Chapitre 602
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 602 : Un feu de forêt peut aussi naître d’une petite étincelle — 5
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Même dans mon esprit, ma grande sœur était bel et bien le Roi des Bêtes. Sans rien à faire, elle s’agitait autour de moi en bavardant comme si elle chantait. Hormis son intelligence et sa manie occasionnelle de parler toute seule, elle ne différait en rien d’une bête curieuse.
Peut-être était-ce là la véritable nature de l’humanité.
« Je suis spécial. »
Je répondis à ma sœur.
« Tu te vantes ? »
« Non ! Je ne fais qu’énoncer un fait ! »
« On dirait encore plus que tu te vantes. »
« C’est pourtant vrai. Je suis un roi. Le Roi des Bêtes qui représente toute l’humanité. Comme le Roi des Chiens, le Roi des Loups, le Roi des Chats, le Roi des Moutons et le Roi des Tigres, je dois accueillir et représenter toutes les bêtes. »
Un Roi des Bêtes était l’incarnation d’une idée. Il vivait en portant l’image stéréotypée de sa « bête » particulière.
Azzy était le Roi des Chiens, mais elle vivait aux côtés des humains au lieu de commander aux chiens. Parce qu’elle était un chien. La Maîtresse de la Montagne s’était installée sur une montagne, qu’elle avait revendiquée comme territoire, et en avait chassé tous les autres tigres. Parce qu’elle était un tigre.
Être un Roi des Bêtes ne signifiait pas forcément être bienveillant envers les bêtes. Après tout, ils n’étaient que des incarnations d’une image. À moins d’être des animaux sociaux, ils ne se montraient même pas gentils avec leurs semblables.
Mais les humains avaient dépassé le simple stade d’animaux sociaux.
« Pourtant, les humains ordinaires me considèrent comme quelqu’un de spécial. Tous, sans exception. »
« Parce que les humains en savent bien trop pour leur propre bien. Et puis, tu es allé partout où tu ne serais normalement jamais allé, jusque dans des montagnes enneigées, des jungles et des déserts. »
« Oui. Grâce à ça, tout le monde me connaît. Et ils attendent quelque chose de moi, comme si c’était devenu un trait fondamental de l’humanité. »
À mesure que d’innombrables humains se mettaient à faire confiance au roi et à le suivre, celui qui aurait dû être une incarnation s’était transformé en souverain.
« C’est pour ça qu’il me faut une norme ordinaire. Faible, douce, souple, élastique. »
« Pas une norme forte et solide ? »
« Les humains sont faibles et doux. Quand le monde cruel pose sur toi un regard sévère, tu dois vite changer d’expression et baisser la tête. Voilà ce que sont les humains. Les autres bêtes s’adaptent elles aussi à la nature, mais rares sont celles qui changent aussi vite que les humains. »
Ma sœur parla comme si elle chantait, puis me regarda.
« C’est toi. Toi, mon moi ordinaire. »
« Alors, si je suis comme ça, c’est à cause de toi. »
« Pas à cause de moi ! C’était inévitable, comme le soleil qui se couche et la lune qui croît. Je ne pouvais plus représenter l’humanité ! Non, tout roi doté de pouvoir finit forcément par s’éloigner de son rôle de Roi de l’Humanité ! »
Ma sœur sautillait, l’air vraiment blessé. J’essayai de résumer aussi simplement que possible ce qu’elle venait de me raconter.
