Chapitre 592
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 592 : Une histoire du passé. L’Ancien Testament — 4
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Le passage d’une voyageuse apporta la paix aux montagnes enneigées. Le long hiver avait pris fin, et le printemps atteindrait bientôt jusqu’à ces sommets reculés, aux confins du monde.
Innombrables étaient les femmes que les géants avaient retenues captives et qui pleuraient de gratitude. Pour la première fois, les humains des montagnes enneigées, libérés des géants, allumèrent de grands feux, dansèrent et chantèrent.
Elle avait débarrassé cette terre des couches de péchés qui l’accablaient et lui avait promis un avenir, mais la « Grande Sœur » ne s’en souciait guère. Les Guerriers du Roi étaient plus heureux qu’elle.
Au milieu des acclamations, la « Grande Sœur » abandonna les montagnes enneigées, laissant derrière elle l’exploit retentissant d’avoir exterminé les ignobles géants.
Leur prochaine destination était la jungle. Trésor regorgeant d’innombrables formes de vie, elle recelait un potentiel immense, mais celui-ci n’appartenait pas aux seuls humains. Sur les terres de l’Arbre-Monde, toutes sortes de bêtes vivaient en pleine compétition féroce.
Qui dit compétition dit manger ou être mangé. La jungle regorgeait de fruits, de racines, d’insectes et de petits animaux, et les humains, eux aussi, étaient assez nombreux pour qu’on en rencontre souvent. Même les individus d’une même espèce étaient des concurrents dangereux — non, surtout ceux de la même espèce. Dans la jungle, il était parfaitement naturel que les humains s’entretuent et se dévorent.
Après que d’innombrables personnes eurent mangé et été mangées, une gagnante émergea : Ankha, la dévoreuse de mille humains de la tribu Ankha.
Ankha mangeait des humains pour éliminer ses concurrents. À force de le faire, Ankha avait fini par en acquérir le tour de main et appris à s’approprier la force vitale de ses victimes. Grâce aux méthodes d’Ankha, la tribu Ankha prospérait de jour en jour.
Pourtant, même si leurs rangs grossissaient, les membres de la tribu Ankha s’efforçaient de conserver par habitude le nombre d’humains qu’ils mangeaient. Pour en dévorer mille, il fallait en faire naître encore plus ; et même cela ne suffisait pas à satisfaire les besoins de la tribu Ankha.
Le puissant, beau, sage et miséricordieux Roi de l’Humanité visita la jungle. Les humains qui fuyaient Ankha se précipitèrent vers celle qui venait de l’autre côté des plaines et la supplièrent. Ils la conjurèrent de tuer Ankha, de vaincre cette infâme cannibale. La « Grande Sœur » alla elle-même à la rencontre d’Ankha.
Ayant entendu parler du Roi de l’Humanité, Ankha décida de frapper la première. Elle comptait la tromper, l’attirer dans un piège, l’encercler et la dévorer.
Mais une telle gloutonnerie était loin de suffire. Ankha fut honteusement vaincue par la « Grande Sœur ». Celle-ci l’avait manifestement épargnée par clémence, mais Ankha disparut de la jungle pour des raisons que la « Grande Sœur » ignorait.
La légende de celle qui venait de l’autre côté des plaines se répandit dans toute la jungle. Désormais, les bénédictions s’abattraient sur cette terre veillée par le grand ginkgo.
Dans le désert où vivait Baphomet, la Mère des bêtes magiques, une eau noire, chargée de la force vitale de la création, jaillit du sol.
Des béhémoths primordiaux. Des bêtes antiques qui avaient régné sur ces terres à une époque si lointaine que les humains ne pouvaient même pas se la représenter.
L’eau noire était l’essence de vie formée par la décomposition et la dissolution, au fil du temps, des béhémoths primordiaux endormis dans l’étreinte de la Terre Mère.
Boire l’eau noire conférait une force vitale immense, mais ce pouvoir déchaîné dévorait le corps et provoquait des mutations. C’était à la fois un poison et un remède, une malédiction et une bénédiction. Que je l’utilise ou qu’un autre s’en serve, l’eau noire était une ressource à craindre.
Pourtant, les humains étaient ceux qui savaient le mieux exploiter une telle ressource.
Baphomet, la Mère des bêtes magiques, était une humaine qui avait découvert par chance un bassin d’eau noire caché dans une grotte et se l’était approprié. Après avoir guéri sa maladie chronique grâce à cette eau, elle s’était demandé comment empêcher les autres bêtes ou les humains de la lui prendre. Faible et sans personne sur qui compter, elle avait usé de son intelligence pour fabriquer des pièges.
