Chapitre 597
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 597 : Le Nouveau Testament
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Avec la mort de « Grande Sœur », ce souvenir prit lui aussi fin. Ce qui venait de se passer avait-il vraiment eu lieu autrefois, ou n’était-ce qu’un rêve fugace ?
Une chose était certaine : cette conversation n’avait absolument rien changé à ma vie.
Ce n’était qu’un fragment logé dans les souvenirs de « Grande Sœur ». Rien de plus qu’un indice qui me permettrait de comprendre sa mort et d’y être plus sensible.
Au bout du compte, « Grande Sœur » était un fil tranché par une lame. Pour renouer avec la suite, je devais me concentrer sur son extrémité coupée.
Elle était morte assez bêtement pour un Roi de l’Humanité, mais les Rois des Bêtes avaient toujours été comme ça. Stupides et simples, ils tombaient facilement dans les pièges ou se faisaient tuer. « Grande Sœur » n’avait été qu’une bête naïve et stupide.
« C’est méchant ! Je suis peut-être naïve, mais je ne suis pas stupide ! »
« Hein ? Tu écoutais ? »
« Grande Sœur » surgit dans mon champ de vision, depuis les profondeurs de ma conscience. Quelle vitalité, dans ce monde intérieur ! La plupart des morts étaient déprimés ou résignés, mais « Grande Sœur » était d’une gaieté presque éhontée.
« Bien sûr que j’écoutais ! Ce sont mes souvenirs ! Toi et El aviez l’air de vous rapprocher, alors je vous ai laissés tranquilles ! »
« C’est glauque. Tu aurais pu venir m’expliquer. »
« Ce n’était pas glauque, c’était attentionné ! J’avais déjà longuement parlé avec El, et tout ce qui s’est passé ensuite, c’était une conversation avec toi. Je me suis écartée par respect pour les anciennes coutumes ! »
Elle avait déjà eu une longue conversation avec El ? Elle s’était écartée parce que c’était arrivé ensuite ? En l’écoutant, j’entendis quelque chose que je ne pouvais pas laisser passer.
« Une conversation ? Quand ça ? Tout ce dont je me souviens, c’est d’être allé au sommet de Yulim et d’avoir été aveuglé par la lumière. »
« Je ne te l’ai pas montré. C’était privé, tu sais ? Tu devrais respecter ça ! »
Quoi ? Elle ne me l’avait pas montré ? Comme si j’avais déjà demandé la permission à qui que ce soit avant de fouiller ses souvenirs…
« Et ce n’était pas vraiment une conversation. El a tissé de la lumière en étoffe et m’a montré des images. Comme ce n’était pas mon souvenir, j’ai du mal à te le montrer. »
Après avoir choisi ses mots un instant, Grande Sœur frappa dans ses mains et ajouta :
« Comme les souvenirs de Shei, qu’on ne peut pas lire ! »
C’est vrai. Bon. J’avais essayé de ne pas y penser, mais je ne pouvais plus faire comme si de rien n’était.
Je pris la parole, mal à l’aise.
« Toi aussi, tu m’as lu, Grande Sœur. »
Grande Sœur me fixa droit dans les yeux avant de répondre.
« Bien sûr. Toi aussi, tu me lis, non ? »
« Je ne proteste pas. C’est juste une expérience inhabituelle, alors ça m’a pris au dépourvu. »
« Ça te met mal à l’aise. »
… Eh bien, peut-être un peu. Moi aussi, j’avais droit à ma vie privée.
« C’est parce que tes véritables pensées sont exposées ? Tu veux les cacher ? »
Ne les lis pas si tu connais déjà la réponse… Enfin, me plaindre ne servirait à rien.
Je lisais Grande Sœur, et Grande Sœur me lisait. Nous savions l’un de l’autre la même chose. Après tout, Grande Sœur et moi étions fondamentalement le même être.
« L’ordre n’est qu’un outil. Les outils sont utiles. Alors on peut bien se servir de l’ordre ! C’est ce que tu penses, pas vrai ? »
Évidemment. Les outils étaient toujours nécessaires. Si j’avais une règle intérieure appelée « ordre », il m’était plus facile de juger ce qui arrivait.
