Chapitre 571
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Révision : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 571 : Protéger le monde de la régresseuse
──────
L’Arbre de l’Origine était le Dieu démoniaque de Nevida, un arbre qui avait hérité de l’essence de l’Arbre-Monde et détenait l’immense autorité d’un Dieu démoniaque. Nevida, ancienne druidesse et Dieu démoniaque, pouvait diriger à sa guise cet arbre magnifique et gigantesque. En son sein, elle était pratiquement divine.
Fidèle à sa nature divine, Nevida aménagea ma chambre en quelques secondes à peine. Elle était si spacieuse et confortable que j’avais du mal à croire qu’elle avait été creusée dans un arbre. Elle aurait été parfaite si son emplacement n’avait pas été si peu pratique : impossible de sortir.
Il y avait un lit fait de paille douce et une table façonnée dans du bois encore vivant. La chaise, taillée dans une souche, était recouverte de mousse séchée qui faisait office de coussin, tandis qu’un porte-manteau dépassait du lierre qui courait le long du mur.
La pièce disposait même de toilettes, d’une cuisine et d’un garde-manger. J’entendais de l’eau claire s’écouler dans des conduites de bambou au-dessus de ma tête. Si je retirais le bouchon qui obturait l’un des trous, l’eau se mettrait probablement à couler.
Dans un récipient en forme de calice se trouvaient des pétales imbibés d’huile végétale. Quand je fis claquer la petite gousse fixée à côté, des étincelles jaillirent et enflammèrent l’huile. Le feu et l’herbe, qui auraient dû être des ennemis naturels, coexistaient ici : un spectacle qui rappelait les mystères de la nature. Lorsque je refermai le couvercle en bois laqué, la flamme étouffée replongea dans son long sommeil.
Une civilisation entièrement façonnée par la nature. Elle m’avait fourni un logis et l’avait meublé en un instant. Si ce n’était pas une déesse, alors qu’était-ce ? Ce n’était qu’un abri provisoire, voué à disparaître un jour, mais je lui en étais tout de même reconnaissant.
J’emmenai dans ma chambre la régresseuse amputée des deux bras. Ayant échappé de justesse à la mort grâce à moi, elle me témoigna sa gratitude en disant :
« Tue-moi, je t’en prie… ! »
Enfin, pas vraiment.
Qu’était-ce que ça voulait dire ? Je lui demandai, incrédule :
« Qu’est-ce qui te prend, tout à coup ? Tu es une chevalière captive ou quoi ? »
« … Pff. C’est vrai que j’en ai l’air. »
Même une chevalière captive n’avait généralement pas les deux bras arrachés. Elle était donc encore mieux traitée que la régresseuse.
Gémissant de douleur, la régresseuse contempla les moignons à la place de ses bras et serra les dents. Elle avait stoppé l’hémorragie en faisant circuler son énergie et en prodiguant les premiers soins, mais le sang qui imbibait ses vêtements témoignait encore de la gravité de son état.
« J’ai déjà perdu mes bras, et on m’a pris mon arme. J’ai peu de chances de m’en remettre… et Nevida ne me laissera pas faire. Je ne peux plus rien faire. Puisque je vais mourir de toute façon, autant en finir vite. »
À vrai dire, il n’aurait pas été étonnant qu’elle décide de se suicider. Heureusement, elle n’était pas complètement désespérée. Une artiste martiale vaincue et amputée des deux bras aurait dû être dévastée et accablée de pessimisme, mais je ne percevais chez la régresseuse que de la frustration.
« C’est comme ça que je peux régresser en gardant l’esprit clair. Si je meurs en m’effondrant, tout ce temps aura été perdu… Ah, c’est peut-être parce que j’ai perdu trop de sang. J’ai aussi la tête qui bourdonne. J’ai l’impression de perdre la raison. »
Grâce à ça, je ne me laissai pas emporter par ses sentiments. Si la régresseuse avait vraiment voulu mourir, je l’aurais peut-être aidée à se suicider. Heureusement qu’elle n’en était pas là.
« Ne sois pas si pessimiste. À quoi aurait servi tous mes efforts pour te sauver, mademoiselle Shei ? Tu me fais passer pour un idiot, moi qui me suis donné tant de mal. »
Je voulais la réconforter et l’encourager, mais la régresseuse me répondit comme si elle se méfiait de quelque chose.
« … Tu veux mon corps. »
« Qu’est-ce que tu racontes comme bêtises ! »
Quoi ? Je n’avais jamais voulu de son corps, même quand elle avait encore ses deux bras ! Et maintenant qu’elle était à moitié démolie, quoi, j’étais censé en avoir envie ? Il y avait des limites à ce qu’on pouvait désirer !
