Chapitre 572
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 572 : Le perroquet parle
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Au prix d’efforts considérables, je parvins à rattacher les bras de la régresseuse. Je préférai ne pas trop m’interroger sur la manière dont j’y étais arrivé. Ce n’était pas beau à voir.
Je réunis les muscles déchirés, raccordai les vaisseaux sanguins sectionnés et remis les os en place de force. Les techniques, l’autorité et la circulation d’énergie que j’employai étaient trop avancées pour être décrites facilement. Je reconnectai les nerfs à l’aide de fils de foudre, maîtrisai le flux sanguin grâce à l’art du sang et maintins les bras en place avec la circulation d’énergie. Cela me coûta une quantité phénoménale de médicaments et d’énergie.
« Ha. Ha. Ha. »
Complètement épuisée, la régresseuse était trempée de sueur et à peine consciente. J’ouvris un flacon de médicament et le lui versai dans la bouche. Le boire de cette façon réduisait son efficacité de moitié, mais la régresseuse remédia au problème en en avalant deux fois plus.
« Hngh… Hngh. »
« J’ai la gorge en feu… »
Après avoir avalé le médicament, la régresseuse haletait, dévorée par une soif brûlante. Même sans lire dans ses pensées, n’importe qui aurait compris qu’elle avait besoin d’eau. J’ouvris le robinet en bambou, remplis un verre et le lui tendis. Comme un oisillon, elle ouvrit la bouche et accepta l’eau.
« Haah. Ugh. Même après avoir bu, j’ai toujours le corps brûlant. J’ai l’impression d’être déchirée en morceaux. Je ne peux que tenir le coup. »
Elle ne pouvait toujours pas bouger le petit doigt. La régresseuse maîtrisait parfaitement la circulation d’énergie et le traitement était sans défaut ; ses sensations reviendraient donc après environ une semaine de convalescence. Dans un mois, elle pourrait tenir une arme. Pour l’instant, toutefois, elle était aussi faible qu’il était possible de l’être.
« Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante après une régression… Si on m’arrachait un bras, je mourais généralement. Là, je ne peux pas résister à Hughes… »
À cette pensée, la régresseuse tressaillit et me regarda d’un air effrayé.
« Ça ne peut pas être ça, quand même ? Il est grossier, mais il sait respecter les limites… Mais s’il profitait de mon incapacité à résister pour… Q-que devrais-je faire ? Jusqu’où Hughes irait-il… »
Qu’étais-je censé faire de ça ? Comment pouvais-je la rassurer ? Franchement. Si j’avais voulu la séduire, je l’aurais abordée correctement dès le début. Je n’étais pas assez insistant pour m’imposer à quelqu’un qui ne voulait pas de moi.
« Non, non ! Je ne pense comme ça que parce que je suis faible. Ne compte pas sur lui ! De toute façon, cette relation disparaîtra quand je régresserai. Au prochain cycle, je devrai le rencontrer de nouveau, alors qu’il ne saura rien de tout ça ! Si je m’attache davantage à lui, je serai la seule à en souffrir ! Ça a toujours été comme ça. Mon premier amour, c’était pareil… »
Eh bien, ça alors. Elle avait même eu des rendez-vous amoureux pendant ses régressions.
Après avoir joué tout un drame dans sa tête, la régresseuse fouilla dans ses souvenirs embrumés.
« Attends. Mon premier amour… ? Quand est-ce que j’ai eu un premier amour… ? »
Elle avait régressé si longtemps que ses souvenirs… C’était un peu triste. Tandis que je lisais tranquillement ses pensées, une fontaine rouge jaillit soudain de son épaule. Le sang suintait à travers les points de suture. Je m’en aperçus trop tard et m’écriai, alarmé :
« Hein ? Shei, tu saignes ! Ton épaule saigne ! »
« Euh, quoi ? »
« Qu’est-ce que tu fais ? Concentre-toi ! Tu perds du sang ! »
Son épaule était devenue un robinet de sang ! Comprenant ce qui lui arrivait, la régresseuse parvint de justesse à stabiliser son flux sanguin. N’ayant pas le loisir de penser à autre chose, elle serra les dents.
« … J’ai la tête qui tourne, alors j’imagine que je ne m’en souviens pas. Concentre-toi pour l’instant. J’y réfléchirai quand je serai guérie. »
Tandis que je me concentrais sur les soins à prodiguer à la régresseuse…
Toc, toc.