Attirées comme par enchantement par l’odeur de l’eau noire, les bêtes tombaient dans ses pièges. Elle les dépeçait et les utilisait comme matériaux. Leur chair devenait de la nourriture, leurs tendons, des cordes, et leurs os étaient finement broyés.
À mesure qu’elle traitait les bêtes l’une après l’autre, Baphomet s’aventura dans la magie noire. C’était une sorcellerie primitive qui prenait la vie elle-même pour objet, et qu’on appela plus tard magie noire.
Ayant appris la magie noire grâce à l’eau noire, Baphomet greffa des bêtes les unes aux autres et créa des bêtes magiques. Le bassin d’eau noire devint une mare de frai qui engendrait des monstres. Les bêtes magiques chassaient des animaux, les traînaient jusqu’à la mare, leur arrachaient les membres et les y jetaient pour les transformer à leur tour en bêtes magiques.
Malheureusement, le meilleur matériau que les humains pouvaient manipuler, c’étaient d’autres humains. Les bêtes magiques se mirent à les chasser activement, et les humains durent se cacher aussi silencieusement que des morts pour survivre.
Les bêtes magiques étaient puissantes et terrifiantes, mais même elles ne pouvaient rivaliser avec le Roi de l’Humanité.
Le Roi de l’Humanité et les Guerriers du Roi arrivèrent dans le désert et chassèrent les bêtes magiques sans difficulté. Elles n’étaient pas humaines, et la « Grande Sœur » n’épargna pas celles qui l’attaquaient sans connaître leur place. Dotées d’instincts de combat plus puissants que leur instinct de survie, les bêtes magiques se brisèrent comme des œufs contre des rochers.
Les humains du désert, libérés des bêtes magiques, gravèrent les louanges de la « Grande Sœur » dans la pierre et le sable. Ils traitèrent avec le plus grand respect la noble visiteuse venue de l’est, chantèrent ses exploits et inscrivirent ses récits parmi les constellations.
Ayant perdu la plupart de ses bêtes magiques, Baphomet s’agenouilla devant la « Grande Sœur ». Contrairement à Yotun ou Ankha, elle se soumit sincèrement et offrit de l’eau noire à la « Grande Sœur ». C’était un gage d’obéissance et un tribut destiné au roi.
Au lieu de boire cette mystérieuse eau noire, la « Grande Sœur » apprit à la raffiner et à la manipuler. Elle laissa Baphomet en vie et quitta le désert.
… Bien sûr, une simple Mère des bêtes magiques, privée de ses bêtes, ne tarda pas à disparaître.
Le voyage dura près de dix ans. Plusieurs Guerriers du Roi moururent ou les quittèrent au cours de cette longue et pénible traversée, tandis que de nouveaux guerriers les rejoignirent. Le groupe changea au fil du temps.
La montagne de l’Inébranlable, si haute qu’elle semblait soutenir le ciel.
L’Arbre-Monde, un ginkgo béni par la terre et le ciel.
L’eau noire, héritage laissé par les béhémoths primordiaux et préservé dans l’étreinte de la Terre Mère.
Les Guerriers du Roi s’étaient considérablement renforcés après avoir tant vu et vécu. Les Gardiens du savoir, qui s’occupaient de connaissances, écrivirent des centaines de nouveaux parchemins, tandis que les guerriers apprirent à manier la force vitale au fil de combats répétés. La technique qu’on appellerait plus tard les arts de l’énergie se répandit parmi eux.
C’est à peu près à cette époque que le Grand druide Nevida parvint lui aussi à une révélation.
Lorsque la « Grande Sœur », qui avait accompli de si hauts faits, revint, les guerriers et elle furent accueillis par une sorte de « pays » qu’ils n’avaient jamais vu auparavant.
En un peu plus de dix ans, le « pays » avait connu une prospérité immense.
Les Guerriers du Roi qui n’avaient pas pu suivre la « Grande Sœur » étaient retournés dans leurs contrées respectives et y avaient bâti des établissements. Les Guerriers du Roi les plus forts et les plus sages étaient devenus des dirigeants et gouvernaient la population.
Ces dirigeants s’étaient d’abord employés à faire prospérer leurs villages. Ils avaient accueilli les vagabonds, cultivé les terres, établi des lois et instauré l’ordre. Les villages étaient devenus des villes, et celles-ci ne cessaient de s’étendre en absorbant les villages voisins, jusqu’à finir par se heurter à d’autres territoires.
De l’autre côté, le pouvoir était également entre les mains d’un Guerrier du Roi, comme eux. Les guerriers ne pouvaient pas s’affronter, alors les villes cessèrent de s’étendre et cherchèrent ailleurs. Mais à cette époque, il ne restait plus aucune terre à revendiquer. Partout où ils regardaient, ils ne voyaient que des villes qui s’appropriaient les terres.
