Chapitre 580
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 580 : Mademoiselle Agartha
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Peu de gens le savaient, mais le monde végétal était bien plus féroce, désespéré et brutal que celui des animaux.
Certains bosquets rivalisaient pour pousser plus haut et capter un peu plus tôt ne serait-ce qu’un rayon de soleil supplémentaire, quitte à se détruire dans leur lutte. Les lianes de kudzu grimpaient alors sur ces arbres qui s’étaient épuisés à pousser, telles des serpents, et les étouffaient jusqu’à la mort. Certains arbres répandaient du poison autour d’eux, tandis que certaines herbes y résistaient et s’emparaient du terrain ainsi libéré.
Les plantes semblaient immobiles et paisibles, mais elles se livraient à chaque instant une guerre acharnée pour voler un peu plus de lumière.
Ces guerres avaient aussi lieu au sein d’un même arbre. Les branches qui poussaient plus bas étaient privées de lumière par l’épais feuillage au-dessus d’elles et finissaient par ne plus produire de bourgeons. Incapables de s’étirer davantage faute de soleil, elles ne laissaient derrière elles que de minces brindilles avant de disparaître.
Les parties inférieures étaient éliminées, tandis que les supérieures prospéraient. C’est ainsi que les arbres prenaient les formes que nous connaissions.
L’Arbre-Monde était lui aussi un arbre ; il aurait donc dû obéir à ces règles.
Pourtant, l’Arbre de l’Origine avait été un Dieu démoniaque avant d’être un arbre. Il échappait au bon sens des arbres ordinaires.
D’innombrables petites branches s’étendaient comme un filet. Il n’y avait pas de feuilles : aucun rayon de soleil n’atteignait cet endroit, et elles n’étaient donc pas nécessaires.
À la place, des champs poussaient là où auraient dû se trouver les feuilles. Des semis étaient suspendus au bout des branches, et des récoltes inconnues y poussaient. Des gens portant des paniers avançaient prudemment sur les branches, un pas après l’autre, pour récolter les cultures mûres.
Les semis qui poussaient sur les branches à différentes hauteurs ressemblaient à des rizières en terrasses. Le problème, c’était que les dénivelés entre les terrasses atteignaient plusieurs mètres. Malgré tout, je distinguais assez de monde pour appeler cet endroit un village.
Ça valait la peine de m’être fixé quatre ailes. Même en tenant la régresseuse, je ralentis suffisamment pour planer jusqu’au sol. Les ailes, leur tâche accomplie, se flétrirent et tombèrent aussitôt.
« … Vous voilà enfin. »
La Grande Sorcière, qui nous attendait en contrebas, nous accueillit d’un air boudeur. Je déposai délicatement la régresseuse.
« Pour une première fois, nous sommes arrivés plutôt vite. Et puis, je n’étais pas seul. »
« … Vous êtes quand même en retard. »
« Personne ne nous attend, alors comment pourrais-je être en reta… »
J’étais sur le point de balayer ses paroles d’un revers de main quand je remarquai une foule qui s’approchait de notre lieu d’atterrissage. Les gens sur les branches grimpaient aux échelles et aux cordes comme un essaim de fourmis, et se rassemblaient autour de nous.
Il était tout naturel qu’une personne descendue du ciel avec des ailes attire l’attention. Pourtant, leur réaction était beaucoup trop enthousiaste.
« C’est la sorcière ! »
« La sorcière ! »
Les gens autour de nous poussèrent des acclamations tonitruantes. Ils eurent la décence de ne pas grimper sur la branche où nous nous tenions, mais leurs regards brûlants et leurs cris me donnaient l’impression d’assister à un spectacle.
C’était étrangement agréable d’être accueilli si chaleureusement par des inconnus. Je leur rendis leur salut de la main.
« Bonjour ! Merci beaucoup pour cet accueil ! »
« T’es qui, toi ? Dégage ! »
« T’es même pas une sorcière ! »
Quelle rudesse. Devais-je m’éveiller en Roi du Péché ?