Quelqu’un frappa à la porte. Je tentai d’abord de lire ses pensées, puis me figeai en n’en percevant aucune à l’extérieur. On avait bel et bien frappé, mais était-ce vraiment quelqu’un ? Sur mes gardes, je m’approchai prudemment de la porte.
« Qui est là ? »
Je n’obtins aucune réponse, mais je sentais une présence. J’entrouvris la porte avec précaution et découvris un perroquet. Perché sur son perchoir, l’oiseau aux plumes rouges et à la queue bleue dodelinait de la tête.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
[Qu’est-ce que c’est que ça ?]
« Un perroquet ? Il a volé jusqu’ici ? Ou alors, ce serait… un familier ? »
[Exact ! Exact !]
Le perroquet cria d’excitation, déploya les ailes et entra dans la pièce. Il chercha un endroit où se percher, repéra un coin qui lui plaisait et s’y posa.
Sur l’épaule de la régresseuse.
« Hé ! Descends de là ! Je viens à peine de rattacher son bras. Et s’il se détachait ? »
[Cui ? Et ici, alors ?]
« Oui. Sa tête, ce serait mieux. »
« En quoi ce serait mieux ? Descends ! Tu vas me décoiffer ! »
Le perroquet s’installa au milieu des cheveux de la régresseuse. Après s’être raclé la gorge, il parla d’une voix rauque.
[Roi de l’Humanité. Je suis venu vous rencontrer.]
« Tu prétends être venu me rencontrer, mais tu envoies un familier ? Je ne sens pas beaucoup de respect là-dedans. »
[Je vous prie de m’excuser. J’espère que vous comprendrez. C’est plus facile d’emprunter le bec de Polly que de parler directement.]
« Plus facile ? Parler par l’intermédiaire d’un perroquet, ça compte vraiment comme parler ? Ce n’est pas plus simple de s’exprimer avec sa propre bouche ? »
[Pas vraiment ? Parler n’est pas difficile. Même un perroquet en est capable, et pourtant les humains en font toute une histoire !]
Parlait-elle de loin ? Je ne parvenais pas à lire clairement ses pensées. Ce devait être l’une des sorcières, mais laquelle ?
Campé fièrement sur la tête de la régresseuse, le perroquet reprit :
[Ce sont les humains qui en font toute une histoire. Les bêtes ont le même sang dans les veines. Les perroquets savent parler, et les léopards se servent de leur tête pour chasser. Les seules choses que les humains savent mieux faire que les bêtes, c’est la jalousie, l’envie, les désirs immondes et les complots puérils. Plutôt que de rencontrer ces humains en face, ne vaut-il pas mieux voir des bêtes ? N’êtes-vous pas d’accord, Roi de l’Humanité ?]
Hum. Je compris. Sa haine des humains et son amour des bêtes transparaissaient dans chacun de ses mots.
C’était la Grande Sorcière.
Je ne l’avais pas reconnue parce qu’elle s’exprimait différemment, mais la Grande Sorcière était la seule à gaspiller sa maîtrise si précise des familiers pour tenir une conversation élaborée par perroquet interposé. Et puis, aucune autre sorcière ne m’aurait contacté avant la Grande Sorcière.
Je pouvais comprendre une partie de ce qu’elle disait. Au fond, cependant, quelque chose clochait. Je répondis :
« Je ne suis pas du tout d’accord. »
[Vraiment ? Vous défendez les vôtres parce que vous êtes le Roi de l’Humanité ?]
« Pas spécialement. Je vois simplement les choses telles qu’elles sont. Les autres bêtes ne ressentent-elles pas de jalousie ou d’envie ? Ne montrent-elles pas les crocs quand leurs désirs immondes les poussent ? Pourquoi en faire toute une histoire, alors que toutes les autres bêtes font pareil ? »
Tout ce qui était bien relevait des bêtes, et tout ce qui était mal était la faute de l’humanité ? Voilà ce qui clochait. Dire que les humains étaient des bêtes ne signifiait pas qu’ils étaient particulièrement mauvais.
« Celle qui en fait toute une histoire, c’est clairement toi, Grande Sorcière. »
[Cui, cui !]
