Chapitre 604
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 604 : Même la régresseuse devient une salope après ???? fois
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La Frontière d’inversion céleste avait été créée pour défier le Ciel.
Le talent était inné.
Tu étais émotive, naïve et impulsive. Une enfant sans talent comme toi n’aurait jamais dû apprendre les arts de l’énergie. Leur fondement consistait à se distinguer du monde, puis à rassembler sa volonté dans son corps pour la libérer. C’était un vêtement qui ne t’allait pas.
Là où les autres faisaient dix pas, tu en faisais à peine un. Quand les autres prenaient leur élan et couraient, tu rampais sur le ventre comme un nourrisson.
Pourtant, la Frontière d’inversion céleste se montrait équitable même envers quelqu’un d’aussi dénué de talent que toi. Elle était honnête avec tout le monde.
Peu importait le talent accordé par le Ciel : du moment que tu possédais un corps humain, tu pouvais atteindre la grandeur en y gravant ton expérience et tes efforts.
Sans volonté, par la seule expérience et les sensations, elle maîtrisait ton corps par l’inconscient et le faisait bouger. Si tu maîtrisais la Frontière d’inversion céleste, tu deviendrais une puissance dont le nom ferait trembler le monde.
… Mais atteindre la vérité grâce aux arts de l’énergie sans volonté, quand on avait un talent médiocre et qu’on avait choisi la deuxième meilleure voie pour atteindre le sommet, exigeait des efforts plusieurs fois, des dizaines de fois, des centaines de fois supérieurs à ceux de n’importe qui. Une accumulation immense d’expérience et d’efforts qui ne pourrait jamais tenir dans une seule vie humaine.
Si tu revenais à chaque mort, peut-être… pourrais-tu atteindre ce domaine.
Je n’espérais qu’une chose, Shei : que tu n’y parviennes jamais.
J’espérais que ton corps et ton cœur fragiles ne seraient pas marqués d’autant de traces.
Avant que ce cycle sans fin ne t’écrase, j’espérais que tu sauverais d’abord le monde.
… C’était tout ce que je pouvais espérer.
* * *
Même après avoir tué Shei, Nevida ne ressentit aucune émotion particulière. Elle s’était montrée plutôt vive et impressionnante, mais elle n’était qu’une adversaire redoutable parmi tant d’autres que Nevida avait affrontées au cours de sa vie. Elle n’avait rien eu d’assez exceptionnel pour se démarquer.
Une chose la tracassait, toutefois.
« Était-ce une Sainte Vierge ? »
Shei lui avait donné l’impression d’affronter une Sainte Vierge.
Il arrivait qu’une Sainte Vierge spécialisée dans le combat apparaisse, comme la Vierge d’Acier, mais les Saintes Vierges n’étaient pas, par nature, des combattantes. Leur autorité résidait dans leur capacité à voir l’avenir et à en infléchir le cours.
Politique, complots, ruses, coïncidences… L’essence d’une Sainte Vierge consistait à s’emparer de la « victoire » par tous les moyens possibles. Dès qu’une Sainte Vierge apparaissait, la victoire était déjà assurée. Tout ce qui suivait n’était qu’une lutte vaine, sans rapport avec l’issue du combat.
Paradoxalement, la seule façon de combattre une Sainte Vierge consistait à ignorer tout cela et à lui résister malgré tout.
« … »
Après y avoir réfléchi un instant, Nevida décida d’aller vérifier la mort de Shei plutôt que de retourner au Domaine des Seigneurs. La menace d’une Sainte Vierge l’emportait sur tous les autres dangers.
Les traces étaient faciles à trouver. Le corps de Shei avait tracé dans la forêt un sillon où des dizaines d’arbres avaient été renversés, comme après le passage d’un bulldozer. Nevida y descendit sans bruit.
Au bout de son regard pendait une main ensanglantée, inerte. C’était celle de Shei. Le reste de son corps était enseveli sous les rochers et les troncs. Pourtant, le sang qui coulait d’en dessous témoignait indirectement de la misérable fin qui l’attendait.
Elle était bel et bien morte. Même le Roi des Enfers aurait rendu le même verdict. Nevida était d’accord. Il ne lui restait plus qu’à rentrer, à réduire en miettes tous les druides qui avaient osé entraver la résurrection de son suzerain, puis à les utiliser comme engrais.