« Beurk, il y a trop de monde. Je suis descendue tellement vite que j’ai oublié de changer d’apparence avec les Masques d’Agartha… J’aurais dû dissimuler ma présence avant de venir. »
La sorcière qu’ils avaient accueillie venait de pâlir, accablée par une anxiété sociale extrême. La Grande Sorcière se toucha le visage et essaya de tenir bon, mais elle finit par avoir un haut-le-cœur et se réfugia derrière moi.
Son aversion pour les gens avait empiré au contact de la foule. Enfin, mieux valait une personne que des dizaines. C’était peut-être l’occasion de nous rapprocher…
« T-tu t’en occupes… »
La Grande Sorcière me poussa dans le dos, évita les gens qui s’approchaient et se cacha derrière la régresseuse. Mais la foule continua d’avancer.
« Vous êtes bien la sorcière venue d’au-dessus des nuages de feuilles ? »
« Euh, oui. C’est exact. »
« C’est à la sorcière qu’on a posé la question. »
« La sorcière m’a laissé vous répondre. En tant que son représentant, voici tout ce que j’ai à dire : dégagez, bande d’imbéciles. »
Avais-je l’air si facile à bousculer ? Ma réponse mit le villageois en colère, et il se rua sur moi.
« T’es même pas une sorcière ! »
« Toi non plus ! »
J’inclinai la tête pour esquiver son attaque, lui empoignai tout le visage et le plaquai au sol. Sa tête heurta l’arbre, puis il se mit à trembler sans émettre un son.
Ce villageois n’était ni la Grande Sorcière ni Nevida. Qu’est-ce qu’un simple citoyen croyait pouvoir me dire ? Il pensait que je baissais la tête devant tout le monde ?
La violence était la forme de langage corporel la plus facile à comprendre. Les gens, un peu calmés, me regardèrent et chuchotèrent entre eux. Je demandai à la personne au sol : « Au fait, pourquoi cherchez-vous la sorcière ? »
« Euh… On voulait lui demander d’accepter une commande… »
« Une commande ? De quel genre ? »
« Un remède pour faire repousser les cheveux… »
« Waouh. Les sorcières peuvent fabriquer ça ? Elles sont encore plus incroyables que je ne le pensais. »
Dès qu’une personne eut pris la parole, les autres se mirent à crier tous en même temps.
« Un léopard a attaqué notre village ! Il nous faut un poison mortel pour le tuer ! »
« Je suis venu chercher une livraison de pissenlits de mine. Quand les sorcières arriveront-elles ? »
« Des champignons poussent sur le corps de mon père, et il est en train de mourir ! Il nous faut un remède ! »
« Les céréales poussent mal sur les branches, ces derniers temps. Vous n’auriez pas une sorte d’engrais ? »
Ils agitaient des morceaux de métal et des pièces alchimiques qu’ils serraient dans leurs mains. Sans parvenir à comprendre immédiatement la situation, je me tournai vers la Grande Sorcière.
« … Toutes sortes de matériaux poussent sur l’Arbre de l’Origine, mais les minerais et les métaux sont rares… Alors, nous les prenons et fabriquons des choses comme des remèdes en échange… »
« Ah, du troc ? Je suppose que les sorcières auraient du mal à extraire des minerais. »
Elles acceptaient des commandes et recevaient des minerais en paiement ? Il y avait l’air d’avoir beaucoup de demandes, sans doute parce qu’elles s’étaient accumulées depuis longtemps. C’était bien trop pour que je puisse tout régler.
Mais je n’avais aucune idée de la façon dont cette foule réagirait si je lui disais que ça ne pourrait pas se faire tout de suite. Les gens désespérés avaient tendance à devenir agressifs.
« Écoutez, je ne peux pas retenir tout ça si vous criez tous en même temps. Organisez vos demandes et apportez-les-moi. Je les transmettrai là-haut. »
« Les transmettre ? À quelle sorcière ? »
« Les sorcières choisiront. Chacune a ses spécialités, après tout. Ce ne serait pas plus simple de tout rassembler et de le leur apporter d’un coup, plutôt que de comparer leurs compétences une par une ? »
J’ignorais si les sorcières accepteraient toutes ces commandes. À vrai dire, je m’en fichais un peu. Mais ces gens seraient satisfaits de les noter, de les apporter et d’attendre.
