Chapitre 591
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 591 : Une histoire du passé. L’Ancien Testament - 3
──────
Quatre monstres vivaient aux confins du continent.
Contrairement au cœur du continent, où errait le Roi de l’Humanité, les quatre monstres des régions frontalières étaient sauvages et violents. Ils chassaient leurs semblables et les dévoraient avec un cruel plaisir. Les humains souffraient sur leurs territoires et tremblaient de peur. Ceux qui n’en pouvaient plus tentaient souvent de fuir, mais se faisaient tuer.
À l’époque, le royaume du roi étendait peu à peu son influence. Les humains assez chanceux pour s’échapper des territoires des monstres entendaient parler du Roi de l’Humanité et venaient s’accrocher à un fil d’espoir. Ils dénonçaient la cruauté et les horreurs des quatre monstres, déversant toute leur rage accumulée.
Alors, la « Grande Sœur » répondit brièvement :
« Moi ? Pourquoi ? »
Avant l’An un, les gens s’étaient battus et entretués sans hésiter. Quiconque n’appartenait pas à son propre groupe ne valait pas mieux qu’une bête sauvage ; et si l’on devait le tuer, autant les exterminer tous.
La transition vers une société agricole et sédentaire avait réduit les conflits, mais cette logique cruelle demeurait ancrée dans le cœur des hommes.
L’automne de l’humanité était arrivé et le royaume prospérait désormais sous un vent nouveau. Pourtant, le vent du changement n’avait pas encore pénétré assez profondément.
« Ils ne m’ont rien fait. Ils n’ont pas essayé de m’emporter dans leurs mâchoires, et ils n’ont pas attaqué mon groupe. Je ne les connais même pas. Est-ce que je dois aller les chercher pour les tuer ? »
La « Grande Sœur » posa la question par pure curiosité. Les Guerriers du Roi répondirent, l’air embarrassé :
« Non. Vous avez raison, ma souveraine. »
— Vous n’avez aucune raison de vous mêler à une querelle sans importance.
— Et puis… la région frontalière est trop éloignée.
Le Roi de l’Humanité errait à travers le monde, mais même cela dépendait de son humeur. Quand il faisait trop chaud, la « Grande Sœur » dressait une tente près d’une rivière et passait son temps à se baigner. Quand il faisait trop froid, elle empilait les vêtements et s’asseyait paresseusement près d’un feu de joie pour se réchauffer.
Lorsqu’elle apercevait un village, il lui arrivait de s’y attarder. Elle dispensait aussi ses enseignements à ceux qui venaient la chercher. Les lieux où la « Grande Sœur » séjournait le plus souvent devinrent les fondations du « royaume ».
Le Roi de l’Humanité était comme une capitale itinérante. Les Guerriers du Roi la suivaient, mais eux aussi étaient venus des grands villages du « royaume » pour se mettre au service du roi. À leurs yeux, la région frontalière était bien trop lointaine et inconnue.
« Il y a bien plus de mille li. Même en voyageant léger, il nous faudrait un an. Et qui sait à quel point les bêtes de cette contrée étrange sont féroces et terrifiantes ? Vous ne risquez pas d’être vaincue, ma souveraine, mais si ces monstres sont aussi puissants que le prétendent les rumeurs, il n’y a aucune raison de les combattre. »
Envoyer le Roi de l’Humanité là-bas, et surtout la « Grande Sœur », qui avait guidé l’humanité à travers son âge d’or, était impensable. Les Guerriers du Roi, qui avaient déjà perdu le précédent roi au profit du Seigneur de la Montagne, s’y opposèrent avec véhémence.
« Ma souveraine. Je vous en prie, réfléchissez-y. »
Même Nevida, qui plaçait la volonté de la « Grande Sœur » au-dessus de tout, s’y opposa sincèrement. L’affaire semblait devoir s’arrêter là.
« Vous devez les punir. »
Pourtant, la Gardienne du savoir demanda à la « Grande Sœur » de les punir.
« Les quatre monstres ne sont pas des bêtes. Ce sont tous des humains. Des humains qui dévorent leurs semblables, se vautrent dans la débauche et les violent. Ce sont des démons. »
Agenouillée devant la « Grande Sœur », la Gardienne du savoir sortit quatre parchemins rouge sombre. Des parchemins sinistres et interdits, qui contenaient les récits des monstres des régions frontalières. La Gardienne du savoir en récita le contenu.
