Chapitre 579
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 579 : La Sorcière de la Forêt endormie
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Une silhouette humaine à l’intérieur d’un fruit de chair ? Voilà qui était étrange. Ce n’était ni le Domaine des Seigneurs, ni l’un des étages supérieurs. Rien ne justifiait qu’une personne se trouve sur une branche qui portait des animaux à sabots.
Mais qu’est-ce que c’était ? Je décidai de l’ouvrir d’abord. Je sortis une carte et fendis la peau du fruit. Comme il s’agissait d’un fruit de chair, sa peau était aussi résistante que du cuir, mais j’avais autrefois été réputé pour être un maître pickpocket. La carte se glissa dans une faille et fendit aisément la peau. Un liquide semblable au liquide amniotique s’en écoula.
Il devait y avoir une vache à l’intérieur de ce fruit, pourtant je sentais la présence de quelqu’un. Je passai la main par la déchirure et attrapai une cheville.
« Allez, on sort de là. »
Au lieu d’une vache, je tirai du fruit une femme qui y dormait.
Elle était emmitouflée de la tête aux pieds. Sa chemise était boutonnée jusqu’au cou sous une épaisse cape. Quelques mèches violettes dépassaient d’un grand chapeau de sorcière qui aurait pu lui couvrir toute la tête. La petite sorcière à l’air fragile dormait à poings fermés, sans se douter de ma présence.
Ce n’était tout de même pas quelqu’un qui avait poussé dans ce fruit ? Une personne vivante s’y était glissée.
« Mmm, mmm. »
La régresseuse remarqua la sorcière qui parlait en dormant et demanda : « Qui est-ce ? »
« Eh bien, tu vois… »
Quant à savoir qui était cette personne endormie dans un endroit aussi étrange…
« Merci de m’avoir prêté ton corps, Pero. Repose-toi bien. Bon, et si je commençais mon étude de terrain sur le Roi de l’Humanité ? Voyons voir… Le Roi de l’Humanité n’est pas encore rentré dans sa chambre ? Où est-il allé, alors qu’il n’y a nulle part où aller ? »
C’était la Grande Sorcière.
La Grande Sorcière découvrait le monde et communiquait par l’intermédiaire de ses familiers. Elle dissimulait son véritable corps et se consacrait à les contrôler, afin de protéger le corps sans défense qu’elle laissait derrière elle. Personne n’aurait imaginé qu’elle était cachée dans un fruit de chair et, même si quelqu’un y avait pensé, comment aurait-il pu la trouver parmi tous ces fruits innombrables ?
« C’est une sorcière. Je crois qu’elle est venue chercher un endroit où dormir. »
Quelle rencontre inattendue. Il serait suspect que je perce immédiatement l’identité de la Grande Sorcière ; pour le moment, je me contenterais donc de l’appeler « sorcière ». La régresseuse fixa la dormeuse, jeta un coup d’œil autour d’elle, puis demanda tout à coup : « Tu es venu ici pour la voir ? »
« Pardon ? »
« Tu as trouvé ce fruit tout de suite, parmi tous les autres. Tu as quelque chose à faire avec cette sorcière, non ? »
« … »
« Quoi ? Ne me dis pas que tu vas prétendre que c’était un hasard. »
« Non, bien sûr que non. »
Eh bien, elle avait raison. J’étais venu parce que j’avais senti des pensées étranges en descendant. La régresseuse avait de bons instincts.
« Pas étonnant. Je me demandais pourquoi tu avais soudain dit que tes bras te faisaient mal. »
« Ils me font vraiment mal, tu sais ? Tu crois que tu es légère comme une plume. Tu penses que tout le monde a le béguin pour toi ? »
« Je ne voulais pas dire que j’étais légère ! Tu as des capacités de régénération ! »
Alors que nous nous chamaillions, la sorcière perçut le bruit, marmonna et fronça les sourcils dans son sommeil.
« J’entends la voix du Roi de l’Humanité. Est-il dehors ? Non. Elle est proche. Comme s’il était juste à côté de moi. Hein ? »
Sentant que quelque chose clochait, la Grande Sorcière ouvrit brusquement les yeux. Son regard croisa le mien. Elle regarda alternativement mon visage et le fruit où elle était couchée, puis remua les lèvres, terrifiée.
