Chapitre 605
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 605 : Un feu de forêt naît d’une petite étincelle — Final
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Une entaille qui n’aurait jamais dû exister à cette époque traversa l’Arbre de l’Origine en diagonale. Qu’elle fût intentionnelle ou non, les flammes de Nova consumèrent toutes les branches où poussaient des bêtes.
L’Arbre-Monde avait pris feu pour la deuxième fois. Au moins, les flammes d’une étoile ne laissaient même pas de cendres. Contrairement au dernier incendie, les étincelles s’élevèrent dans le ciel et disparurent. Au lieu de répandre des graines de feu dans la jungle, elles devinrent des étoiles et brodèrent la voûte céleste.
Grâce à ces flammes clémentes qui montaient vers le ciel, les habitants perchés sur le géant survécurent.
Ceux qui s’étaient attachés et avaient tenu bon au sommet de l’Arbre-Monde déchaîné acclamèrent le silence qui retomba. Leur sécurité immédiate leur semblait plus importante que la mort de l’arbre béni qui les avait nourris.
C’était bien naturel. Manger n’était qu’un moyen de survivre un jour de plus.
L’Arbre-Monde qui brûlait et s’effondrait. La tragédie qui se répétait. D’innombrables personnes avaient déjà glissé et frôlé la mort en tombant dans le vide.
Tout cela fut balayé par l’immense soulagement d’avoir survécu.
Et, au cœur du grand lotus qui couronnait l’Arbre-Monde…
* * *
La pire façon de se réveiller, c’était en tombant.
Une chute alors qu’on était au comble de sa vulnérabilité était insupportablement désagréable. Même quelqu’un qui dormait si profondément qu’on aurait pu l’emporter sans qu’il s’en aperçoive se réveillerait en agitant les bras et les jambes dans une panique peu digne si on le lâchait en chemin.
C’était pourquoi la meilleure façon de se réveiller, c’était aussi en tombant.
À moins d’être mort, on se réveillait. Et si on ne se réveillait pas, on mourait.
Quand je repris conscience, j’étais en pleine chute.
Bon sang. Qu’est-ce qui se passait ?
Les feuilles luxuriantes avaient disparu. Les branches touffues étaient introuvables. Devant moi s’étendait un ciel limpide, si vaste qu’on aurait dit que même les nuages avaient été soufflés.
Tout en tombant, je lus les pensées des gens pour comprendre la situation. Des bribes d’informations s’assemblèrent dans mon esprit.
Des flammes s’étaient élevées. D’immenses flammes avaient soufflé la partie supérieure de l’Arbre-Monde. Malgré leur puissance absurde, leur trajectoire avait légèrement dévié, si bien que le Domaine des Seigneurs de toute la Création était resté relativement intact pendant l’incendie.
Je n’étais pas sûr que « resté relativement intact pendant l’incendie » ait le moindre sens, mais j’étais vivant, et ça me suffisait.
Je pouvais régénérer mon corps, alors j’allais survivre, n’est-ce pas ? Je devais donc réfléchir pendant cette brève chute. Qui avait pu réduire l’Arbre de l’Origine en cendres, et que devais-je faire si quelqu’un était derrière tout ça ?
… Hum. Aucune idée.
Qu’est-ce que quelqu’un pourrait bien faire pour souffler l’Arbre de l’Origine ? Avec une telle puissance de feu, cette personne aurait dû se montrer depuis longtemps.
Peu importe. Je devais d’abord me concentrer sur ma chute. Après ça, Nevida n’aurait plus assez de temps à perdre pour me poursuivre…
« Hughes ! »
À peine l’avais-je pensé qu’une voix familière se rapprocha. Je tournai la tête et, à ma grande surprise, aperçus Shei qui volait à proximité.
Quoi ? Que s’était-il passé ? À la lecture de ses pensées, il semblait que c’était elle qui avait provoqué tout ça. Peut-être étions-nous tous les deux trop distraits, car je n’arrivais pas à les lire clairement.
Je saluai chaleureusement Shei.
« Oh, Shei ? Ça fait un bail. Comment vas-tu ? »
« C’est vraiment le moment de dire bonjour ?! Vole, vite ! »
« Les gens ne savent pas voler. Ne me demande pas l’impossible. »
« Tu fais toujours le malin. Tss. Attrape ma main ! »
Je saisis la main qu’elle me tendait. Elle me tira à elle, m’agrippa fermement par les vêtements et ajusta sa posture pour pouvoir atterrir sans encombre.