La pression qui les poussait à s’étendre vers l’extérieur ne trouvait aucune issue et commença à créer des tensions avec les autres villes. Les guerriers qui avaient jadis servi le même roi se considérèrent désormais comme des ennemis.
Ainsi, le « pays » devint un vaste empire gouverné par plusieurs centaines de seigneurs.
Les Guerriers du Roi, qui s’étaient attendus à un accueil chaleureux, furent déconcertés par cette réaction qu’ils ne reconnaissaient pas. Rien à voir avec autrefois, quand on les accueillait partout où ils allaient. Dès qu’ils tentaient de franchir une grande palissade, des humains armés accouraient en masse et braquaient leurs lances sur eux.
Comment osaient-ils pointer leurs lances vers le Roi de l’Humanité ? Stupéfaits, les guerriers saisirent un Gardien du savoir et lui demandèrent :
« Que s’est-il passé pendant l’absence de Sa Majesté ? »
« … C’est devenu une Calamité marine qui a rampé jusqu’à la terre ferme. »
Comme toujours, le Gardien du savoir donnait une réponse qui tombait juste, que son interlocuteur la comprenne ou non.
Une Calamité marine ne pouvait vivre que dans la mer. Si elle rampait jusqu’à la terre ferme, elle serait incapable de soutenir son immense masse et mourrait lentement d’épuisement.
Le nouveau « pays » était une Calamité marine qui avait rampé jusqu’à la terre ferme. C’était un ordre trop vaste pour que les humains de l’époque puissent le supporter, et pourtant, il parvenait tout juste à maintenir son propre poids grâce à des connaissances et une force qui dépassaient ses moyens.
« S’ils ne sont pas encore écrasés sous leur propre poids, c’est uniquement parce que Sa Majesté est ici. Sa grâce, vaste comme la mer, est toujours présente et les soutient ; ils n’ont donc pas besoin de s’entretuer. »
Il n’y avait qu’une seule raison pour laquelle la guerre n’avait pas éclaté entre les villes adverses.
Le Roi de l’Humanité.
Ils se disaient dirigeants, mais leur loyauté envers le Roi de l’Humanité demeurait dans leurs cœurs. Conscients de l’existence de la « Grande Sœur », qui leur était clairement supérieure en grandeur et en sagesse, ils retenaient leurs ardeurs.
Bien qu’ils se soient opposés les uns aux autres et disputé des territoires, ils avaient attendu le retour du roi. Ils croyaient que si la « Grande Sœur » revenait, elle réglerait tous ces conflits et rendrait un jugement juste.
La situation n’avait aucun sens. El, le Gardien du savoir, s’agenouilla devant la « Grande Sœur ».
« Votre Majesté. Je vous en prie, écoutez ma dernière supplique. »
Le Gardien du savoir s’agrippa à la jambe de pantalon de la « Grande Sœur ». El embrassa le dessus de son pied et s’accrocha fermement à sa cheville. Abandonnant jusqu’à l’attitude distante qu’El avait toujours conservée, le Gardien du savoir supplia le Roi de l’Humanité.
« Votre Majesté. C’est notre dernière chance. Vous devez rétablir l’ordre. À présent, en cette fin de la première année, alors que la civilisation a atteint sa singularité, le seul ennemi de l’humanité, c’est l’humanité elle-même. Les géants, les cannibales et les bêtes magiques nous ont montré ce qui nous attend. Désormais, les humains mettront leur force et leur sagesse au service du meurtre d’autres humains. »
Le Gardien du savoir ne craignait ni les géants, ni les cannibales, ni les bêtes magiques. Ce qui effrayait El, c’était la façon dont ils traitaient les humains.
Au fil de ses voyages, la « Grande Sœur » avait elle aussi commencé à comprendre vaguement ce qu’El désirait.
« Votre Majesté, moi, El, je vous en supplie en tant que votre guerrier. Donnez-moi un ordre. Permettez-moi de mettre fin à tous ces conflits au nom du roi et de rétablir l’ordre. Si vous m’en donnez l’ordre, j’en suis capable. »
Un Guerrier du Roi ne pouvait se permettre d’essayer de maîtriser le roi. Le Roi de l’Humanité était parfait. Un être imparfait n’avait pas le droit de trouver à redire à un être parfait.
Mais un roi pouvait donner des ordres à un guerrier.
Le droit d’exiger que le roi leur donne un ordre. Le Gardien du savoir exerça ce précieux droit que les Guerriers du Roi avaient acquis au prix de pénibles efforts.
El demandait la permission d’éliminer les conflits qui allaient bientôt éclater, d’instaurer l’ordre au nom du roi et de gouverner l’empire.
Bien qu’elle comprît parfaitement les sentiments d’El, la « Grande Sœur » répondit :
« Débrouille-toi. »
Notes :
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