Chapitre 570
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 570 : Se travestir, l’acte le plus féminin qui soit
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« --- ! »
« Attrapez-le ! »
« Aïe ! Mon nez ! »
« Maintenant, tu as le nez crochu. On dirait davantage une sorcière. »
À notre retour dans le Domaine des Seigneurs, au sein de l’Arbre-Monde, le chaos régnait. Des sorcières gémissaient et criaient tandis que des balais s’agitaient dans tous les sens.
Nevida leva la main. Une épaisse mousse blanche poussa aussitôt, et une sorcière vola dans les airs au-dessus d’elle. Walpurgis atterrit sans encombre sur la mousse moelleuse, puis grimaça.
« Grand druide. Celui que vous nous avez confié s’est montré plus violent que prévu. »
Eh ben. Elle avait essayé de s’échapper dès que Nevida était partie ? Et cela sans ses deux bras ? Nevida semblait elle aussi impressionnée.
« Dire qu’il n’a pas renoncé, même après avoir perdu ses bras. Quelle agréable erreur de calcul. »
« Peut-être que vous trouvez cela agréable. Moi, je n’aime pas les imprévus. »
Walpurgis fronça les sourcils, tira des chauves-souris de sa robe et les lâcha dans les airs. Elles volèrent comme des pierres avant d’ouvrir toutes les yeux en même temps et de déployer leurs ailes. Leurs yeux verts brillèrent tandis qu’elles poussaient des cris ultrasoniques et s’envolaient dans la cavité de l’arbre.
Les sorcières étaient des sociétés secrètes qui avaient hérité de la magie noire et de la sorcellerie des temps anciens. Elles apparaissaient naturellement partout où vivaient des humains et transmettaient parfois leur savoir et leur pouvoir magique lors d’un apprentissage individuel.
Les sorcières possédaient de nombreux pouvoirs, mais leurs familiers étaient les plus célèbres. Contrôler de petits animaux comme les chauves-souris, les grenouilles et les mulots, puis s’en servir comme intermédiaires magiques, voilà ce qui caractérisait les sorcières.
Walpurgis relia son esprit à celui des chauves-souris. Leurs yeux verts brillèrent tandis que leurs perceptions affluaient en elle. Un humain ordinaire n’aurait jamais pu appréhender les perceptions complexes des chauves-souris, mais Walpurgis les interprétait à l’instinct et à l’expérience.
« Attendez un instant. Je vais évaluer la situation. »
Les cris ultrasoniques des chauves-souris résonnèrent dans la cavité de l’arbre. Dans l’esprit de Walpurgis apparut un couloir de lignes obliques, dépourvu de couleurs et de textures. Quelqu’un courait dans les passages profonds et sinueux. La silhouette restait indistincte, mais sa démarche hésitante suffisait à comprendre qu’il s’agissait de la Régresseuse.
Franchement, pourquoi s’enfuyait-elle sans ses bras ? Elle aurait d’abord dû reprendre des forces. C’était digne d’une régresseuse, ou juste stupide ?
Alors que Walpurgis poursuivait la Régresseuse par l’intermédiaire des chauves-souris, elle remarqua soudain quelque chose.
« … Hum. Tout va bien. Le problème est réglé. »
« Vous l’avez fait ? »
« Non. Les chauves-souris n’en auraient pas été capables. »
Les sorcières étaient certes utiles, et pouvaient se révéler puissantes selon la personne, mais les familiers n’étaient pas faits pour le combat. Même si une grenouille ou une chauve-souris était forte, à quel point pouvait-elle l’être ?
Elles pouvaient faire de plus grosses bêtes leurs familiers, mais contrôler un animal aussi intelligent entraînerait un afflux de son esprit dans le leur. En général, un chat ou un corbeau représentait la limite, et même ceux-là étaient évités à cause du danger. Les histoires de sorcières séniles errant dans la forêt en croassant comme des corbeaux n’étaient pas de simples rumeurs.
Mais…
« Un éléphant va s’en charger. »
Celles qui dépassaient cette limite étaient appelées Grandes Sorcières.
Prrrrroooooo !
