Chapitre 575
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 575 : Quand je serai grand, je deviendrai le Dieu démoniaque
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Clic, clic, clic, clic.
Le fauteuil roulant à engrenages avançait sans à-coups dans le couloir de bois. Il franchissait les petites marches en y accrochant ses engrenages et, dès que la pente changeait, ceux-ci s’ajustaient automatiquement pour le maintenir à niveau. Il avait bien trop de fonctions pour qu’on puisse le qualifier de simple fauteuil roulant.
Tout en guidant le fauteuil roulant qu’on nous avait donné, je marmonnai :
« Ces engrenages… »
« Ça ne peut être que cet homme. Le Hallebardier Maximilien. »
La régresseuse grimaça.
Maximilien, le Hallebardier, était l’un des Six Généraux de l’État militaire.
C’était aussi un dirigeant des Seigneurs de toute la Création, la société secrète. Le Roi des engrenages.
La régresseuse claqua la langue, tandis que de vieux souvenirs refaisaient surface.
« Les Seigneurs de toute la Création… Tss. On se retrouve encore à l’Arbre de la Corruption. Ça me met d’encore plus mauvaise humeur. »
« Depuis quand es-tu de bonne humeur ? »
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
La régresseuse me lança un regard noir. Elle avait englouti tout un bol d’élixir et semblait avoir repris quelques forces. Quand on est blessé, les médicaments font leur effet.
« Qu’est-ce qu’on y peut ? Quiconque se fait traîner ici contre son gré est de mauvaise humeur. Mais, Shei, pourquoi pars-tu toute seule ? »
« Quoi ? De quoi tu parles ? C’est toi qui me pousses. Comment veux-tu que j’aille quelque part toute seule alors que je ne peux pas me servir de mes bras ? »
« Je ne pousse pas le fauteuil en ce moment. »
« Hein ? Mais j’avance, pourtant ? »
Exactement. Je ne la poussais pas, mais elle avançait.
Je fixai d’un air hébété le fauteuil qui s’éloignait en roulant, puis je sursautai et me lançai à sa poursuite. Il avançait tout seul, sans la moindre source d’énergie !
« Shei ! Ralentis ! À vouloir arriver un peu plus vite, tu risques d’y laisser ta peau ! »
« Je n’ai rien fait ! »
Le fauteuil roulant de la régresseuse négocia tout seul les virages et trouva son chemin sans aide. Je me dépêchai de la rattraper. Je suivis le fauteuil qui roulait autour d’un coin, puis franchit une porte et entra dans une vaste pièce.
[Croâ ! Te voilà !]
Un perroquet aux plumes rouges nous y attendait.
« Bienvenue ! Je vous attendais ! »
Et, comme je m’y attendais, Maximilien, l’un des Six Généraux de l’État militaire, se trouvait là. Il pouvait manipuler à sa guise tous les engrenages à portée de lui. Il fit venir devant lui le fauteuil de la régresseuse, fabriqué avec des engrenages, et l’examina sous toutes les coutures.
« Toi aussi, tu es là ! J’ai appris que tu avais perdu tes bras. On te les a rattachés ? Quel gâchis ! Si tu m’avais laissé faire, je t’aurais fabriqué des prothèses à engrenages plus solides, plus méthodiques et plus durables que tes bras ! »
« Hallebar… dier… ! »
« Qu’en dis-tu ? Tu veux te faire enlever les bras pour les remplacer, même maintenant ? Je t’apprendrai personnellement à te servir de tes prothèses ! Une fois que tu t’y seras habituée, elles seront bien plus solides que tes bras ! »
Le Hallebardier écarta sa cape et en sortit une scie à engrenages. Sa lame acérée se mit à tourner dans un sifflement terrifiant. Maximilien était aussi obstiné que Nevida, sinon davantage. Animé d’une véritable bonne intention, le Hallebardier s’apprêtait à trancher le bras de la régresseuse.
Avant que la lame ne lui entaille l’épaule, je tendis la main.
« Argh. Tu te rends compte du travail que ça m’a demandé, de réparer ça ? Et tu veux le couper sans demander la permission ? »
Râclement.
Du sang gicla de ma main lorsqu’elle heurta la lame de la scie. Pendant un instant, le sang frais éclaboussa tout autour. Puis chaque goutte qui avait jailli retourna dans ma main, tandis que la lame s’immobilisait dans un bruit sourd, comme si quelque chose s’y était coincé.
Vol de l’Arcane innée. Je dérobai l’Arcane innée de Maximilien et arrêtai la lame. En contemplant la scie immobile, Maximilien sourit comme s’il s’y était attendu.
