Chapitre 590
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 590 : Une histoire du passé. L’Ancien Testament – 2
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La nation du Roi s’élevait et tombait avec le Roi de l’Humanité. Après que le précédent Roi de l’Humanité eut été mordu et emporté par le Seigneur de la Montagne, le règne de la jeune souveraine qui lui avait succédé aurait dû être aussi fragile et chaotique que son âge le laissait présager.
Pourtant, le règne de Grande Sœur fut plus brillant et plus glorieux que tous ceux qui l’avaient précédé. Des chants à la gloire du Roi résonnaient dans tout le pays, et d’innombrables personnes parcouraient mille li rien que pour lui témoigner leur gratitude. Les céréales mûrissaient en abondance dans tous les champs, tandis que les gens se réunissaient en petits groupes pour faire étalage de leur savoir.
Tout était en pleine floraison. Une civilisation brillante avait enfin porté ses fruits. Les gens cessèrent de se quereller simplement parce qu’ils servaient le même Roi. Au lieu de cela, ils partageaient leurs connaissances, en étaient fiers et devinrent les uns pour les autres des enseignants.
Partout, on chantait les louanges de Grande Sœur, et ses portraits se vendaient dans les rues. Ceux qui avaient reçu sa grâce pleuraient de joie, tandis que les humains des contrées lointaines ne pouvaient que se ronger les doigts en attendant la venue de leur Roi bien-aimé.
C’était une saison où le corps et l’esprit s’épanouissaient dans l’abondance.
L’automne de l’humanité.
« Votre Majesté, que diriez-vous de laisser une tente ici avant de partir ? »
Un jour, El, la Gardienne du savoir apparue de nulle part, fit comme toujours une proposition inattendue. Les Guerriers du Roi au service de Grande Sœur parurent naturellement contrariés par ses paroles.
« De quoi parlez-vous ? Nous avons exactement le nombre de tentes qu’il nous faut. Pourquoi laisser derrière nous quelque chose qui nous est parfaitement utile ? »
« C’est ici que se rejoignent une voie navigable et sept routes terrestres. Si nous laissons une tente ici et dressons un panneau de bois, les voyageurs trouveront plus facilement leur chemin. Des gens s’installeront, et cela deviendra un village. Ce sera un repère qui leur indiquera la bonne voie. »
El était toujours ainsi. Bien qu’elle fût constamment présente, son regard portait plus loin, et ses paroles annonçaient l’avenir. Ses propos semblaient souvent surgir de nulle part, mais la voix d’El, la Gardienne du savoir, avait trop de poids pour qu’on puisse simplement l’ignorer.
Après tout, c’était El qui avait conduit l’humanité à son automne.
Si le Roi de l’Humanité était un arbre portant des fruits, alors la Gardienne du savoir était le vent qui transportait son pollen, le papillon qui le pollinisait et l’oiseau qui en dispersait les graines au loin.
Le savoir et la sagesse se répandaient du bout des doigts d’El. À la tête des Gardiens du savoir, El créait des caractères d’imprimerie et faisait imprimer des parchemins. Elle répandait l’écriture et guidait le savoir pour qu’il devienne une source de fierté plutôt qu’un secret. Elle introduisait des techniques ingénieuses qui stupéfiaient les Guerriers du Roi et éveillaient la curiosité de Grande Sœur.
À force de ses exploits répétés, la Gardienne du savoir finit par devenir la personne la plus importante après le Roi.
« La tente que Votre Majesté laissera derrière elle deviendra un village, et le chemin que Votre Majesté emprunte deviendra la route de l’humanité. Les graines de souci plantées ici donneront un jour naissance à une fière nation. Votre Majesté, je vous en prie. »
Sur les terres où s’élèverait un jour la capitale de l’État vassal du Souci, El supplia Grande Sœur. Avant même que celle-ci ait pu répondre, les Guerriers du Roi entrèrent dans une colère noire.
« Je ne comprends absolument pas de quoi vous parlez ! Savez-vous combien de matériaux et de travail il faut pour fabriquer une seule tente ? Vous voulez que le Roi dorme à même le sol ? »
Les Guerriers du Roi, d’une loyauté absolue envers Grande Sœur, foudroyèrent la Gardienne du savoir du regard. Ils étaient jaloux d’elle et comptaient profiter de l’occasion pour lui donner une leçon. Même les jeunes guerriers, plutôt bien disposés envers la Gardienne du savoir, réprimandèrent El, l’air embarrassé. Elle avait beau avoir accompli de grandes choses, lui demander de laisser la tente du Roi derrière elle était bien trop présomptueux.
