Chapitre 573
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 573 : Les plantes ont de nombreux usages
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Il y avait deux Arbres-Monde sur ce continent.
Non, il y en avait eu deux.
Un ginkgo béni se dressait dans la jungle du sud-est. À lui seul, il buvait le courant du fleuve et, en grandissant, déchirait la terre à coups de dents. Cet immense Arbre-Monde avait dominé les lieux pendant des dizaines de milliers d’années, contemplant le monde dans sa haute solitude.
On disait que la jungle ne connaissait pas les saisons, mais celles-ci n’étaient rien d’autre que les caprices de l’Arbre-Monde. S’il lui prenait ce jour-là de se parer d’une robe jaune, alors ce jour devenait l’automne. Lorsque d’innombrables feuilles de ginkgo recouvraient le monde et annonçaient son arrivée, elles formaient un pont au-dessus du Fleuve du Serpent, qui coupait la jungle en deux. C’était alors que les bêtes terrestres migraient.
À l’apogée du Royaume des Dix Mille, l’Arbre-Monde avait été le symbole de sa glorieuse civilisation.
Ce magnifique ginkgo béni avait péri, consumé par une jalousie abjecte.
À l’autre extrémité du continent, seul subsistait le silencieux métaséquoia, qui soutenait la civilisation dans la Grande Forêt du nord-ouest. Il était le dernier Arbre-Monde.
« L’Arbre-Monde ? Pourquoi s’en prendre à un arbre innocent ? »
[L’arbre n’a rien fait de mal. Mais je me soucie du désespoir qu’ils ressentiront quand il tombera.]
« Les druides de la Grande Forêt ? Pourquoi eux ? Après tout, ils vénèrent le même Arbre-Monde. »
[Peut-être que, pour eux, ce n’était pas le même Arbre-Monde.]
Le perroquet marmonna d’un ton abattu, comme si cette histoire en cachait une autre. Je ferais sans doute mieux de lire aussi ses pensées.
Non, il avait la langue bien pendue. Peut-être pourrais-je le pousser à me raconter la suite.
[… Euh. Walpurgis. Pourquoi ? Quoi ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? Hein ? J’ai trop parlé ?]
Bon, la Grande Sorcière n’avait peut-être rien remarqué, mais l’une des autres sorcières semblait plutôt perspicace. Ayant retrouvé son calme, la Grande Sorcière reprit la parole avec arrogance.
[Le savoir vaut plus que l’or. Si tu veux en entendre davantage, il faudra en payer le juste prix.]
« De quoi as-tu besoin ? Je pourrais te parler du Dieu démoniaque de Tyr. »
[Euh, hum ! Ça devrait tout juste suffire !]
« Si ça suffit tout juste, oublie. Je retire ma question. »
[Hein ? Pourquoi ?]
« Je n’étais pas si curieux de connaître tes raisons, à la base. Qu’est-ce que ça peut me faire, qu’un Arbre-Monde à l’autre bout du continent tombe ? Rien ne garantit que tu réussiras, et je n’y ai contribué en rien. Je n’ai d’ailleurs rien à apporter. »
[Hein ? Tu m’aiderais ?]
« Je n’ai même pas entendu ton histoire. »
Je n’aurais qu’à lire ses pensées plus tard pour en avoir une idée générale. Tandis que je faisais un geste de la main pour chasser le perroquet, il voleta jusqu’à moi et s’agrippa à mon épaule.
[Non ! Maintenant que tu es monté à bord, tu dois en tirer tout ce que tu peux ! Roi de l’Humanité, faisons un marché ! Tu veux aussi savoir pourquoi l’Arbre-Monde a brûlé, pas vrai ?]
« Non, je t’ai dit que ça ne m’intéressait pas. Est-ce que je n’ai pas été assez clair ? Ça ne me regarde pas. »
[M-mais ! Le métaséquoia est l’Arbre-Monde de la civilisation ! Ces salauds de la Grande Forêt n’hésitent pas à abattre l’arbre qu’ils vénèrent pour enrichir l’Empire ! Des druides devenus les chiens de l’Empire !]
« Les gens peuvent devenir des chiens. Ça m’arrive, parfois, quand je bois. »
[Hé !]
Quel enquiquineur. Combien de fois devais-je répéter que ça ne m’intéressait pas ?
… Attends. Si ça concerne la Grande Sorcière, ça m’intéresse.
La régresseuse, qui était restée silencieuse jusque-là, manifesta discrètement son intérêt. Je croyais qu’elle ne bougeait pas malgré le perroquet qui lui ébouriffait les cheveux, mais en réalité, elle écoutait avec une sombre attention. Je n’avais pas le droit de critiquer la Grande Sorcière.
