Chapitre 586
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 586 : Je descends ici
──────
Il était une fois une jeune fille.
Malgré son jeune âge, elle était d’une beauté extraordinaire. C’était aussi une enfant noble, si précieuse que personne ne pouvait supporter de la voir souffrir, et que personne n’osait lui faire du mal.
Elle s’appelait Hexia Agartha et était née dans une famille noble.
Princesse du Royaume des Dix Mille, elle était destinée à hériter du masque et à donner un jour naissance à un nouveau Royaume des Dix Mille.
Un enfant adorable et noble, élevé dans l’amour calculateur et pur d’une multitude de gens, grandissait généralement de l’une de ces deux façons : soit il tenait cette bonté pour acquise, soit il s’efforçait sincèrement de la rendre.
Qu’Hexia Agartha devînt une enfant bienveillante fut une grande bénédiction pour le Royaume des Dix Mille.
« Je veux que la viande pousse sur les arbres ! Comme ça, ma nourrice, le domestique et les pages pourront tous manger à leur faim ! »
Pourtant, que la gentille Hexia Agartha possède un talent si immense fut une bénédiction trop grande, même pour le Royaume des Dix Mille.
« Alors j’ai fait en sorte que le ginkgo béni porte des noix au goût de viande ! »
L’Arbre-Monde, le ginkgo béni, était un mâle.
De la viande poussant sur un arbre. Même pour les druides, respectés de tous, et les sorcières, qui l’étaient à peine moins, c’était une découverte stupéfiante.
Certains affirmaient que l’existence même des fruits de chair défiait l’ordre naturel. D’autres les défendaient, arguant qu’il ne s’agissait que de fruits ayant le goût de la viande. Le chancelier se réjouissait d’avoir résolu la pénurie alimentaire, tandis que les stratèges faisaient la grimace : ils étaient plus difficiles à élever que le bétail.
Seules les sorcières apportèrent un soutien sans réserve. Personne d’autre ne jugea ce soutien utile.
Les disputes éclatèrent. Elles s’envenimèrent parce que tout le monde savait qu’elles ne prendraient jamais fin. Le sujet revenait sans cesse, comme le soleil couchant, la lune croissante et les saisons qui tournaient. Le débat était si bruyant que les oiseaux se bouchaient les oreilles et se réfugiaient dans leurs nids ; il était si âpre que même les prédateurs à l’affût hésitaient à s’approcher.
« Allez-y. »
Au bout du compte, le pouvoir temporel l’emporta. La reine Agartha prit elle-même la décision, et l’affaire fut réglée.
« Si quelqu’un a une objection, je l’écouterai dans mon lit. Venez plutôt faire des fruits avec moi. »
Oui. L’affaire fut réglée.
Les fruits de chair étaient une récolte d’une délicatesse remarquable, et très sensible. Même lorsqu’ils partageaient les mêmes racines, leur croissance variait énormément selon la façon dont on les cultivait. Les druides les plus habiles ne parvenaient pas à trouver comment les améliorer et ne faisaient qu’y perdre leur temps.
C’est à peu près à cette époque que la reine Agartha fit venir Nevida, le druide antique.
« La reine s’est servie de la pure bienveillance de la princesse pour transgresser un tabou. »
[Tais-toi… Tais-toiii !]
Le druide antique était à la hauteur de sa réputation. Nevida possédait un savoir approfondi sur les animaux comme sur les plantes, et mit directement à profit son expérience pour améliorer les fruits. Chiens, chats, chèvres, moutons, vaches, poules, cochons, singes… Des fruits de chair de toutes sortes se mirent à pousser. Sorcières et druides en restèrent sans voix devant cette aptitude extraordinaire.
Ils ne pouvaient pas comprendre, donc ils ne pouvaient pas s’en approcher. Et puisqu’ils ne pouvaient pas s’en approcher, le fossé ne faisait que se creuser. Les druides, autrefois respectés de tous, passaient pour des idiots en comparaison, et la reine Agartha ne parlait plus qu’au Grand druide et à la princesse Hexia. Les idiots n’osaient pas les interrompre. Ayant pris la mesure de la différence entre leurs talents, ils choisirent de détourner le regard.
Un jour, alors que le fossé entre le savoir et l’ignorance se creusait encore, des druides de la Grande Forêt arrivèrent. Ils prétendaient avoir suivi le Grand druide en secret et apportaient une nouvelle qui stupéfia tout le monde.
Le Grand druide Nevida, cette légendaire créature antique dont tous les druides avaient au moins une fois entendu parler…
Avait mis la main sur le tabou de l’accouplement.
