Chapitre 584
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 584 : Une triste présentation
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Le compte à rebours avait commencé. Que tous les humains qui désiraient le Roi de l’Humanité se rassemblent. J’exaucerais tous leurs vœux d’un coup. Nevida allait devoir se dépêcher un peu, elle aussi. Des gens qui n’avaient jamais rien apporté viendraient lui mettre la pression, comme s’ils lui avaient confié quelque chose.
J’espérais que vous ne me trouviez pas trop dur. Puisque j’allais de toute façon exaucer vos vœux, autant m’en occuper tous en même temps, non ?
« Hughes. J’ai besoin de récupérer mes forces. Aide-moi. »
La Régresseuse avait elle aussi dû sentir la tension monter.
« Il te faudra encore un peu de temps pour guérir complètement. »
« Pas besoin de guérir complètement. Il faut juste que je puisse bouger. »
« Tu en garderas des séquelles. »
« Je m’en fiche. »
« Tu devrais t’en soucier. Les séquelles t’affaibliront. »
Si on les appelait des séquelles, ce n’était pas pour rien. Si ça se limitait à quelques douleurs aux articulations de temps en temps, ça ne compterait même pas. Les articulations font mal dès qu’il pleut.
« Mais j’ai besoin de me servir de mes forces, maintenant. Je ne peux pas rester les bras croisés. Je dois arrêter Nevida… »
« Chut ! »
Le familier de la Grande Sorcière se trouvait encore dans les environs. Nevida ne nous surveillait pas en personne, mais cela ne signifiait pas qu’elle refuserait d’écouter ce que lui racontait la Grande Sorcière.
« D’accord. Tu détestes avoir les bras inutiles, Shei. C’est normal. Ça doit être frustrant de ne pas pouvoir les bouger. »
« … Oui. C’est vrai. »
« C’est donc à cause de la surveillance. Tu veux que je trouve un prétexte pour tromper la personne qui nous épie ? »
« Et je déteste aussi que ton bras soit bandé, Shei. Tu n’arrêtes pas de t’accrocher à moi et de me faire attendre tes quatre volontés. C’est assez agaçant pour me faire perdre le peu d’affection qu’il me reste. »
« Q-Quoi ?! Je n’y peux rien ! Et puis, c’est toi qui as commencé à prendre soin de moi ! Je ne t’ai pas si souvent demandé de le faire ! »
Tu avais compris une seconde plus tôt que c’était à cause de la surveillance. Pourquoi réagissais-tu aussi à côté de la plaque ? Plus que tout, il fallait que je fasse lire à cette fille autre chose que trois paragraphes.
« Je dis juste que ce serait mieux pour nous deux si ton bras redevenait normal. Tu sens encore quelque chose ? »
« Je sens bien les choses. Je distingue le froid du chaud, et j’ai toujours la même sensibilité à la douleur. »
« Tant mieux. »
« C’est justement ça, le problème. C’est trop normal. J’ai toujours mal. C’est censé se passer comme ça ? Ou tu as fait quelque chose ? »
« Qui sait ? Je ne me suis jamais fait arracher le bras et je ne compte pas tenter l’expérience. »
La Régresseuse se remettait vite. Sa maîtrise des arts du qi y était sans doute pour quelque chose, mais le Dieu démoniaque avait été encore plus efficace.
J’avais raccordé ses nerfs grâce à la Spirale de foudre et ses vaisseaux sanguins grâce à l’art du sang. J’avais comblé les fragments d’os brisés avec un peu d’alchimie. D’un point de vue purement mécanique, le corps de la Régresseuse avait presque entièrement récupéré.
« Je pense que ce qu’il te faut, c’est de la rééducation, Shei. Si tu bouges et que tu stimules tes sens et tes muscles, tu devrais vite récupérer. »
« Oui. Alors enlève ces bandages et sors le médicament de ma poche. »
« Et je t’en prépare à manger, pendant que j’y suis ? »
« … Oui. »
« Quoi ? Je suis vraiment à tes petits soins, dis donc. »
« Je suis blessée ! Tu vas vraiment en faire toute une histoire parce que tu m’aides un instant ? »
« Je ne demande pas à être payé, mais je n’ai pas envie de me faire engueuler. »
« Pff. D’accord. Je te rembourserai ! Qu’est-ce que tu veux ? »
« Rien de particulier ? »
« Hé ! »
Avec quoi aurais-tu bien pu me rembourser ? Tu ne savais pas grand-chose, tu étais forte d’une manière assez maladroite, et je ne savais même pas si je pourrais obtenir ce que tu m’avais promis.