« Ankha, le Dévoreur de mille, mange mille personnes chaque année et en chasse plus du double. Pour Ankha, les humains sont du bétail, de la nourriture pour remplir son ventre et celui de ses fidèles, rien de plus qu’une source de vie à dévorer. Le tabou de la dévoration totale traversera la jungle et jettera son dévolu sur cette terre. »
Au sud-est du continent, un monstre vivait au cœur d’une jungle sans fin, se nourrissant d’êtres humains. Ankha, le Dévoreur de mille.
« Baphomet, la Mère des bêtes, maîtresse des Eaux noires. Elle manipule la boue noire débordante de vie et donne naissance à des bêtes qui n’ont jamais existé. Si l’on découpe des humains et des animaux et qu’on les plonge dans la mare noire où elle enfante, des monstres composés de toutes sortes de bêtes voient le jour. Le tabou de l’assemblage des vies chassera les bêtes et recouvrira le monde. »
Au sud-ouest du continent, au-delà du désert, s’étendait une terre où coulaient les Eaux noires. Baphomet, façonneuse de boue, mêlait les restes de différentes formes de vie pour créer des monstres.
« Yotun, le Roi des géants. Il vit dans les montagnes enneigées, viole des centaines de femmes et tue tous les enfants qui naissent, sauf le plus grand et le plus robuste. Depuis des centaines d’années, ils n’élèvent que des descendants supérieurs, bien plus grands et plus forts que les humains ordinaires. Le tabou de l’accouplement cherchera à piétiner et à violer tous les humains, à l’exception de lui-même. »
Au nord-est du continent, un peuple de géants laissait d’immenses empreintes dans les montagnes froides et enneigées en enlevant des gens. Leur chef était Yotun.
« …Et l’endroit où j’ai ouvert les yeux pour la première fois. Sur cette montagne où des fous déforment le monde à leur guise et répandent leurs esprits tordus. Le tabou de l’hérésie séduira nos esprits comme un démon. »
Et au nord-ouest du continent, sur le mont Yulim, montagne solitaire, vivait le Vénérable céleste lumineux Beel, chef d’un culte de fous qui vénéraient ce qui se trouvait au-dessus du ciel et s’était brûlé les yeux.
Après avoir récité les quatre récits, la Gardienne du savoir implora la « Grande Sœur », le visage empreint d’une tristesse et d’une pitié infinies.
« Ma souveraine. Ils sont extrêmement dangereux et nuisibles. Si des démons qui perpétuent le cycle du péché règnent en maîtres, les gens finiront peu à peu par se teinter comme du papier laissé près de l’encre. Ils entraîneront l’humanité sur la mauvaise voie. Dévorer autrui deviendra la norme, se vanter du nombre de personnes qu’on a mangées deviendra une vertu, et les faibles seront réduits à du bétail, condamnés à gémir sans fin dans la douleur. »
Un vent froid souffla. La supplique de la Gardienne du savoir était désespérée, mais solitaire. Un souffle sec et glacial traversa l’automne de l’humanité.
« Je vous en prie, considérez le sort des opprimés jusqu’à en avoir les pieds couverts d’ampoules, le cœur prêt à éclater et à cracher du sang. En votre nom, punissez chacun de ces êtres tabous. »
Qui osait donner des ordres au roi ? Qui osait lui demander d’entreprendre un voyage de plus de mille li et de rapporter les têtes de ses propres sujets ?
Qui osait prendre le Roi de l’Humanité pour un mercenaire ?
Un vent violent, annonciateur de l’hiver, se leva. Un souffle semblable à une lame, qui semblait déchirer la peau, tourbillonna dans la tente. On aurait dit que quelqu’un allait se faire mettre en pièces d’un instant à l’autre.
Les Guerriers du Roi s’avancèrent. Les Gardiens du savoir leur barrèrent le passage. Le fil tendu semblait sur le point de céder.
Pourtant, au cœur même d’un conflit prêt à s’embraser, la « Grande Sœur » demeurait libre.