« Quoi ? Tous ces hommes-bêtes sont nés des arbres ? Mais les bêtes-racines ont une espérance de vie limitée… »
« C’est exact. Les bêtes nées des fruits de chair ne vivaient pas longtemps. C’était comme un fruit qui pourrissait après être tombé de l’arbre. Une faiblesse inévitable, due à l’emploi d’un procédé végétal. »
« Mais si ce que vous dites est vrai, vous avez réussi à produire des hommes-bêtes en masse. Comment ? »
« … Il fallait créer les bêtes à la manière des bêtes. »
Les bêtes nées des fruits se gâtaient peu après leur naissance. C’était inévitable. Les animaux étaient différents des plantes.
La reine convoqua donc les enfants d’Agartha. Des hommes-bêtes aux oreilles et à la queue animales, créations de plusieurs générations d’Agartha, qui s’étaient abandonnées à l’ennui et à la recherche de sensations fortes.
« Je vais devenir le roi des hommes-bêtes, Hexia. »
Les frères et sœurs d’Hexia, avec leurs oreilles et leurs queues, obéirent aux ordres de leur mère. Élevés dans l’affection des bêtes, ils considéraient les ordres d’Agartha comme absolus. Agartha était leur commandante, leur mère et leur maîtresse.
« Le pouvoir volé au Roi de l’Humanité. Un jour, nous cesserons de vivre de ses seuls fragments. Personne ne peut devenir un véritable roi sans être le Roi de l’Humanité. Mais les hommes-bêtes sont supérieurs aux humains. Si de telles bêtes venaient à renaître… »
Et… d’innombrables femelles — non, des pistils — pendaient encore aux fruits, pas encore mûres. Elles étaient recroquevillées, le cordon ombilical enroulé autour d’elles…
Ces hommes-bêtes prenaient des drogues pour entrer en chaleur, s’agrippaient nus aux fruits et se livraient au viol des femelles qui s’y trouvaient, l’une après l’autre.
À mesure que l’énergie vitale de l’Arbre-Monde s’épuisait, ils fécondaient la chair immergée dans la pulpe, comme des insectes pondant leurs œufs à l’intérieur des fruits.
« Nous deviendrons des Dieux démoniaques vivants, et des Rois des Bêtes à part entière. »
Pourtant, ce fut une bénédiction et une malédiction trop grandes pour le Royaume des Dix Mille.
Hexia était intelligente et bienveillante. Elle ne pouvait détourner le regard des fruits de chair qu’elle avait créés, qui portaient des vies conçues sans amour ni liberté, des vies qui ne pourraient jamais être bénies.
Nenyaph révéla la vérité avec calme. Pour quelqu’un, c’était une douleur plus aiguë qu’un poignard. Peut-être que Nenyaph avait évité de rencontrer la Grande Sorcière tout ce temps par égard pour elle.
Ou peut-être avait-elle gardé le couteau pour que la lame s’enfonce plus profondément.
« C’est la princesse qui nous a demandé d’arrêter l’ancienne reine. »
Le perroquet poussa une longue série de cris stridents, comme s’il tentait de couvrir les paroles de Nenyaph. Mais il pouvait crier tant qu’il voulait, il ne parviendrait pas à les étouffer.
« La reine voulait chasser les humains qui vivaient là à l’origine et remplir le territoire d’hommes-bêtes nés des arbres. Le temps que nous comprenions ce qui se passait, d’innombrables hommes-bêtes étaient déjà nés et dispersés dans la jungle… Les humains qui avaient perdu la faveur d’Agartha et avaient été rejetés se soulevèrent, les armes à la main, dévorés par la jalousie et l’envie. »
On avait lâché dans le monde suffisamment d’hommes-bêtes pour former une race entière. Le chaos était inévitable. Si cela ne s’était pas passé dans le Royaume des Dix Mille, leur population aurait été recensée aussitôt. Mais ils s’étaient répandus dans un royaume en grande partie indompté, et les atrocités d’Agartha ne firent guère de bruit.
Quand on comprit qu’il y avait un problème, tout avait déjà commencé. C’était sans doute pour cela que la rébellion avait tant tardé.
« L’énergie vitale de l’Arbre-Monde a été exploitée, la valeur de la naissance profanée et la dignité humaine piétinée. L’Arbre-Monde était tombé en ruine, couvert d’innombrables fruits de chair semblables à des tumeurs. Ce que nous voulions vraiment, c’était débarrasser l’Arbre-Monde de ces tumeurs… Même si tout a fini par s’embraser, dans une rage aussi dévorante qu’un feu de forêt. »
Après avoir exposé les faits avec calme, Nenyaph enfonça le dernier clou.
