Chapitre 583
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 583 : Marketing par le bruit
──────
Hmm. Normalement, c’est à moi de les arrêter… Mais si j’interviens pendant que ces deux-là se battent, je vais trop attirer l’attention… Ils ont l’air de bien s’amuser, et chacun a ses raisons… Je cache aussi mon identité… Je vais laisser Walpurgis s’en charger…
Voilà pourquoi Walpurgis était venue. La Grande Sorcière l’avait appelée. Faire venir une subordonnée débordée jusqu’ici juste parce qu’elle était gênée de me parler elle-même… Impressionnant.
Après que Walpurgis m’eut récupéré, nous fûmes transportés dans le Domaine des Seigneurs. Sous ce regard qui me donnait l’impression d’être un enfant turbulent, je souris d’un air gêné et m’adressai à l’illusion de Walpurgis.
« Merci de m’avoir aidé. Ça ne doit pas être facile, de se faire traîner partout comme ça. »
« Je crains qu’une nouvelle source d’ennuis ne vienne d’apparaître. »
Je sentis le regard perçant de l’illusion. Je balayai sa remarque d’un revers de main.
« C’est peut-être parce que tu es trop fiable pour une sorcière. Détends-toi de temps en temps. »
« Il y a beaucoup à faire. Comme ceci. »
« Quelle horreur. »
« Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez balayer d’un “quelle horreur”. Faites attention à vos actes. Bien des gens vivent à l’ombre de l’Arbre-Monde. Outre ses habitants, il y a dans toute la région des gens qui recherchent les enseignements du Grand druide, les remèdes des sorcières ou les plantes et les animaux rares qui ne poussent que sur l’Arbre-Monde. Certains peuvent vous en vouloir ou avoir leurs propres ambitions. »
« Comme Blanca ? »
L’illusion vacilla un instant.
« … Quelque chose comme ça. À ceci près que Nevida les soutient. »
« Tu veux dire les Seigneurs de toute la Création ? »
Walpurgis mit si longtemps à répondre que je sentis la pause, même à travers l’illusion.
« Oui. Eux. »
« Eux ? Ça veut dire que tu ne fais pas partie des Seigneurs de toute la Création ? »
« En tant qu’être humain, je n’éprouve pour le Roi de l’Humanité que la curiosité de rigueur. »
« Tu ne veux rien obtenir du Roi de l’Humanité ? »
« … Bien sûr que non. »
« Hein ? Tu as mis du temps à répondre. »
« Il y a bien une chose que j’aimerais lui demander, mais ce n’est pas assez grandiose pour parler d’un souhait. C’est seulement une question. »
Walpurgis ignora ma remarque et se détourna, comme si elle n’avait pas l’intention d’en dire davantage. Un silence gênant s’installa tandis que nous traversions le vaisseau de xylème.
Pendant ce temps, la régresseuse était plongée dans ses pensées.
Pourquoi Hughes a-t-il fait quelque chose d’aussi inutile ? Au bout du compte, nous n’avons rien tiré de cette aventure, si ?
Nous en avons tiré plein de choses. Nous avons vécu toutes sortes d’expériences. Tu étais là aussi, alors pourquoi tu te plains ?
Hughes aime observer les gens, c’est vrai. Partout où nous sommes allés, il a parlé avec les habitants. Mais il n’aurait pas fait tout ça uniquement pour les observer. Qu’est-ce qu’il cherchait à accomplir ? Je devrais lui demander ?
Oui. Demande. Je te répondrai.
Non. On nous observe de toute façon. Hughes ne pourra peut-être pas me répondre et, même s’il le faisait, je ne pourrais pas prendre ses paroles au pied de la lettre. Réfléchissons plutôt à ce qui va se passer. Qu’est-ce qu’il y gagne, à révéler son identité à Blanca… ? Tout ce qu’il a fait, c’est annoncer l’apparition du Roi de l’Humanité. Ça ne peut pas être son objectif.
Ha. Elle s’imaginait vraiment toutes sortes de choses.
… Impossible de savoir si son instinct était bon ou mauvais.
* * *
Le Royaume des Dix Mille était tombé, mais il n’avait pas disparu. L’Arbre-Monde avait brûlé, la Reine et ses proches avaient été massacrés, et il ne restait plus personne pour maintenir l’ensemble. Pourtant, le Royaume des Dix Mille n’avait toujours été qu’un assemblage lâche de clans et de tribus puissants ; il avait donc conservé sa forme. Certaines tribus suivaient encore ses coutumes et prêtaient allégeance à Hexia Agartha, dernière héritière de la lignée royale.