La Grande Sorcière a dispersé le Cavalier de la Peste à travers le monde et, en même temps… c’est elle qui a dévasté la Grande Forêt avec la Mort verte. Ce serait bien si nous pouvions empêcher l’un ou l’autre de ces événements.
Le Cavalier de la Peste ? La Mort verte ? Voilà encore des mots-clés étrangement intrigants.
Non, si c’était si important, n’aurait-elle pas dû se renseigner avant et m’en parler ? Pourquoi essayait-elle de le découvrir maintenant ?
Cela dit, si la régresseuse avait été l’ennemie de Nevida et de la Grande Sorcière jusque-là, elle n’aurait jamais eu l’occasion d’entendre leur version des faits. Elle avait été trop occupée à les combattre.
Ça se compliquait. Si j’avais été le seul à vouloir connaître la vérité, j’aurais pu lire ses pensées et n’en rien dire. Mais si je voulais informer la régresseuse de la situation de la Grande Sorcière et lui soutirer des renseignements, il fallait que je les obtienne par un moyen « convenable », plutôt qu’en lisant dans les pensées. Ainsi, elle ne soupçonnerait pas leur origine.
« Alors, tu pourrais organiser une rencontre ? Que ça nous plaise ou non, nous sommes dans le même bateau. Autant nous réunir un peu. »
[Oui ! Parfait !]
« Choisis toi-même l’endroit. Je viendrai te trouver. »
[Tu dois venir ! Tu y es obligé !]
Après s’être répétée plusieurs fois, le perroquet s’envola avec entrain par la fenêtre ouverte. Pour quelqu’un qui avait vécu aussi longtemps, la Grande Sorcière était plus enjouée que je ne l’aurais cru. Tous les vieillards que j’avais rencontrés jusque-là étaient soit impassibles, soit raides comme des piquets. Était-ce parce qu’elle vivait entourée d’animaux ?
Elle n’était toutefois pas la seule visiteuse indésirable. Le perroquet était parti, mais les familiers de la Grande Sorcière se cachaient toujours un peu partout dans ma chambre, à nous observer en silence. Après avoir fermé la porte puis la fenêtre, la régresseuse gémit.
« … Hughes. Emmène-moi avec toi quand tu iras. »
« Tu en es seulement capable, dans cet état ? On dirait que ton bras va tomber si tu trottines un peu. »
« Je dois quand même entendre ce qu’elle a à dire. Au sujet de la Grande Sorcière. Parce que la Grande Sorcière… »
« Hé, attends. Fais attention à ce que tu racontes, Shei. Ici, tu es en territoire ennemi. »
La plupart de ses renseignements lui venaient de ce qu’elle avait vu lors de ses régressions. À ce stade, il s’agissait de connaissances venues du futur. Si elle se mettait à réciter négligemment ce qu’elle avait vu, la Grande Sorcière se méfierait. Nevida était une plante résistante et puissante, lente à remarquer les choses, mais la Grande Sorcière était une bête vigilante et sensible. Si elle révélait une faiblesse, il serait impossible de revenir en arrière.
« Hum. Mais c’est aussi une occasion à saisir. Peut-être que, pour ce qui est de la peste, la Grande Sorcière… »
« Allez ! Comprends l’allusion ! »
Ne comprenait-elle pas les avertissements subtils ? Je plaquai ma main sur la bouche de la régresseuse et jetai un coup d’œil autour de la pièce. Les insectes-herbes cachés qui servaient à la Grande Sorcière pour nous surveiller… non, nous observer… non, nous épier, ne bougèrent pas. Elle contrôlait le perroquet jusqu’à l’instant, elle ne devait donc probablement pas percevoir leurs sens en ce moment.
« Essaie de faire attention à ton comportement. Moi, ça peut aller, mais toi, tu n’es qu’une prisonnière. Si tu laisses échapper des informations inutiles, tu risques de devoir en livrer encore plus. Compris ? »
« Mmph, mmph ! »
« Je vais considérer que tu as compris. À partir de maintenant, ne dis rien à voix haute que toi seule connaisses. »
De toute façon, je le lirai dans ses pensées.
Quand je sus que la régresseuse s’était calmée, je retirai ma main. Elle avait l’air mécontente, mais accepta ce que je lui avais dit.
