Chapitre 576
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 576 : Le Dieu démoniaque, c’est tout ?
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« D’abord, imaginez ce monde comme un être humain immense, gigantesque… Non, c’est difficile à se représenter. Simplifions les choses. Imaginez un dieu absolu qui aurait établi les règles de ce monde. »
Je n’aimais pas particulièrement cette comparaison, mais je n’avais pas le choix. Je poursuivis mes explications.
« Les grands principes créés par ce dieu constituent ce monde. Ils font couler l’eau, allument les flammes, attirent la foudre et mettent le monde en mouvement. Un Dieu démoniaque est un être humain qui possède une partie de ces grands principes sous forme d’Arcane innée. »
« Une Arcane innée ? Vous voulez dire que le pouvoir d’un Dieu démoniaque est une Arcane innée ? »
« Oui. Au fond, elle ne diffère en rien de votre Arcane innée. Il n’y a qu’une seule différence : la leur entre en résonance avec les principes de ce monde. Les principes que vous maîtrisez ne sont vrais que dans votre voisinage. Un Dieu démoniaque, lui, n’a pas cette limite. Son Arcane innée appartient au monde entier. »
C’était pour cela que le monde connaissait un tel bouleversement après la naissance d’un Dieu démoniaque. Son Arcane innée était à la portée de tous. Bien sûr, comme pour tout savoir, il fallait encore beaucoup d’efforts et d’étude pour parvenir à s’en servir.
« C’est pour ça que mes engrenages ne peuvent pas devenir un Dieu démoniaque ? »
« Oui. Enfin, si vous recouvriez toute cette terre d’engrenages, si vous suspendiez la lune et les étoiles dans le ciel à des engrenages pour les faire tourner, et si vous faisiez des engrenages l’un des grands principes qui mettent l’univers en mouvement, alors vous pourriez peut-être devenir un Dieu démoniaque, vous aussi. Si vous y parveniez, bien sûr. »
Pendant un bref instant, Maximilien envisagea sérieusement de le faire. Mais après avoir calculé le nombre d’engrenages nécessaires pour recouvrir la terre, il comprit vite que c’était pratiquement impossible.
« Alors, il n’y a pas d’autre moyen de devenir un Dieu démoniaque ? »
« Vous devriez vous appliquer à trouver une méthode par vous-même. Cela dit, je vous conseillerais plutôt une autre voie. »
« Laquelle ? »
« Avez-vous vraiment besoin de devenir un Dieu démoniaque ? Est-ce que c’est si extraordinaire que ça, un Dieu démoniaque ? »
Maximilien fronça les sourcils, croyant que je me moquais de son rêve. C’était le cas, mais pas uniquement pour le plaisir de me moquer.
« Un Dieu démoniaque reste un être humain. Il explore le monde, découvre par hasard un fragment de ses grands principes et en fait son Arcane innée. Il n’est pas différent de vous. Non, vous êtes peut-être même supérieur. Les Dieux démoniaques se contentent d’imiter l’Arcane innée du monde et de la lui voler, non ? »
À Maximilien de choisir : découvrir les grands principes cachés dans le monde ou suivre une voie que lui seul pouvait comprendre. À mes yeux, il était bien plus fait pour cette dernière, mais il ne semblait pas partager mon avis.
« Hum. Voilà une vision impressionnante. Malgré tout, ce n’est pas la voie que je désire suivre. »
« Vous rêvez toujours de devenir un Dieu démoniaque ? »
« Oui. Je recouvrirai le monde d’engrenages ! »
Maximilien était un engrenage. Le seul moyen pour lui d’interagir avec le monde consistait à lui plaquer des engrenages dessus. Si l’autre partie ressemblait à des engrenages, ils s’emboîtaient. Sinon, les dents de Maximilien la déchiquetaient.
Maximilien voulait transformer le monde, et l’humanité, en engrenages. Au fond, il souhaitait rendre possibles la pensée rationnelle et les échanges d’opinions efficaces.
« Ça ne marchera pas. »
« Ce n’est pas une raison pour renoncer. Et puis, ce n’est pas comme s’il n’existait aucune méthode. »
Maximilien me regarda à travers son monocle. Comme j’avais lu ses pensées, je grimaçai.
