Chapitre 564
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 564 : Le péché couvert de cendres et le dieu cousu de peau – 4
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Pour un pays qui avait déjà disparu, le Royaume des Dix Mille jouissait d’une estime étonnamment grande auprès de ses habitants. Peut-être était-ce parce que c’était un bon pays, mais aussi parce qu’il avait toujours été si difficile de survivre sur ces terres.
Une contrée lointaine, isolée au-delà de la plaine d’Enger. Dans l’interminable jungle qui s’étendait sur le continent du Sud-Est se dressait l’Arbre-Monde. Roi des arbres, pilier soutenant le monde, première création de Terre Mère. Ginkgo béni, il s’élevait aussi haut que le séquoia de l’aube, dans le nord-ouest du continent.
Dans cette jungle isolée, au cœur d’une terre ancestrale si difficile d’accès que personne ne pouvait guère lui venir en aide, la Reine fonda une nation. En rassemblant toutes les tribus du pays et en étendant leur influence, elle bâtit une civilisation florissante, sans pareille.
Mais nulle fleur ne reste rouge dix jours durant. Cette belle et éblouissante civilisation s’évanouit aussi vite qu’elle était apparue, avec l’Arbre-Monde qui s’était dressé là pendant des temps immémoriaux.
Pourquoi l’Arbre-Monde avait-il brûlé et s’était-il effondré ? Comment le Royaume des Dix Mille avait-il péri ? Pourquoi la Reine n’était-elle jamais revenue ? Sur cette terre coupée du monde par des arbres hauts comme des remparts, aucune vérité incontestable ne s’était transmise.
Une chose, pourtant, était certaine. Là où l’Arbre-Monde avait brûlé et s’était effondré, un nouvel arbre avait poussé en dévorant ses cendres.
L’Arbre-Monde maudit, appelé l’Arbre de la Corruption.
Et l’être qui régnait sur cet Arbre de la Corruption était…
« Mauvais présage ? »
Rashy, qui venait tout juste de reconnaître Nevida, l’antique druide légendaire aux bois de cerf, se figea de stupeur. Avant qu’il ait pu faire quoi que ce soit, tout confus qu’il était, Callis l’enlaça par-derrière à deux bras.
« Rashy ! Ne bouge pas ! »
« Quoi ? »
« Tu dois rester immobile. N’attire pas son attention ! Fais partie du décor. Ne la laisse pas te remarquer ! »
Callis s’accrochait désespérément à lui. En voyant la peur qui faisait trembler ses mains, Rashy ravala ses paroles et obéit.
Nevida était un monstre qui avait transformé le Dieu de l’Offrande en arbre en un instant. Même Rashy, un immortel, ne pouvait être sûr de lui survivre. Pour le moment, il retint son souffle comme Callis le lui avait demandé.
Alors que personne n’aurait pu nous venir en aide, un être bien plus dangereux que le Dieu de l’Offrande venait d’apparaître. À quoi pensait-elle ?
J’essayai de lire les pensées de Nevida, mais je ne percevais qu’une émotion calme, plus proche de celle d’un objet inanimé que d’une personne. Je pouvais lire les pensées qui lui traversaient l’esprit sur le moment, mais il m’était toujours difficile de lire Nevida elle-même.
Ce n’était pas tant qu’elle résistait à la lecture des pensées : comme l’ombre de Tyr, Nevida était devenue quelque chose qui dépassait l’humain.
Si je voulais savoir ce qu’elle pensait, il fallait que je le lui demande. Mais me répondrait-elle ?
« Euh, Nevida ? J’aurais une question à vous poser. »
« Je vous en prie, mon seigneur. »
« De quelles préparations parlez-vous ? Je n’ai rien entendu à ce sujet. »
« Des préparatifs pour restaurer les pouvoirs de mon seigneur. »
Heureusement, la loyauté de Nevida à mon égard était réelle, dans une certaine mesure. Elle s’inclina profondément et me répondit avec déférence.
« Mon seigneur est le véritable Roi de l’Humanité, le Porte-parole et le mandataire de toute l’humanité. Vous devriez régner sur ce monde en personne. »
Le regard de Nevida dévia sur le côté. Un instant, j’aperçus dans son champ de vision, au loin, un être fait de lumière. Avant que je puisse en reconnaître la forme, Nevida détourna les yeux et poursuivit.
« À cause de la malédiction de cette catin, mon seigneur a perdu ses pouvoirs et a disparu. Tandis que le trône restait vacant, de faux rois ont osé se proclamer souverains et revendiquer ce monde. Affligé par cette situation déplorable, votre servante s’est préparée à restaurer les pouvoirs de mon seigneur. »
Restaurer mes pouvoirs ? Pour moi ? Eh bien, ça avait l’air plutôt bien. J’allais lui demander si elle était sérieuse, mais je m’interrompis pour réfléchir.