« Tu m’as réclamée dès que tu as appris que j’étais une femme… »
« Et qu’est-ce que je ferais de toi ? Je vais te soigner ! Tu comptes vraiment mourir comme ça ? »
« À quoi bon me soigner ? Je n’ai plus de bras et on m’a pris mon arme. Même si je reste en vie, je ne serai qu’un sujet d’expérimentation pour la Grande Sorcière ou une otage de Nevida… »
C’était justement pour ça que j’avais donné à Nevida une bonne raison de te garder en vie ! Pour que ni elle ni la Grande Sorcière ne puissent te tuer à la légère ! Elle croyait que tous mes efforts, c’était pour quoi ?
Je m’étais donné tant de mal, au prix de ma propre réputation ! Très bien. Il était temps de lui faire entendre la froide et dure vérité… !
« Hein ? Cet homme, c’est le Roi de l’Humanité ? Pourquoi ? »
Attends. Du calme.
Des pensées me parvenaient de l’extérieur. Mon esprit s’éclaircit comme si je venais de m’asperger le visage d’eau froide. J’interrompis ce que j’allais dire et me concentrai sur les pensées qui me parvenaient de quelque part, grâce à ma lecture des pensées.
« Hum. Il ressemble un peu à celui qui dort à l’étage… Mais la ressemblance ne suffit pas. Hein ? Le Roi des Chiens l’a trouvé, et il utilise une Arcane innée volée ? Qui a dit ça ? L’Arcane innée de ce petit gamin à engrenages… ? »
C’étaient les pensées de la Grande Sorcière. Elle semblait parler avec Nevida, mais les pensées de celle-ci restaient plates et dépourvues de fluctuations, donc moins distinctes que celles de la Grande Sorcière.
« Cela dit, c’est étrange… Même sans tenir compte du fait que ce Roi des Bêtes est un mâle, un Roi des Bêtes mâle éprouve peu de désir de se reproduire. Le sexe n’est qu’une forme adoptée, et leur essence est à la fois mâle et femelle… Un Roi des Bêtes est un être parfait en soi, comme un hermaphrodite ; ses successeurs apparaissent naturellement, il n’a donc pas à craindre que sa lignée s’éteigne. »
Tss. Elle avait déjà remarqué quelque chose d’étrange. Je pensais que ça lui prendrait plus de temps.
Nevida était une druidesse qui maîtrisait l’herbe et les plantes. La Grande Sorcière, quant à elle, faisait autorité en matière d’animaux : elle utilisait des bêtes comme familiers et connaissait bien les poisons et les plantes médicinales. Il était tout naturel que les deux collaborent.
« Le Roi de l’Humanité est peut-être un peu différent… S’il était séparé en deux, il serait incomplet, lui aussi. Hum, je comprends. »
Voilà pourquoi elle comprenait encore mieux les bêtes, et les Rois des Bêtes en particulier. La Grande Sorcière termina sa conversation et se fit cette réflexion :
« Il mijote peut-être autre chose, malgré tout. Nevida ne le surveillera pas. Elle trouverait cela sacrilège. Mais moi, ça ne me dérange pas. L’espionnage est la spécialité des sorcières… Je ne peux pas manquer l’occasion d’observer l’écologie du Roi de l’Humanité. »
Ne faites pas des sorcières des voyeuses juste parce que ça vous chante ! Elles ont déjà assez mauvaise réputation comme ça. C’est à cause de ce genre de comportement qu’on organise des chasses aux sorcières !
La Grande Sorcière transforma tout de même de force les insectes des environs en familiers. Normalement, elle aurait dû les élever et nouer un lien avec eux avant de les en faire des familiers, mais la Grande Sorcière, qui était à la fois sorcière et porteuse de sang vampirique, avait depuis longtemps dépassé ces limites.
Une vingtaine d’insectes se glissèrent par les interstices et s’installèrent dans toute la pièce. Ils étaient les yeux et les oreilles de la sorcière voyeuse. Un humain ordinaire aurait été incapable d’interpréter les signaux envoyés par vingt insectes en même temps, mais ces familiers insectes, fusionnés à l’art du sang et devenus des parties du corps de la Grande Sorcière, lui serviraient d’yeux et d’oreilles.
De la surveillance. Je n’allais même pas pouvoir me détendre et me reposer. Comme si j’avais jamais beaucoup pu me détendre, de toute façon.
Je n’avais pas le choix. Tss, ça me coûtait vraiment, mais…
« Non. Mademoiselle Shei ne deviendra ni le sujet d’expérimentation de la Grande Sorcière ni l’otage de Nevida. »
« … Comment tu le sais ? »
« Parce que mademoiselle Shei doit devenir ma petite amie. »
« Q-quoi ? »
« Alors arrête de t’entêter pour des broutilles et fais-toi rattacher les bras. Tu veux mourir ? »
« Q-Qu’est-ce qu’il raconte, tout à coup ? »
J’attirai brusquement la régresseuse, encore éberluée, et l’assis sur une chaise. Malgré sa confusion, elle se laissa guider sans opposer la moindre résistance.
Ah, ça me coûtait. J’étais quelqu’un qui s’était fait draguer un bon nombre de fois dans sa vie, pas quelqu’un qui avait déjà fait le premier pas.