« … Le Roi de l’Humanité ? »
« Bien sûr. Vous avez dit que changer le Roi de l’Humanité ne servirait à rien, mais ce n’est pas tout à fait vrai, n’est-ce pas ? »
« Non. Je ne fais qu’énoncer la vérité. Me changer ne servirait à rien. Vous pouvez redessiner et colorier un graphique autant que vous voulez, la réalité, elle, ne change pas. »
« Hahaha ! Vraiment ? Alors pourquoi avez-vous changé ? Pourquoi avez-vous perdu votre pouvoir ? Comment le Sanctuaire a-t-il changé l’humanité ? »
Tss. Tout le monde avait pris de mauvaises habitudes. Il n’était pas nécessaire de s’en tenir à la méthode correcte en toutes circonstances, mais il y avait des limites aux raccourcis.
« Je vous ai clairement prévenu. Ça ne suffirait pas. »
« C’est peut-être vrai pour vous. Ayant perdu votre pouvoir, vous ne pouvez pas gouverner l’humanité. Mais qu’en est-il du Roi de l’Humanité, qui ne tardera pas à s’éveiller ? »
« … Même s’il retrouve son pouvoir et s’éveille, il ne gouvernera pas le monde. »
« Le monde voudra être gouverné ! »
Maximilien éclata de rire, puis poussa un soupir lorsqu’un léger tremblement parcourut le sol.
« Bon sang, pas une minute de répit ! »
L’instinct de Maximilien ne le trompait pas. Une fleur unique s’épanouit sur le sol, et Nevida sortit de son bourgeon pleinement éclos. En me voyant, Nevida joignit les mains et s’inclina.
« Mon seigneur. Votre logement vous convient-il ? »
« Ah, oui. La chambre est agréable. »
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le-nous savoir à tout moment. »
Après cette politesse de circonstance, Nevida fit signe à Maximilien. Il eut beau afficher son mécontentement, il n’eut d’autre choix que de se lever.
« Très bien, j’y vais ! Qu’est-ce qu’il y a, cette fois ? »
« Je vous le dirai une fois sur place. »
Ce comportement autoritaire n’était donc pas réservé à ma personne. Au moins, cela me rassurait. J’aurais trouvé injuste que Nevida ne se conduise ainsi qu’avec moi.
Maximilien me lança un regard navré.
« Je vous prie de m’excuser de devoir vous quitter avant la fin de notre conversation. C’est regrettable, mais je suis assez occupé. Nous nous reverrons ! »
« Inutile de vous excuser. J’espère que vous le resterez. Si possible, que cette rencontre soit la dernière. »
La voix fluette de la régresseuse retentit alors.
« Attendez, Hallebardier… ! »
« Qu’y a-t-il ? »
Visiblement ravi que quelqu’un l’interpelle, Maximilien se retourna aussitôt. Il semblait prêt à tout pour remettre son travail à plus tard.
« Qu’est-ce que… vous faites ici ? »
« Par “ce que je fais”, voulez-vous dire le rôle que je joue ici ? »
« Oui. Vous vous occupez des engrenages… Vous n’avez rien à faire à l’Arbre de la Corruption. »
« Hahaha ! Voilà la plus grande idée fausse de toutes ! »
Nevida pressa Maximilien du regard, mais celui-ci, dont le cœur battait au rythme des engrenages, ne semblait pas connaître la peur. Sans se soucier de son regard terrifiant, il reprit d’un ton enjoué :
« Ce grand horloger aveugle et arrogant crée toutes sortes de choses, mais il est incapable de fabriquer les outils dont il a besoin. Il crée des haricots chimères, des arbres de papier et des fruits de viande, mais se désespère de ne pas avoir le moindre ressort utilisable sous la main ! »
« … Un ressort ? »
« Oui. Comme dans l’État militaire, je fabrique des ressorts pour eux, ici… »
« Taisez-vous. »
Nevida ne laissa pas Maximilien déballer toutes ses informations. Des bambous jaillirent du sol et le frôlèrent d’un mouvement menaçant. On aurait dit qu’une forêt de lames avait surgi de nulle part. Leur pointe, affûtée à l’extrême, en faisait des lances dès qu’on les coupait.
Maximilien lui-même parut quelque peu effrayé. Il se tut et leva les deux bras. Après l’avoir réduit au silence, Nevida menaça la régresseuse.
