Chapitre 594
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 594 : Une histoire du passé. L’Ancien Testament — 6
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Une fanatique, une cheffe de secte, un monstre qui avait trompé le peuple, l’avait poussé à s’arracher les yeux et à les offrir en sacrifice. Beel, le Seigneur céleste radieux, qui avait fait du mal à l’humanité par les rites interdits de l’hérésie.
« Grande Sœur » et les guerriers gravirent la montagne à la recherche de Beel, mais la Montagne sacrée Yulim portait vraiment bien son nom.
Le guerrier envoyé en reconnaissance revint après avoir à peine jeté un coup d’œil aux alentours.
« Votre Majesté, nous n’avons rien trouvé. »
Il n’y avait rien. Pas le moindre coin d’ombre où s’abriter de la lumière, pas le moindre fourré pour couper le vent. L’absence de toute cachette ne faisait que rendre l’endroit encore plus désert.
Jusqu’ici, pas un seul détail fourni par la Gardienne du savoir n’avait été erroné. Que se passait-il ? Perplexes, les Guerriers du Roi se tournèrent vers elle. Elle répondit calmement :
« Le sanctuaire principal de l’Église de la Lumière se trouve quelque part à Yulim. Nous ne le trouvons tout simplement pas parce qu’il est caché. »
« Sage Gardienne du savoir, cette montagne rocheuse ne semble offrir aucun endroit où se cacher. À moins que nos yeux ne nous trompent, elle est déserte. »
« Ils ont employé des moyens abjects pour ériger une barrière qui dissimule leur repaire. Nous ne le trouverons pas sans parvenir à la briser. »
« Et comment faire ? »
« Il y a une barrière dans l’une de ces vallées. Divisez-vous en groupes, fouillez chacune d’elles et dirigez vos miroirs vers le sol. »
Comment trouver quelque chose qu’on ne pouvait pas voir ? Les gens semblaient dubitatifs, mais ces paroles venaient de la Gardienne du savoir en personne. Elle avait guidé l’humanité à travers l’automne et découvert les trois calamités. La sage Gardienne du savoir ne s’était jamais trompée.
Plutôt que de perdre du temps à discuter, les guerriers décidèrent d’agir.
« Allons, vraiment, vous pensez que la Gardienne du savoir mentirait ? S’ils se cachent derrière une barrière, c’est qu’ils sont lâches. Ils n’ont pas l’air particulièrement dangereux, alors séparons-nous et lançons les recherches sans attendre. »
« Grand Druide, veuillez tisser un réseau de communication avec l’herbe. »
« Ma suzeraine, je reviens tout de suite. »
Les Guerriers du Roi se dispersèrent par groupes de deux ou trois, chacun muni d’un miroir. Ils s’entendaient si bien qu’ils n’avaient même pas besoin de recevoir d’instructions.
Une fois tout le monde parti, « Grande Sœur » resta naturellement auprès de la Gardienne du savoir. Celle-ci était accompagnée de cinq guerriers qui la protégeaient depuis les montagnes enneigées. Ils s’étaient consacrés à l’entraînement et possédaient un talent exceptionnel, mais la rumeur voulait qu’ils fussent plus fidèles à la Gardienne du savoir qu’au Roi de l’Humanité.
À cause de ces rumeurs — ou peut-être parce qu’elles étaient vraies — une atmosphère assez lourde pesait sur les lieux. Une tension discrète s’installait entre les Guerriers du Roi et les cinq guerriers de la Gardienne du savoir.
La Gardienne du savoir et « Grande Sœur », quant à elles, conversaient chaleureusement.
« Cette montagne est balayée par des vents secs toute l’année. Aucun nuage ne s’y forme et pas même un brin d’herbe n’y pousse. Elle doit son nom de Montagne solitaire au fait qu’elle se dresse seule ici. »
« Solitaire ? Avec cette vue dégagée, je trouve l’endroit plutôt rafraîchissant. »
« C’est la fierté de la Montagne solitaire. Cela dit, ma suzeraine, il est difficile de remarquer les messages qui arrivent lorsqu’on se trouve à mi-pente. Attendons quelque part d’où la vue est bien dégagée. »
« Grande Sœur » acquiesça à la proposition de la Gardienne du savoir.
« Faisons comme ça. »
La Montagne sacrée Yulim n’avait qu’un seul sommet. Aucun arbre, aucune herbe, pas même de neige éternelle : tout y était désolé et lugubre. El, la Gardienne du savoir, qui accompagnait « Grande Sœur », se mit en route pour apaiser la solitude de Yulim.