« Attendez, attendez. N’essayez pas de les écrire sur mon corps. Il n’y a pas de chef de village ou de chef de tribu, ici ? Quelqu’un, ou un groupe, qui puisse vous représenter ? »
« Un… chef de village ? »
« Nous ne sommes pas une seule tribu, alors nous n’avons rien de ce genre. »
« Il y a quand même un endroit qu’on pourrait considérer comme représentatif… »
Tous les regards se tournèrent vers un endroit. Parmi les innombrables branches qui s’étendaient depuis l’Arbre de l’Origine, c’était celle qui portait le plus visiblement la marque de la main humaine. Des épis de blé dorés y pendaient à la place des feuilles.
« La Branche de la Rizière. »
Les gens qui vivaient sous l’ombre de l’Arbre-Monde habitaient sur ses branches. Même si l’Arbre de l’Origine était l’Arbre-Monde et que ses branches étaient assez grandes pour qu’on y vive, une branche restait une branche. Les branches qui s’élevaient en diagonale ne connaissaient pas la notion de terrain plat. Les petits bouts de sol plats que les humains avaient aménagés en assemblant des planches étaient tout ce qu’ils pouvaient espérer de mieux.
« Un village plein d’escaliers. La qualité de vie doit être épouvantable. »
Tout en maugréant, je montai les escaliers. La régresseuse prit soudain la parole, comme si quelque chose venait de lui traverser l’esprit : « Quand je vois des choses comme ça, je me dis que tu t’intéresses vraiment à la façon dont les gens vivent. »
« Pardon ? »
« Où que tu ailles, on dirait que tu observes les gens qui vivent là. C’est pour ça ? Parce que tu es le Roi de l’Humanité ? »
« Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. »
Pourquoi irais-je me promener pour observer les humains ? Il y avait simplement des gens partout où j’allais.
« Ah bon ? »
La régresseuse laissa tomber le sujet avec désinvolture et regarda autour d’elle.
« Au fait, où est passée cette sorcière ? Elle a disparu d’un coup. »
« Elle n’était pas à côté de toi, Shei ? »
« Je ne sais pas. Elle s’est cachée derrière moi, puis elle a disparu à un moment. »
« D’habitude, je ne rate jamais une présence. Mes sens se sont-ils émoussés parce que je suis blessée ? »
Non, elle n’avait rien raté. La Grande Sorcière était juste derrière nous.
Elle nous suivait en dissimulant sa présence grâce aux Masques d’Agartha. Elle s’était mêlée à la foule, mais personne ne lui prêtait attention. Sans son chapeau de sorcière et avançant tranquillement derrière nous, elle se fondait parmi les passants, qui ne se rendaient même pas compte de sa présence.
« … Personne ne me reconnaît. C’est plus confortable comme ça. Les Masques d’Agartha… Ils sont confortables. »
Les Masques d’Agartha avaient trois aspects : la Vérité, la Bonté et la Beauté.
La Vérité modifiait la perception.
En général, quand on regardait le visage de quelqu’un, on pouvait deviner à peu près son genre ou son âge. Mais le Masque d’Agartha déterminait ce que les autres voyaient en son porteur. Même quelqu’un avec un visage comme celui de la régresseuse pouvait être pris pour un homme en portant ce masque.
La Bonté déterminait l’impression qu’on dégageait.
Peu de gens se sentaient menacés par le visage d’un chien souriant, aussi grand soit-il. En revanche, ils réagissaient avec crainte devant un léopard ou un loup de taille similaire. Le deuxième masque d’Agartha influait sur la méfiance que suscitait un visage.
La Beauté révélait la beauté.
Le charme, la présence, le charisme qui attirait les regards et la sensualité qui séduisait le sexe opposé. Elle révélait ou dissimulait cette présence qui donnait au visage un éclat particulier.