« Née de la nature, rendue à son étreinte. »
Après avoir prononcé les condoléances rituelles des druides, Nevida s’apprêtait à partir lorsqu’un léger gémissement lui parvint aux oreilles.
« Ah. »
Le son était bien trop clair et pur pour être un râle d’agonie. Surprise par cette voix totalement étrangère, Nevida se retourna.
C’était Shei.
Elle lui ressemblait et se tenait en un lieu où personne d’autre que Shei n’aurait pu apparaître. Nevida comprit donc que cet être était Shei.
« Te voilà. Le signet que j’avais placé. »
Autrement dit, elle était bien trop différente de Shei.
Il existait un jouet appelé thaumatrope. On dessinait des images différentes de chaque côté d’un morceau de papier, puis on faisait tourner rapidement les ficelles ou les tiges qui y étaient fixées. Les images rémanentes se mélangeaient alors pour n’en former qu’une seule.
Shei ressemblait à l’une de ces images.
Ses cheveux d’un blanc délavé scintillaient comme la lumière. Impossible de savoir s’ils étaient longs ou courts. Une lueur vive éclairait un visage qui semblait détaché de la vie, comme illuminé par une sagesse qui la dépassait.
Elle paraissait évanescente à l’infini, comme si elle pouvait disparaître à tout instant, et pourtant Shei était bien là.
Elle disparaissait, réapparaissait, souriait et pleurait. Shei était les deux à la fois, et rien du tout. Même Nevida, qui avait connu toutes les formes de souffrance, n’avait jamais été témoin d’un phénomène aussi inconnu.
Le seul point où les deux images rémanentes se superposaient était le regard de Shei. Les yeux brillants de sept couleurs, elle fixait le sommet de l’Arbre de l’Origine.
« Hughes est toujours là-haut ? Il réveille le Roi de l’Humanité, pas vrai ? Il doit me rester un peu de temps. Pas vrai ? Je peux regarder, hein… ? »
Sa voix vibrante d’enthousiasme et d’impatience débordait d’émotion.
Il n’y avait eu ni bruit ni signe avant-coureur. Nevida observa le rocher sous lequel Shei avait été écrasée quelques instants plus tôt. Il était toujours là, fidèle à sa nature. Seule Shei avait disparu de dessous.
« Tu cachais ta force ? »
Toujours les yeux levés, Shei répondit :
« Non. Je cachais mes souvenirs. »
« … Tes souvenirs ? »
« Oui. Si les arts de l’énergie peuvent maîtriser le corps et que les souvenirs restent gravés dans le cerveau sous forme de signaux, alors on peut bloquer et dissimuler une partie de ses souvenirs grâce aux arts de l’énergie. La Frontière d’inversion céleste maîtrise l’inconscient ; tant que je l’utilise, elle empêche aussi que je me rappelle ces souvenirs inconsciemment. »
Nevida l’ignorait, mais c’était là la découverte du Voleur de foudre. Shei avait appliqué avec désinvolture la découverte d’un Dieu démoniaque qui s’était rendu de son plein gré au Sanctuaire, de peur que la vérité qu’il avait découverte ne soit détournée.
« Si je subis un choc assez violent pour briser la Frontière d’inversion céleste, comme à l’instant, ils me reviennent d’un coup, comme quand toute sa vie défile devant ses yeux. »
Lorsque la Frontière d’inversion céleste cédait sous un choc assez puissant pour la tuer sur-le-champ, la conscience de Shei, prisonnière à l’intérieur, s’éveillait. Comme si elle naissait après avoir brisé une coquille dure.
Nevida observa Shei métamorphosée et lui demanda : « Pourquoi avoir fait ça ? »
Les souvenirs étaient de l’expérience accumulée. Pourquoi les bloquer ? Nevida ne comprenait pas. Shei n’avait aucune obligation de s’expliquer, mais elle répondit avec un sourire radieux, comme si elle attendait cette question.
« Parce que Hughes peut lire les pensées. »
Elle évoquait avec désinvolture le fait que même ses pensées pouvaient être envahies, tout en souriant comme si cela la réjouissait.