« … Je n’y avais pas pensé. Tu es plutôt perspicace. »
« Les faibles doivent faire attention à toutes sortes de choses. Tu ne peux pas le savoir, toi qui as toujours été forte. »
« Si j’étais vraiment forte, je ne serais pas là à gémir avec un bras cassé… Moi non plus, je ne suis pas forte… J’ai toujours été faible. Plus faible que le Roi du Péché, le Roi démoniaque, le Saint de l’Épée et… Nevida. »
La régresseuse déplora son sort d’une voix faible. Sa confiance ébranlée, débarrassée de cette férocité, elle était plutôt mignonne. Jusque-là, elle avait été bien trop incisive.
« Tu es déjà sacrément forte, si tu peux compter les gens au-dessus de toi sur les doigts d’une main. Alors, qu’est-ce que je devrais dire, moi ? »
« … C’est vrai. Comment as-tu survécu ? »
« Ça fait mal quand tu me donnes raison tout à coup. Comment j’ai survécu ? J’ai évité le danger, pris la fuite et travaillé dur ! Toi, tu ne cesses de fourrer ta tête dans des endroits où les gens meurent, et tu es quand même encore en vie ! »
Et pourtant, je suis déjà mort plus de dix fois.
Exactement. Sans sa capacité à régresser, elle serait morte depuis longtemps. Elle devrait s’incliner chaque fois devant la personne qui lui avait donné ce pouvoir.
« Si tu veux venir à la petite réunion, commence par remettre ton bras en état. Je ne peux pas trimballer une bombe à crasse ambulante qui asperge tout de sang au moindre mouvement. »
« Ce n’est pas si terrible… ! Ah… »
La régresseuse se rappela soudain son état et poussa un gémissement pitoyable. Elle ne pouvait pas bouger un seul doigt, et ses vêtements étaient tachés de sang, de sueur et de terre. Sa peau s’était ressoudée, mais du pus jaune suintait encore de sa chair distendue et déchirée. Elle avait l’air si misérable qu’elle ne pouvait pas protester contre le surnom de bombe à crasse.
D’habitude, j’aurais au moins utilisé mon qi pour me nettoyer… mais je n’ai plus de forces. Maintenir la Frontière d’inversion céleste à elle seule m’épuise. Je devrais au moins m’essuyer…
Mais, incapable d’utiliser son qi ou ses mains, la régresseuse n’avait aucun moyen de se nettoyer. Elle poursuivit ses réflexions en gémissant.
Je devrais demander à quelqu’un ? Mais Hughes est le seul de mon côté, pour l’instant. Si quelqu’un doit le faire, ce sera Hughes…
À cette pensée, la régresseuse secoua si violemment la tête qu’on aurait eu du mal à croire qu’elle était blessée.
Non. Je vais juste prendre sur moi. C’est seulement un peu désagréable. Un tout petit peu…
Mais, maintenant qu’elle en avait pris conscience, c’était un problème qu’elle ne pouvait plus ignorer. La régresseuse ne cessait de se tortiller, comme si quelque chose la gênait. De ses pieds jusqu’à sa taille, les parties qu’elle pouvait encore bouger remuaient dans tous les sens.
Argh. Comment suis-je censée lui demander… de me nettoyer ? Ce serait bizarre ! Mais je ne peux me confier à personne d’autre… ! Les sorcières ? Non. Tant que la Grande Sorcière existera, toutes les sorcières seront mes ennemies. Je ne peux pas confier mon corps à une ennemie. Encore moins !
Trop fière pour le dire la première, la régresseuse pinça les lèvres et me lança un regard noir. Je sentis une pression terrifiante.
Non, qu’est-ce qu’elle attendait de moi ? C’était ça ? Elle ne voulait pas me demander de la nettoyer, mais elle voulait que je le fasse quand même ? Quel caractère difficile.
J’essayai de l’ignorer et de préparer à manger, mais son regard se faisait de plus en plus féroce. À ce rythme, j’aurais la nuque en feu avant même que le brasero ne s’allume.
« Si tu as quelque chose à dire, dis-le. Arrête de me fixer. »
« … Ce n’est rien ! »
« Si ce n’est rien, arrête de me regarder ! Concentre-toi sur ta guérison ! »
« Je n’y arrive pas ! Mes vêtements sont trempés de sang et je suis sale ! »
« Ah bon ? Tu veux que je t’essuie ? »
« T-tu es fou ?! Qui a dit ça ?! »
« Alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ?! »
Argh, quelle prise de tête. Je devais vraiment la nettoyer, mais comment contourner son mécanisme de défense ? Peut-être… Ça ne marcherait sans doute pas, mais je pouvais toujours essayer.
« Shei. Tu es un homme, pas vrai ? Un homme peut aider un autre homme. »
Ce ne fut qu’alors que la régresseuse se souvint qu’elle était déguisée en homme. Elle me répondit d’un ton incertain.