« Ah… ah, ah ! »
La Grande Sorcière se recroquevilla dès qu’elle me vit, comme si elle venait de repérer un intrus. La régresseuse me réprimanda.
« Tu lui as fait une peur bleue. »
« C’est parce que Shei a une tête effrayante. »
« Ne raconte pas n’importe quoi ! D’ici, elle ne pouvait même pas voir mon visage ! »
« Donc tu admets que tu as une tête effrayante. »
« Au moins, je me comporte mieux qu’un certain individu ! »
« Pardon ? Qu’est-ce que tu me reproches ? »
« Quand on y réfléchit, tu as tiré de force une personne endormie ! Évidemment qu’elle a eu peur ! »
Était-ce vraiment la raison ? Quelqu’un comme la Grande Sorcière n’aurait jamais craint d’être blessé. Après tout, c’était une Ancienne. Même si son corps avait été écrasé pendant qu’elle dormait, elle se serait régénérée sans problème. Elle commandait d’innombrables familiers et recourait à une magie noire terrifiante sans courir le moindre risque. C’était le genre d’être qu’on devait craindre, pas quelqu’un qui pouvait éprouver de la peur.
Elle n’avait qu’une seule raison d’être effrayée.
Elle avait tout simplement peur des gens.
Autrement dit, la Grande Sorcière souffrait d’une phobie des gens.
« Bonjour ? »
« … N’approche pas. C’est dégoûtant. Je vais te tuer. »
« Pardon ? »
Tu vois ? Elle ne me considérait pas comme une menace. Elle avait simplement peur d’avoir affaire aux gens.
Bien qu’elle hésitât, la Grande Sorcière m’insulta et recula lentement en agrippant son col.
« Ah, ah… Tu m’as fait peur. Je suis allée dans un endroit où personne ne pouvait me trouver. Comment a-t-il su que j’étais là ? Est-ce le pouvoir du Roi de l’Humanité ? »
« J’ai senti quelqu’un de loin et je suis venu vérifier. Je suis assez sensible à la présence des gens. Il y avait quelqu’un dans un fruit qui fait pousser des vaches, alors je voulais savoir si tu étais morte ou coincée. »
« C’est… c’est une ingérence… inutile… »
« Ah bon ? Alors retourne dedans. »
« … Laisse tomber. »
« Il est donc établi qu’il est inutile de se cacher du Roi de l’Humanité… Hein ? Mais le Roi de l’Humanité sait-il qui je suis ? »
Pourquoi ? Évidemment que je le savais. Tu étais emmitouflée de la tête aux pieds, mais nous nous étions déjà rencontrés. Je n’étais pas atteint de prosopagnosie, alors pourquoi ne t’aurais-je pas reconnue…
« Je porte le Masque d’Agartha, un trésor du Royaume des Dix Mille. Le Roi de l’Humanité pourrait-il vraiment percer à jour un masque qui modifie la perception des autres ? »
Toi aussi ?!
Je vérifiai discrètement la réaction de la régresseuse. Elle avait rencontré la Grande Sorcière en personne, quand celle-ci était arrivée à dos d’éléphant, mais elle n’avait absolument pas reconnu son identité. Elle l’avait simplement prise pour une sorcière à cause de son chapeau et de ses vêtements.
Si je révélais ici que j’avais reconnu la Grande Sorcière, ce serait comme avouer que j’avais compris dès le début que la régresseuse se faisait passer pour un homme. Devais-je tout révéler ? Mais alors…
« Au fait, est-ce normal qu’une sorcière soit ici toute seule ? Les autres sorcières semblaient très occupées à travailler dans le Domaine des Seigneurs. »
Bon sang. C’était bien plus facile de faire semblant de ne pas savoir.
« Il ne sait pas ! Même le Roi de l’Humanité peut être dupé par le Masque d’Agartha, parfait en vérité, en bonté et en beauté ! À ce rythme, je pourrai peut-être aussi visiter le cimetière des éléphants ! »
La Grande Sorcière se dérida un peu quand je lui posai la question comme si j’ignorais tout. D’ordinaire, elle m’aurait ignoré par gêne et timidité, mais de meilleure humeur, elle décida de me répondre.