Le ciel était parfaitement dégagé. La lumière froide et sèche du nord était pâle, mais n’éblouissait pas. Si le soleil de la jungle était un déluge, celui de Yulim était une bruine légère qui s’infiltrait partout. Ici, même la lumière du soleil qui brûlait la peau semblait se répandre avec douceur, pâle et diffuse.
L’expédition était si paisible et silencieuse qu’elle ressemblait davantage à une promenade de détente. Il n’y avait ici aucun récit grandiose comme ceux des montagnes enneigées, de la jungle ou du désert. Pourtant, peut-être cet espace vide pouvait-il laisser place à la réflexion.
Plongée dans ses pensées, la Gardienne du savoir atteignit le sommet aux côtés du Roi de l’Humanité. Ce ne fut qu’alors que « Grande Sœur » l’interpella à voix basse.
« El. »
« Oui, ma suzeraine. »
« C’est bien ici, n’est-ce pas ? L’endroit où vous vouliez m’emmener. »
El s’immobilisa.
Un sommet unique se dressait sous le ciel bleu. Depuis le bas, on ne voyait rien ; ils en avaient donc naturellement conclu qu’il n’y avait rien ici.
Mais si ce n’était pas sur ce sommet solitaire, où cela pouvait-il être ?
« Oui. Voici la Montagne sacrée Yulim, la montagne sainte de l’Église de la Lumière. C’est ici que tout a commencé. »
El sortit de sa manche un miroir de bronze. Elle le tint avec précaution devant elle et l’inclina légèrement vers le soleil.
Un vent doux et enveloppant passa.
Une aurore aux innombrables couleurs se déploya comme un rideau.
D’innombrables rayons de lumière couraient librement à travers le monde. Ils scintillaient, se brisaient, se dispersaient en fragments, puis se réunissaient. Ils engloutissaient. Ils donnaient naissance, puis se séparaient. Ils s’enroulaient et se tordaient. Leurs couleurs décrivaient chaque mot que l’humanité avait jamais inventé.
Le miroir était la clé, le ciel la serrure. Lorsqu’elle inséra le miroir dans le ciel et le tourna, le rideau du monde s’écarta.
Ce qui avait été caché apparut.
C’était un autel. Pierre, sable et briques s’y mêlaient dans un tel désordre qu’il était impossible d’en déterminer le style. On aurait dit que quelqu’un avait empilé tout ce qu’il trouvait pour le rendre plus haut, avant de s’emmêler à ce point qu’il avait renoncé à le réparer.
Pourtant, une chose s’en dégageait avec une force écrasante :
Le désir de toucher ce ciel lointain.
Avait-on voulu bâtir une tour ? Des escaliers ? Ou n’avait-on jamais eu le loisir d’y réfléchir davantage ?
Quelle que fût sa forme, on n’avait voulu que s’élever un peu plus haut.
Toucher le ciel, ne serait-ce qu’un instant.
Quelqu’un qui avait ardemment désiré atteindre le ciel gisait, desséché et raidi, au sommet de l’autel, mort, le bras tendu vers les cieux.
« Beurk… »
Quelqu’un poussa un gémissement.
Il n’y avait pas qu’un seul cadavre. Autour de l’autel dressé au milieu du sommet, des centaines de corps gisaient, desséchés comme des momies. Tous tendaient la main vers l’autel, tels les aiguilles d’une boussole.
Ou les pétales qui s’ouvrent autour du cœur d’une fleur.
« Il y eut des gens qui désiraient toucher le ciel. Ils se nommaient l’Église de la Lumière. La lumière qui descendait des cieux leur importait davantage que leur propre corps. »
El suivit un chemin entre les cadavres comme si elle le connaissait bien. « Grande Sœur » la suivit.
Des objets ronds roulaient çà et là, comme pour accueillir des visiteurs attendus depuis longtemps. Blancs et sphériques, mais de toutes les couleurs, ils ressemblaient à des billes.
En y regardant de plus près, on distinguait de grotesques vaisseaux sanguins. Des muscles rouges enserraient les pupilles. Des tissus desséchés et craquelés se tordaient en formes dérangeantes.
« Ils admiraient le ciel inaccessible et la lumière qui en émanait. J’ignore pourquoi. J’ignore pourquoi ils sont devenus ainsi. Trouvaient-ils cela merveilleux ? Étaient-ils curieux ? Ou quelque chose ne tournait-il pas rond chez eux ? »
C’étaient des yeux humains, sans doute retirés avec le plus grand soin pour ne pas les abîmer.
Des yeux humains roulaient sur le sol comme des déchets. Dès qu’ils comprirent ce qu’ils voyaient, les Guerriers du Roi contemplèrent les cadavres avec horreur.