« Roi de l’Humanité. Cela faisait longtemps. C’est notre première rencontre depuis que la générale de division Historia et toi avez mis mon corps en pièces, n’est-ce pas ? »
« Sans Nevida, ç’aurait été notre dernière rencontre. Quel dommage. »
« À cause de ça, j’ai dû remplacer une part encore plus importante de mon corps par des engrenages. Ça n’a pas été une mince affaire ! »
« Tu voulais remplacer le corps humain par des engrenages, non ? Ton vœu s’est réalisé. »
À ma réponse glaciale, Maximilien demanda :
« Mon vœu ? Je voulais changer le Roi de l’Humanité. »
« Le Roi de l’Humanité représente l’humanité. Si tu te changes toi-même, tu finiras peut-être par changer l’humanité aussi, et cela se reflétera en moi. Mais me changer, moi, ne changera pas l’humanité. Ce que tu faisais ne valait pas mieux que de manipuler un graphique. »
« Hahahaha ! C’est donc ça ? Ah, je comprends, plus ou moins ! »
Était-il ouvert d’esprit ou simplement fou ? Maximilien éclata de rire, puis me tendit un engrenage.
« Qu’en dis-tu ? J’ai entendu dire que le Dieu démoniaque habitait désormais en toi. Ça ne te tenterait pas d’essayer des engrenages, tant qu’on y est ? Je demande par pure curiosité ! »
« Non. »
« Tu refuses les engrenages ? Tu es dur avec moi. »
« Et tu ne peux pas. Le Dieu démoniaque habite déjà mon corps. »
Après avoir sèchement rembarré Maximilien, je posai une main sur le fauteuil de la régresseuse. L’Arcane innée de Maximilien, la Vierge mécanique, contrôlait tous les engrenages à portée de lui. Autrement dit, elle ne pouvait rien contrôler qui ne fût pas un engrenage. Je saisis fermement l’un d’eux, puis le lâchai. Le morceau de métal qui avait été un engrenage se transforma en cartes et s’éparpilla sur le sol.
« Oh ? Qu’est-ce que c’est ? »
Sans prêter attention au regard curieux de Maximilien, je m’adressai au perroquet :
« Tu ne m’avais pas dit qu’il y aurait un auditeur, Grande Sorcière. »
[Je ne le savais pas non plus ! Croâ ! Cette chose a insisté comme un fou pour te voir ! Ça ne sert à rien !]
Le perroquet dispersa quelques plumes et lança un regard mécontent à Maximilien. Celui-ci répondit avec calme :
« Et alors ? Ne sois pas si dur avec un compagnon d’échec. »
[Croâ ? Un échec ?]
« Nous sommes tous les deux des ratés qui n’ont pas réussi à atteindre le Dieu démoniaque, non ? Nous devrions unir nos forces et trouver un moyen d’y parvenir. Pourquoi essaies-tu de garder pour toi l’occasion de parler au Roi de l’Humanité ? »
[Croâ, croâ ! Je ne suis pas comme toi ! J’ai grandement contribué à la création de l’Arbre de l’Origine !]
« Si c’était vraiment le cas, tu serais devenu le Dieu démoniaque. Pourtant, n’est-ce pas la Progenitrice qui l’est devenue ? »
À peine Maximilien eut-il mentionné Tyr avec désinvolture qu’une odeur de sang inquiétante emplit la pièce. Le cou du perroquet craqua lorsqu’il tourna la tête vers lui, les yeux flamboyants.
[Ne… prononce pas le nom de Tyrkanzyaka… devant moi…]
« Une réaction émotionnelle ne nous avance à rien. La Progenitrice est récemment devenue le Dieu démoniaque. Nous devrions naturellement étudier son cas, non ? »
Entre les deux moitiés du bec qui s’ouvrait et se refermait, quelque chose apparut, crachant sa rage. Ce n’était pas une illusion. Quelque chose remontait des profondeurs de l’œsophage du perroquet.
Un doigt fin et pâle.
L’index saillant agrippa de force le bec et l’écarta. Celui-ci s’ouvrit si grand qu’on aurait dit qu’il allait se fendre.
Le doigt pâle et mince qui émergeait de l’ouverture pointa Maximilien.
[La ferme !]
Là où le doigt pointait, la poitrine de Maximilien s’enfonça d’une phalange. Du sang tourbillonna au-dessus de son cœur.