Lovée dans les bras de Shei, je lui demandai : « Non, Shei. Qu’est-ce qui s’est passé ? Je me suis réveillé, et l’Arbre de l’Origine avait disparu. »
Shei propulsa une rafale d’air avec Chanteciel et répondit brièvement :
« Je l’ai brûlé. »
« Tu l’as brûlé ? L’Arbre de l’Origine ? Comment ? »
« Ce n’était rien. Je l’ai déjà fait. Je t’ai dit que j’avais régressé, non ? »
« Oui. Tu l’as mentionné en passant. »
J’avais lu ces pensées d’innombrables fois, mais je posai la question comme si je n’étais au courant de rien. Shei, qui n’en savait rien, hocha la tête.
« Hughes. Ce n’est pas la première fois que je me retrouve dans cette situation. »
« Quelle situation ? Tomber du ciel ? »
« Non, pas ça. Cette situation, où l’on part attaquer l’Arbre de l’Origine. Je l’ai déjà vécue. Tu n’étais pas là, à l’époque, et j’étais venue avec une force bien plus importante. »
Quand ça ? Si elle avait des souvenirs pareils, elle aurait dû m’en parler plus tôt.
Enfin, on l’avait amenée ici avec un bras arraché. Elle n’avait peut-être pas eu l’occasion de s’en souvenir.
« L’Arbre de l’Origine a la forme d’un arbre et a besoin d’énormément d’eau pour rester humide. Il y a donc des canaux partout à l’intérieur, des conduits qui acheminent l’eau qu’il absorbe à travers toutes ses racines. »
« Au début, nous sommes montés par là. »
« C’est ça. Ensuite, j’y ai envoyé des bombes alchimiques. »
« Des bombes alchimiques ? »
Les pièces alchimiques possédaient une valeur magique intrinsèque, et la valeur alchimique consistait à changer les choses dans la direction voulue. Avec le bon traitement, on pouvait transformer les pièces en poudre à canon ou en bombes. Cela demandait un savoir-faire technique considérable.
« J’ai transformé toutes mes pièces alchimiques en bombes et je les ai envoyées dans les canaux. »
« Mais qu’est-ce que c’est que cette idée complètement folle ? Et si ça avait provoqué un incendie ? »
C’était extrême. L’Arbre de l’Origine tout entier aurait pu brûler.
« Ne t’inquiète pas. Juste avant leur mise à feu, les bombes alchimiques sont plus légères que l’eau. Une fois dans les canaux, elles remontent naturellement jusqu’au point le plus élevé. Même en utilisant toutes celles que j’avais, je n’aurais pas pu brûler tout l’Arbre de l’Origine, mais j’aurais pu en souffler la partie supérieure. »
« C’est ce que tu as fait ? »
« Je n’avais pas le choix. Maiél m’a aussi aidée, par hasard. L’air s’est asséché et les rivières se sont taries. Les conditions étaient parfaites pour un incendie. »
Shei parlait avec une assurance absolue. Le ciel étrangement sec, l’absence d’humidité, la bénédiction de la Sainte Vierge de Heaven et l’immense trésor de Shei… C’était tout à fait possible. Elle l’avait déjà fait une fois.
… Mais je ne savais pas si ce qui avait resurgi dans l’esprit de Shei était un souvenir de sa régression précédente ou de celle-ci. Était-ce parce qu’elle était une régresseuse ?
Et cette méthode pouvait-elle vraiment tout brûler à ce point ?
Je l’ignorais. De toute façon, ce n’était pas important pour l’instant.
« Il y a autre chose à faire ici ? Non, hein ? »
« Ouais. J’en ai assez fait. »
« Les druides vont profiter de la confusion pour s’échapper, eux aussi. Ils ont des chouettes dressées. C’est notre chance, pendant que Nevida est occupée ailleurs. Filons ! »
Ni Shei ni moi ne pouvions nous mesurer à Nevida. Ce n’était pas seulement que nous ne pouvions pas la vaincre. Dès qu’elle nous découvrirait, tout serait fini.