« Je vais aller les voir. »
Nevida s’écria :
« Ma souveraine ! »
« Je suis curieuse. Cette personne est venue de si loin et a agonisé juste pour laisser quelques mots derrière elle. Elle a dû s’enfuir parce qu’elle ne voulait pas mourir, mais elle est quand même venue ici pour mourir. Je veux savoir ce qu’elle voulait nous laisser. »
À quoi les bêtes vivaient-elles ? C’était la question la plus idiote qui soit. La vie n’était pas un moyen, mais une fin. Chaque bête luttait pour la préserver ne serait-ce qu’un instant de plus.
C’était pour cela que le Roi de l’Humanité se sentait curieux en songeant à l’humain mort devant elle.
« Je reviendrai ! »
Le voyage durerait au minimum plusieurs années, et plus d’une décennie au maximum. Même les guerriers qui avaient juré de servir le roi ne pouvaient pas facilement l’accompagner dans un périple aussi long à travers le continent. Un cortège de retardataires s’étirerait comme des ombres accueillant le crépuscule.
À cause de la simple requête de la Gardienne du savoir, le « royaume » avait perdu son roi et sa gardienne. Certains regardaient cette dernière avec haine.
Nevida et les jeunes guerriers en bonne santé se préparèrent à accompagner la « Grande Sœur » dans ce lointain voyage.
« Je vous accompagnerai. »
« Faites comme bon vous semble ! »
La « Grande Sœur » répondit sans accepter ni refuser.
La route fut longue et pénible. Des bêtes qu’ils n’avaient jamais vues couraient sous leurs yeux, et des merveilles plus grandioses que tout ce qu’ils connaissaient se dévoilaient à eux. Les Gardiens du savoir noircissaient leurs parchemins, espérant y consigner ne serait-ce qu’une fraction de ce qu’ils ressentaient. En découvrant de nouvelles choses, en les voyant, en les entendant et en les touchant, la « Grande Sœur » et les guerriers progressaient sans relâche vers les montagnes enneigées qui se dessinaient au loin.
La « Grande Sœur » et les Guerriers du Roi formaient le meilleur groupe de l’humanité. Pour l’instant, ils pouvaient même se permettre de savourer le voyage lui-même.
Jusqu’à ce qu’ils approchent du territoire des géants.
Un seul regard suffisait pour comprendre pourquoi on les appelait des géants. Trois têtes plus grands que les humains ordinaires, ils avaient les mains et les pieds aussi épais que des couvercles de marmite et erraient en portant des gourdins.
Ils traînaient même des gens attachés avec de grosses cordes rêches. Dès qu’ils aperçurent la « Grande Sœur », ils marmonnèrent :
« Femelle. »
— « Petite. »
— « Jolie. »
— « A l’air forte. »
— « Prendre. »
La langue des géants était primitive et inconnue. Aucun des Guerriers du Roi ne la comprenait. Pourtant, nul ne pouvait manquer de sentir la menace lorsqu’un géant s’avança vers eux et tendit soudain la main.
« Mâle, tuer. »
— « Femelle, prendre. »
Les Guerriers du Roi dégainèrent leurs armes. Ils étaient des guerriers de grand talent, mais les géants étaient trop grands et trop puissants. Leur force écrasante repoussa les Guerriers du Roi.
« Hum ? »
Pourtant, la « Grande Sœur » tendit la main vers celle qu’on lui présentait.
« Uooooooh ! »
Le poignet du géant se plia à l’envers. Un géant aux mains aussi grandes que des couvercles de marmite fut contraint de s’agenouiller par la force de la « Grande Sœur », qui ne lui arrivait même pas à la taille, puis rampa sur le sol.
Une petite fille venait de soumettre les géants qui régnaient sur les montagnes enneigées. Les Guerriers du Roi, que leur force avait repoussés, terrassèrent les géants comme s’ils chassaient des bêtes.
Les captifs qui avaient assisté à la scène s’approchèrent, toujours ligotés, et inclinèrent la tête.
« S’il vous plaît, sauvez-nous ! Nous ne pouvons pas nous laisser emmener comme ça ! »
— « Je vous en prie, épargnez-nous au moins la vie… ! »
Ils parlaient des langues différentes, mais le Roi de l’Humanité les comprenait. La « Grande Sœur » saisit leurs paroles et répondit :
« Hein ? Je ne vais pas vous tuer. »
Le Roi de l’Humanité n’avait besoin de la reconnaissance de personne. Même lorsqu’il rencontrait un autre royaume ou une autre tribu, le Roi de l’Humanité était leur roi. Le « royaume » pouvait rester uni pour une raison très simple.