Quoi qu’il en soit, j’enlevai les bandages de la Régresseuse et lui donnai l’élixir. Son omoplate était couverte d’ecchymoses sombres, mais, quand elle concentra ses arts énergétiques, le gonflement diminua peu à peu et sa peau retrouva sa couleur.
La Régresseuse concentra toutes ses forces au bout de ses doigts. Son petit doigt tressaillit. Le mouvement était incroyablement faible comparé à sa volonté, mais l’important, c’était qu’il ait bougé.
« Aïe… »
« Ne le bouge pas brusquement. Vérifions d’abord l’amplitude de tes mouvements. Je vais lever ton bras, alors dis-moi quand ça te fait mal. »
« D’accord… »
Debout derrière la Régresseuse, je soutins son bras sous le coude et le levai lentement. Son corps tressaillait de douleur à mesure que son bras montait. Mais ce n’était encore que des douleurs musculaires. La Régresseuse serra les dents.
Alors, ma lecture des pensées capta celles de quelqu’un.
« Qu’est-ce que je pourrais tenter aujourd’hui ? Je pourrais chercher un nouveau perroquet avec Pero. Maintenant que j’ai ce masque, est-ce que je devrais essayer le cimetière des éléphants ? »
C’étaient… les pensées de la Grande Sorcière, non ? Si je pouvais les lire, c’est qu’elle devait être dans les parages aujourd’hui.
« Non. Le fruit humain est presque mûr, non ? Si je dois en cueillir un, autant choisir le menu limité. Faisons une étude écologique du Roi de l’Humanité ! »
Une étude écologique ? Tu étais en train d’épier. Pourquoi étais-tu si excitée alors que tu faisais du voyeurisme ?
Enfin, la Grande Sorcière ne pouvait pas savoir que j’utilisais la lecture des pensées. Vas-y, regarde. Tu ne trouveras rien qui puisse éveiller tes soupçons.
« Aïe ! Ça fait mal ! »
« Ça te fait mal alors que je l’ai à peine levé ? »
« Aïe. Tu as forcé… »
« J’ai fait exactement la même chose. C’est toi qui n’as pas tenu le coup. »
« En tout cas, vas-y plus doucement ! »
« D’accord. Je le redescends. Essaie de le contracter et de le maintenir. »
« … D’accord. »
La rééducation commençait par vérifier l’amplitude des mouvements. Si les membres devenaient raides, cela ne voulait pas dire qu’ils se changeaient littéralement en pierre. Cela signifiait que les muscles s’étaient tendus et contractés après un choc violent.
Dans le cas de la Régresseuse, certaines parties avaient été complètement arrachées, en plus de s’être raidies. Je devais donc pousser son bras jusqu’à ses limites, comme je le faisais, afin de le stimuler et de relâcher la tension.
Pour évaluer son état, je l’aidai aussi soigneusement à faire ses exercices, en levant et en baissant son bras.
« Oh là là. Ça y est, ça commence enfin ? Le Roi de l’Humanité s’est retenu longtemps ! »
Quoi ? Quelle idée absurde !
« Bien sûr que quelque chose allait arriver en laissant une femme et un homme seuls dans une pièce. »
« Mm ? Hughes, je crois que tu t’es arrêté. »
« Ah, oui. Un instant. »
On faisait des exercices de rééducation. Qu’est-ce que cette Grande Sorcière pouvait bien penser de moi ? Non, qu’est-ce qu’elle pouvait bien penser de cette situation parfaitement innocente ?
En lisant les pensées de la Grande Sorcière, je compris bientôt pourquoi elle s’était imaginé une chose pareille. Elle espionnait la pièce avec un familier insecte. Une sorcière habituée aux sens de ses familiers pouvait voir le monde à travers les yeux d’un insecte, mais cette vision différait beaucoup de celle des humains, notamment dans la perception des distances.
À travers les yeux de l’insecte, la Régresseuse et moi avions l’air de nous enlacer.
À force de posséder des insectes, ton cerveau est devenu celui d’un insecte, Grande Sorcière ? Même si ça en avait l’air, tu aurais au moins pu avoir la décence de détourner les yeux.
« … Beurk. Ça ne me dérange pas de regarder des animaux s’accoupler, mais voir des humains le faire, c’est dégoûtant. »
Arrête ! Si tu ne veux pas voir ça, cesse d’épier ! Ce n’était même pas ce genre de scène, à la base !