« Vous ne vivez que parce que mon seigneur le veut. Rien de plus. Si vous ne voulez pas mourir, restez hors de ma vue autant que possible. »
Née à une époque barbare, Nevida ne se contentait pas de parler. Ses méthodes étaient assez cruelles pour faire passer de vulgaires brutes pour des enfants de chœur. La menace qui avait même réduit Maximilien au silence était glaçante.
Pourtant, la régresseuse ricana simplement.
« Vas-y, tue-moi. »
… C’est vrai. Tu n’étais pas du genre à laisser les paroles devancer les actes, toi non plus. Bien qu’incapable de bouger les bras, la régresseuse affronta Nevida sans ciller.
« Pourquoi ne pas désobéir à l’ordre de votre roi et me tuer ? Défiez en face le Roi de l’Humanité que vous vénérez avec tant de ferveur. Alors, je mourrai satisfaite. »
Leurs regards se heurtèrent. Leur face-à-face fut bref. Nevida détourna froidement les yeux. Inutile de mettre sa loyauté à l’épreuve en tuant une adversaire déjà neutralisée.
À la place, Nevida s’adressa à voix basse au perroquet de la Grande Sorcière.
« Hexia. Vous feriez mieux de ne pas lui parler. »
Le perroquet pencha la tête.
[Est-ce un ordre ?]
« Non. Je ne peux pas vous donner d’ordres. C’est un conseil. Les ennemis de la Sainte Vierge ne se limitent pas à moi. »
[Hein ? D’accord, j’y réfléchirai.]
« Cela suffira. »
Après quoi, Nevida embrocha Maximilien sur un bambou et monta sur le pétale de la fleur. Celui-ci se referma aussitôt, et Nevida et Maximilien disparurent de la pièce.
La régresseuse soupira, sa tension retombant, tandis que le perroquet volait dans la pièce, soulagé.
[Hi hi ! Les nuisibles sont partis, eux aussi. Les engrenages. Je ne les aime pas. Ils sont froids et durs. J’aime les choses douces et duveteuses. Si ça devient un Dieu démoniaque, le monde sera dur.]
« Ne t’inquiète pas. Ça n’arrivera pas. Pour devenir un Dieu démoniaque, il faut au moins être aussi capable que Tyr. »
[Je déteste ça aussi ! Hi hi ! Pourquoi Tyrkanzyaka ? Pourquoi a-t-il fallu que ce soit elle qui devienne un Dieu démoniaque !]
Le perroquet semblait n’avoir qu’une seule question : pourquoi Tyr était-elle devenue un Dieu démoniaque, et pas lui ?
[Tyrkanzyaka n’était qu’une petite peste dominée par son propre pouvoir ! Elle n’avait que cette force qui la dépassait et des gens talentueux attirés par elle parce qu’ils convoitaient cette force ! Elle n’était clairement pas faite pour devenir un Dieu démoniaque. Si j’avais continué à étudier ce sang, j’aurais pu la surpasser et devenir un Dieu démoniaque un jour !]
« Tu essaies juste de t’emparer de la réussite de quelqu’un d’autre. C’est pas un peu culotté ? »
[Tyrkanzyaka n’a jamais voulu devenir un Dieu démoniaque ! C’était un esprit vengeur qui ne pensait qu’à se venger ! J’aurais donc très bien pu devenir un Dieu démoniaque ! Ça n’aurait posé aucun problème !]
« Ça n’aurait pas posé de problème, mais ça fait plusieurs centaines d’années que tu as obtenu le sang de Tyr, non ? Si tu as si peu progressé malgré toutes ces années de recherches, tu n’aurais probablement pas réussi de toute façon. »
[Tyrkanzyaka, c’était pareil ! Pendant mille deux cents ans, elle n’a même pas rêvé de devenir un Dieu démoniaque. Alors pourquoi s’est-elle soudainement éveillée à ce pouvoir ? Pourquoi quelqu’un qui aurait dû être en train de massacrer le Sanctuaire s’est-elle mise à creuser dans son propre pouvoir ? Qui lui a mis cette idée en tête…]
Le perroquet grommelait quand il me surprit à détourner les yeux en sifflotant et fondit aussitôt sur moi.
