Chapitre 574
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 574 : L’arbre qui porte de la viande
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Mon repos avait été court, mais j’avais les idées claires. Depuis que le Dieu démoniaque de Tyr avait élu domicile dans mon corps, je ne pouvais plus me prétendre normal, même par pure politesse. Cela valait pour ma fatigue, mon esprit et mon corps. Le moindre repos suffisait à me remettre sur pied.
Cette fois encore, ce fut le cas. C’était la première fois que je me reposais vraiment en chemin vers l’Arbre de l’Origine, et pourtant, au bout d’une trentaine de minutes à peine, je me réveillai parfaitement reposé.
« Ah… Je ne peux même plus faire la grasse matinée. »
Regrettant de ne pas avoir pu dormir plus longtemps, je me redressai et aperçus la Régresseuse, enveloppée de mousse d’herbe. Je tirai longuement sur la mousse qui dépassait de son col ; elle tressaillit violemment. La mousse avait passé un peu plus d’une heure à parcourir sa peau pour la débarrasser de la saleté, et la chaleur de son corps l’avait tiédie.
« Pouah ! Hngh. Ha… Toi… »
« Quoi ? Elle a fait exactement ce que tu lui avais demandé. Je ne t’ai pas touchée, et tu as été lavée sans bouger d’un pouce. Tu ne te sens pas mieux ? »
Je me sens mieux… C’est justement pour ça que je déteste ça encore plus !
Qu’est-ce que j’étais censé faire de ça ? Pff. Autant cesser de m’en soucier.
« Qu’est-ce que je fais de cette mousse ? Tu veux la réutiliser plus tard ? »
« Laisse tomber… Brûle-la, c’est tout. Ça me dégoûte. »
« C’est dur. Elle s’est sacrifiée pour te laver, Shei. Tu pourrais au moins lui témoigner un peu de gratitude. »
Je ne voyais malgré tout pas à quoi elle pourrait servir d’autre, alors je la jetai par la fenêtre. Rien n’était aussi libérateur que de se débarrasser de ses déchets là où personne ne pouvait vous en tenir responsable.
Ça me fait un peu de peine de la voir finir jetée comme ça…
Sérieusement, qu’est-ce qu’elle attendait de moi ? Même quand je voulais faire semblant de ne pas l’entendre, je n’y arrivais pas. Je me grattai le ventre et fis le tour de la pièce.
« J’ai un peu faim, maintenant que je suis debout. Je sors quelque chose à manger ? »
« … On a de la Manhan Quanxi. Sors-la de ta poche. »
« Gardons-la pour plus tard. Pourquoi manger des rations de secours alors qu’on a de quoi faire ici ? Je crois qu’il y avait une réserve de nourriture. »
Ah, la voilà. Près du brasero rempli d’huile de graines, je trouvai une branche courbée comme une canne à pêche. De lourds fruits bien ronds semblaient pendre à ses fines tiges.
Un bol en forme de citrouille, un robinet de bambou, une serviette de mousse, un brasero à l’huile de graines… La réserve avait manifestement été fabriquée à partir de plantes, elle aussi. Après tout, la nourriture venait généralement des cultures. M’attendant à trouver des fruits frais, je tirai la branche vers le bas.
« C’est l’Arbre de l’Origine. Il doit y avoir des fruits et des céréales partout… »
Tout en parlant, je contemplai les fruits suspendus à la branche et tressaillis devant ce à quoi je ne m’étais jamais attendu.
Ce qui pendait à la branche n’était pas des fruits, mais… des animaux recouverts d’une peau fine et douce.
Des porcs, des lapins, des poulets. Des bêtes bonnes à manger dormaient, recroquevillées à l’intérieur. Pareils à des enfants à naître, ils flottaient dans un liquide amniotique fruité, reliés à des cordons ombilicaux faits de branches.
Des fruits avec des animaux qui poussaient à l’intérieur. J’avais parfois souhaité que la viande pousse sur les arbres, mais je n’aurais jamais cru que ce soit réellement possible.
Je cueillis un énorme fruit-porc. À l’intérieur, le cochon remuait dans le fruit, que je peinais à soulever à deux mains. Il n’était pas vraiment vivant, mais il n’aurait pas pu grandir pour devenir un porc s’il avait été mort non plus. Les sourcils froncés, je contemplai le fruit-porc et déclarai :
« C’est… »
[Une bête d’origine !]
La voix du perroquet me parvint de l’extérieur. Intrigué, j’ouvris la fenêtre de la cuisine. Comme s’il m’avait attendu, le perroquet aux plumes vertes s’envola à l’intérieur et se posa sur mon épaule.
« Une bête d’origine ? »
[Des bêtes façonnées à partir d’arbres : des bêtes d’origine. Le chef-d’œuvre de Nevida et d’Agartha.]
Le perroquet bomba le torse et poussa un cri fier, puis me mordit l’oreille et s’écria :
[Plus important encore, laisse la fenêtre ouverte ! Si tu la fermes, je ne pourrai pas entrer quand j’en aurai envie !]