Mais on ne pouvait pas toujours faire ce qu’on voulait dans la vie. Pour protéger la vie de la régresseuse sous les regards attentifs de Nevida et de la Grande Sorcière…
Non.
Pour protéger ce monde de la vie de la régresseuse, c’était ma seule option !
« J’ai aussi des critères de beauté, tu sais. Je n’ai pas envie d’être avec quelqu’un qui se tortille sans bras et qui répand du sang partout. Regarde-toi. Tu pues et tu es dégoûtante. »
« … Je n’y peux rien ! On m’a arraché les bras, pff… ! »
« C’est pour ça que j’essaie de te remettre sur pied. Allez. Tends-moi tes moignons d’épaules. Je vais te soigner avec le Dieu démoniaque de Tyr ; alors fais circuler ton énergie pour stabiliser les points de jonction. »
Je brandis la paire de bras que j’avais soigneusement apportée. C’étaient les bras mêmes que la régresseuse avait perdus. Quand on était aussi mutilé, il fallait se demander si le corps ne lâcherait pas avant qu’on ait pu rattacher les bras, mais tout dépendait de la personne.
Même dans cette situation catastrophique, les bras arrachés, la Frontière d’inversion céleste de la régresseuse avait interrompu la circulation du sang vers ses bras et l’avait redirigée dans son corps, limitant au maximum l’hémorragie. C’était une réaction d’une précision incroyable, comme si elle avait déjà vécu l’expérience d’avoir les bras arrachés.
« Les voilà. Le bras gauche et le bras droit que mademoiselle Shei a perdus et que j’ai gardés en sécurité. Agite les mains et dis-leur bonjour. Ah, mademoiselle Shei n’a pas de mains pour les saluer, c’est vrai. »
« Je m’accroche à la vie et toi, tu plaisantes… ! »
« Dramatiser une situation déjà grave ne fait que l’alourdir. Essayons de voir les choses du bon côté. »
Tenant dans mes deux mains les bras que Nevida avait arrachés, je les agitai. Les os étaient tordus et les muscles sectionnés pendaient mollement, mais ils étaient encore vivants. Et tout ça, c’était grâce au sang que j’avais fait circuler sans m’arrêter un seul instant.
La régresseuse entrevit une lueur d’espoir en voyant les bras relativement intacts, mais ne tarda pas à secouer la tête.
« … Même si on me les rattache, il me faudra des mois pour retrouver mes forces. Et même après avoir récupéré, je ne serai plus aussi forte qu’avant. »
« Alors récupère pendant quelques mois. Tu as encore toute la vie devant toi. Qu’est-ce que ça peut faire si tu passes quelques mois à te remettre ? »
« … C’est vrai. Hughes ignore que je peux régresser… Plutôt que de passer des mois à lutter pour qu’on me rattache les bras, mieux vaut mourir et recommencer. »
C’était pour moi que je faisais ça, pas pour toi. Cette fois-ci aussi, les choses se passaient étrangement bien ; si tout allait comme prévu, je pourrais retrouver toutes mes forces. Je ne pouvais pas déjà tout remettre à zéro.
« Considère ça aussi comme un entraînement. Si tu vis quelques mois comme si tu n’avais pas de bras, tu pourrais atteindre un nouveau domaine. »
« Ça a le moindre sens, ça ? »
« Et dire : “On m’a coupé les bras, alors autant mourir”, ça en a ? Surtout quand tu es quelqu’un à qui on peut les rattacher. Ce que tu fais, c’est une insulte à tous les manchots du monde. Et c’est aussi terrible pour moi. »
« Cela dit, du point de vue de Hughes, qui ignore tout de la régression, je dois avoir l’air étrange à vouloir renoncer à la vie. Argh, très bien. Il me reste encore beaucoup à tirer de ce cycle. Recommencer, c’est pénible aussi, alors je vais aller jusqu’au bout. … E-et ce que Hughes a dit me trotte dans la tête. »
Hésitante, la régresseuse s’adossa à sa chaise et inclina la tête à la place de ses mains manquantes.
« … Il y a un élixir médicinal dans ma poche. Si tu le prépares comme je te l’expliquerai, ça aidera à rattacher mes bras. Il faut beaucoup d’énergie pour reconnecter chaque muscle un par un. »
« Parfait. J’ai beaucoup de choses à te dire, mais commençons par te rattacher les bras. »
« O-oui. »
La régresseuse n’était pas tendue uniquement parce que les soins allaient commencer.
… Ah. J’avais l’impression d’être de retour dans un club d’hôtesses, à satisfaire les caprices d’une cliente. Qu’en dis-tu, Grande Sorcière ? Tu es satisfaite ?
« Hum. Alors, c’est ça, la sensation… Ce n’est pas désagréable… »
En lisant les pensées de la spectatrice qui m’observait, je poursuivis avec précaution.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>