir, emplissait l’espace au-dessus de moi. Quelle que soit la distance que je parcourais en tombant, quelle que soit la profondeur à laquelle je m’y enfonçais, cette couleur ne semblait pas près de changer. Un vide qui ne finirait jamais, même si je tombais éternellement, s’étendait devant mes yeux.
Vu depuis le sol, même les nuages semblaient appartenir au ciel. C’était comme une grenouille au fond d’un puits qui prétendrait mesurer les cieux. De cette hauteur, les nuages ressemblaient à des ourlets blancs effleurant doucement la terre. La pluie et la foudre n’étaient que gouttelettes de sueur et électricité statique. Le monde naturel que j’avais vénéré comme une grâce du Dieu céleste paraissait si, si insignifiant depuis cette altitude.
Qu’était-ce donc, le paradis ?
Les nuages, la pluie et la foudre pouvaient-ils à eux seuls être qualifiés de paradis ? Ils ne pouvaient même pas embrasser la courbe ronde de la Terre Mère.
Et au-dessus de ma tête… s’étendait un voyage bien plus lointain, que je ne pourrais jamais atteindre, même après une éternité.
Insignifiant.
La conviction que les humains étaient les maîtres de toute la Création.
La vénération des nuages rampant sous nos pieds, que l’on croyait être le palais du Dieu céleste.
Ce ciel mince et creux, qui prenait fin après une brève ascension.
Et même l’ignorance de l’humanité, incapable d’atteindre cette limite lointaine.
Face à cette vérité froide et vide, tout cela était absolument insignifiant.
« Connexion à l’Orbite du Pivot céleste. Gravité inversée, fin. »
Le murmure de Lankart traversa l’espace et me parvint. Peu après, la magie qui me faisait tomber vers le haut prit fin.
Nos corps se remirent à tomber vers la Terre Mère, lointaine.
La forme de la Terre Mère dessinait de douces courbes arrondies. Était-ce pour cela que notre trajectoire formait une courbe plutôt qu’une ligne droite ? Peut-être avions-nous toujours vécu dans un monde courbe. Le savoir des hommes était simplement trop superficiel et fragmentaire ; nous l’avions donc cru rectiligne.
Respirer n’était plus un problème. Shei déploya Chanteciel en une sphère qui nous enveloppa. Puis elle me tira à l’intérieur et cria :
« Hughes ! Accroche-toi bien ! Si tu lâches, on va se retrouver séparés ! »
Nous suivions la même trajectoire, il n’y avait donc aucun risque de nous perdre. J’avais tout de même besoin de l’air fourni par Chanteciel, alors je m’agrippai à Shei.
Nos corps poursuivirent leur course le long de l’horizon arrondi, traçant une trajectoire elliptique. Montions-nous ou tombions-nous ? C’était difficile à dire, désormais, et cela n’avait pas vraiment d’importance.
Nous avancions.
C’était tout.
Contempler le paysage spatial, lutter pour préserver un peu d’air, tomber en ellipse et dériver dans le vide, au-delà de la gravité.
Ce ne fut qu’après avoir avancé longtemps, sans avoir besoin de distinguer ces choses…
que nous trouvâmes le Château flottant, qui pointait entre les nuages.
Cette rencontre avait quelque chose de miraculeux. Dans un univers aussi vaste, nous avions rencontré un Château flottant qui n’était qu’un simple point. Comment appeler cela autrement qu’un miracle ?
« Le Château flottant… »
Même Shei, qui ne craignait rien au monde, fut submergée par l’admiration devant ce spectacle. Je comprenais parfaitement ce qu’elle ressentait.
Pourtant, après avoir lu les pensées de Lankart, j’étais moins enclin à me laisser gagner par ce sentiment. Même cette trajectoire immense, qui m’avait semblé mystérieuse, restait dans les limites de ma compréhension.
« Nous y sommes. »
Lorsque le Château flottant fut assez proche pour qu’on le voie à l’œil nu, Lankart marmonna. Je plissai les yeux et observai le Château flottant en contrebas.
Le Château flottant, que le Seigneur de l’Or lui-même aurait bâti, était aussi beau qu’on pouvait s’y attendre. Toute la ville avait été construite sur une maçonnerie sombre et monochrome, et cinq tours s’élevaient comme pour garder le château, disposées en pentagramme. Le dédale de routes qui s’entrecroisaient ressemblait à un cercle magique, et l’or ainsi que l’argent pur qui les recouvraient éblouissaient les yeux.
Le château de magie dévoilait sa grandeur mystérieuse et magnifique, se fondant naturellement dans le décor céleste.
Au centre du Château flottant se dressait une tour si colossale qu’on ne pouvait la comparer aux cinq autres. Une lumière de mana bleue coulait à sa surface.
C’était probablement Babylone, où résidait le Roi démoniaque.
En voyant le Château flottant se rapprocher, Lankart fronça les sourcils d’agacement.
« C’est parce que j’ai modifié notre trajectoire ? Quel ennui. Hui, prépare-toi à te défendre. »
« Hein ? Moi ? Me défendre ? Comment ? »
« Débrouille-toi. »
Lankart agita la main.
Les cinq tours magiques bougèrent simultanément. Comme si elles surveillaient des intrus, elles nous prirent directement pour cible et se mirent à rassembler des lumières de toutes les couleurs. Une lumière de mana si puissante qu’on la voyait même à cette distance se condensait en leur sein.
Une fois leur puissance accumulée, les tours magiques tirèrent des rayons lumineux dans notre direction.
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