Je pouvais m’en débarrasser quand je n’en avais pas besoin, mais je devais m’en servir quand c’était le cas.
« Tu n’as jamais rejeté l’ordre. Tu n’es pas un sauvage ! »
Bien sûr que non. J’étais civilisé. La sauvagerie, c’était juste le nom qu’ils m’avaient donné.
… Plus important encore, qu’avait-elle vu, au juste ?
« J’ai lu tes souvenirs ! Depuis ton enfance, passée parmi des gens tout à fait ordinaires, jusqu’à tout ce que tu as vécu pendant tes voyages ! »
Elle avait jeté un coup d’œil à mes souvenirs ? J’avais envie de lui faire la leçon, mais c’était exactement ce que je faisais. Lui reprocher son comportement, c’eût été me cracher au visage.
… Ptooey.
« Voir le monde à travers les yeux d’une personne ordinaire, c’était une expérience toute nouvelle ! Contrairement à toi, je n’ai jamais observé les gens un par un avec autant d’attention ! »
Je comprenais pourquoi. En tant que Roi de l’Humanité, elle ne pouvait pas s’intéresser à chaque personne individuellement.
« Ton point de vue était plus limité que le mien, mais il était aussi bien plus profond. J’ai donc pu mieux ressentir les choses ! »
Elle avait vécu ma vie par procuration, comme si elle lisait un rouleau.
Comme si elle lisait un rouleau à voix haute au chevet de Nevida, « Grande Sœur » récita d’une voix claire :
« Le pays où tu es né, l’État militaire, abritait de nombreux humains. Il tissait une toile complexe, y enfermait chacun et le dirigeait d’une main ferme. Tous vivaient dans la crainte et l’obéissance à un ordre invisible. Tu aurais pu détruire les piliers mêmes qui soutenaient cette toile, mais tu ne l’as pas fait. »
Ce n’était pas un pays que j’aimais, mais son outil était sophistiqué et méthodique. Le détruire à la légère aurait été du gâchis.
J’en avais donc confié la gestion à quelqu’un qui saurait mieux s’en servir. AB se tourmenterait et souffrirait à chaque décision, mais elle s’en servirait bien mieux que la Sainte Vierge Yuel. Yuel, qui avait perdu ce qui comptait pour elle, n’avait plus aucune joie à attendre, tandis qu’AB, qui avait trouvé quelque chose de précieux, en trouverait dans tout.
« Les États mineurs sont un pays de réfugiés qui ont perdu leur patrie. L’ordre gouverné par le Dieu démoniaque doré errait dans le désert comme les bêtes démoniaques. Comme l’ordre doré avait tout créé, aucun autre ordre ne pouvait s’établir. Tu as détruit la bête dorée pour qu’un autre ordre puisse naître. »
Le Dieu démoniaque du Seigneur de l’Or n’était pas la création. C’était la destruction. Les créations parfaites du Seigneur de l’Or ne pouvaient coexister avec aucun humain. Dès qu’on le mettrait de côté un moment, les humains bâtiraient un ordre qui ne serait pas doré, mais humain.
C’était aussi un outil. Entre de bonnes mains, c’était un outil polyvalent, capable de créer ce dont les humains avaient besoin plutôt que de l’or. Perru, qui réduisait tout en poussière, maintiendrait l’équilibre.
« Dans le duché, tu as rendu son cœur à la souveraine sans cœur, puis tu es parti. C’était la chose la plus irresponsable que tu aies faite ! Tu as fait battre son cœur et tu l’as laissée comme ça. »
Du calme. Cet endroit ne fait que commencer. Tyr, qui n’avait pas de cœur, était un dieu. Un être dénué d’émotions et immuable, plus proche d’un phénomène ou d’une loi.
Les Anciens qui se trouvaient sous ses ordres, puis les Ain à leur suite, et jusqu’aux Yeiling, tout en bas. Ils avaient été réduits en esclavage, incapables d’imaginer la moindre rébellion.
J’aimais Tyr, mais un ordre auquel on ne pouvait pas se révolter n’avait aucun sens. Si le monde changeait et que les humains changeaient, l’ordre devait changer lui aussi. Tyr voulait également échapper à cet ennui ; tout le monde y gagnait.