« Ah, c’est vrai. Je l’étais… pas vrai ? »
« Allez, ne sois pas si gênée. Il faut s’entraider quand ça va mal. »
« O-oui. S’il te plaît… Non ! Arrête ! Enlève ta main de mes vêtements ! »
Bon sang. Elle m’avait démasqué. Cela dit, ç’aurait été plus étonnant qu’elle ne le fasse pas. La régresseuse avait vraiment beaucoup faibli. Sous son regard féroce, je retirai la main que j’avais tendue pour lui enlever ses vêtements et soupirai.
« Alors, tu vas faire quoi ? Les garder pour toujours ? »
« … I-il n’y a pas d’autre solution ? »
« Quelle autre solution ? Ce que tu veux, c’est ça. Tu ne veux pas que je te touche, mais tu veux te laver sans que je te voie. C’est bien ça ? »
« Pas tout à fait… ! »
… Cela dit, ça marcherait !
« Ha. Tu es prisonnière et tu as pourtant tant d’exigences. »
Ses exigences étaient excessives, et ses souhaits compliqués.
Mais bon, tant pis. Plus un souhait était difficile, plus il était satisfaisant de l’exaucer. C’était juste sacrément pénible. On disait qu’il fallait exaucer même les dernières volontés d’un mort ; comment aurais-je pu refuser celles d’une vivante ?
« … Laisse tomber. Laisse-moi tranquille. Je le ferai moi-même quand j’aurai récupéré. »
« Qui sait quand tu auras récupéré ? Qu’est-ce que je suis censé faire en attendant, alors qu’on vit ensemble ? »
En soupirant, je fouillai la pièce du regard. Dans cette pièce naturelle, creusée dans la chair de l’Arbre-Monde, poussaient toutes sortes de plantes utiles. Après avoir regardé autour de moi, je trouvai près de la salle de bains une épaisse touffe de mousse-herbe et en arrachai une grosse poignée. Elle était sèche, mais douce comme une serviette.
Ce n’était de la mousse que par sa classification. Je n’avais jamais vu une espèce pareille. Nevida avait dû aussi l’« améliorer » grâce à ses pouvoirs.
« On dirait de la mousse-herbe pour s’essuyer le corps. Elle est sèche pour l’instant, mais devrait s’humidifier une fois trempée dans l’eau. »
Je remplis d’eau un seau fabriqué dans une coque de calebasse, y déposai la mousse-herbe, puis le posai aux pieds de la régresseuse. Ensuite, je fis appel au Dieu démoniaque et à l’Arbre de l’Origine pour faire « pousser » la mousse-herbe.
« Si on la laisse comme ça, la mousse-herbe poussera en s’enroulant autour de ton corps. Elle devrait te nettoyer suffisamment. Qu’en dis-tu ? »
À vrai dire, c’était bien plus suspect, mais cela suffit à vaincre les réticences de la régresseuse.
« … Ç-ça devrait aller. »
« Bon, ce n’est pas moi qui te nettoie. C’est la mousse-herbe. Qu’elle te lave bien ou mal, ça ne me concerne pas. Ne te plains pas. Compris ? »
« Oui. »
Pendant que nous parlions, les vrilles de la mousse-herbe en croissance s’étendirent. Comme elle n’avait pas de tige, il lui fallait quelque chose autour de quoi s’enrouler pour pousser. Les vrilles cherchèrent un appui dans le seau en calebasse, trouvèrent le pied nu de la régresseuse et s’enroulèrent autour.
Ah, c’est froid. C’est plus humide que je ne le pensais. Ça pousse plutôt vite… Ça devrait bien me nettoyer. Hi ?!
Dès qu’elle eut trouvé un appui, la mousse-herbe se mit à grimper le long du corps de la régresseuse, avec une férocité telle que ses vrilles semblaient rivaliser entre elles. La mousse verte glissa sur sa peau comme des serpents. Surprise par cette sensation inconnue qui montait depuis ses pieds, la régresseuse s’écria :
« A-attends. Hughes. Ça… ! »
« Je n’en sais rien. Je vais faire une sieste. »
C’était ce qu’elle voulait. Si je l’avais lavée de mes propres mains, elle se serait plainte sans arrêt. Elle pouvait bien supporter ça.
« Ç-ça rentre… ! Hughes, attends ! Enlève-la, hhk ! »
« Ron… »
Je m’allongeai sur le lit, tournant le dos à la régresseuse, que la mousse ensevelissait peu à peu. Je crus que ses cris m’empêcheraient de dormir, mais j’étais peut-être fatigué moi aussi, car je m’endormis étonnamment vite.
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