« Ah ! Cette fois, tu y es allé trop fort… ! »
« Tais-toi. Choisis mieux tes mots. »
« Hein ? J’ai dit quelque chose de mal… ? »
N’attire pas l’attention de la Grande Sorcière qui nous écoute. Tu l’intrigues.
« Enfin… l’écologie du Roi des Bêtes est une occasion qu’on ne peut pas acheter avec de l’argent. Je vais fermer les yeux et regarder. Je vais me déplacer pour avoir une meilleure vue. »
Le champ de vision de l’insecte se déplaça lentement. Jusque-là, il observait toute la pièce depuis un coin, mais maintenant, il s’approchait en rampant pour mieux me voir.
« Euh, Hughes. En fait, je t’en suis un peu reconnaissante, moi aussi… »
« Un instant. »
« Euh… »
Laissant la Régresseuse derrière moi, je m’approchai du grillon qui avançait. L’insecte, occupé à se déplacer, sentit ma présence et releva la tête. Juste avant qu’il ne déploie ses ailes pour s’enfuir, je l’écrasai d’un coup de paume.
Le grillon mourut sur le coup, sans même un cri.
« Aïe ! Mon grillon “oreille” d’espionnage ! C’était l’un de mes préférés ! »
Tu avais aussi un sens du nom exécrable. Cela dit, comme la Grande Sorcière le possédait, le choc avait dû être considérable. Le lanceur et son familier étaient liés, et le moindre coup reçu par le familier était transmis directement au lanceur.
Après avoir frôlé la mort, elle se montrerait plus prudente.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Un gros insecte rampait par là. Il m’agaçait, alors je l’ai tué. »
« … Hughes, quelque chose te met en colère ? »
« On peut dire ça. »
« Ça va. Il me reste cinq oreilles et six paires d’yeux. Et si je compte les yeux composés, j’en ai une quantité infinie ! »
Ah. La Grande Sorcière avait reçu le sang de Tyrkanzyaka et obtenu un corps immortel, n’est-ce pas ?
Les sorcières utilisaient toutes sortes de sorts et d’astuces pour éviter que leurs familiers risquent d’être blessés ou tués. Mais leurs familiers perdaient souvent de leur puissance, ou le lien devenait incomplet. La Grande Sorcière, elle, affrontait ces risques de plein fouet, grâce à sa vitalité débordante.
Elle avait peut-être recours à quelques petites astuces pour échapper à l’emprise de Tyrkanzyaka, mais, dans tous les cas, la mort d’un familier ne représentait pour elle qu’une légère contrariété.
« Ensuite, je vais envoyer ma mante sourde… »
« … Oui. Toi aussi, tu es une personne, alors il y a forcément des choses qui te blessent ou t’agacent. Je suis désolée de ne pas avoir été assez attentionnée… »
« Hop. Encore un. »
« Hughes ? »
« Il y a beaucoup d’insectes aujourd’hui. Qu’est-ce que tu disais, déjà ? »
« … Oublie ! Si tu ne m’écoutes pas, alors tant pis ! »
« Pourquoi tu t’énerves tout à coup ? Plus important, plie et déplie les doigts. Si tu n’y arrives pas, bouge-les avec tes arts énergétiques pour l’instant, et concentre-toi bien sur les muscles qui n’ont pas encore retrouvé leurs sensations. »
« Tss. Contente-toi de regarder ! »
« Tes doigts bougent plutôt bien, pourtant. Tu pourras peut-être les bouger bientôt. »
« Aïe, aïe. J’avais oublié que les humains étaient plus agressifs envers les insectes qu’envers les autres animaux. Si je m’approche sans faire attention, tous mes précieux insectes d’écoute vont se faire tuer. Comment le Roi de l’Humanité peut-il être aussi cruel ? »
Tu les considérais toi-même comme des outils d’écoute. Comment pouvais-tu me traiter de cruel après ça ?
« Tu ne m’aides pas contre ton gré, au moins… ? »
« Pardon ? »
« En ce moment, je n’ai aucune force et je ne peux rien t’imposer. Si tu n’attends rien de moi… pourquoi est-ce que tu m’aides ? »
« Les patients posent vraiment beaucoup de questions. Allez, fais tourner ton poignet. »
« Quand quelqu’un te pose une question sérieuse, réponds-lui ! »
« Les insectes sont parfaits pour écouter en secret, mais leur résolution est trop mauvaise pour observer. Qu’est-ce que je pourrais faire ? Ah, oui ! J’avais laissé la fenêtre ouverte ! Je vais posséder Pero et entrer en volant. Pero, à l’assaut ! »
Tu ne te lassais jamais, hein ? Très bien, regarde. Tu verras bien que ces exercices de rééducation étaient parfaitement innocents. Et n’en parle à personne.