« Grâce à la princesse, nous avons pu empêcher l’Arbre-Monde de porter des fruits du péché. »
[Personne ne t’a demandé de brûler l’Arbre-Monde ! Personne ne t’a demandé de tuer ma mère, de voler le masque et de détruire le royaume !]
« Malheureusement, nos forces étaient insuffisantes. Tout comme les vôtres, princesse. »
Nenyaph n’avait pas souhaité que les choses tournent ainsi non plus. Il n’y avait tout simplement pas eu d’autre choix. Ils n’étaient qu’une bande de rebelles disparates, tandis que la puissance d’Agartha était écrasante. S’ils avaient hésité ne serait-ce qu’un instant, Agartha aurait charmé et convaincu la plupart des rebelles de devenir ses sbires.
Pour atteindre leur objectif, ils n’avaient pas eu le choix. S’ils n’avaient pas tué Agartha et déchiré le masque, la rébellion aurait échoué.
Et celle qui l’avait voulu, c’était la Grande Sorcière. Sa fureur se retournait aussi contre elle-même.
« Princesse. Laissez-nous passer, je vous prie. Sans quoi, nous répéterons la transgression de ce jour-là. »
[Ne raconte pas de sottises !]
« En ce moment même, des humains sont fabriqués au sommet de l’Arbre de la Corruption. Le Roi de l’Humanité en est la graine, indispensable à l’accomplissement du grand péché. C’est le seul moyen d’y mettre fin sans répéter la tragédie. »
Ils m’avaient amené ici pour empêcher cette tragédie de se reproduire. Avec mon aide, Nevida pouvait aussi créer des humains.
[Sors de ma vue !]
Le perroquet lança un cri féroce, mais le cortège des cent démons avait perdu la vigueur qu’il avait eue jusque-là. La jungle n’était plus balayée par la rage ni la sauvagerie. Les familiers de la Grande Sorcière se tenaient là, hébétés, le poil hérissé.
Malgré les paroles passionnées de la Grande Sorcière, ses émotions s’étaient embrouillées. Les familiers, qui ressentaient les sentiments de leur maîtresse comme les leurs, percevaient son hésitation.
Comprenant la situation, Nenyaph insista de plus belle et reprit la parole.
« Dépêchons-nous. Maintenant que la princesse est au courant, le Grand druide ne tardera pas à nous retrouver lui aussi. »
« Ah, d’accord. Merci. Je comprends tout, maintenant. »
« Ne vous avais-je pas dit que je vous expliquerais tout en chemin ? »
« Vous saviez que la Grande Sorcière viendrait. »
« Je n’ai pas eu d’autre choix que de tuer le perroquet de la princesse. C’était nécessaire pour découvrir où vous logiez. »
« Bien sûr. Je comprends, moi aussi. Vous n’aviez pas d’autre choix. »
Les pensées de la Grande Sorcière étaient fragmentaires et chargées d’émotion. Les souvenirs que j’avais lus concernaient surtout la période qui avait suivi l’incendie et la chute de l’Arbre-Monde. Avant qu’il ne brûle, la Grande Sorcière était jeune et immature ; elle avait délibérément refusé de reconnaître l’existence des fruits de chair.
Mais après avoir également lu les pensées de Nenyaph, tout s’éclaircit. Ce qu’Agartha avait projeté, et pourquoi les hommes-bêtes avaient été créés.
« Vous non plus, vous ne vouliez pas détruire le royaume. Vous ne vouliez pas brûler l’Arbre-Monde. Mais l’existence des fruits de chair vous préoccupait davantage, n’est-ce pas ? Cela a dû être difficile, pour vous aussi. Comment avez-vous tenu toutes ces années sans royaume ni Arbre-Monde ? »
Nenyaph remonta sur le cerf.
« L’arborification. Grâce à l’art secret qui transforme le corps en arbre, nous avons pu continuer à vivre dans le péché. Nous nous réveillions chacun notre tour, un an à la fois, et prenions soin les uns des autres. »
« Alors c’est ainsi que vous avez tenu. Je vous ai bien entendu. »
« Dans ce cas, faites avancer le cerf. »
« Non, j’ai dit que je vous avais bien entendu. Ce qui veut dire que je descends ici. Merci pour tout. Le dos du cerf est plus confortable que je ne le pensais. »
Tu m’as dit que je pouvais descendre si ça ne me plaisait pas, pas vrai ? L’histoire en elle-même m’avait plu, mais ça m’aidait à prendre ma décision.
J’installai Shei sur la selle et sautai à terre sans hésiter.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>