Le barrissement d’un éléphant retentit au loin. Au même instant, le lien entre Walpurgis et les chauves-souris se rompit. Dans la cavité sinueuse de l’arbre, semblable à une fourmilière, un grondement violent s’élança. Une tempête de sons déferla dans les tunnels.
Le Domaine des Seigneurs trembla violemment. Nevida fit silencieusement trembler le petit Arbre-Monde. La cavité s’élargit peu à peu, comme pour accueillir quelqu’un.
Un jeune éléphant surgit de l’ouverture agrandie. Même jeune, c’était une bête bien trop imposante et intelligente pour sortir d’une cavité d’arbre. Il s’avança lentement, la Régresseuse dans sa trompe.
Malheureusement, alors qu’elle tentait de fuir après avoir envoyé Walpurgis voler d’un simple coup de pied, la Régresseuse était tombée sur l’éléphant familier de la Grande Sorcière.
Walpurgis retira son chapeau et s’inclina devant la sorcière juchée sur le dos du jeune éléphant.
« Mes salutations, Maître. Votre indigne disciple salue la Grande Sorcière. »
« O-oui. Walpurgis. Vous avez bien travaillé. »
La sorcière, perchée sur l’éléphant, répondit d’une voix faible. Elle avait l’air morose.
« N-Nevida… Q-qui est cet homme ? »
Un mystère profond et obscur, caché dans la jungle de l’Arbre-Monde, qui conservait tout le savoir en son esprit, tous les secrets en son sein et toutes les richesses entre ses mains.
Une Aînée et Grande Sorcière, devenue immortelle après avoir obtenu le sang de la Progenitrice grâce à un pacte avec les ténèbres.
Et l’héritière directe de la Reine qui avait autrefois régné sur le Royaume des Dix Mille.
La Grande Sorcière Hexia Agartha. La maîtresse de toutes les sorcières.
La Grande Sorcière désigna la Régresseuse, qu’elle avait maîtrisée grâce à son éléphant familier.
« C-cette… Où avez-vous trouvé cette… ? »
« Si vous parlez de celui qui a perdu ses bras, il est entré de son plein gré dans la jungle avec Sa Majesté. »
« N-non. Pas celui-là… Elle. »
La Grande Sorcière s’approcha lentement de la Régresseuse. Celle-ci se débattit de toutes ses forces, mais sans bras, elle ne faisait que gesticuler. La Grande Sorcière pointa un doigt vers son visage et demanda :
« Mon masque. Pourquoi… est-ce qu’elle le porte ? »
« Un masque ? »
Nevida posa la question, sans comprendre ce que voulait dire la Grande Sorcière. J’étais tout aussi perplexe, mais après avoir lu les pensées de la Régresseuse, je compris.
Hexia Agartha. Descendante directe d’Agartha, la Reine du Royaume des Dix Mille.
Et ce que portait la Régresseuse, c’était…
« Hé, hé. Toi aussi, tu l’as pris sans le savoir… C’est vrai. Tu es insensible… »
Tout en marmonnant dans sa barbe, la Grande Sorcière sortit soudain ses ongles et lacéra le visage de la Régresseuse. Sa main acérée lui entailla la face comme si elle voulait la déchirer. Le sang gicla et une vilaine plaie apparut sur le visage de la Régresseuse…
Du moins, c’est ce qu’on aurait cru. Une fine couche de peau se détacha. La Grande Sorcière brandit le « masque » qu’elle venait d’arracher avec ses ongles. Un grain de beauté bien visible marquait le mince masque qui recouvrait le menton, les joues et le dessous des yeux.
« L’un des Trois Masques d’Agartha : Vérité. Le plus grand fragment de la Reine, celui qui change l’apparence que je donne… »
La Grande Sorcière mit nonchalamment le masque. Lorsqu’elle se caressa la peau, le Masque d’Agartha se fondit en elle, comme s’il avait toujours fait partie de son visage.
L’impression que dégageait la Grande Sorcière changea alors complètement. Pour moi, elle resta la même grâce à ma lecture des pensées, mais Nevida et Walpurgis remarquèrent aussitôt la différence.
Walpurgis poussa un cri de stupeur.
« … ! La Grande Sorcière est un homme ?! »
La Grande Sorcière était une femme. Pourtant, à leurs yeux, son visage leur donnait l’impression d’être celui d’un homme. Le décalage entre leur raison et leur ressenti brouillait leurs pensées. Si elles n’avaient pas si bien connu la Grande Sorcière, elles auraient vraiment pu se tromper.