Les corps qu’ils avaient pris pour de simples cadavres avaient des sphères de verre à la place des yeux, pourtant intacts.
« Ils étudièrent donc la lumière. Ils explorèrent ces deux yeux et le monde qu’ils leur permettaient de percevoir. Que signifiait voir ? Qui décidait de la couleur ? La scène que je voyais était-elle la même pour tout le monde ? Et même si c’était le cas, comment pouvions-nous savoir si elle différait ? »
El se fraya un chemin parmi les corps aux yeux de verre, monta sur l’autel et s’approcha du cadavre d’une femme, à son point le plus élevé. Un tétraèdre contenant un œil était dessiné sur sa robe d’un blanc immaculé.
« Quelqu’un croyait en l’existence d’un être invisible, qui nous guidait vers le savoir et la sagesse, et pensait que le but de la vie était de le découvrir. Quelqu’un qui croyait devoir offrir sa vie même pour y parvenir. »
La main du cadavre était tendue vers le ciel. El y ramassa quelque chose.
C’était un prisme transparent, si limpide qu’on pouvait à peine distinguer sa présence.
« Elle s’appelait El. Avec le temps, elle recevrait le titre de Seigneur céleste radieux. »
À l’instant où El le ramassa,
Que la lumière soit.
« C’est un Dieu démoniaque. »
La lumière submergea les souvenirs de « Grande Sœur ».
Le monde changea d’un seul coup. La lumière se transforma en lettres innombrables, se dispersa, puis se rassembla à nouveau, et ainsi de suite.
C’était le domaine du savoir. Un lieu où les corps, la force et tout le reste ne signifiaient rien. Des masses de lumière nous entouraient sur des centaines de longueurs d’onde, tandis qu’un savoir à moitié digéré flottait mollement dans les airs.
Dans cet espace où seuls existaient le savoir et la vérité, El me fit face.
« Je suis une enfant née de leur arrangement. Porteuse de leurs aspirations et de leurs vœux, j’ai exploré sans l’ombre d’un doute. J’ai creusé plus profond. J’ai rassemblé des gens. J’ai accumulé le savoir. J’ai trahi. J’ai trompé le peuple. Je l’ai ensorcelé. Je l’ai égaré. Je l’ai mis à l’épreuve. Je l’ai poussé à la mort. Je me suis même arraché les yeux. À la recherche de la lumière, je suis devenue aveugle, puis j’ai atteint la lumière de la vérité. Je suis le Dieu démoniaque. »
El effleura le coin de ses yeux. Ses pupilles transparentes, qui ne reflétaient pas le présent, recelaient un avenir qui n’était pas encore advenu.
Elle était une prophétesse au sens le plus pur du terme.
La première Sainte Vierge.
L’origine de toutes les Saintes Vierges. S’il y avait eu de la lumière au commencement, ce ne fut qu’après sa naissance qu’on put véritablement la voir.
« Pourtant, au terme de la vérité, j’ai compris une chose. Aussi grandiose que soit le vaste ordre gravé parmi les étoiles du lointain ciel nocturne, aussi délicate que soit la structure contenue dans un grain de sable, s’il n’existe personne pour le voir… tout cela n’a aucun sens. »
Qu’avait-elle vu au terme de l’avenir ? Il m’était impossible de le savoir. Pourtant, il était évident qu’un changement immense s’était produit en elle.
« Après avoir accédé au siège du Dieu démoniaque, j’ai percé la lumière et accordé l’illumination à mon moi plus jeune, qui contemplait le ciel. L’Église de la Lumière rassembla des fidèles et accomplit des rites destinés à chercher la vérité dans la lumière. Ils taillèrent le verre pour recueillir la lumière, puis enfermèrent des gens dans une masse lumineuse assez intense pour leur brûler les yeux. »
Des globes oculaires de verre et des prismes transparents. Des bulles de verre limpides suspendues partout sur l’autel. Et l’autel grotesque lui-même, construit pour placer lentilles et prismes à des positions précises à mesure qu’il s’élevait.
Cet autel avait été bâti pour piéger la lumière et percer ses secrets.
« Alors que j’endurais la douleur au cœur de cette lumière flamboyante… j’ai reçu la vérité transmise par mon moi futur. Si je n’agissais pas, je finirais un jour par affronter la fin qui approchait. »
La première Sainte Vierge, qui avait rencontré le savoir interdit dans la lumière, tourna son regard transparent.
Au bout de son regard, il y avait moi.
Hein ? Moi, et pas Grande Sœur ?
« Oui. Ma suzeraine, venue de loin, d’un avenir où j’ai réussi. »
La première Sainte Vierge me regarda droit dans les yeux et prononça sa prophétie.
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