« Tu as raison. On devrait d’abord décamper. Mais où est Nevida ? »
« À ton avis ? Avec le Roi de l’Humanité qu’elle aime tant ! Oh, Hughes. Qu’est-il arrivé au Roi de l’Humanité ? »
« Oh, ne t’inquiète pas pour ça. Chacun a obtenu ce qu’il désirait. »
« Quoi ? »
« Ma sœur va se réveiller. Nevida va la retrouver. »
« Euh, quoi ? Pourquoi ? »
« Qu’est-ce que tu voulais que je fasse d’autre ? Que je dise à ma sœur de se suicider là-bas ? Ce serait un meurtre entre proches. Et c’est moi qui mourrais. Le mieux, c’était que je m’en tire entier. »
« Ta sœur… ? »
M’en tirer indemne, c’était exactement ce que je voulais. Je devais aussi protéger ma propre vie.
Et ma sœur devait protéger la sienne.
Ma sœur n’avait pas besoin de juger l’humanité. L’humanité essaierait de la juger, elle. En réagissant à cela, elle se forgerait naturellement ses propres critères.
C’était ainsi que naissaient les critères. On ne les offrait pas à quelqu’un.
La chose ne devait probablement pas beaucoup parler au Roi de l’Humanité, qui avait reçu ses critères dès la naissance.
« J’ai trop dépensé mes forces. Je ne peux pas voler longtemps ! Je vais d’abord atterrir ! »
Shei me porta dans ses bras, comme une mariée, et se prépara à atterrir en soulevant le vent. Ayant tant bien que mal récupéré, Chanteciel peinait à souffler assez fort pour nous propulser vers le haut.
Au moins, avec Shei qui me tenait, je ne serais pas réduit en miettes à l’atterrissage… Alors que je me détendais, je sentis soudain quelque chose d’instable.
« Attends, Shei. Tes bras tremblent. »
« Ne t’en fais pas. »
« Comment ne pas m’en faire ? Je tremble comme si j’étais pris dans des turbulences ! »
« Mon bras n’est pas rattaché depuis longtemps. Ça va. Je peux le bouger grâce à mon énergie intérieure. »
En y regardant de plus près, je vis que ses bras tremblaient simplement parce qu’elle n’avait pas la force de me tenir. Le tremblement partait de l’épaule qu’elle dissimulait sous ses vêtements, précisément là où Nevida lui avait arraché le bras.
« Hé ! Lâche-moi ! Ça me rend encore plus nerveux ! »
« C’est toi qui nous déséquilibres ! Ne bouge pas ! »
« Comment veux-tu que je ne bouge pas ? À ce rythme, ton bras va se détacher avec moi ! »
Je ne lui faisais pas confiance. Tout en me chamaillant avec Shei, je changeai notre position en plein vol. Au lieu de me laisser porter par elle, je la tins dans mes bras en attendant que le sol se rapproche.
« Hop ! »
Même si mon corps se régénérait, la douleur, elle, ne disparaissait pas. Je raidis les jambes et la taille pour me préparer au choc.
Boum !
Mes pieds s’enfoncèrent profondément dans le sol. Nous avions peut-être perdu un peu de vitesse, car j’atterris sans trop de mal. Non, le fait de ralentir n’expliquait pas tout. Même avec Shei dans les bras, mon corps me sembla plus léger que prévu.
« Voilà. Descends, maintenant ! »
« … Euh. »
J’inclinai légèrement la tête, mais Shei ne semblait pas vouloir descendre. Elle restait figée, haletante, les mains sagement jointes, comme un animal saisi par la peau du cou. Incapable de repousser Shei, toute raide, je la regardai et lui demandai : « Pourquoi tu ne bouges pas ? Descends. On t’a coupé les jambes aussi ? »
Nos regards se croisèrent. Shei ouvrit de grands yeux, puis s’agita de tous côtés et me repoussa.
« C-Ce n’est rien ! Pose-moi ! »
« Je te dis de descendre, alors pourquoi tu me sors ça tout à coup ? On croirait que je ne t’ai pas posée ! »
Shei sauta à terre et se couvrit la bouche, l’air troublé. Elle avait le mal des transports ? Pourquoi se comportait-elle soudain comme ça ?
Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Sa réaction est bizarre…
« Tu as dit qu’on devait filer. On ne part pas ? »
« … Si. Allons-y. »
« Et les druides ? »
« Ils ont décidé de survivre seuls. Aucun n’a les moyens de se soucier de la vie de quelqu’un d’autre. »
« Tant mieux. Chacun devrait s’occuper de sa propre vie. »
Mieux valait ça que de se rassembler pour se faire massacrer tous ensemble.
… Et Nevida n’aurait pas le temps de les rattraper. Non, personne ici ne pourrait même se soucier d’une chose aussi insignifiante.
Ma sœur était sur le point de se réveiller.
« Filons ! »
« Oui… »
Shei répondit et voulut se mettre à courir, mais elle chancela aussitôt et s’effondra vers le sol. Juste avant qu’elle ne se fracasse le crâne contre la terre, je l’attrapai par la nuque avec des réflexes remarquables.
« Tu vois ? Je t’avais dit que quelque chose clochait. Tu étais déjà épuisée, qu’est-ce qui t’a pris ? Où as-tu dépensé toutes tes forces ? »
« … Ugh. Juste avant de déclencher l’incendie, j’ai récupéré Chanteciel et Jizan des profondeurs les plus intimes de Nevida. »
La lecture des pensées ne fonctionnait que sur les gens. Shei croyait pouvoir encore bouger, mais en réalité, elle était presque à bout de forces après les avoir toutes dépensées ailleurs. Était-ce parce qu’elle était une régresseuse ? L’écart entre sa volonté et son état physique était considérable.
« Tu es déjà blessée, et tu as trop forcé. Tu vas mourir comme ça. »
« Ça va. Je suis une régresseuse. Même si je meurs… je reviens. »
« Je ne comprends pas tout à fait ce que tu veux dire, mais tu ne reviendras pas avec moi, si ? »
Shei marqua une pause, puis acquiesça doucement.
« … C’est vrai. »
« Alors, pour moi, ça revient au même que mourir. Sérieusement. Je t’ai laissée partir pour que tu vives, et tu reviens pour mourir à nouveau. »
« Hmph. Je suis venue te sauver. Tu ne peux même pas me remercier. »
« Allons. Tu es venue t’occuper du Roi du Péché. »
« … Aussi ! »
« Ça suffit. Croise les bras et reste tranquille comme tout à l’heure. C’est difficile de te porter. »
« Quoi ? Comment tu veux que je me tienne ? »
Elle avait été si calme tout à l’heure, mais dès que je le lui demandai, elle se braqua. Je désignai le bas de sa chemise, légèrement sali par le combat, et lui dis : « Rabats-la bien. »
« … ! C’est… ! »
« Bon. Hop, je te soulève. »
Dès que Shei croisa les bras et se recroquevilla, je la soulevai. Mieux valait que je porte quelqu’un qui ne pouvait ni bouger ni courir. Contrairement à Shei, j’avais bien dormi pendant plusieurs jours, alors j’étais en forme.
« Mmph… ! »
« … Tu es légère. Quoi ? Tu n’étais pas aussi légère avant. »
« J’ai toujours été légère ! »
Shei cria, le visage rouge, puis se tut brusquement. Comme elle était portée, mieux valait qu’elle reste immobile ainsi. Tenant Shei dans mes bras, je me hâtai vers la lisière de la jungle.
« On peut vraiment s’échapper en courant ? Si Nevida prend ne serait-ce qu’un instant pour nous chercher, elle nous rattrapera. »
« … »
« Quoi ? Elle ne répond pas. »
La Frontière d’inversion céleste est en cause… ? Pourquoi, pourquoi la Frontière d’inversion céleste ne réagit-elle pas quand Hughes me porte ? Ça veut dire que tout va bien maintenant… ?
Tiens. Son attitude avait légèrement changé. Avait-elle changé d’avis ?
Peu importe. J’y réfléchirais en courant. Ma priorité était de sortir de la jungle. Avec un incendie pareil, Nevida et les autres membres des Seigneurs de toute la Création seraient trop distraits.
Après avoir couru un moment, Shei leva les yeux vers le ciel, le regard brillant de sept couleurs. Puis une lumière jaune emplit ses yeux, et elle les ouvrit en grand.