« Donc, quelque part, un comité de Rois des Bêtes a décidé que, puisque tu étais le Roi de l’Humanité mais ne pouvais plus représenter l’humanité, il allait te laisser telle quelle et créer un nouveau Roi de l’Humanité, une incarnation ? Hmm, non, il y aurait alors deux Rois de l’Humanité… Bref, ils fabriquent une couronne que le Roi de l’Humanité devra porter ? »
« La Couronne de l’Humanité ! C’est une bonne métaphore. Il n’y a qu’un seul roi et qu’une seule couronne ! »
« Ce n’est pas une bonne métaphore pour moi. Un roi est une personne, mais une couronne est un objet. Tu pourrais au moins penser à ma situation : je vais devenir quelque chose qu’on pose sur la tête de quelqu’un ! »
« Je ne te poserai pas sur ma tête ! Enfin, sauf si tu en as envie ! »
« On dirait que tu dis que je peux le faire si j’en ai envie. »
« Si tu le fais, ce sera inconfortable pour nous deux, alors je préférerais que tu restes près de mon épaule ! Si tu dois me chuchoter à l’oreille, mieux vaut que tu sois près de ma tête ! »
« Pourquoi est-ce que je devrais te chuchoter quelque chose ? »
Ma sœur sourit doucement et plongea son regard dans le mien. Ses iris gris, comme si le noir et le blanc s’y étaient mêlés, parcoururent les souvenirs qui m’avaient traversé. Parmi ces innombrables aventures et incidents, elle me posa de nouveau toutes les questions auxquelles j’avais été confronté.
« Est-il acceptable d’enfermer, de surveiller et d’opprimer tout le monde ? Si on les range dans une boîte rigide, parfaitement carrée, qu’on les empile soigneusement pour bâtir une pyramide imposante, peut-on louer sa grandeur et sa complexité ? »
À commencer par l’État militaire.
« Et un monde où une seule personne crée tout ? Une terre où tout ce qui n’a pas été créé ainsi est rejeté ou mis de côté ? Et si, malgré leur ressentiment, les gens n’avaient finalement d’autre choix que de consommer ces créations ? »
Ensuite, les Petits États.
« Et un monde où le sang lie tout le monde, de sorte que personne ne puisse résister ? Un royaume figé comme un cadavre ? »
Après le duché.
« Peut-on manger les fruits de viande ? Des gens peuvent-ils en naître ? Sinon, jusqu’où est-il acceptable d’aller pour l’empêcher ? »
Finalement, nous étions arrivés ici. Un lieu où s’entrecroisaient d’innombrables questions et choix.
Ma sœur posa une main sur mon épaule, plongea plus profondément en moi et en tira mes véritables sentiments.
« Tu es arrivé à une conclusion. Tu as déjà décidé ce que tu aimais et ce que tu détestais. C’est pour ça que tu as pris parti pour ceux que tu soutenais. »
« J’ai soutenu les souhaits de tout le monde. »
« Mais en faisant ça, tu as déjà exaucé le souhait de quelqu’un. »
… Oui. Ce serait mentir que de prétendre que mon cœur n’avait penché d’aucun côté. J’avais donné à chacun une chance, mais le camp que je soutenais ne faisait aucun doute.
Je respectais les souhaits de chacun, mais il y en avait un qui m’attirait davantage. Un souhait plus honnête et plus instinctif, qui n’utilisait l’ordre que comme un outil. Je préférais un souhait qui vacillait comme la flamme d’une bougie, mais éclairait le chemin de quelqu’un, à un autre qui renforçait un ordre voué à s’effondrer un jour.
Ma sœur, elle, n’avait même pas ce genre de préférences. Elle était devenue le genre de roi que les gens désiraient.
« Mais tu n’as plus besoin de suivre le vent. Je vais exaucer ton souhait. »
Avec un sourire rassurant, ma sœur me tendit la main.
* * *
Un poussin entre dans le monde en brisant sa coquille. Chaque être vivant connaît un sacrifice aussi triste que précieux. À l’instant sacré où un individu écrit son histoire, une coquille bénit sa naissance en se brisant.
L’Arbre de l’Origine, un Dieu démoniaque, ne faisait pas exception. Cet arbre du Dieu démoniaque, qui avait fleuri à partir des restes du ginkgo béni, avait poussé depuis une graine gigantesque.
L’ovaire. Le domaine le plus secret et le plus primordial, dont Nevida seule connaissait l’existence.
