Chapitre 568
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 568 : Survivre à l’Arbre-Monde
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Capturer une personne puissante était bien plus difficile que la tuer. Un maître des arts du qi pouvait détruire des cordes ou des menottes en y faisant circuler une infime quantité de qi. Au besoin, il pouvait se déboîter les articulations à volonté ou comprimer son corps pour s’échapper.
C’était pourquoi la gestion des prisonniers avait toujours posé un problème épineux. À moins qu’une personne aussi puissante qu’eux ne les surveille, les garder captifs ne valait guère mieux que les laisser dans une auberge bon marché. Même si leur briser les deux bras semblait préférable, un maître ayant atteint le niveau de l’Art du qi aquatique pouvait maîtriser son corps à l’aide de son qi, et même se soigner. Même cela ne suffisait pas.
Mais si on leur retirait complètement les bras ? Quelle que soit leur puissance, ils ne pouvaient pas résister sans bras. D’une certaine manière, c’était logique…
Pourtant, en quoi arracher les deux bras d’une artiste martiale était-il différent de la tuer ?
L’état de la régresseuse était pitoyable : on lui avait arraché les bras par la force brute. Même l’art du qi sans égal appelé Frontière d’inversion céleste ne pouvait rien contre une telle perte de sang.
Je parvins de justesse à récupérer les deux bras de la régresseuse, qui se tortillaient après avoir perdu leur propriétaire. J’utilisai le pouvoir du Dieu démoniaque pour y maintenir la circulation du sang et empêcher qu’ils ne pourrissent.
Tant que ses bras étaient préservés, on pouvait les lui rattacher. Ils ne seraient pas tout à fait comme avant, mais un maître des arts du qi pouvait quand même se rétablir avec suffisamment de repos et des soins appropriés.
« Nous arriverons bientôt, Votre Majesté. Je suis venue sans prévenir ; je n’ai donc peut-être pas pu préparer un accueil digne de vous. Je vous prie de bien vouloir m’en excuser. »
… Même si j’ignorais si Nevida nous laisserait ce temps.
Un bouton floral jailli du sol nous enveloppa, la régresseuse et moi. Nevida était partie sans prévenir. Je faillis lâcher les bras, mais réussis tant bien que mal à soutenir la régresseuse et à retrouver mon équilibre.
Se déplacer en empruntant un passage créé grâce aux pouvoirs druidiques, appelé « tunnel floral », était incroyablement rapide. J’avais l’impression de nager dans cette mer dense d’arbres.
Malgré tout, la vie de la régresseuse ne tenait qu’à un fil. Je réprimai mon impatience et maintins la circulation du sang dans ses bras pendant plusieurs heures.
Puis mon corps se mit soudain à tanguer. Le bouton floral se resserra autour de nous et commença à se frayer un chemin vers le haut dans un passage étroit. Alors que je m’agrippais au mur pour ne pas perdre l’équilibre, le bouton, qui filait à une vitesse terrifiante vers sa destination, s’épanouit sans prévenir.
J’eus les oreilles bouchées. Mon corps sentit d’abord le changement d’altitude. Je plissai les yeux face à la lumière qui filtrait et sortis.
Nous étions dans une immense cavité au cœur d’un arbre. L’intérieur avait été creusé dans sa chair. Des feuilles, des lianes et des escaliers de bois brut remplissaient l’espace. C’était sans doute ainsi que le monde apparaissait aux fées qui habitaient dans les arbres.
Je me retournai et regardai par l’ouverture.
« Voici l’Arbre-Monde, un arbre que cet humble serviteur a présomptueusement greffé à partir d’un jeune plant de l’Arbre-Monde. »
Une mer de feuilles s’étendait à perte de vue. Une branche gigantesque commençait au-delà de mon champ de vision et s’étirait vers l’intérieur.
Elle était si vaste qu’elle faussait mon sens des distances. Des escaliers couraient le long de l’épaisse branche, et je pouvais voir des gens qui la traversaient. Cette branche était bien plus large que la plupart des routes ou des bâtiments. Bientôt, elle se ramifia en des dizaines de branches, chacune portant des feuilles différentes qui s’étendaient vers l’extérieur.
Rien qu’à l’endroit où je me trouvais, j’en voyais des milliers. Il y en avait sans doute encore plus en dessous, hors de ma vue. Ce n’était pas un animal, mais je sentais la vie vigoureuse qui palpitait en lui.
« Bienvenue dans l’Arbre-Monde, Seigneur de toute la Création. »
C’était l’Arbre-Monde, l’Arbre de l’Origine. Plus précisément, son niveau le plus élevé, où résidait Nevida.
Le Domaine des Seigneurs.
Malgré son nom, le Domaine des Seigneurs ne semblait pas être un lieu de vie pour les humains. Je n’entendais pas beaucoup de pensées. Comme à mon habitude, je les lus rapidement. Il y avait une vingtaine de personnes, toutes absorbées par quelque chose.