« Euh, ah, mmm… Je suis la disciple préférée de la Grande Sorcière… »
« Si tu es sa disciple préférée, tu ne devrais pas travailler encore plus dur ? »
« … Non. La Grande Sorcière et moi, nous nous spécialisons dans les non-humains plutôt que dans les humains. Walpurgis s’occupe de tout ce qui concerne les humains… »
« Walpurgis ? »
« C’est une sorcière légendaire qu’on appelle la Sorcière de la Nuit… Walpurgis crée le plaisir et les illusions, et piège les gens jusqu’à ce qu’ils ne sachent plus distinguer le rêve de la réalité. »
C’était elle qui s’occupait de la Grande Sorcière. Elle faisait sans cesse des courses pour elle, mais elle était apparemment plus impressionnante que je ne l’avais cru. Cela dit, il fallait bien être aussi compétent pour servir la Grande Sorcière.
« Par non-humains, tu veux dire les bêtes ? »
« O-oui. Les bêtes, mais aussi les plantes et les arbres. »
« Ça tombe bien. Guide-nous quelque part, s’il te plaît. »
« V-vous guider ? »
« Dans un endroit important, n’importe lequel. Tout ce que je vois ici, ce sont des fruits d’animaux sinistres. »
« Pour ça, il faut descendre plus bas que l’Étage des animaux… jusqu’à l’Étage des plantes. Le village est là… »
« Un village ? Il y a un village sur l’Arbre-Monde ? »
L’Arbre-Monde était aussi grand qu’une colline. Cela ne voulait pas dire qu’il était aussi agréable à habiter qu’une colline.
Aussi grand fût-il, l’Arbre-Monde restait un arbre par nature. Ses branches se balançaient dans des vents violents, et les feuilles qui en tombaient étaient bien plus dangereuses que des gouttes de pluie. Quiconque vivait ici risquait à chaque instant de tomber et de se tuer.
Plus important encore, on ne pouvait pas cultiver la terre sur un arbre. Pour se nourrir, les habitants devaient apporter de la nourriture depuis les champs sous l’ombre de l’Arbre-Monde, là où le soleil parvenait à percer.
Ça pouvait convenir à des druides en formation ou à des gens qui construisaient des nids, mais l’endroit ne semblait pas assez vaste pour accueillir un village.
« … Oui. L’Arbre de l’Origine, euh, fait pousser des récoltes… Non, il les porte. L’Arbre de l’Origine, euh… »
La Grande Sorcière tenta de m’expliquer, puis s’embrouilla en cherchant comment formuler les choses. Elle se gratta la tête sous son chapeau et nous regarda tour à tour, la régresseuse et moi, à plusieurs reprises, avant de se perdre dans ses pensées.
« Quand j’étudie les loups sur le terrain, je me synchronise avec des loups. Quand j’étudie les perroquets, je me synchronise avec des perroquets. Si je veux étudier le Roi de l’Humanité, je devrais me synchroniser avec des humains… Je vais considérer ce corps comme un familier, moi aussi. Ce sera moins… dégoûtant. »
Il s’agissait davantage d’une haine des humains que d’une phobie des gens. Pour la Grande Sorcière, voyager avec des gens semblait être une décision de taille.
« … Je vais vous montrer. Suivez-moi. »
« Oui. Passe devant. »
Dès que je fis un pas dans sa direction, la Grande Sorcière se couvrit la bouche et eut un haut-le-cœur.
« Beurk. Ne t’approche pas. »
« Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? Tu es comme Shei. »
« Je ne suis pas si terrible ! »
Après s’être éloignée de moi, la Grande Sorcière détacha de petites branches du fruit de chair. Elle en prit six, toutes dépouillées de leurs feuilles, et les serra dans ses mains. Puis, elle sortit des plumes de perroquet de ses vêtements et en inséra une dans chaque branche. Une fois son catalyseur achevé, la Grande Sorcière récita une incantation et enfonça les brindilles dans le fruit de chair.