La parole avait du poids.
Comprenant instinctivement que ces mots étaient vrais, les captifs se détendirent et s’en remirent au roi.
En prenant soin de ces gens affamés et épuisés, la « Grande Sœur » et les Guerriers du Roi découvrirent les coutumes des géants.
Au pied du mont de l’Inébranlable, la plus haute montagne du monde, les géants vivaient en petits groupes et parcouraient les moindres recoins des montagnes enneigées. Il leur arrivait de descendre dans les plaines pour piller des villages. Ils dévoraient les hommes sur place, enlevaient les femmes et les traînaient jusqu’à leur forteresse.
Là-bas les attendait une existence sans fin vouée à la reproduction forcée. Elles tombaient enceintes et accouchaient jusqu’à ce que leur corps s’épuise et qu’elles meurent, tout en regardant les « ratés » se faire tuer sous leurs yeux. La naissance et la mort prenaient place dans leurs ventres.
Les géants répétaient sans cesse ce processus de reproduction et d’élimination, ne gardant que les enfants qui grandissaient le plus et se révélaient les plus robustes. C’était ainsi qu’ils étaient devenus si grands et si forts.
« Mon Dieu… »
Le fait était si répugnant et cruel que même les Guerriers du Roi en eurent la nausée. Ceux qui avaient éprouvé de l’animosité envers la Gardienne du savoir ne purent s’empêcher d’admettre qu’elle avait en partie raison.
Guettant une occasion, les captifs s’agenouillèrent devant la « Grande Sœur », un rayon d’espoir au cœur, et la supplièrent :
« …Voyageuse. P-pourriez-vous peut-être sauver ceux qui ont été enlevés… ? »
Mais la réponse de la « Grande Sœur » fut quelque peu différente.
« Non. »
— « …Comment ? »
— « Ce sont aussi des humains, n’est-ce pas ? »
La « Grande Sœur » était le roi de toute l’humanité. Même les atrocités commises par certains humains n’étaient que des ondulations à la surface de la mer. Une tempête pouvait-elle changer le niveau de l’océan ?
Pour le Roi de l’Humanité, qui représentait tous les humains, attaquer ses semblables et les enlever était parfaitement naturel. Elle ne voyait aucune raison ni aucun besoin de les arrêter.
« Les gens abandonnent tout le temps des nouveau-nés. Si cela signifie que je dois les tuer, alors je dois aussi tuer d’autres humains. Chaque fois qu’ils abandonnent un enfant. »
Même si les géants étaient plus violents et plus cruels, des choses semblables devaient se produire partout dans le monde.
Le Roi de l’Humanité était unique. Cette singularité unissait tout le monde, mais tout le monde incluait les géants, aussi cruels et sauvages fussent-ils.
C’était une question d’essence. Tant que la « Grande Sœur » était le Roi de l’Humanité, c’était une vérité absolue, impossible à renverser.
La Gardienne du savoir ne dit rien.
Au lieu de cela, elle s’assit près de la tête d’un géant capturé et murmura quelque chose dans la langue des géants.
« Khahahahahahaha ! Le Roi de l’Humanité est une femelle ! »
Peu après, alors que la « Grande Sœur » s’apprêtait à partir, des centaines de géants s’approchèrent à pas qui faisaient trembler la terre. À leur tête se tenait Yotun, chef des géants, qui dépassait les autres d’une bonne tête.
« Quelle aubaine ! La terre qui peut recevoir ma semence vient tout juste de sécher ! Si tu es le Roi de l’Humanité, tu devrais porter un fruit encore plus robuste ! »
Yotun dévisagea la « Grande Sœur » avec un désir bestial et répugnant. C’était si évident qu’il n’y avait pas place au malentendu.
« Je ferai porter mon enfant au roi et produirai le plus beau des fruits ! »
En voyant Yotun approcher, la « Grande Sœur » ne refusa pas le défi et empoigna une hachette.
La neige éternelle, qui n’avait jamais perdu sa blancheur immaculée, fut souillée de rouge.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>