« … Quoi ? »
« Tu sais quoi ? Hughes m’aide toujours. Peu importe quand, où ou comment on se rencontre. Le plus rapide, c’est d’entrer dans l’Abîme, mais même si je n’y vais pas, Hughes finit toujours par m’aider. Même si je ne dis rien et que je ne demande rien. Il lit ce que je veux ! »
Shei ne semblait pas du tout se soucier de la réaction de Nevida. D’une voix rêveuse, comme une jeune fille amoureuse, elle babillait gaiement. Puis son visage s’assombrit brusquement et elle murmura :
« À une seule exception près… quand je sais qu’il lit dans mes pensées. »
C’était soudain, mais c’était aussi une information nouvelle. Nevida demanda : « Mon suzerain comprend le cœur des gens ? »
« Oui. Hughes lit les souhaits. Ensuite, il demande si ce souhait mérite qu’on sacrifie sa vie et qu’on tue tous ceux qui nous entourent pour l’accomplir. Hughes déteste les souhaits qui méprisent la vie, mais il les respecte. Alors il vous donne jusqu’au bout la possibilité de réaliser ce souhait et, si vous renoncez quand même à vivre, il l’exauce et le mène à son terme. En revanche, il reconnaît à leur juste valeur les souhaits qui sauvent les autres. »
Qu’ils soient enfouis sous les mensonges et les tromperies ou noyés dans des monologues interminables, seuls des résultats froids, que l’émotion n’avait pas altérés, révélaient la direction d’un souhait. Au fil de dizaines, de centaines de régressions, Shei avait fini par le comprendre.
« Il n’est pas barbare. Hughes est clément. Il donne à chacun la possibilité d’exaucer son souhait. Qu’il soit bon ou mauvais. Peut-être… que c’est ça, au fond, qui est barbare. »
Peut-être que Shei avait mis trop longtemps à le comprendre. Peut-être l’avait-il bien caché. Peut-être qu’une clémence impartiale envers tous n’avait pas grand-chose à voir avec la bonté. Pas assez, en tout cas, pour empêcher la destruction du monde.
Après avoir libéré les émotions cachées sous sa carapace, Shei poussa un léger soupir.
« C’est peut-être pour ça. Quand je sais qu’il lit dans mes pensées, quand je confie mon souhait à Hughes et que je m’accroche à lui… Hughes finit toujours par me quitter. Je n’ai pas eu d’autre choix que de cacher mes souvenirs. Sinon, il finirait par me laisser. »
Nevida, qui ne disposait d’aucune de ces informations, avait du mal à compatir à ses paroles. Elle comprit néanmoins une chose, claire comme le jour, dans cette situation.
« Tu es vraiment une Sainte Vierge. »
Seules les Saintes Vierges proféraient des paroles incompréhensibles, fondées sur une prescience que les autres ne pouvaient partager. Et si Shei était une Sainte Vierge, alors elle était l’ennemie de Nevida. La druidesse qui vivait depuis l’Antiquité savait que les raisonnements simples étaient les plus sages.
Shei vit Nevida se préparer au combat et laissa échapper ces mots :
« Peut-être. Mais je ne crois pas que ce soit important. C’est Hughes qui compte. Même les souvenirs qui se répètent sans raison, qui ne s’accumulent pas, quels que soient mes efforts, qui s’évanouissent si vite… quand je suis avec lui, ils finissent par se relier. Les souvenirs qui ne s’entassent qu’en moi s’accumulent aussi en lui, à travers mon cœur. »
Nevida, qui avait perdu son roi et erré pendant des milliers d’années, se trouvait sans doute dans une situation semblable à celle de Shei. Peut-être même pire. Le roi de Nevida ne pouvait pas rire et bavarder comme celui de Shei.
Shei éprouva un peu de compassion pour Nevida. Et elle était certaine que Nevida la comprendrait aussi.
« Je le ramènerai. La seule personne qui puisse partager mon voyage. »
Shei tendit la main.
Puis, comme si c’était tout naturel, sa main se retrouva déjà à l’intérieur du petit Arbre-Monde. Traversant les feuilles et les branches épaisses, elle saisit Jizan, prisonnière à l’intérieur.
*Elle a traversé ?*
Ce n’était même pas tout à fait exact. Aux sens de Nevida, la main de Shei semblait avoir surgi directement près de Jizan, sans passer par les étapes nécessaires pour l’atteindre.
Nevida réagit en balançant le petit Arbre-Monde. En moins d’une seconde, des buissons gonflés d’énergie spirituelle explosèrent sur Shei.
« Aïe. »
Repoussée par l’explosion verdoyante, Shei trébucha et perdit l’équilibre. Mais elle avait déjà atteint son but. Jizan, qui avait été scellée dans les racines du petit Arbre-Monde, se trouvait désormais en sûreté dans sa main.