« Ha… Ha… J’ai réussi à récupérer Chanteciel, d’une manière ou d’une autre, mais… »
Tenant Chanteciel, Shei regarda le centre de l’ovaire, l’air contrarié. Là se trouvait Jizan, l’une des deux armes de Shei, plantée dans le sol.
Jizan, l’épée sans recul, ne pouvait être maniée que par la personne qu’elle avait choisie. Même Nevida, un Dieu démoniaque, ne pouvait tenir son pouvoir ni le manier sans sa permission. Jizan était un Dieu démoniaque qui renfermait la compréhension de cette terre.
Mais qu’en était-il si celle qui la tenait n’était pas une personne ? Et si c’était un Dieu démoniaque qui renfermait les principes du monde ?
Et si ce Dieu démoniaque était lui aussi, par nature, attaché à la terre ?
« Il a fallu qu’elle lie Chanteciel et Jizan avec un Petit Arbre-Monde. »
Jizan était enveloppée dans les racines d’un jeune arbrisseau. C’était un Petit Arbre-Monde, un jeune arbre et une arme que Nevida avait façonnés à partir des restes de l’Arbre-Monde.
Un arbre s’agrippait à la terre avec ses racines et communiquait avec le ciel par ses feuilles. Fidèle à cette nature, le Petit Arbre-Monde retenait Jizan avec ses racines et maintenait Chanteciel prisonnière de ses feuilles. Bien sûr, il ne pouvait pas saisir le ciel ouvert lui-même, aussi Shei avait-elle réussi à réduire Chanteciel en petits morceaux avant de l’arracher. Jizan, relique du Dieu démoniaque, ne se laisserait pas libérer aussi facilement.
« Je ne manie pas le véritable pouvoir de Jizan. Je ne fais qu’emprunter sa force, alors je ne pourrai pas briser ces entraves facilement… Tant pis. »
Dès qu’elle utiliserait son pouvoir, Nevida la détecterait, mais Shei s’y était préparée. Elle saisit Chanteciel et accumula son énergie intérieure. L’air, que l’arbre avait retenu, retrouva son maître et s’écoula dans Chanteciel. Une immense inspiration, sans aucune expiration, emplit Shei et Chanteciel.
« Technique de l’Épée céleste… »
Le vent enveloppa Chanteciel et forma une lame gigantesque. Shei asséna un coup dévastateur au Petit Arbre-Monde qui retenait Jizan.
« … Pourfendeur de dragon ! »
Vrouuuum.
L’épée faite de vent n’émit aucun son. Shei avait aussi retiré l’air qui aurait pu le porter. La taille silencieuse souleva une tempête en balayant le Petit Arbre-Monde.
Des branches brisées et des feuilles éparpillées tourbillonnèrent dans les airs. Shei récupéra Chanteciel, expira profondément et s’approcha de l’endroit où le tourbillon s’apaisait.
La Frontière d’inversion céleste réagit alors. Sans la moindre hésitation, Shei rejeta la tête en arrière et bondit au loin. Quelque chose se referma sauvagement sur l’espace qu’elle venait de quitter. La force du coup aurait suffi à écraser la roche.
« Tes réflexes sont plus rapides que ceux d’un chat. »
Une voix déçue s’éleva de la branche qui ne tenait plus rien. Celle-ci se tordit dans tous les sens, puis se transforma en une sorte de main humaine. Ses doigts se replièrent, du pouce à l’auriculaire, et elle tira son corps hors de l’arbre.
« Argh ! Nevida… ! »
Nevida semblait avoir fleuri directement depuis le Petit Arbre-Monde. Sortie de l’arbre, elle contempla Shei du même regard impassible. Ses yeux exprimaient moins de surprise ou de malaise que d’exaspération.
« Mon seigneur vous a épargnée. Pourquoi êtes-vous revenue ici sans chérir la vie qu’il vous a laissée ? »
« Hmph. Pourquoi me le demander alors que tu connais déjà la réponse ? »
« Pour défendre la grande cause proclamée par le Dieu céleste, votre vie ne signifie rien à vos yeux. Mais le souhait de mon seigneur de vous sauver ne vous semble-t-il pas, au moins, précieux ? »
Nevida réprimandait Shei comme si elle n’avait vraiment pas voulu la tuer.