Destruction du cœur. De la magie noire, et sans doute une forme de magie noire de haut niveau, bien au-delà de tout ce que je pouvais imaginer. La magie noire, plus proche à l’origine d’une malédiction, avait du mal à exercer une force physique. Pourtant, la magie noire la plus sombre et la plus puissante n’était que puissance à l’état pur. La force absurde de cette malédiction transperça le cœur de Maximilien.
Le coup était bien trop meurtrier pour passer pour une plaisanterie.
Mais le principe fondamental de la magie noire était l’identité, et le corps de Maximilien s’était déjà éloigné de la norme.
Clac.
Plusieurs dizaines de petits engrenages tombèrent de l’avant de ses vêtements. Maximilien fronça les sourcils.
« Qu’est-ce que tu fabriques ? Arrête. Je viens tout juste de réparer ça. »
Maximilien avait remplacé une grande partie de son corps par des engrenages ; même cette magie noire meurtrière ne lui avait donc rien fait. Elle l’avait frappé, mais c’était tout. Les engrenages continuaient de battre à un rythme régulier.
Une voix agacée s’éleva du perroquet.
[Tu as même remplacé ton cœur par des engrenages ? Est-ce qu’il reste encore une partie humaine dans ton corps ?]
« Je n’ai pas remplacé mon cœur. J’ai seulement fait en sorte que des engrenages remplissent sa fonction. »
[C’est pareil.]
« Pas du tout. Je me suis simplement concentré davantage sur l’aspect fonctionnel du corps humain. Tu peux désapprouver, toi qui crois en l’horloger aveugle qu’est l’Arbre de l’Origine. Mais, au bout du compte, toutes les choses qu’on utilise ici n’ont-elles pas été touchées par les mains d’un réparateur ? »
Les engrenages tombés se redressèrent en tournant et roulèrent jusqu’aux pieds de Maximilien. Il remit les pièces éparpillées dans son corps.
« En tant que Grande Sorcière, tu connais sûrement bien l’Arbre de l’Origine. Pourtant, moi aussi, j’ai vu et appris beaucoup de choses en tant que membre des Seigneurs de toute la Création. Je sais également à quel point l’Arbre de l’Origine, ce grand principe qui a fini par créer l’humanité, est un horloger aveugle négligent et dénué de sincérité. L’Arbre de l’Origine n’a pas créé les humains avec une intention précise. Le corps humain est soumis à d’innombrables limites. Il est fragile et inefficace. »
Après avoir dit tout cela, Maximilien me regarda.
« Roi de l’Humanité. Ai-je tort ? »
« Non. Tu as raison. Ce corps n’a pas été conçu par une intention divine. »
Quelle évidence. Maximilien avait raison. N’importe qui pouvait le comprendre en y réfléchissant correctement.
« Alors, pourquoi refuses-tu les engrenages ? Je demande par pure curiosité. »
Pour quelle autre raison ? C’était pourtant évident. Tout en tirant le fauteuil de la régresseuse vers un côté de la table, je répondis :
« Il est normal que le monde ne se plie pas à tes désirs, monsieur Maximilien. Voilà pourquoi tu ne peux pas devenir le Dieu démoniaque. »
[Croâ, croâ, croâ ! Bien fait pour toi ! Croâ !]
Le perroquet se tint le ventre et éclata de rire en m’entendant. Le doute se peignit sur le visage de Maximilien.
« Qu’entends-tu par là ? »
« Exactement ce que j’ai dit. Au départ, le monde ne se plie pas à nos convenances. La méthode la plus rationnelle et la plus efficace ? C’est une façon de vivre en accord avec les lois du monde, pas de les établir. Tu essaies de juger les choses en inversant la cause et l’effet. »
Le Dieu démoniaque était une loi du monde. Dire qu’il s’agissait d’une loi ne signifiait pas qu’elle ressemblait aux lois d’un pays. Un pays était créé par les humains, composé d’humains et destiné aux humains. Le monde, lui, existait, tout simplement.
« Le problème, c’est que tu essaies de créer des règles qui obéissent à des règles. Si bien obéir est une source de fierté, alors continue à vivre ainsi. Le problème commence lorsque tu essaies de tourner en rond. »
Moi non plus, je n’étais pas le Dieu démoniaque. Pourtant, parmi toutes ces bêtes, seuls les humains l’avaient atteint. C’est pourquoi, même moi qui pouvais manier le Dieu démoniaque, j’en comprenais le concept.
J’avais l’impression de faire un cours pour la première fois depuis longtemps. Un perroquet et une poupée d’engrenages se tenaient devant moi ; je me mis à expliquer.
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