Le perroquet battit furieusement des ailes après que j’eus visé juste. Des plumes rouges tombèrent sur les yeux et le visage de la régresseuse. J’en attrapai une avant qu’elle ne lui touche le nez et m’adressai au perroquet :
« Tu as peur des humains ? »
[N-non ! Pas du tout ! Je n’ai pas peur ! Ils sont juste difficiles à supporter !]
« Si tu n’as pas peur, viens toi-même. Même si tu maîtrises parfaitement tes familiers, il faut que tu me voies de tes propres yeux pour comprendre ma vraie nature. »
D’après ce que j’avais lu lors de notre brève rencontre, la Grande Sorcière avait une aversion profonde pour les gens. À tel point qu’elle était plus proche des bêtes que des humains.
Les femmes et les gens qu’elle connaissait ne la dérangeaient pas. C’était pour ça qu’elle pouvait parler librement avec Nevida et les autres sorcières. Avec moi, apparemment, c’était impossible.
En particulier…
[Comment pourrais-je savoir ce que le Roi de l’Humanité pourrait me faire !]
« Je n’ai rien fait ces derniers temps, et pourtant les gens n’arrêtent pas de dire que j’ai fait quelque chose. Accuse-moi au moins après que je l’ai fait ! Comme ça, je ne me sentirai pas aussi lésé ! »
Si elle avait peur des humains, alors elle avait peur de moi, le Roi de l’Humanité.
Hein ? Attends. Ça pourrait m’être utile. Ce serait plus facile de la faire coopérer si elle avait peur de moi que si elle me méprisait, non ?
Je relevai le menton et demandai d’un ton imposant :
« Alors. Pourquoi es-tu venue me voir ? »
Le perroquet hérissa ses plumes, mal à l’aise. Mais ce n’était qu’un perroquet. Il n’avait rien d’effrayant. Je le fixai, les yeux grands ouverts, et il tressaillit.
La régresseuse se recroquevilla elle aussi, effrayée. Pourquoi avais-tu peur, toi ?
[C’est au sujet du Dieu démoniaque !]
« Le Dieu démoniaque ? »
[Oui. Est-il vrai que la Progenitrice Tyrkanzyaka est devenue un Dieu démoniaque des bêtes ?]
« Un Dieu démoniaque des bêtes ? Elle n’est pas vraiment un Dieu démoniaque des bêtes. Si tu veux mon avis, c’est plutôt un Dieu démoniaque du sang. »
Le perroquet dodelina de la tête et poussa un cri rauque.
[Pourquoi, pourquoi ?]
« Qu’est-ce que tu veux dire, pourquoi ? Un Dieu démoniaque est un Dieu démoniaque parce que c’en est un. Si tu demandes pourquoi elle en est un… Et puis, elle a créé seule la race des vampires. Qu’est-ce qu’il y a d’étrange là-dedans ? Toi aussi, tu es devenue une Ancienne en recevant son sang. »
[J’ai fait ça pour mes recherches ! Je comptais percer les mystères du sang de la Progenitrice et devenir un Dieu démoniaque ! Mais elle m’a devancée… !]
Parmi les treize Anciens de la Progenitrice, la Grande Sorcière se distinguait un peu des autres. Obscurité drapée sur la jungle et maîtresse de toutes les sorcières, elle dirigeait sa propre faction. La Progenitrice et la Grande Sorcière étaient égales et partageaient leurs trésors. La Grande Sorcière offrait son savoir, tandis que la Progenitrice lui donnait son sang. Les deux ténèbres du continent avaient uni leurs forces et étaient devenues plus complètes.
Malgré tout, une Ancienne restait une Ancienne. Aux yeux du public, la Grande Sorcière avait probablement rejoint les forces de la Progenitrice. Les vampires, qui avaient régné sur le monde, étaient bien plus puissants qu’un groupe de sorcières vivant cachées.
[Tyrkanzyaka… ! Tu es née avant moi ! Tu es plus forte que moi ! N’est-ce pas un peu trop que tu deviennes aussi un Dieu démoniaque ?!]
Cette perception avait peut-être laissé à la Grande Sorcière un complexe d’infériorité.
Le perroquet se débattit tout seul, puis me lança un regard furieux en soufflant :
[Roi de l’Humanité, j’ai entendu dire que les Dieux démoniaques vous transforment.]