Visiblement ravie, la Grande Sorcière se caressa le visage en marmonnant :
« Hé hé… Se déguiser en homme. Elle utilisait un objet si précieux pour une chose aussi futile… Pas étonnant que je n’aie pas senti cette odeur répugnante propre aux mâles… »
L’apparence de la Régresseuse changea elle aussi une fois le masque retiré.
Son visage avait toujours présenté quelques indices. Mais maintenant que le masque avait disparu, il n’y avait plus moyen de se tromper. Sa chevelure en bataille, qui avait poussé au fil du voyage, ressemblait désormais tout simplement à un carré, et ses longs cils, cachés jusque-là sous son regard féroce, étaient enfin visibles.
Les humains ne distinguaient pas chaque trait du visage séparément. Ils le percevaient dans son ensemble et se souvenaient de l’impression qui s’en dégageait. Le Masque d’Agartha manipulait précisément cette impression. Une fois le masque retiré, l’apparence de la Régresseuse redevint évidente pour tout le monde.
« … Tss, fait chier ! »
Son sexe révélé au grand jour, la Régresseuse se mordit la lèvre, frustrée.
La Grande Sorcière, ravie de cette aubaine inattendue, s’adressa à la Régresseuse.
« Hé hé, merci… Pourquoi cacher que tu es une femme ? »
« Elle a dû vouloir dissimuler qu’elle était une catin. Je comprends mieux. Voilà pourquoi la catin ne la lâchait pas des yeux. »
Si ça se passait comme ça, impossible de nier quoi que ce soit ! Il fallait qu’elle soit démasquée devant Nevida, la pire ennemie de la Sainte Vierge, entre toutes ?
J’avais prévu de tout révéler un jour ou l’autre ! Mais jamais comme ça ! Qu’est-ce que je devais faire ? Dire que je savais déjà qu’elle était une femme, ou prétendre que je venais de l’apprendre ?
Sur quel rythme fallait-il que je me cale ? Est-ce que je devais d’abord lire les pensées de la Régresseuse ?
« … C’est le pire. Le pire du pire. On m’a arraché les deux bras et je suis prisonnière dans la base ennemie. Je n’ai plus aucune force, et ils me traitent comme un jouet. Et maintenant, on m’a aussi pris mon masque… »
En temps normal, une personne à qui l’on avait arraché les deux bras, qui avait perdu beaucoup de sang et qui avait été capturée aurait sombré dans le désespoir. Plus encore si elle n’avait aucun espoir de survivre.
Mais pour la Régresseuse, même la mort n’était pas une fin. Non, dans une situation pareille, mourir représentait une excellente porte de sortie.
« Avant de passer à la prochaine itération, je voulais seulement découvrir ce qui était arrivé à Hughes… Sans mes deux bras, cette itération est pratiquement terminée. Je ne pourrai sans doute pas les faire rattacher. Alors, avant de m’affaiblir davantage, je devrais me tuer avec la Frontière d’inversion céleste… »
Ironiquement, la Régresseuse envisageait le suicide avec un parfait mélange de rationalité et d’espoir. En lisant ses pensées, je faillis me ranger à son avis, puis me ressaisis à la hâte.
Non ! Si tu meurs, c’est fini. Le monde repart en arrière !
Qu’est-ce que je devais faire ? J’allais jouer le jeu pour le moment ! Feignant de ne rien savoir, je demandai :
« Quoi ? De quoi parlez-vous ? Le masque d’Agartha ? Qu’est-ce que c’est ? »
« C’est un pouvoir que la femme impie Agartha a osé s’approprier en arrachant le visage de Votre Majesté. Comme une servante de cette catin, elle a tenté, égaré et trompé les humains sous d’innombrables visages. Cette catin s’est servie du pouvoir de Votre Majesté pour dissimuler son identité. »
« Euh… Nevida, vous êtes un peu dure… C’est tout de même mon ancêtre… »
Nevida ignora la Grande Sorcière, dont la voix s’amenuisait peu à peu, et laissa éclater une féroce intention meurtrière.