« Euh, donc je récupère mes pouvoirs, puis je chasse tous les rois avec ? »
« Si mon seigneur retrouve ses pouvoirs, tout se déroulera selon sa volonté. Quel problème pourrait-il y avoir ? C’est ainsi que l’humanité devrait vivre. Faites donc ce que vous voulez. »
À vrai dire, ce serait mentir que de prétendre que la proposition ne me tentait pas. Cela dit, les seules histoires où je ne pense qu’à mon intérêt sont celles que je raconte moi-même. Quand quelqu’un d’autre prétend vouloir veiller sur mes intérêts, c’est une arnaque.
Que devais-je faire ? Tandis que je réfléchissais, Nevida se redressa lentement et s’adressa à moi.
« Mon seigneur. Votre servante va vous guider jusque-là. Suivez-moi et régnez de nouveau sur ce monde. »
« Ça a l’air tentant, mais je ne sais pas si tout ira vraiment bien. Laissez-moi réfléchir encore un peu. »
« Votre servante vous servira de tout son cœur. »
Ah, c’est vrai ! Nevida n’avait pas l’intention de tenir compte de mes souhaits ! Elle comptait m’emmener là-bas et me faire recouvrer mes pouvoirs !
Enfin, si je ne pouvais pas y échapper de toute façon, accepter ces pouvoirs ne serait peut-être pas si mal…
[Je suis venue ici parce que je suis partout où la foi existe.]
« Aïe ! Mes yeux ! »
Un éclair jaillit devant moi. Ce fut si soudain que je n’eus même pas le temps de fermer les yeux. Quand ma vue revint, une jeune fille flottait là, comme si elle avait toujours été présente.
Maiél, la Sainte Vierge du Ciel qui nous avait guidés jusqu’ici. Elle avait ignoré les questions de la régresseuse pendant tout ce temps, mais se montrait enfin. Comme si elle l’attendait, Nevida tourna les yeux vers la masse lumineuse.
« Une fois que j’aurai éliminé tous les enfants de cette catin. »
Maiél, la Sainte Vierge du Ciel, ne regardait rien. Comme si Nevida et moi ne comptions pas, elle fixait le vide et marmonnait d’un ton absent.
[Shei. J’espère encore que tu feras un autre choix. Il n’est pas trop tard, même maintenant. Mais si tu refuses…]
Maiél tendit doucement la main. Sous les pans de sa robe ample, un bras si frêle qu’il semblait incapable de soulever une cuillère pointa vers Nevida.
Ce geste lent et fragile ne dégageait aucune menace. Il aurait paru inoffensif même si elle avait été réelle, mais elle n’était qu’une faible rémanence lumineuse, si évanescente qu’elle semblait pouvoir disparaître à tout instant.
[Jusqu’à ton éveil, je rêverai le même rêve pour toi.]
À peine Maiél eut-elle fini de parler que l’espace se déforma.
Nevida, ainsi que tout ce qui se trouvait dans un rayon de dix mètres autour d’elle : tout se tordit et s’écoula vers cet espace. Le vent, l’eau, la terre, les buissons et les branches brisés. Les bruits assourdissants et les insectes affolés. Même la lumière. Tout fut comprimé afin d’anéantir l’existence de Nevida.
J’étais incapable de comprendre, même intuitivement, de quel genre de pouvoir il s’agissait. On aurait dit que le monde lui-même cherchait à rejeter Nevida. Une attaque inouïe, à laquelle il était impossible d’imaginer comment résister.
Un torrent de force qui m’aurait tué plus de dix fois. Au beau milieu de celui-ci… Nevida bougea lentement, résistant à toute la création.
Elle repoussa le vent qui écrasait son corps, endura le grondement qui l’ébranlait et supporta la pression, les deux pieds fermement ancrés dans la terre. Même toute la création ne pouvait faire plier celle qui avait traversé des âges si lointains. Droite comme un arbre majestueux, Nevida fixa Maiél.
« Quelle insolence, catin. Tu croyais pouvoir poser le pied sur cette terre sans même y amener ton propre corps ? »
La seule onde de choc aurait pu tuer plusieurs personnes, mais Nevida ne bougea pas sous cette pression écrasante. Non, son corps s’adaptait aux changements de l’environnement. Sa chair, qui tremblait encore, retrouva bientôt sa stabilité.
Au lieu de répondre, Maiél leva les yeux au ciel et récita :
[Ô lumière. Ô soleil. Père des cieux, qui veilles sur toute la création. Veille sur ce lieu.]
Alors le ciel se déchira.
Impossible de décrire ce qui se produisit. La forêt, si dense qu’on ne pouvait voir le ciel, s’embrasa en un instant. À travers les feuilles qui se changeaient en cendres en plein vol, une masse de lumière blanche incandescente plongea comme une lance.