Une seule personne approuva la proposition.
Grande Sœur prit la parole.
« Faisons-le ! »
« Votre Majesté ! »
Les guerriers stupéfaits tentèrent de la faire changer d’avis en toute hâte, mais Grande Sœur agita simplement la main.
« Ce n’est pas grave. Nous en fabriquerons une autre. »
Grande Sœur était encore une bête. Certains s’attendaient à ce qu’elle possède l’autorité qui seyait à un Roi, mais le Roi des Bêtes avait conservé la simplicité de ceux qui rendent le bien pour le bien et l’hostilité pour l’hostilité.
La nation avait déjà dépassé le stade de simple tribu et était devenue quelque chose de bien plus grand, mais les humains étaient encore des bêtes. Le Roi de l’Humanité n’avait pas échappé à son statut de Roi des Bêtes, lui non plus.
« El a beaucoup travaillé, alors je vais travailler dur, moi aussi. »
Les Guerriers du Roi ne surent que répondre lorsque Grande Sœur prit le parti de la Gardienne du savoir. Ils éprouvaient du ressentiment et de la honte devant l’arrogance d’El et le fait que leur propre loyauté n’ait pas été récompensée.
Nevida ressentit quelque chose de semblable, mais avant d’être une guerrière, elle était l’amie de Grande Sœur. Elle comprit d’abord le cœur de sa souveraine.
« Votre Majesté… »
« Nevida ? Qu’y a-t-il ? »
« Vous ne devriez pas faire cela. Les guerriers ont parlé pour votre bien. La demande de la Gardienne du savoir ne profite à personne ; il serait donc juste de répondre aux sentiments des guerriers. »
« Hein ? Ils tiennent à moi, alors je dois leur rendre la pareille ? »
« Il faut aussi répondre aux sentiments. »
« Oh, comme dans le troc ? »
Grande Sœur hocha la tête comme si elle avait compris, mais cela ne signifiait pas qu’elle ferait ce que Nevida souhaitait. Elle lui dit :
« Je ne veux pas écouter les demandes qui me disent de ne pas faire quelque chose. Si j’y cède, je devrai rester ici sans bouger. »
« J’ai peur que cela ne vous cause des ennuis. »
« Ce n’est rien, Nevida. Cela ne me dérange pas du tout. C’était pareil quand j’ai écrit des parchemins pour toi. Je n’ai jamais trouvé ça pénible ! »
Les paroles de Grande Sœur étaient dépourvues d’émotion. Elle se contenta de murmurer d’une voix calme à Nevida, comme si elle se rappelait un souvenir lointain.
Pourtant, Nevida, qui était devenue une véritable druidesse grâce au caprice et à la bonté de Grande Sœur, n’osa pas relever la tête, honteuse.
La Gardienne du savoir apparue de nulle part possédait une présence inégalée. Elle savait tout, et chacune de ses décisions aboutissait à de bons résultats. Son jugement sûr inspirait confiance ; à force de le constater, douter d’elle était devenu une plaisanterie absurde.
Ce mot n’existait pas encore, mais si des commères oisives avaient été là pour le voir, elles auraient dit qu’il était né en ce lieu.
La foi.
« Gardienne du savoir ! Merci ! Nous avons survécu parce que vous aviez prévu la crue ! »
« Gardienne du savoir ! Vous avez retrouvé notre secret enfoui dans le sable ! Comment pourrions-nous jamais vous rendre cette faveur ? »
« Merci infiniment ! Les cultures que vous nous avez données poussent si bien ! Plus personne ne souffrira de la faim dans la région ! »
Comme si elle pouvait prévoir l’avenir, El ne provoquait que les meilleurs résultats. Elle ne faisait rien de grandiose. Elle prévenait les passants des signes qu’elle avait lus dans les cieux, allumait un feu de signalisation après avoir découvert des ruines au bord de la route et plantait de petites graines ramassées quelque part.
Elle recevait les louanges d’innombrables personnes, mais ce n’était qu’une infime partie de tout ce que la Gardienne du savoir accomplissait.
Un jour, en voyage, El fit abattre un arbre. Quand l’un des guerriers qui l’accompagnaient le fit tomber d’un seul coup, elle glissa des braises dans le tronc fendu et s’en alla. Une épaisse colonne de fumée s’éleva après son passage.
Un jour, El attrapa un papillon posé sur un pétale. Elle le transporta dans sa main pendant une demi-journée, puis le relâcha dans un champ couvert de fleurs blanches. Épuisé par ce voyage qu’il n’avait pas choisi, le papillon tituba jusqu’à une fleur toute proche.