« Hughes. Je suis une Régresseuse. »
« Ah, oui. »
« Ne sois pas gentil avec moi. Je pourrais bien… te laisser derrière. »
« Partir ? Où est-ce que tu vas ? »
« Dans le prochain. Dans le prochain cycle. »
« Il est où, le prochain ? »
« … Avant que tout ça arrive. »
Ah, je vois… Attends, quoi ?
« Pardon ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
« Ce n’est pas la première fois que je vis à cette époque. Ça s’est déjà répété plus de dix fois. À chaque cycle, le Roi du Péché est né et le monde a pris fin. Littéralement. »
« C’est une prophétie ? »
« C’est différent d’une prophétie. Je l’ai vécu moi-même. C’est à ce moment-là que j’ai acquis ces arts énergétiques et ces trésors. Et je dois continuer à en obtenir d’autres à l’avenir. »
Non, tu étais en train de me dire ça…
« Merci de m’aider. Mais tu n’es pas obligé. Je peux… mourir. Ensuite, je retourne dans le passé en gardant tout ce que j’ai obtenu cette fois-ci. »
« Le passé… ? Quand ça ? »
« Peu avant notre rencontre. »
Comme ça, tout à coup…
« C’est pour ça que je ne veux pas t’être reconnaissante. Je ne veux pas accepter tes sentiments. Je ne veux pas te rendre la pareille. Dans ce cycle, je n’ai rien à t’offrir en échange. Le toi du prochain cycle sera différent de celui que tu es maintenant. Même si je retourne dans le passé avec ce poids sur le cœur, ça ne fera que me faire souffrir. »
« Euh… »
« Tu ne comprends pas, hein ? Je sais. Je ne suis qu’une Régresseuse, alors je veux que tu comprennes ma situation… C’est tout. »
Shei me livra cette déclaration sans détour, puis se concentra en silence sur le mouvement de ses doigts. Je lâchai sa main et ruminai tranquillement ses paroles.
Tout ça…
Tu ne me le disais que maintenant.
Hélas, je le savais par lecture des pensées depuis plusieurs mois. Faire semblant de l’ignorer alors que je savais la vérité n’avait pas été facile. Je devais constamment garder à l’esprit qu’elle était une Régresseuse et veiller à ne pas laisser échapper par accident quelque chose que j’avais lu dans ses pensées.
Mais j’avais enfin réussi à gagner la confiance de Shei. Peut-être fallait-il vraiment bien traiter les gens quand ils étaient vulnérables. Le soleil était plus efficace que le vent du nord, surtout quand il brillait par temps froid.
Je souris intérieurement, puis repris vite une expression neutre. Ce n’était pas terminé. Je devais réfléchir soigneusement à cette révélation et lui répondre de façon appropriée. Ce serait étrange d’accepter aussi facilement ses propos simplement parce qu’elle m’avait parlé de sa régression.
Shei était elle-même un indice sur la régression. Si je n’analysais pas le phénomène en lui-même, je ne ferais que me laisser entraîner. Pour l’instant, je devais prétendre ne rien savoir et demander à Shei ce qu’était la régression et comment elle fonctionnait. Elle n’en savait probablement pas beaucoup plus, mais lui faire se remémorer le passé et expliquer les choses petit à petit me donnerait des pistes.
« … D’accord. D’abord, chut. Quelque chose arrive. »
Flap, flap.
Des ailes d’oiseau battirent au-delà de la fenêtre. Le perroquet possédé par la Grande Sorcière était arrivé, semblait-il. Comme elle était en chemin, elle n’avait pas pu entendre la confession de Shei.
Un mal pour un bien.
Je m’approchai de la fenêtre pour accueillir le perroquet. Pourtant, la créature perchée sur le rebord n’était pas un perroquet.
Un hibou se tenait sur le cadre, un perroquet mort dans le bec.
Le hibou se posa avec noblesse et se contenta de tourner la tête vers moi. Puis il tendit une patte, comme pour m’inviter à la regarder, et cligna de ses grands yeux. Un billet était attaché à sa patte. Comme ensorcelé, je le détachai, le dépliai et lus ce qui était écrit à l’intérieur.
— Au Roi de l’Humanité.
Je suis venu vous sauver, vous et l’humanité.
Veuillez vous accrocher à la patte du hibou et sauter.
… Apparemment, la Grande Sorcière n’était pas la seule à surveiller cette pièce.
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