« Vous tuer irait à l’encontre des souhaits du roi qui vous a épargnée. Lui aussi est un roi envers qui je suis loyale, alors j’ai essayé d’éviter ce choix si possible. Pourtant, vous vous obstinez à rejeter même sa clémence. »
C’était peut-être la dernière chance que Nevida lui offrait. Si Shei renonçait à résister et s’enfuyait, même maintenant, Chanteciel resterait au moins intacte. Nevida ne prendrait pas la peine de la poursuivre.
Shei le comprit instinctivement. Pourtant, au lieu de tourner les talons, elle fit un pas en avant et releva la tête.
« Je ne la rejette pas. C’est précisément pour ça que je devais revenir. »
« Précisément pour ça ? »
« Tu vas faire du mal à Hughes ! »
Un filet de vent agita les cheveux de Nevida dans l’ovaire. Rien n’aurait dû pouvoir pénétrer dans un espace aussi étroit, et pourtant Shei, Chanteciel à la main, y faisait naître le vent.
« Tu me prends pour une idiote ? Hughes est le Roi de l’Humanité. Celui que tu veux ressusciter est lui aussi le Roi de l’Humanité. Pour que l’un d’eux redevienne entier, l’autre doit disparaître. Et tu choisiras sans aucun doute de sacrifier Hughes. »
Si elle devait choisir entre les deux, Nevida choisirait l’autre roi, pas Hughes. Tel était le souhait de Nevida, après deux mille ans d’attente.
« Si c’est ce qui doit arriver, alors je dois être là moi aussi. Parce que je m’oppose à toi. »
« Tu t’opposes à moi ? »
Shei répondit à Nevida avec une détermination sans faille.
« S’il doit y avoir un Roi de l’Humanité, Hughes est le meilleur choix. »
« … Le meilleur choix. »
« Oui. Il vaut mieux que ce roi d’un passé lointain, mort depuis je ne sais combien de temps. Hughes est le roi qui était avec moi ici et maintenant. Il agissait de son propre chef, même s’il mentait, trompait et cachait des choses. Même quand il plongeait les situations dans le chaos, il y trouvait la meilleure réponse. »
Le Roi de l’Humanité devient le Roi du Péché. Mais Hughes n’était pas comme ça. Et d’après ce qu’elle avait vu de lui jusqu’ici, il était très loin du Roi du Péché.
Alors peut-être que Hughes ne deviendrait pas le Roi du Péché.
Elle n’avait aucune preuve. C’était parfaitement irresponsable. Peut-être que le pouvoir lâche de la régression lui avait ôté la peur d’échouer.
Mais Shei le croyait.
« Je suis comme toi. Si le rituel de résurrection du Roi de l’Humanité est en cours, j’ignore comment il se terminera, mais je prendrai le parti de Hughes. Je ferai de Hughes mon roi ! »
« … »
« Alors, qu’en dis-tu, Nevida ? Je suis entièrement du côté de Hughes ! Dans ce cas, es-tu mon alliée ou mon ennemie ? »
Il était inutile de répondre. Nevida n’avait jamais eu qu’un seul roi.
Une petite fille qu’elle avait recueillie dans la forêt. Une enfant adorable et innocente qui avait pris avec fierté la main que Nevida lui tendait et l’avait suivie jusqu’à chez elle. L’amie, l’élève, le maître et le roi de Nevida.
Si elles ne pouvaient pas coexister, si elle devait choisir entre les deux, Nevida la choisirait sans hésiter.
C’était pour cette raison qu’elle ne pouvait pas accepter Shei.
Sans un mot, Nevida leva la main et l’abattit résolument.
Des branches feuillues s’écrasèrent sur Shei comme une tapette à mouches.
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