Pour éviter d’attirer l’attention, la Grande Sorcière portait les trois masques à la fois. Elle avait réduit sa présence autant que possible et s’était fondue dans la foule sous les traits d’une fille ordinaire, sans attirer le regard de quiconque.
« Ce sont les masques de mon ancêtre… Non, le visage même d’Agartha. L’autorité du roi, qui agit sur les bêtes autant que sur les humains. »
Les humains n’étaient pas les seuls êtres capables de reconnaître des visages. L’effet serait cependant bien plus faible sur les bêtes.
La Grande Sorcière s’en servait pour des broutilles, mais Agartha, l’un des Cinq Seigneurs, avait unifié la jungle grâce à ce pouvoir. Parfois grâce à la beauté, parfois par la crainte, parfois encore grâce au pouvoir de la civilisation, Agartha avait soumis les sauvages incivilisés et les avait ralliés à un ordre unique. Agartha avait même dompté les bêtes qui représentaient la plus grande menace de la jungle.
Cette autorité était si puissante qu’elle semblait supérieure à la capacité de la famille royale Grandiomor, qui n’agissait que sur les relations humaines. Ironiquement, le pouvoir moindre de Grandiomor avait survécu plus longtemps.
« … J’ai cherché dans cette jungle pendant des centaines d’années, et voilà qu’il vient à moi tout seul. Je n’aurais jamais pensé qu’il se trouvait dans le cimetière des éléphants… On y meurt si on s’y rend. On dirait que la Sainte Vierge pouvait même voir à travers le cimetière des éléphants. »
En repensant aux paroles de la régresseuse, la Grande Sorcière s’enfonça dans ses réflexions.
« Attends, quand même… Si elle a trouvé les masques dans le cimetière des éléphants, comment est-elle arrivée jusque-là ? »
« Nous y sommes ! Voici la Branche de la Rizière. Si vous allez par là… Hein ? Où est la sorcière ? »
Ce n’est qu’alors que les gens se mirent à chercher la Grande Sorcière du regard. Bien qu’elle se tînt juste au milieu d’eux, personne ne la remarqua.
« Ah… Heureusement que j’ai les masques… »
Les gens passèrent devant elle et aperçurent la régresseuse. Avec le masque, celle-ci aurait pu avoir l’air d’un bel homme. Mais sans le masque et avec ses cheveux qui avaient un peu repoussé, elle ne pouvait plus passer pour un homme. Les gens la montrèrent du doigt.
« Cette personne aussi a l’air d’être une sorcière. »
« Idiot. Elle n’a pas de chapeau de sorcière. »
« Mais ses vêtements sont vraiment étranges. Elle a les deux bras attachés. Elle doit être sacrément puissante pour devoir se sceller les mains elle-même. Elle doit être une sorcière incroyable ! »
En les entendant, la régresseuse me lança un regard agacé.
« … Explique-leur. »
« Beurk, vous êtes vraiment pénibles toutes les deux. Pourquoi êtes-vous si nulles pour parler aux gens ? »
Il y avait quelque chose qui clochait dans ce monde. La régresseuse et la Grande Sorcière étaient toutes deux beaucoup trop douées pour tout le reste, au vu de leurs aptitudes sociales. Il faudrait que quelqu’un leur retire une partie de leurs talents.
« Ne vous inquiétez pas. La sorcière veille sur vous tous avec sa magie, en ce moment même. »
« Vraiment ? Elle ne s’est pas enfuie ? »
« Qu’est-ce qu’une sorcière aurait à craindre ? Elle pourrait tous vous transformer en grenouilles si elle le voulait. »
« Mais… »
« Vous devenez franchement impolis. Sorcière ! Transformez-en un en grenouille, pour donner l’exemple ! »
« Ah ! Non, non ! Pardon ! »
Les gens d’ici traitaient les sorcières avec une certaine désinvolture. Enfin, les sorcières n’avaient rien de particulièrement mystérieux dans une jungle pleine de magie et de merveilles.