« L’ordre des endroits où tu es passé ne s’est pas effondré. Il a seulement changé. Il est devenu plus humain. »
Après avoir raconté le passé, « Grande Sœur » réfléchit à mon cas.
« Alors, quand tu dis que l’ordre est un outil, tu veux dire que ce n’est pas la faute de l’ordre, mais celle de la personne qui s’en est servie pour faire du mal aux autres, c’est ça ? Tu as confié l’ordre aux humains. »
Je n’avais pas défendu l’ordre. Même aujourd’hui, s’il existait un ordre qui ne servait à rien, je n’hésiterais pas à le détruire.
« Ce que tu détestais, ce n’était pas l’ordre. »
Mais si quelqu’un se servait de l’ordre en prétendant suivre quelque chose qui dépassait sa propre volonté… S’il affirmait que tous les souhaits et désirs qu’il répandait dans le monde étaient inévitables, que l’ordre les lui avait imposés.
« Même en sachant qu’on les détesterait, ils rejetaient sur l’ordre, qui n’était qu’un outil, toute la responsabilité et la culpabilité, la douleur et les gémissements, les reproches et la rage. »
Je voulais seulement voir ce qui se passerait quand ce mensonge serait révélé et que l’ordre serait brisé.
« Tu méprisais les humains qui détenaient l’ordre. »
Ce n’était pas une question d’aimer les gens bien et de détester les méchants. Le bien comme le mal faisaient partie de l’humanité.
Mais si quelqu’un voulait poursuivre la justice et éviter le péché, il lui suffisait d’agir en conséquence.
Ils faisaient quelque chose de leur propre chef, puis prétendaient n’avoir eu aucun choix. Ils affirmaient avoir été entraînés par des forces extérieures, eux aussi. Ils prétendaient n’avoir fait que suivre leurs convictions et obéir aux ordres.
Alors qu’ils faisaient eux-mêmes partie du monde, ils le traitaient comme s’il était la cause du mal. Ces gens-là étaient étranges.
Si le monde était mauvais, alors les humains l’étaient aussi.
« Petit frère, tu es sévère et froid. Tu dis aux gens de ne pas fuir et de continuer à se battre. »
Est-ce que je leur disais de se battre contre le monde ? Je voulais dire qu’ils devaient lutter contre leur propre cœur et faire des compromis quand il le fallait. La seule vérité dans le monde, c’était le Dieu démoniaque. Mon cœur et les ordres créés par les humains pouvaient tous deux se tromper à tout moment.
« D’accord. Merci. J’en sais assez maintenant ! »
J’avais répondu à suffisamment de questions, non ? À mon tour, je pouvais en poser une ?
« Bien sûr ! »
Pourquoi Grande Sœur avait-elle fait cette promesse ?
« Une promesse ? Laquelle ? »
La promesse d’abandonner tous ses pouvoirs et de devenir une personne ordinaire. Celle qu’elle avait faite à la Première Sainte Vierge.
« Ah ! »
Elle s’en souvenait ? Grande Sœur était morte juste après avoir fait cette promesse, qui était tout ce qu’elle avait laissé derrière elle.
Mais les cinq rois s’étaient partagé ce pouvoir ainsi que le droit de représenter l’humanité, ne laissant plus aucune raison d’avoir un Roi de l’Humanité dans ce monde. Le temps avait passé, puis les rois avaient été chassés de tous les pays et avaient perdu leur statut de représentants. Je naquis dans ce monde sans pouvoir, avec pour seul héritage le droit de représenter l’humanité.
Je repris forme dans le monde intérieur et pris la parole.
« C’est donc toi qui m’as fait devenir comme ça, Grande Sœur. »
Elle m’avait fait vivre dans ce monde comme un homme ordinaire, privé de ses pouvoirs et doté uniquement de la lecture des pensées.
La Première Sainte Vierge ne m’avait pas privé de mes pouvoirs. Elle avait peut-être su que je viendrais un jour, mais elle n’aurait pas voulu que je devienne ainsi.