« Feuilles du perroquet. Os des ailes de l’Arbre-Monde. Nageoires dans les airs. Par la terre, accorde le pouvoir de nager dans le ciel. »
Quand la Grande Sorcière eut fini de marmonner son sort, elle tira sur les branches qu’elle avait enfoncées.
« Ghhh… ! »
Après avoir forcé un moment, les brindilles se changèrent en énormes ailes. Les branches devinrent des armatures solides, et d’épaisses plumes de perroquet y pendaient à la place des feuilles. La Grande Sorcière nous tendit les six ailes.
« Attachez-les… à vos épaules. »
« Des ailes ? On dirait qu’elles vont tomber tout de suite. »
« Quand elles touchent la chair… des racines poussent… »
Elle avait très bien parlé par l’intermédiaire du corps d’un perroquet, mais maintenant qu’elle se trouvait face à nous, elle semblait avoir attrapé une maladie. Sa voix s’éteignit maladroitement et la Grande Sorcière appuya la base d’une aile contre son épaule pour nous montrer.
Dès que l’extrémité coupée de la branche toucha son épaule, des racines en jaillirent et s’enroulèrent étroitement autour. La Grande Sorcière battit elle-même de l’aile et me jeta un regard.
« … Tu as vu ça ? »
Puis, sans ajouter un mot, elle sauta dans le vide. Agrippant ses vêtements et son chapeau, la Grande Sorcière s’envola vers les branches, bien plus bas. Elle planait plutôt qu’elle ne volait, mais ses ailes battaient et bougeaient d’elles-mêmes pour la diriger.
« On dirait qu’elles ne servent pas seulement à planer. »
Je sentais une vive énergie émaner des ailes. Elle avait changé des branches de l’Arbre-Monde et des plumes de perroquet en ailes. La sorcellerie de la Grande Sorcière avait aussi quelque chose de mystérieux.
La régresseuse s’approcha de moi et dit : « Suivons-la. Les sorcières disposées à parler sont rares. On pourrait trouver un indice utile. »
« Elle n’a pas l’air très douée pour parler. »
« Tu t’entends très bien avec les gens qui ont du mal en société, non ? Essaie. C’est l’occasion de mettre ton talent à profit. »
« Eh bien, je suis devenu ami avec Shei. »
« Je suis l’exemple parfait des gens qui ont du mal en société, maintenant ?! »
« Il a quand même pensé que nous étions amis… Ça me rassure. »
Il fallait choisir. Soit tu te fâchais, soit tu étais touchée.
Quoi qu’il en soit, j’enfonçai les ailes dans mes épaules. Des racines surgirent aussitôt et s’enroulèrent autour de celles-ci. Quand je levai légèrement le bras, les ailes frémirent. Elles ne bougeaient pas tout à fait d’elles-mêmes. Elles semblaient réagir aux mouvements de mes omoplates.
« Bon, alors ces ailes… Oh. »
J’allais fixer des ailes aux épaules de la régresseuse, mais je fronçai les sourcils en voyant ses deux bras solidement enveloppés de bandages. Si je lui donnais des ailes alors qu’elle ne pouvait pas se servir de ses bras, elle tomberait droit en bas.
La régresseuse remarqua mon hésitation et demanda : « Hmm. Ça pourrait marcher ? »
« Si tes bras étaient vraiment arrachés, j’aurais pu les fixer à leur place. Dommage. »
« Ne dis pas des choses aussi horribles. Avec des ailes, tu ne peux même pas tenir une épée. »
« Je ne crois pas que tenir une épée soit le plus important, ici. »
Peu importait où j’essayais de les placer, ça ne marcherait pas. Je n’avais pas le choix. Je fixai à ma taille les ailes destinées à la régresseuse. Sentant les ailes prendre racine autour de mes hanches, je la saisis par-derrière.
« Ouf… »
« Je ne veux pas m’y habituer ! »
La régresseuse n’eut presque aucune réaction ; elle s’y était peut-être habituée. Elle affichait tout de même une expression gênée. La tenant suspendue contre moi, j’étendis mes ailes et sautai dans le vide.
Notes :
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