« Lentilles d’eau, “nourriture pour grenouilles” ? Héhé… Ce ne serait peut-être pas si mal si tous les humains se transformaient en grenouilles… »
« Ils s’excusent. Soyez magnanime et pardonnez-leur ! »
« Tss… »
Elle avait failli le faire pour de vrai. Je ne devrais pas plaisanter avec quelqu’un qui pouvait donner vie à ses blagues.
Comme ils ne me croyaient pas, les gens me regardèrent avec un air soupçonneux, mais ils ne pouvaient rien y faire. Ceux qui nous entouraient se dirigèrent vers un bâtiment au centre de la Branche de la Rizière, qui ressemblait à un pavillon.
Comme il n’y avait pas de sol sur les branches où poser des fondations, ils devaient aplanir les structures en plaçant des planches sur des piliers. C’était peut-être pour cela que tous les bâtiments ressemblaient à des pavillons. De grands pavillons s’élevaient là où les branches se divisaient, à des endroits où deux branches pouvaient servir de supports.
Entre ces branches si énormes que la distance donnait le vertige, les pavillons ornés de lianes tombantes et d’épaisses feuilles étaient aussi beaux que des scènes de tableau. Naturellement, comme pour toute œuvre d’art, traverser le décor à pied était assez épuisant pour me tuer.
Tout le monde gravit les branches en haletant, puis reprit son souffle devant le plus grand pavillon. Un instant de silence passa. Personne parmi les gens rassemblés ici n’osait s’approcher du pavillon ; ils hésitaient.
Quelqu’un finit par s’adresser à moi.
« Euh… le représentant de la sorcière. »
« Oui ? »
« Je suis désolé, mais pourriez-vous entrer le premier ? »
« Quoi ? C’est la première fois que je viens ici, et je ne connais personne à l’intérieur. »
« Vous venez d’au-dessus des nuages de feuilles. Ces gens sont forts et féroces, mais ils respectent ceux qui viennent d’au-dessus des nuages de feuilles. »
Des nuages de feuilles ? Je levai les yeux vers la partie supérieure de l’Arbre de l’Origine. Un feuillage luxuriant couvrait le ciel comme des nuages d’orage. Les gens sous l’arbre appelaient apparemment cet endroit les nuages de feuilles.
On aurait dit qu’ils désignaient ainsi les gens venus du Domaine des Seigneurs. Enfin, des personnes comme Nevida et la Grande Sorcière devaient leur sembler aussi extraordinaires que si elles étaient descendues des nuages.
« Et… Nous avons aussi un peu peur de ceux qui viennent de l’autre côté des prairies. Ils sont originaires du même endroit que la Reine. »
Du point de vue des anciens habitants du Royaume des Dix Mille, les gens à l’intérieur de ce pavillon étaient eux aussi des personnages à part. Je demandai : « Quoi ? Ceux qui sont là-dedans viennent de l’autre côté des prairies ? »
Comme ils trouvaient que c’était le bon moment pour se plaindre, chacun y alla de son petit commentaire.
« Ah, oui. Des étrangers sont venus s’installer dans le pavillon du village de la Rizière. »
« Ils sont petits, mais ridiculement forts. »
« Ils se comportent comme s’ils étaient les chefs du village ! Alors qu’ils ne viennent même pas d’au-dessus des nuages de feuilles ! »
Ils devaient avoir beaucoup de choses sur le cœur. Pourtant, aucun d’eux n’osait avancer ; ils étaient donc manifestement terrifiés aussi.
S’ils ne voulaient pas entrer, tant pis. Je pouvais ouvrir la porte moi-même. Voyons voir.
« Ils n’arrêtent pas de dire qu’ils sont les Seigneurs de toute la Création. Ils ne font que frimer ! »
… Quoi ?
Je me figeai devant le pavillon. Les Seigneurs de toute la Création, c’était une expression étrangement familière.
Pris d’un curieux sentiment de malaise, j’ouvris la porte.
« Ouaf. Désolé, mais le propriétaire des lieux n’est pas là pour le moment. »
Une voix qui évoquait celle d’une bête minaudant s’éleva de l’intérieur. Un homme-bête canin en costume noir était assis sur un bureau et m’accueillit.
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