À cet instant, j’entendis une résonance inconnue. Je tentai d’utiliser ma lecture des pensées, mais un vertige me saisit soudain et je titubai.
« Hein ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Attends. Quelque chose clochait.
Jusqu’ici, ma lecture des pensées avait été absolue. Elle avait ses limites, mais ce pouvoir révélait honnêtement et fidèlement l’esprit humain. Cela n’avait jamais changé.
« Est-ce là le souhait de Nevida ? Elle en a déjà exaucé presque tous les aspects de ses propres mains. Pourtant, c’est ironique que je sois la dernière pièce du puzzle. J’ai l’impression de m’attribuer le mérite du travail d’une autre. »
Pourtant, cette résonance était différente. Ce n’était pas comme lire les pensées d’une personne. Une voix creuse résonnait dans une conscience vide. Les pensées que j’entendais à présent m’étaient étrangères.
« Malgré tout, la méthode de Nevida est la bonne. Je peux bien apporter la dernière pièce. Tout le mérite lui revient. Ce n’est donc pas ça qui compte. D’abord, les bras… »
« Attends. Qu’est-ce que c’est que ça ? »
En voyant mon air perplexe, Nevida sembla satisfaite, comme si tout s’était déroulé exactement comme prévu.
« Votre Majesté. Je vous prie de pardonner l’impudence de ce serviteur, qui se permet de vous parler ainsi… »
« Tu t’es déjà montrée aussi impudente que tu le voulais, alors qu’est-ce que tu racontes ? Ce n’est pas comme si tu allais te retenir juste parce que c’est impudent ! Dépêche-toi de m’expliquer. Qu’est-ce que c’est que ça ? »
« Comme Votre Majesté l’a senti, ce serviteur est à son service. Non pas au souverain qui se tient devant moi, mais à celui qui fut trahi et blessé autrefois. »
Les humains appelaient l’humanité les Seigneurs de toute la Création. Le sommet de l’Arbre de l’Origine était le Domaine des Seigneurs. Pourtant, cet endroit n’était pas destiné aux humains…
Il était destiné au Roi de l’Humanité.
Au sommet de l’Arbre de la Corruption reposaient les restes du Roi de l’Humanité que Nevida avait servi autrefois. Le cadavre de cette fille que j’avais vue dans les souvenirs du Dieu de l’Offrande.
« Votre Majesté. À présent, votre pouvoir a été arraché à votre chair. Les Cinq Seigneurs, serviteurs de cette infâme catin, se sont emparés de votre “pouvoir” et ont osé se prétendre rois. Leur rébellion était un sacrilège, mais cette catin a banalisé la royauté, puis a fini par profaner Votre Majesté. »
Nevida leva encore les yeux, se remémorant celle qui reposait au sommet de l’Arbre-Monde, là où personne n’osait même la regarder de haut.
« Ce serviteur ne pouvait supporter de voir cela en tant que sujet de Votre Majesté. Pour le souverain qui reviendra un jour, ce serviteur a veillé sur votre corps sacré. »
Voilà pourquoi la régresseuse était hostile à Nevida, et pourquoi le Roi du Péché apparu autrefois avait pris l’apparence d’une femme. Nevida possédait le cadavre du Roi de l’Humanité ; elle était donc en quelque sorte une prêtresse capable d’invoquer le Roi du Péché.
Et c’était probablement pour cela que Nevida m’avait amené ici.
« Alors, la raison pour laquelle tu m’as amené ici doit se trouver plus haut. »
« Je pensais que cela intéresserait également Votre Majesté. »
« Oui, ça m’intéresse. Mais d’abord… »
Je désignai la régresseuse, qui s’accrochait à peine à la conscience, puis ses deux bras, posés à l’écart d’elle.
« Pourrais-tu soigner Shei ? Elle va mourir si ça continue. »
Nevida avait dit qu’elle l’épargnerait. Elle pouvait au moins soigner ses blessures. La vie ou la mort de la régresseuse ne semblait pas intéresser Nevida, mais elle se rappela avoir dit que Shei serait maintenue en vie et leva la main.
L’Arbre de l’Origine modifia sa structure selon la volonté du Dieu démoniaque. Le mur de bois s’enroula sur lui-même et des escaliers poussèrent de part et d’autre. Quelqu’un descendit les marches fraîchement apparues. C’était une femme d’âge mûr, vêtue d’habits amples, qui tenait un large balai et portait un chapeau pointu replié en deux.
La femme n’éprouva ni peur ni appréhension à la vue de Nevida. Ce n’était pas simplement parce qu’elle avait l’habitude de la côtoyer.
Elle aussi avait touché aux mystères de cette terre.
C’était une sorcière.