Un jour, El demanda à plusieurs personnes de recopier un parchemin. Après avoir reçu les copies, elle les déchira sans un mot et en glissa les morceaux dans ses vêtements. Pendant plusieurs jours de marche, des bouts de parchemin traînèrent derrière elle sur la route, comme des empreintes de pas.
Il arrivait à la Gardienne du savoir de planter des poteaux dans le sol sans raison apparente ou d’enrouler encore et encore une corde sacrée autour de grands arbres. Une fois, elle peignit même un tableau au pinceau sur une énorme pierre. Ceux qui admiraient El lui demandaient à quoi tout cela rimait.
« Le léger battement d’ailes d’un papillon reviendra sous la forme d’une grande tempête. »
Personne ne comprit la réponse de la Gardienne du savoir. Elle ne semblait pas avoir envie de les éclairer.
À force de voir ces événements se répéter, les Guerriers du Roi se divisèrent en deux camps : ceux qui croyaient en la Gardienne du savoir et la suivaient, et ceux qu’elle mécontentait.
Contrairement aux premiers, qui avaient un point de ralliement, les seconds n’étaient animés que par le ressentiment. Ils brandirent donc l’étendard de la loyauté envers Grande Sœur. Ils soutenaient qu’elle seule était l’être suprême et que la Gardienne du savoir ne faisait que s’appuyer sur sa grâce.
Sur le fond, leur argument était solide, et personne ne pouvait le réfuter. Ceux qui suivaient la Gardienne du savoir n’avaient pas non plus l’intention d’abandonner le Roi de l’Humanité. Même s’ils l’avaient voulu, ils n’auraient pas pu le dire à voix haute.
L’équilibre des pouvoirs aurait naturellement dû pencher d’un côté. Pourtant, comme Grande Sœur, le Roi de l’Humanité en personne, chérissait la Gardienne du savoir plus que quiconque, l’équilibre demeura précaire.
« Grande Druidesse, nous devons discuter d’une affaire urgente. »
On avait fini par appeler Nevida la Grande Druidesse. Elle avait un talent exceptionnel, avait reçu l’enseignement du Roi de l’Humanité et, grâce au savoir de la Gardienne du savoir, avait appris les arts druidiques du monde entier. Même parmi les Guerriers du Roi, elle jouissait d’une estime particulière.
Plus important encore, c’était une fidèle servante qui ne se souciait que de Grande Sœur et ne se mêlait jamais aux intrigues politiques ni aux luttes de pouvoir. Les partisans des principes tentèrent de se rallier à Nevida.
« Si vous parlez de cette affaire, j’aurais refusé depuis longtemps. »
Mais Nevida était à un tout autre niveau que ceux qui osaient se qualifier de partisans des principes.
« Ce que dit le Roi fait loi, et le chemin qu’il emprunte est celui que nous devons suivre. Le Roi seul peut nous donner des ordres. Si vous tenez vraiment au Roi, alors respectez sa volonté. »
Un chien qui mord ne jappe pas. Il a besoin de sa gueule pour mordre.
De même, Nevida ne criait pas sur tous les toits qu’elle défendait les principes. Elle se contentait de les observer, prête à leur déchirer la gorge.
Ceux qui se paraient des principes se turent devant une véritable adepte.
« Un jour, la Gardienne du savoir contestera l’autorité du Roi. »
« La Gardienne du savoir est dévouée au Roi, et le Roi lui rend son dévouement. Pour l’instant, nous devons observer la situation. Si la Gardienne du savoir complote réellement une rébellion, il ne sera pas trop tard pour s’occuper d’elle. »
Nevida écarta leurs inquiétudes et poursuivit :
« Si la Gardienne du savoir est vraiment sage, elle n’osera jamais se dresser contre le Roi. »
Le Roi de l’Humanité était fort, sage, capable et bienveillant. Même si la Gardienne du savoir agissait d’une manière incompréhensible aux yeux des autres, c’était sûrement pour le bien de Grande Sœur.
Nevida croyait que Grande Sœur chérissait la Gardienne du savoir comme elle avait pris soin d’elle-même.
« Votre Majesté ! Je vous en prie, soulagez mon chagrin ! »
Pourtant, cette foi fut bientôt mise à l’épreuve.
« Ces salauds qui ont brûlé mon village, enlevé nos jeunes filles et dévoré nos nouveau-nés ! Je vous en prie, tuez-les au nom du Roi ! Je vous offre ma vie ! »
Un sujet qui avait marché jusqu’à se couvrir les pieds d’ampoules pour trouver le Roi de l’Humanité déversa son ressentiment sanglant, puis mourut.
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