La troisième couleur des Yeux aux Sept Couleurs. Des yeux dorés capables de voir l’invisible. Grâce aux Yeux ardents, Pupilles dorées, Shei aperçut le ciel entre les feuilles et cria :
« Hughes ! Au-dessus de nous ! »
« Au-dessus ? »
Je suivis son regard vers le haut. Rien n’était visible dans le ciel bleu qu’on apercevait entre les feuilles. Le ciel vide remplissait l’espace de son bleu habituel.
Mais les yeux dorés de Shei distinguaient nettement quelque chose. Une trace invisible, mais indéniablement présente, qui occupait un coin du monde. Les Yeux ardents, Pupilles dorées montraient à Shei même ce qui n’aurait pas dû être visible.
Et grâce à eux, je pus la voir aussi.
Dans le champ de vision de Shei, à travers les feuilles clairsemées, une magnifique courbe brillait d’un torrent de puissance dorée.
Et quelqu’un « tombait » le long de cette courbe.
« L’Orbite du Pivot céleste… ! »
Shei marmonna.
Le château flottant de la Fédération arcanique suivait une trajectoire dorée. Une puissance inconnue maintenait en l’air une structure immense, assez vaste pour ressembler à une ville. Guidée par cette force solennelle qui maintenait le monde en place, l’Orbite du Pivot céleste permettait d’atterrir n’importe où dans ce monde.
C’était un moyen de transport instantané et rapide que seuls les mages de la Fédération arcanique pouvaient utiliser…
Et qu’on ne pouvait jamais arrêter.
« Hughes, fais attention ! Je ne sais pas ce que c’est ni pourquoi ça vient ici, mais… l’adversaire est un mage de la Fédération arcanique ! Un mage formé aux arts arcaniques de combat et à la magie singulière ! »
Shei m’avertit à la hâte, mais il était déjà trop tard. La règle créée par le mage arriva avant lui.
Mes pas se mirent soudain à dévier. Non, je marchais parfaitement bien. C’était la direction dans laquelle j’avançais qui s’inversait. Personne ne me poussait ni ne me tirait, mais je remontais brusquement le chemin que je venais d’emprunter.
Je me sentis comme un poisson pris dans un aquarium.
Je n’avais rien. C’était le monde qui était devenu étrange, et j’étais devenu un voyageur égaré dans cet étrange pays.
J’avais déjà vécu ça quelques fois. Quand était-ce ?
Pris d’une impression de déjà-vu, je m’arrêtai et posai une main contre un arbre…
« Espèce d’ignorant imbécile. Je vais t’expliquer assez gentiment pour que même un idiot comprenne, alors écoute sans paniquer. »
Une voix que je trouvais à la fois nostalgique et écœurante de familiarité me parvint d’en haut. Je levai la tête et vis le mage atterrir en soulevant une tempête autour de lui.
« Je suis enquêteur fédéral de la Fédération arcanique. J’ai découvert des preuves de la vaste attaque qui s’est produite ici, ainsi que des traces magiques, et je recueille des informations. Dis-moi tout ce que tu sais, et je te paierai. Réponds aussi vite que possible. Le temps que je t’autorise à vivre fait aussi partie du paiement… »
Cette rencontre était inattendue, mais pas étrange.
La Fédération arcanique était une organisation formée par d’innombrables mages, qui étudiait la magie elle-même.
Et pour les mages, le Dieu démoniaque, qui avait percé les principes du monde, était un objet de fascination… et un pouvoir qu’il fallait étudier.
Pour la Fédération arcanique, qui bâtissait des temples au Dieu démoniaque et l’étudiait, l’Arbre de l’Origine était lui aussi un sujet d’enquête et d’observation. Il était naturel qu’elle vienne après que l’Arbre de l’Origine eut brûlé si complètement.
Malgré tout, je ne m’attendais pas à ce que cet enquêteur fédéral soit quelqu’un que je connaissais.
« Lankart ? »
« Tu connais mon nom, espèce d’ignorant ? … Non, attends. »
Un homme qui avait partagé le même passé que moi, mais avec qui je ne voulais pas partager le même avenir. Il avait terminé deuxième de l’académie militaire secondaire de l’État militaire et était devenu un mage que l’on considérait comme la honte de l’État militaire.
Lankart Spendry, autrefois mon ami, désormais mage et honte de l’État militaire.
Il fronça profondément les sourcils, examina mon visage sous toutes les coutures et demanda à nouveau :
« C’est vraiment toi, Hui ? »
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