« Grande Druide. Vous m’avez appelée ? »
« Walpurgis. Soigne la patiente. Garde-la en vie. »
Walpurgis, la sorcière, ne trouvait les bras arrachés qu’un peu encombrants. Bien sûr, ce n’était que ce qu’elle pensait. Rien dans son visage ni dans ses gestes ne le trahissait. D’un mouvement indifférent, elle agita son balai. Comme s’il était vivant, celui-ci se glissa sous la régresseuse et la souleva.
Walpurgis regarda les bras sectionnés et demanda :
« Dois-je aussi lui rattacher les bras ? »
Oh. Ils avaient donc aussi des techniques pour rattacher les bras, ici. Voilà qui était digne d’une sorcière. Je hochai vivement la tête.
« Oui, si vous le pouvez… »
« Il vaut mieux qu’elle reste sans bras. »
« Non, c’est cruel. On pourra toujours les lui retirer plus tard, alors pourquoi ne pas les lui rattacher ? Si on attend trop longtemps, ce ne sera plus possible ! »
« Il sera plus facile de s’occuper d’elle sans ses bras, Votre Majesté. Je vous prie de ne pas vous en soucier. »
Ça m’agaçait que Nevida me parle avec autant de respect alors qu’elle n’avait pas l’intention de m’écouter. Elle se payait ma tête ?
« Les clientes ne sont pas d’accord. Même si je ne les lui rattache pas, je devrais au moins emporter les bras. »
La sorcière se demanda si elle devait écouter Nevida ou moi, puis décida de tenir compte des deux avis. Sage décision.
La sorcière fléchit légèrement les genoux en guise de salut, puis emporta aussi les bras de la régresseuse. Nevida ne regarda même pas dans cette direction et agita une petite branche.
« Je vais à présent conduire Votre Majesté à sa chambre. »
« Quand tu dis “Votre Majesté”, tu parles de l’endroit où je vais dormir, ou de celui où quelqu’un d’autre dormira ? »
« … C’est la chambre du souverain que ce serviteur a jadis servi. »
Un grand dragonnier aux larges feuilles jaillit du sol. Il nous porta, Nevida et moi, sur ses feuilles tandis qu’il grandissait peu à peu vers le haut.
Même l’immense Arbre-Monde avait un sommet. Ses troncs, qui avaient d’abord été aussi larges que des bâtiments, s’affinaient peu à peu, jusqu’à ce qu’au-delà d’un certain point, seul le ciel bleu serve de toile de fond.
Entre le ciel et l’Arbre-Monde se trouvait un unique bouton floral. Nevida fit pousser le dragonnier jusqu’au sommet de ce bouton. Plus nous nous en approchions, plus le bruit inconnu que j’entendais grâce à ma lecture des pensées s’intensifiait.
« Quand un Roi de l’Humanité rencontre un autre Roi de l’Humanité… Lorsqu’un souhait atteint son apogée, même ce genre d’ironie peut se produire. Voilà pourquoi il faut des souhaits, quels qu’ils soient. »
Le bouton floral, semblable à un lotus, était assez grand pour qu’une personne puisse y entrer. Je posai doucement la main sur un pétale. Les pétales qui se chevauchaient étaient épais et fermes ; je ne pourrais donc pas les arracher de force.
« Écartez-vous. »
Nevida leva la main et traça un cercle. Les pétales du lotus étroitement clos frémirent doucement et obéirent à sa volonté. La paroi de pétales se détacha couche après couche, s’ouvrant peu à peu pour révéler le précieux être qu’elle avait protégé.
Nevida s’agenouilla face à l’intérieur et s’inclina profondément.
« Ce serviteur, Nevida, va entrer un instant. »
Au cœur de la fleur se trouvait une « jeune fille », légèrement plus mûre que celle que j’avais vue dans le rêve du Dieu de l’Offrande. Recroquevillée comme un enfant, elle avait des lianes semblables à des cordons ombilicaux qui pendaient de sa bouche et de son nez, lui apportant des nutriments. Son cœur ne battait pas et elle ne respirait pas. Si on m’avait demandé si elle était vivante ou morte, j’aurais affirmé qu’elle était bien plus proche de la mort.
Pourtant, grâce aux soins dévoués de Nevida, le Roi de l’Humanité avait continué d’exister au-delà d’une durée inimaginable.
« Le Roi de l’Humanité que Nevida chérit, celui qu’elle a servi dans un lointain passé. Nevida est obsédée par ce Roi de l’Humanité, et non par moi, dont l’apparence et les souvenirs lui sont étrangers. Son véritable souhait ne me concerne probablement pas… »
La voix que j’entendais grâce à ma lecture des pensées s’amplifia peu à peu. Les pensées que je lisais à présent m’étaient vraiment étrangères. Ma tête me lançait, comme si j’écoutais une mélodie discordante.
Sans même m’en rendre compte, je suivis cette impulsion instinctive.
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