Le chef de la tribu Anub, les fidèles chiens de chasse d’Agartha dont tous les membres étaient des hommes-bêtes canins, dressa les oreilles à cette nouvelle inattendue.
« Quoi ? Le Roi de l’Humanité… ? C’est vrai ? »
« Oui ! Je l’ai vu de mes propres yeux ! »
« Mais tu es sûr qu’il s’agit du Roi de l’Humanité ? »
« Ç-Ça, je ne peux pas le dire. Mais j’ai surpris la Sorcière de la Nuit et le Chien Noir en train de parler ! Ils l’ont appelé le Roi de l’Humanité ! »
Le Chien Noir désignait les Baskerville. Tout comme la tribu Anub avait été les fidèles chiens de chasse d’Agartha, les Baskerville avaient été ceux de la famille impériale. La tribu Anub éprouvait donc à leur égard une étrange affinité.
« La Sorcière de la Nuit elle-même ? Alors la Grande Sorcière doit aussi être au courant. Ça vaut largement la peine de vérifier. Bien joué, Cario. Tu as eu du flair. »
Cario, qui avait apporté la nouvelle, remua fièrement la queue en recevant ces compliments. À la différence de Cario, le chef ne parvenait pas à sourire aussi facilement.
Un parfum flottait dans l’air. Celui des flammes qui ravageraient cette jungle. Le chef était fier d’être responsable de sa tribu et de servir loyalement, en héritier de l’esprit du Royaume des Dix Mille.
« Le Roi de l’Humanité. Si c’est bien lui, le monde sera plongé dans le chaos. »
Le chef était incapable de mesurer l’ampleur des bouleversements que cette nouvelle allait entraîner.
Pourtant, malgré l’inquiétude et la peur, il devait agir. C’était ça, être chef. Anub se caressa le menton et marmonna :
« Peut-être que c’est une bonne chose. Ce sera peut-être l’occasion d’éliminer jusqu’au dernier traître encore présent sur ces terres. »
* * *
« … Voilà ce que doivent se dire ces imbéciles de la tribu Anub ! »
La nouvelle ne parvint pas seulement à la tribu Anub. Le combat avait attiré plus de la moitié des habitants de la région vivant à l’ombre de l’Arbre-Monde ; il avait donc été impossible de le dissimuler. Ils auraient attiré moins l’attention s’ils l’avaient annoncé eux-mêmes.
« Ils se trompent s’ils croient que le Roi de l’Humanité sera leur roi. Le Roi de l’Humanité n’est le roi que des humains ! Ce n’est pas Agartha. Vous, les hommes-bêtes, vous croyez vraiment qu’il deviendra votre roi ? »
L’ancien Royaume des Dix Mille était tombé tel quel, laissant derrière lui des tribus favorables à Agartha, mais aussi d’autres qui lui étaient hostiles.
Un jour, Agartha avait soudain créé les hommes-bêtes. Surgis dans le monde du jour au lendemain, ils avaient eu besoin de nourriture, de vêtements et d’un abri. Agartha les avait chéris et leur avait accordé un coin d’une clairière qu’elle aimait, mais dans ce monde, les vraies clairières n’existaient pas. Ni sur la terre ni dans le cœur des gens.
La tribu avait secrètement considéré cette clairière, ainsi que la faveur d’Agartha, comme lui revenant de droit, et accumulé rancœur et haine.
Certains de ses membres avaient rejoint la rébellion et contribué à renverser la dynastie Agartha. Ils n’avaient pas voulu la chute du Royaume des Dix Mille non plus.
« Si c’est le véritable Roi de l’Humanité, il ne reconnaîtra jamais des bâtards comme les hommes-bêtes comme des humains. Le Royaume des Dix Mille s’est effondré à cause de ces êtres comme les hommes-bêtes, qui s’y sont mêlés ! C’est notre chance de bâtir une véritable nation d’humains ! »
Ceux qui avaient autrefois vécu sous l’autorité d’un État savaient trop bien à quel point ce pouvoir était grisant et combien il était nécessaire de posséder une force capable d’englober la jungle. Des siècles s’étaient écoulés depuis la chute du Royaume des Dix Mille, mais ils aspiraient toujours au passé.
« En route ! Là où se dresse le faux Arbre-Monde ! »
* * *
« … Ce qui devait arriver est arrivé. La terre où le péché a pris racine a porté ses fruits. À présent, l’Arbre de la Corruption sera achevé, le fruit de la connaissance du bien et du mal mûrira, et le jus du péché coulera à flots. »
Et la vaste jungle n’était pas habitée uniquement par les descendants du Royaume des Dix Mille.