C’était Grande Sœur qui m’avait fait devenir comme ça. Même la Première Sainte Vierge n’avait pas pu arrêter ce souhait. Elle n’avait réussi qu’à le retarder.
« Oui. C’est bien moi ! »
« Grande Sœur » l’admit sans hésiter. Quand je lui demandai silencieusement pourquoi, elle répondit avec une légère difficulté.
« Parce que moi aussi, j’avais besoin d’un repère ! »
« Un repère ? »
« Oui ! Pour moi, tous les humains sont pareils. Ce sont tous des humains. »
Elle ne voulait pas dire qu’elle ne distinguait pas les humains les uns des autres. Pour « Grande Sœur », le Roi de l’Humanité, les humains étaient comme des cellules. Chacune était une partie précieuse d’elle-même, avec peut-être un rôle légèrement différent, mais en perdre une ou deux ne lui poserait pas de problème majeur.
« Mais à présent, les humains se battent entre eux. Ils ne combattent pas les tempêtes déchaînées ni les bêtes sauvages, mais d’autres humains. »
« Parce que la surface appartient désormais à l’humanité. »
« Et quand ils se battent, ils viennent me voir. Ils me demandent de mettre fin à leurs querelles. »
Le problème, c’était que les cellules de Grande Sœur s’affrontaient. De quel côté pouvait-elle prendre parti ?
« Je ne sais pas de quel côté me ranger. Ce sont tous des humains. Mais ils veulent que je choisisse. Ils disent que c’est le rôle d’un roi. Tout le monde cesse alors de se battre et attend. »
Si un être aussi puissant que Grande Sœur n’existait pas, ils s’affronteraient et les vainqueurs feraient la fête sur les cadavres des vaincus.
Mais tant que Grande Sœur existait, ils ne pouvaient pas agir ainsi. Aussi forts qu’ils fussent, ils savaient qu’un être absolu existait. Grande Sœur était clémente, mais c’était une bête. Si quelqu’un montrait les crocs contre elle, elle le punissait naturellement. Tous n’avaient d’autre choix que de lui obéir et de marcher sur des œufs.
La plus grande force de l’humanité, c’était sa capacité à observer et à apprendre.
Les humains avaient appris qu’un être absolu, appelé Roi de l’Humanité, existait. C’était pourquoi personne ne pouvait retourner à la sauvagerie.
« Je suis spéciale. Alors, contrairement à toi, je ne peux pas aimer ou détester un humain en particulier. Même s’ils me le demandent, je ne peux pas le leur accorder. Je n’ai pas le genre de repère que tu as. »
Quand elle revenait du « pays », après avoir vaincu les monstres qui s’en prenaient aux habitants des régions frontalières, toutes les innombrables requêtes que recevait Grande Sœur étaient du même genre.
Les gens se battaient, se disputaient, prenaient et tuaient. Les humains que d’autres humains avaient blessés en appelaient à Grande Sœur. Les griefs et les accusations, aussi nombreux que les humains eux-mêmes, affluaient jusqu’à elle.
Elle pouvait tout faire, mais ne pouvait rien faire. Tout comme elle comprenait les monstres qui s’en prenaient aux habitants des régions frontalières.
Elle était comme le Dieu omniscient et omnipotent de la Bible. Parfaite, omnisciente, toute-puissante et aimant tous les humains, elle ne pouvait pourtant, précisément pour cette raison, que rester là à regarder.
« Mais la plupart des humains le souhaitent. »
Or, le monde voulait que Grande Sœur intervienne. Presque tous les humains appartenant au « pays » croyaient en elle et la suivaient, et le « pays », qui entrait alors dans l’automne de l’humanité, comptait une population immense.
Plus de la moitié de l’humanité.
Le Roi de l’Humanité représentait l’humanité. La plupart des humains le voulaient. Grande Sœur, la volonté collective de l’humanité elle-même, faisait agir cette volonté collective.
Qui de l’œuf ou de la poule était arrivé le premier ? Au cœur de ce cercle, Grande Sœur trouva une réponse.
« Si je n’ai pas de repère, je peux en créer un ! »
« Quoi ? »
« Toi, si faible et insignifiant, tu es le repère que j’ai créé ! »
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