« Si j’avais su que c’était une catin, je m’en serais débarrassée par tous les moyens quand nous nous sommes rencontrées dans l’État militaire… Il est peut-être tard, mais je peux encore le faire. »
« A-attendez ! Un instant ! Shei était vraiment une femme… ? Je n’en savais rien ! »
Je le savais. Comment aurais-je pu l’ignorer ? Elle ne faisait que le crier sur tous les toits. À vrai dire, je l’aurais fini par le soupçonner, même sans la lecture des pensées.
Mais je ne pouvais pas dire la vérité dans cette situation ! Je devais faire semblant de ne rien savoir !
« Elle a pourtant dit qu’elle aimait les hommes, je ne sais pour quelle raison ! Shei, quand tu disais aimer les hommes, tu voulais dire que tu étais attirée par eux ? »
Ligotée comme elle l’était, la Régresseuse ne pouvait ni s’enfuir ni esquiver la question. Tremblante de honte et de douleur, elle évita mon regard.
« … Argh, qu’est-ce que ça peut faire ? »
« Et puis, tu me regardais bizarrement, toi aussi ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ?! Je n’ai jamais… fait ça ! »
« Et la fois où tu t’es glissée en douce dans mon lit, la nuit ? »
« Quand est-ce que j’ai… ? C-c’était un accident ! »
Je le savais. Je l’avais appris en lisant ses pensées. Mais même si la Régresseuse disait la vérité, ceux qui l’écoutaient comprendraient tout autre chose.
Je pris un air grave et m’interposai devant Nevida.
« Nevida. Vous vous souvenez de ce que vous m’avez dit, tout à l’heure, là-haut ? »
« Là-haut, vous voulez dire ? »
Vous l’aviez clairement dit. Si j’avais besoin d’une femme, vous m’en fourniriez une dès que je le souhaiterais. Je ne m’y attendais pas, mais voilà qu’une autre femme s’était présentée. Qui plus est, quelqu’un qui avait des liens profonds avec moi.
« Laissez Shei partir. Non, donnez-la-moi. »
« … »
En se remémorant notre conversation de là-haut, Nevida comprit ce que je voulais dire. Ou plutôt, elle se méprit, pour être précis. Elle comprit que je comptais sauver la Régresseuse, mais se trompa sur mes raisons.
« Sa Majesté semble s’intéresser à cette chose… Son existence me déplaît profondément, mais je suis là pour servir et honorer Sa Majesté. Je devrais lui donner ce qu’elle désire. »
Bien sûr, la Régresseuse ne m’intéressait pas particulièrement. Qu’y avait-il d’attachant chez une régresseuse bourrée de stress post-traumatique, qui préférait cogner avant de parler ?
Mais si la Régresseuse mourait, le monde repartirait en arrière. Tant que je vivais à cette époque, je devais l’en empêcher autant que possible. Au moins jusqu’à ce que je rencontre le Dieu démoniaque lié au temps.
« Sans ses bras, elle sera facile à transformer en jouet. »
« … Hein ? De quoi est-ce que vous parlez ? »
Nevida invoqua des lianes épineuses. Des lianes qui poussaient au plafond rampèrent comme des serpents et se resserrèrent autour du cou de la Régresseuse.
« Argh, aaah ! »
Les épines acérées s’enfoncèrent dans la peau de la Régresseuse et absorbèrent son sang en poussant lentement. Le sang qui coulait se changea en une unique rose rouge. Nevida observa froidement la Régresseuse se tordre de douleur.
« Si vous tenez à garder votre cou intact, vous feriez bien de servir Sa Majesté de tout votre cœur. Si Sa Majesté referme cette rose, les épines se resserreront autour de votre cou. »
Après ces paroles glaciales, Nevida cueillit la rose sur la liane et me la tendit. Je la pris, l’air partagé.
Je ne voulais pas dire qu’il lui fallait aussi un collier… Là, on aurait dit que je faisais quelque chose d’horrible. Je voulais seulement sauver la Régresseuse.
Bon, au moins la Régresseuse et moi étions encore en vie. Je pouvais considérer l’opération comme un succès ?
« Pose seulement la main sur moi ! Je te tuerai… ! »
… Peut-être pas tout de suite ?
Notes :
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