Une jeune fille marchait parmi des dizaines d’arbres qui poussaient sur une colline basse. Elle caressait doucement leurs branches, pareilles à des bras humains tendus, et leur murmurait d’une voix triste :
« Jadis, la Reine Agartha s’est unie au Roi des Bêtes et a donné naissance aux hommes-bêtes. Toute naissance devrait être célébrée, et pourtant la Reine a transformé la vie en une terrible corruption, par avidité et obstination. C’était… quelque chose qui n’aurait jamais dû exister dans ce monde… »
Les arbres vigoureux et majestueux qui poussaient dans cette contrée chaude et humide étaient des créations de la nature, dignes d’être vénérées pour elles-mêmes. Pour les druides qui révéraient la nature, la jungle du Royaume des Dix Mille était une terre débordante de bienfaits.
Mais quand l’Arbre-Monde, le ginkgo béni, avait brûlé et que l’Arbre de l’Origine, créé par le Grand druide, avait poussé à sa place, les druides n’avaient ressenti qu’un désespoir et une résignation sans fin.
« … Mais un Grand druide corrompu, une Grande Sorcière devenue folle, sans compter d’innombrables sorcières et guerriers… Ils sont puissants, mais nous sommes impuissants. »
Le Grand druide Nevida. Depuis l’Antiquité, elle protégeait la nature et transmettait les enseignements des druides ; elle était le maître de tous les druides. Elle aimait la nature et avait conclu des pactes avec toutes sortes de Rois des Bêtes, ce qui faisait d’elle le modèle et la fierté de tous les druides.
Quand elle avait annoncé son intention de faire pousser un Arbre-Monde pour remplacer le ginkgo qui avait brûlé, tous les druides lui avaient prêté main-forte. Ils avaient rassemblé le tronc et les feuilles du ginkgo mort et les avaient apportés à Nevida.
Pourtant, ce qui était né n’était pas un Arbre-Monde qui aurait teint le monde de magnifiques feuilles de ginkgo, mais un Arbre de la Corruption maudit, dont chaque branche fleurissait et produisait des récoltes différentes.
Par la suite, les druides avaient tourné le dos à l’Arbre de l’Origine. Ils étaient devenus les gardiens de la forêt et ne cessaient de le surveiller.
« Nous sommes ceux qui ont veillé sur cet héritage. Ceux qui ont préservé le péché de cette terre. Et ceux qui ont juré que cela ne se reproduirait plus. »
On disait que chaque être vivant disposait d’un nombre déterminé de battements de cœur. Cette croyance venait du fait que les créatures à la vie plus brève avaient le cœur qui battait plus vite. Une souris de la taille d’un doigt avait le cœur qui battait au moins neuf cents fois par minute et passait toute sa vie à chercher de quoi alimenter cette dépense d’énergie.
Les arbres, en revanche, n’avaient pas de cœur et ne bougeaient pas, ce qui leur permettait de vivre presque éternellement. On ne savait pas même si la notion de mort naturelle s’appliquait aux arbres, qui existaient simplement comme des éléments du paysage.
Certains trouvaient une beauté éphémère chez les bêtes qui se consumaient tout entières en un bref laps de temps. D’autres éprouvaient de la révérence pour les arbres, immobiles à jamais au même endroit.
Les druides appartenaient à cette seconde catégorie. Ils vénéraient les cycles lents et immenses qui échappaient aux sens humains. Après une révérence et une étude sans fin, les druides avaient fini par occuper l’un des maillons de ce cycle.
« … Levez-vous. Pour l’Arbre-Monde. Pour la nature. Et pour l’ordre naturel que nous devons protéger. »
Les druides liés par un pacte aux arbres pouvaient vivre plusieurs centaines d’années. Ils se fondaient dans les arbres et traversaient le temps, presque éternel, sans conscience ni sensation.
Ils ne pouvaient rien faire d’autre que rester en vie ; les druides n’encourageaient donc pas cette manière de bouleverser l’ordre naturel. Mais ceux qui devaient transmettre leurs souvenirs et leurs connaissances pour une raison ou une autre choisissaient cette méthode.
Les « arbres » bougèrent.
La Forêt du Savoir. Jadis, dans un passé lointain, les druides avaient découvert et extirpé les péchés du Royaume des Dix Mille. Pour échapper à la Grande Sorcière et transmettre les péchés dont ils avaient été témoins, ceux qui avaient choisi de devenir des arbres s’éveillèrent de leur long sommeil.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>