C’était un pouvoir inconnu. Il était probablement lié aux faibles scintillements qui apparaissaient sur tout le corps de Shei. Nevida l’observa attentivement et déclara : « Une capacité qui permet de traverser la matière. »
« C’est un peu… différent. Pas d’escalier. Ça limite le plus petit déplacement possible dans le monde, puis on se déplace en passant d’une unité à l’autre, comme sur des marches. »
« Quoi ? »
« On croit que le monde est une pente, pas un escalier. Si tu peux faire un pas, tu peux en faire un demi, puis la moitié de ce demi-pas, puis encore la moitié… Tu crois pouvoir diviser un pas à l’infini. Mais c’est faux. »
Tap, tap, tap. Les mouvements de Shei se décomposèrent et reprirent plusieurs fois. Comme elle venait de l’expliquer, elle avançait de façon anormale, comme si elle montait un escalier ou butait sur des marches invisibles.
« En réalité, le monde est composé d’innombrables marches. Vu par un géant, des centaines de millions, des billions de marches ressemblent à une pente. Mais nous vivons tous sur des marches. Je n’ai fait qu’en sauter quelques-unes. »
« Quel pouvoir inutilement compliqué. »
« Ce n’est pas grave. Je ne le comprends pas vraiment non plus. C’est un Dieu démoniaque découvert par hasard, au fil d’innombrables cycles de réincarnation, par un génie né comme un miracle. Il n’existe pas à cette époque. Rien ne garantit non plus qu’on le découvrira de nouveau. »
Un Dieu démoniaque était un principe du monde qu’on ne pouvait découvrir qu’en réunissant un génie historique, mû par une obsession folle, et une occasion miraculeuse.
Parmi ses innombrables régressions et futurs possibles, Shei n’avait découvert que quelques nouveaux Dieux démoniaques. Pourtant, elle ne trouvait pas que c’était trop peu. Même ces quelques-uns dépassaient déjà ce qu’elle pouvait maîtriser.
« Je les ai simplement gravés dans ce corps. »
Quels que fussent ses efforts, ses études et tout ce qu’elle apprenait, Shei ne pouvait pas reproduire un Dieu démoniaque. Le siège d’un Dieu démoniaque était exigeant et ne ferait pas de place à un talent médiocre comme le sien.
Mais, quand on utilisait des ciseaux, pensait-on aux leviers ? Quand on tirait de l’eau d’un puits, se souciait-on des poulies ? Inutile de comprendre le principe pour se servir d’un outil.
Et par les seules sensations, Shei grava d’innombrables traces dans son corps et apprit les Dieux démoniaques.
C’était un principe trop bas, trop incompétent et trop stupide pour mériter ce nom. Un principe pareil à une feuille blanche, totalement dépourvu de pouvoir.
Pourtant, au fil d’innombrables régressions, Shei avait atteint la vérité.
L’Infini. L’autre extrémité que la Frontière d’inversion céleste atteignait par la régression.
Un principe qui gravait les Dieux démoniaques non dans l’esprit, mais dans le corps.
Nevida, qui avait tenté de s’emparer de Shei, comprit qu’elle n’avait aucune chance d’y parvenir et changea de stratégie.
« Alors je vais t’écraser tout entière. »
Le pouvoir de traverser la matière devait bien avoir ses limites. Nevida fit jaillir des racines sous ses pieds et se relia à l’Arbre de l’Origine. Racine contre racine, elles s’entrecroisèrent et s’enroulèrent, tandis que Nevida fusionnait avec l’Arbre de l’Origine.
Faire d’un végétal incapable de bouger ou de sentir un familier était dangereux et inutile.
Mais Nevida était un Dieu démoniaque et l’Arbre de l’Origine possédait l’énergie spirituelle de l’Arbre-Monde. L’Arbre de l’Origine, dont les branches et les feuilles pouvaient devenir toutes les espèces végétales existantes, n’avait aucune limite.
Le sol se souleva. Des racines semblables à une mer cachée jaillirent des profondeurs de la terre. Elles se changèrent en jambes et s’ancrèrent dans le sol, tandis que les branches devenaient des bras qui serraient de puissants poings.
L’Arbre de l’Origine se dressa comme un géant issu de la Genèse.
« Colosse racinaire. »
Le mot « colosse » désignait-il une bête immense ou un arbre gigantesque ?