« N’est-ce pas précisément pour ça qu’on ferme les fenêtres ? »
[Ce ne serait pas mieux si j’entrais ? Comme maintenant : quand tu vois une bête d’origine et que tu as peur, je peux dissiper le brouillard grâce à mes connaissances !]
« Je n’avais pas peur… Hein ? Attends un peu. Je suis certain d’avoir fermé la fenêtre tout à l’heure. Comment as-tu su que j’avais vu une bête d’origine ? »
[Ah !]
Pris sur le fait, le perroquet battit des ailes. Il avait sûrement utilisé des souris ou des insectes comme familiers pour nous espionner, mais ne pouvait pas l’avouer. Ses yeux s’agitèrent tandis qu’il cherchait une excuse.
[Ouh là ! J’ai regardé par une fente de la fenêtre !]
« Je croyais qu’elle était fermée… »
[Il y avait une fente !]
« Quand la fenêtre est fermée, pas même un rayon de soleil ne passe. »
[Si je dis qu’il y en avait une, c’est qu’il y en avait une !]
« Tu es sacrément arbitraire. Bon, si tu le dis. »
J’avais beau insister, il ne renoncerait pas à m’espionner. Tout au plus cacherait-il ses familiers avec plus de soin, maintenant qu’il savait qu’il avait failli se faire prendre. Autant faire comme si je n’avais rien remarqué.
« Je peux manger ça, n’est-ce pas ? »
[Ouh là ! Bien sûr ! C’est pour ça qu’on les a créées !]
« C’est pour ça ? Les bêtes d’origine ont donc été créées pour servir de nourriture ? »
[Oui ! Abattre de précieux animaux d’élevage juste pour leur viande, c’est inefficace !]
Ce n’était pas faux, mais j’ignorais que les bêtes d’origine étaient le pouvoir de Nevida, destiné à fournir de la nourriture. Elles pouvaient se déplacer et même se battre. Naturellement, j’avais cru qu’elles étaient faites pour le combat.
Le perroquet, qui n’avait cessé de bavarder, se couvrit le bec d’une aile.
[Oups. J’en ai trop dit ? Bah, peu importe. On a beaucoup de choses à se raconter ! On continuera à la réunion d’échange !]
« Une réunion d’échange ? »
[Tu as dit qu’on devrait en organiser une, non ? Je vais attendre que tu aies fini de manger. Alors dépêche-toi de sortir !]
Ah, oui. J’avais proposé une réunion d’échange. Comme je ne pouvais pas lire ses pensées, je n’avais pas tout de suite compris ce qu’il voulait dire.
J’ouvris le fruit-porc et en sortis le cochon. Celui qui se trouvait à l’intérieur du fruit n’ouvrit pas les yeux et ne bougea pas. Je sortis une carte et incисai la peau du fruit-porc. Même s’il avait poussé sur une branche, sa structure était exactement la même que celle d’un vrai porc.
Je n’arrivais pas à chasser mes doutes, même en faisant cuire la viande à la poêle.
« Un animal qui pousse sur un arbre… C’est vraiment sans danger à manger ? »
Je m’inquiétais pour rien. De la viande, c’était de la viande. Au-delà de l’aspect, c’était bon. Elle avait un goût de haricots, d’une façon ou d’une autre, mais en tant qu’habitant de l’État militaire, cela ne me gênait pas du tout.
[Dépêche-toi de manger ! Combien de temps vas-tu me faire attendre ?]
« Où est passé le perroquet qui disait qu’il attendrait que j’aie fini de manger ? »
Le perroquet me pressait. En prenant possession d’un perroquet, il avait apparemment hérité de son impatience mesquine. En maugréant, je me préparai à sortir et demandai :
« J’y vais. Tu veux bien me guider ? »
[J’ai envoyé Walpurgis ! Elle t’attend devant la porte !]
« Quoi ? Tu l’as fait attendre tout ce temps ? Tu aurais dû l’envoyer après que j’ai fini de manger. Je m’en veux. »
[Et alors ? Ce n’est pas grave !]
« Je disais que je m’en voulais pour Walpurgis, pas pour toi. »
[Si ça ne me gêne pas, ça ne la gêne pas non plus !]
« Quelle personne arbitraire. »
Au moins, il demandait l’avis des autres, ce qui le rendait préférable à Nevida. Cela dit, il était indéniablement plutôt pénible. Je demandai au perroquet :
« Ah. Shei peut venir à la réunion d’échange, elle aussi ? »
[Ouh là ? Shei ? C’est qui ?]
« Celle qui a perdu ses bras. »
[Ah, elle ?]
Le perroquet jeta un coup d’œil à la Régresseuse et se caressa le dessous du bec avec une aile, l’air songeur.
[Est-ce que ça va ? Ou pas ? Ouh là. De toute façon, la Sainte Vierge saura tout, alors ça ne devrait pas poser de problème, non ?]