« Ça ne me concerne pas uniquement. Les Dieux démoniaques transforment le monde lui-même, alors je suis touché aussi. »
[Peu importe ! Dans le fond, j’ai raison !]
Il ne fallait pas balayer ça d’un simple revers de main. Bon, j’allais lui passer pour cette fois.
[Comment puis-je devenir un Dieu démoniaque comme Tyrkanzyaka ? Dites-le-moi.]
« Pourquoi me demandes-tu ça ? »
[Le Dieu démoniaque est humain. En tant que Roi de l’Humanité, vous devriez savoir !]
« Demande au Dieu démoniaque. Ce n’est pas comme si tu ne connaissais pas Tyr. »
[Alors, on croirait que je suis inférieure à Tyrkanzyaka !]
« C’est pourtant la vérité. Qu’est-ce qui te déplaît ? Que ce soit pour le prestige ou les accomplissements, c’est Tyr qui mérite de devenir un Dieu démoniaque. »
[Qu’est-ce qui me manque ?!]
« De la prestance, du charisme, de la force, de l’autorité, de la renommée, de la beauté. Ah, et de l’âge aussi. »
[La fermeuuuu !]
Furieux, le perroquet battit des ailes et s’envola. Il semblait prêt à me picorer et à me lacérer le visage, mais j’étais humain. Je n’allais pas me laisser battre par un piaf poids plume. Je lui saisis le cou en un instant et lui tordis les ailes.
[Cui ! Lâchez-moi !]
« Tu es plutôt fort. C’est parce que tu es le familier de la Grande Sorcière ? Malgré tout, je ne suis pas assez faible pour perdre contre un simple perroquet. »
[Lâchez Polly tout de suite ! Vous n’avez pas oublié que je suis la Grande Sorcière, j’espère ? Vous osez toucher à mon précieux familier ? Vous n’avez pas peur de me revoir ?]
« Quoi ? Et toi, tu n’as pas oublié que je suis le Roi de l’Humanité, si ? »
Le perroquet cessa de se débattre. Les yeux roulants, il me répondit avec entêtement :
[Humph. Vous avez perdu vos pouvoirs, et pourtant vous continuez à vous donner des airs. J-je sais. Le Roi de l’Humanité a perdu tous ses pouvoirs et s’est endormi…]
« Je discute justement avec Nevida de la façon de les récupérer. Et qu’est-ce que tu as dit ? Que je devrais avoir peur de te revoir ? Écoute. Tu veux vraiment que je vienne te voir après avoir retrouvé mes pouvoirs alors qu’on est en mauvais termes ? »
Les yeux du perroquet roulèrent de nouveau. Il replia doucement ses ailes et rentra ses griffes, tout en évitant mon regard.
[… N-non.]
Nevida estimait que plus rien n’avait d’importance une fois le Roi de l’Humanité ressuscité, mais la Grande Sorcière était différente. Elle avait ses propres objectifs en collaborant avec Nevida. Si possible, elle aurait voulu rester en bons termes avec le Roi de l’Humanité. Je ne savais pas si ce serait avec moi, mais tout de même.
Ça suffisait pour les menaces. Je souris légèrement et reposai doucement le perroquet sur la tête de la régresseuse.
« Bien sûr. Moi aussi, je veux rester en bons termes avec toi, Grande Sorcière. Après tout, tu es l’amie des bêtes, donc aussi celle des humains. »
[O-oui. Merci…]
« Au fait, Grande Sorcière. Pourquoi veux-tu devenir un Dieu démoniaque ? »
[E-eh bien… P-pour me venger.]
« Te venger ? Venger qui ? »
[E-eh bien…]
« Quoi ? »
Elle s’exprimait avec tant de difficulté que je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Je maugréai intérieurement qu’il me fallait retrouver la lecture des pensées et lui posai de nouveau la question. Une voix claire s’éleva du bec du perroquet.
[Pour venger l’Arbre-Monde qui a brûlé et s’est effondré. Pour honorer l’âme du ginkgo béni.]
Le regard du perroquet se posa sur un point précis. Les plumes lissées, le familier de la Grande Sorcière parla avec un calme qui ne convenait pas à un oiseau.
[Je détruirai Metasequoia, l’Arbre-Monde qui est resté seul.]
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