[C’était toi ! C’est toi qui as convaincu Tyrkanzyaka de devenir un Dieu démoniaque !]
« Je ne l’ai pas transformée en Dieu démoniaque. Tyr l’est devenue par elle-même. »
[Tu as forcément été le déclencheur ! Tyrkanzyaka n’était pas stupide… Enfin, même si elle ne l’était pas, ce genre de choses ne l’intéressait pas. Ça ne pouvait être que toi !]
« Être le déclencheur, c’est impressionnant. Toi qui voulais devenir un Dieu démoniaque depuis le début, tu n’y es toujours pas arrivé. »
[Hé !]
Le perroquet m’agrippa les deux bras comme s’il voulait les arracher, battant des ailes. Il semblait vouloir m’emporter dans les airs avant de me laisser tomber.
« Et tu ne devrais pas plutôt te concentrer sur autre chose ? Plus important que de savoir qui a aidé Tyr à devenir un Dieu démoniaque, il y a la façon dont elle y est parvenue. »
[Hi hi ? Tu sais ?]
« Dans les grandes lignes. J’étais à proximité quand Tyr est devenue un Dieu démoniaque. »
Le perroquet, qui m’avait soulevé, se figea en plein vol. Une fois qu’il se fut calmé et m’eut reposé, je lui racontai brièvement ce qui était arrivé à Tyr.
« Après toutes sortes de péripéties, Tyr a réalisé son souhait et perdu son pouvoir. Plus exactement, elle a perdu son contrôle sur le sang. Elle a perdu l’immense autorité qui lui permettait de contrôler tous les Yeilings, les Ains et les Anciens, et n’est plus devenue qu’une fille dotée de l’art du sang. »
[Vraiment ? Alors, plus besoin d’éviter son emprise en recourant à des rituels de poupées. Et ensuite ?]
« Ensuite, plusieurs Anciens ont comploté une rébellion. Les raisons ne manquaient pas. Certains étaient déçus que la grande Progenitrice Tyrkanzyaka ait renoncé à son contrôle. D’autres voulaient s’emparer de ce pouvoir. Mais surtout, la rébellion était devenue possible parce qu’elle avait perdu ce contrôle. C’est dans la nature humaine : dès que quelque chose devient possible, les gens veulent le faire. »
[Haha ! Bien fait pour elle. Je savais depuis le début que ça arriverait. Tyrkanzyaka était puissante, mais ce n’était pas une dirigeante digne du respect qu’on me témoigne !]
C’était drôle d’entendre quelqu’un d’aussi timide qu’il se cachait dans un perroquet parler de respect. J’aurais aimé qu’elle se regarde dans un miroir.
« Alors Tyr a appris tous les pouvoirs et toutes les techniques qu’elle pouvait pour vaincre la rébellion des Anciens. Parmi ces techniques figuraient celles que les Anciens avaient cultivées pendant des centaines d’années. Même si elle avait perdu son contrôle, les techniques qu’ils employaient venaient de Tyr. Elle s’est approprié les pouvoirs et les techniques de chaque Ancien, et elle est devenue un Dieu démoniaque. »
Chaque Ancien était une sommité dont le nom méritait de figurer dans les livres d’histoire. Les compétences et les connaissances de douze êtres puissants, qui avaient chacun développé leur propre art du sang, étaient immenses. Réunir tout le savoir qui s’était ramifié en douze voies suffisait pour devenir un Dieu démoniaque.
[Hi hi ! Tu vois ? Au bout du compte, Tyrkanzyaka n’y est pas arrivée grâce à son propre pouvoir ! Quelle fourberie !]
« Mieux vaut un Dieu démoniaque rusé qu’une prétendante qui a tenté de voler le sang de quelqu’un d’autre. »
[Qu’est-ce qui me manquait ? Hé. Quelle était la révélation de Tyrkanzyaka ?]
« Sa révélation ? »
[La dernière pièce qui lui manquait pour devenir un Dieu démoniaque. La révélation qui a permis à Tyrkanzyaka de le devenir !]
Ah, ça ? Ce n’était rien d’extraordinaire. Tyr le savait déjà. Elle n’avait simplement jamais eu de raison d’y réfléchir.
« Être en vie, étonnamment, ce n’est pas si important. »
Notes :
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