« Si tu peux me le dire, ça ne change pas grand-chose qu’elle l’apprenne aussi, si ? »
[Ouh là. Mais je pourrais laisser échapper un secret sans le vouloir !]
Son attitude face à la gestion des erreurs était admirable. Ne pas révéler de secrets par inadvertance, ce n’était tout simplement pas une option ?
[Je pourrais peut-être te fermer le bec, mais le sien, ce serait difficile. Voilà ce qu’est une Sainte Vierge. La lumière veille sur toutes choses, et il n’y a pas de secrets sous le soleil. Si tu veux cacher quelque chose à une Sainte Vierge, le seul moyen, c’est de ne pas le dire à voix haute.]
Trop tard. La Régresseuse connaissait déjà tous tes plans. Elle les avait vus dans le futur.
« Alors, pourquoi ne pas lui demander des renseignements sur Shei, en échange ? »
[Je n’ai rien de particulier à lui demander…]
« Si. Ce masque. »
[Ah !]
Le masque d’Agartha. Je ne pouvais pas non plus lire comment elle l’avait obtenu, ni quelle histoire il avait derrière lui. C’était l’occasion d’entendre son histoire de la bouche même de la Régresseuse.
[Ouh là ! Très bien ! Je vais me montrer généreux et l’autoriser.]
« Alors, je vais emmener Shei. Comme tu peux le voir, elle est si faible qu’elle ne peut même pas se laver toute seule. »
[Ah, j’ai vu ça ! C’est vrai ! Tu es impressionnant, tu sais ? Utiliser des plantes comme des animaux pour tourmenter quelqu’un ! Même moi, je n’y aurais jamais pensé !]
« Quoi ? La tourmenter ? De quoi tu parles ? »
Je ne la tourmentais pas. Je prenais soin d’elle. Je n’avais fait qu’ajuster un peu la mousse-serviette. Qu’est-ce qu’il racontait, avec ses histoires de tourments ? La Régresseuse était satisfaite du service, en plus !
Surtout, quand avait-il vu ça ? Il nous espionnait sans rater une seule seconde ? La Grande Sorcière n’avait donc rien de mieux à faire ?
Le perroquet sembla se rendre compte qu’il avait vendu la mèche et battit des ailes.
[… Ouh là ! Laisse tomber !]
« Laisser tomber quoi ? Viens ici. »
[Je vais dire à Walpurgis d’apporter un chariot ! Walpurgis !]
Le perroquet s’enfuit aussitôt par la fenêtre, esquivant ma main. Un humain sans ailes ne pouvait pas le poursuivre. En claquant la langue, je m’approchai de la Régresseuse.
« Tu as entendu, Shei. On nous observe probablement quoi que tu fasses. Fais attention à ce que tu dis et à ce que tu fais, désormais. »
« … Hngh. Je déteste être surveillée. »
« C’est toi qui dis ça. Qui n’arrêtait pas de me suivre et de m’observer dans le Tartare ? »
« C-c’était parce que tu étais tellement suspect ! Et si on compte les points, mon intuition avait vu juste ! Espèce de Roi de l’Humanité menteur ! »
Quoi ? Un menteur ? Il m’était arrivé de cacher des faits, de les minimiser ou de les exagérer, mais je n’avais presque jamais menti ! Et si quelqu’un mentait plus que moi, c’était bien elle !
« C’est quelque chose que peut dire une personne qui n’arrêtait pas de se déguiser en homme, même quand on la prenait pour un sodomite ? »
« Tu crois que je me déguisais en homme parce que ça me plaisait ?! Je n’avais pas le choix ! Si j’avais eu l’air d’une femme dès le début, toi ou Tyrkanzyaka vous seriez forcément méfiés de moi ! On n’aurait jamais pu voyager aussi tranquillement… ! »
« Vraiment ? Alors, maintenant, tu ne caches plus rien, c’est ça ? »
Tu cachais toujours le fait que tu étais une Régresseuse. N’est-ce pas ?
Touchée en plein cœur, la Régresseuse pinça les lèvres et détourna la tête. Elle était si obstinée qu’elle n’arrivait pas à prononcer ces quelques mots. Bon sang, quelle plaie. Voilà pourquoi je n’avais pas envie de prendre son parti. La Régresseuse avait toujours le dessus.
« Bon. Allons simplement à cette réunion d’échange. »
« … D’accord. »
« Elle a dit qu’elle enverrait un chariot. On va donc pouvoir te charger comme un bagage. »
« Ne traite pas une personne comme un bagage ! »
« Allô ? Le chariot est arrivé ? »
Prêt à partir, j’ouvris la porte. Une sorcière se tenait dehors, essoufflée, comme si elle venait de faire un aller-retour en courant. La sorcière Walpurgis me présenta le chariot qu’elle avait apporté.
« J’ai apporté le chariot. Allons-y. »
« … Hein. C’est… »
En voyant ce chariot étrangement familier, je penchai la tête. Il ressemblait à un fauteuil roulant, mais était entièrement fait… d’engrenages, des roues au châssis.
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