N’étant même plus un arbre, l’Arbre de l’Origine rugit et leva haut ses branches. Ce seul mouvement déclencha une tempête qui balaya d’un coup tous les arbres alentour.
Le géant venu de la Genèse semblait sur le point de frapper le sol du pied. On ne pouvait plus appeler cela une attaque. C’était tout simplement une force comparable à une catastrophe.
L’Arbre de l’Origine ramena ses branches de toutes ses forces pour prendre de l’élan, puis s’abattit sur Shei de tout son poids.
Une branche d’une masse écrasante descendit. L’air déplacé exerça une pression phénoménale. Sentant la pression atmosphérique écraser jusqu’à l’espace, Shei sourit comme si cette sensation lui avait manqué.
« … Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu ça, moi aussi. »
Tout en marmonnant, Shei se remémora une fois encore le principe gravé dans son corps.
La découverte d’un Dieu démoniaque qui, dans un futur désormais disparu, avait erré dans le vide lointain au-delà du ciel et exploré la vérité. Un miracle et une catastrophe, si simples et si puissants qu’on ne pouvait les reproduire qu’indirectement, en faisant s’entrechoquer les reliques du Ciel et de la Terre.
Les scintillements s’intensifièrent. La Frontière d’inversion céleste reproduisit le principe inscrit dans le corps de Shei. Tenant Chanteciel et Jizan dans chacune de ses mains, elle les réunit.
Jizan, masse condensée. Chanteciel, espace comprimé. Deux reliques symbolisant la terre et le ciel.
Shei avait toujours superposé Chanteciel à Jizan. Le ciel n’était bleu que lorsqu’il recouvrait la terre, et la terre n’était paisible que lorsqu’elle abritait le ciel. À l’image de cette planète foisonnante de vie, les deux se métamorphosaient à l’infini et engendraient toutes sortes de phénomènes mystérieux.
Mais pour tuer quelqu’un, mieux valait faire l’inverse.
Même les étoiles innombrables qui flottaient dans l’univers connaissaient une fin. À la fin de sa vie, une étoile prenait une dernière fois une expansion immense et poussait un cri d’agonie, puis se contractait peu à peu et mourait.
Condensation. Compression. Contraction. Elle rétrécissait, se repliait sur elle-même, et jusqu’à la structure de la matière s’effondrait. La relique de la Terre Mère suivit fidèlement le destin d’une étoile.
Épée naine noire.
Une épée noire, si petite et si légère.
La fin d’un monde entier se déploya dans la main de Shei. Jizan, dégradée, n’était plus ni une épée ni une massue. Elle convergeait et s’effondrait en une ligne unidimensionnelle, atteignant le seuil de la destruction : trop petite même pour mériter le nom de brochette ou d’aiguille.
Le vent tourbillonnait autour d’elle. Attirées par sa seule gravité, les particules d’air entraient en collision et s’enfonçaient les unes dans les autres, produisant des étincelles. L’air ionisé brillait et engendrait une tempête électromagnétique.
Même si les alentours s’illuminaient et résonnaient, l’œil de la tempête demeurait noir et silencieux.
« Je ne peux pas manier cette épée longtemps. La planète est en danger. Jouons le tout pour le tout et finissons-en vite. »
Nevida balança le Colosse racinaire. Un coup gigantesque déchira l’air et tordit la terre en s’abattant. C’était une frappe mythique, comme si un géant venu de la Genèse exprimait sa rage contre la Terre Mère.
Face à une force visible, semblait-il, depuis l’autre côté du continent, se tenait une ligne si fine qu’on la distinguait à peine de près. La différence de taille était telle qu’on avait du mal à croire qu’elle faisait face à l’Arbre-Monde.
Si la taille et le poids comptaient, pourquoi appeler cela un principe ?
Shei avança le pied droit et prit appui sur sa jambe arrière. Même la terre semblait incapable de supporter son poids. Son pied s’enfonça dans le sol, l’écrasant et le faisant fondre. Solidement campée sur une terre changée en pierre, Shei empoigna l’Épée naine noire.
À la surface d’une étoile mourante, son dernier souffle brûlait d’une chaleur blanche. Shei s’empara de cette puissance et la brandit.
Ciel, Terre et Cosmos.
Nova.
Une vague de couronne, qui n’aurait dû apparaître qu’à la surface d’une étoile, balaya la terre.
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