Le monde devint blanc un instant. Toutes les couleurs qui emplissaient cette forêt vibrante disparurent. Elles furent consumées, et le monde se divisa en noir et blanc, rien d’autre.
[Il n’existe aucun lieu que la lumière ne puisse atteindre. C’est pourquoi je suis, moi aussi, là où se trouve la lumière.]
La lumière. C’était comme si tous les rayons brûlants que le soleil répandait depuis le ciel d’un après-midi d’été avaient été rassemblés puis déversés d’un seul coup. Cette lumière était la puissance même. Les brins d’herbe brûlaient en plein air et la terre se desséchait en un instant. L’espace lui-même bouillonnait sous un torrent de puissance pure, qui n’avait rien à voir avec la chaleur.
Sous cet éclat écrasant, le monde perdit ses couleurs et se divisa entre lumière et ombre. Aveuglé sur-le-champ, je ne pus le supporter et tournai le dos à la lumière.
« Aïe ! Qu’est-ce que c’est que ça ?! »
Je savais que le Dieu céleste était un dieu des cieux, mais quel était donc ce pouvoir ?
L’air brûlait et des tempêtes faisaient rage, rien que parce que cette lumière était là. J’avais été aveuglé un instant plus tôt. Ma vue était revenue grâce à ma régénération, mais ce n’était que l’onde de choc ! En ce moment même, le corps de Nevida se désagrégeait sous l’effet de la lumière !
Je ne m’en étais pas rendu compte, mais mon corps avait déjà été repoussé très loin. Ces deux-là ne prêtaient aucune attention à moi, pourtant leur simple présence m’avait rejeté au loin.
C’était donc là le pouvoir de la Sainte Vierge du Ciel ? La lumière dispersée après avoir frappé le sol suffisait à m’aveugler. Je ne pouvais même pas discerner dans quel état se trouvait Nevida. L’espace saturé de lumière me bouchait la vue. Je ne pouvais que tourner le dos à cette lumière.
« Hughes ! »
La régresseuse accourut alors à travers la lumière. Elle haletait, comme si le simple fait d’entrer dans cette zone lui avait demandé un effort considérable. Elle m’attrapa à la hâte et m’entraîna avec elle.
« Hughes, cours ! Tant que Maiél est occupée ailleurs, on doit fuir Nevida ! À moins que tu veuilles devenir le Roi du Péché ! »
« Quoi ? Fuir ? On dirait pourtant qu’elle est en train de gagner. »
« Peut-être dans la plaine d’Enger, mais pas dans ce domaine ! Priver Nevida de son avenir ne suffira pas à la vaincre ! Dépêche-toi ! On n’a plus le temps… »
À cet instant, la régresseuse se rembrunit et fit tournoyer Chanteciel. Des lianes qui s’étaient lentement glissées vers nous tombèrent en pluie.
« C’est la Bête-Racine ? Elle a encore assez de force pour surveiller cet endroit ? »
« Non ? Ce ne sont que des lianes. »
« … Tss ! »
La régresseuse concentra son énergie dans ses yeux et fit apparaître la troisième couleur des Yeux aux Sept Couleurs : l’Œil bleu. Ses pupilles bleues, capables de voir jusqu’au fond des choses, percèrent la masse lumineuse. Elle tressaillit en apercevant la vie qui s’agitait au-delà de la forêt.
Les arbres poussaient.
À vue d’œil.
Ce n’était pas le pouvoir d’un druide. Le pouvoir d’un druide épuisait rapidement la vitalité des arbres pour faire pousser branches et feuilles. Le résultat semblait impressionnant, mais il consumait la force vitale des arbres et de la terre, et avait donc ses limites. Aussi exceptionnel qu’il fût, un druide ne pouvait pas faire pousser un arbre à partir d’une seule feuille.
Pourtant, ce qui se passait sous mes yeux était une croissance pure. La lumière semblait capable de brûler le monde entier, mais les feuilles l’absorbaient et continuaient de pousser. Elles buvaient l’air et l’eau, recueillaient la lumière et l’absorbaient, puis façonnaient leur corps.
« Je vais nous frayer un passage ! »
La régresseuse dégaina Chanteciel et Jizan en même temps. Se servant de Jizan comme d’un fourreau, elle y força Chanteciel, puis la dégaina d’un seul mouvement. L’espace comprimé accumula de l’énergie et traça une ligne unique.
« Épée et Bâton du Ciel et de la Terre ! Fendeur d’horizon ! »
Une fissure se propagea dans la lumière d’un blanc pur. La taillade qui tranchait même la lumière fendit l’espace. D’un coup dégainé si rapide qu’il trancha même le vent qui soufflait, la forêt fut coupée en deux, partie supérieure et partie inférieure. Des centaines d’arbres s’effondrèrent d’un seul coup, révélant leurs quelques cernes de croissance, et un passage s’ouvrit dans la végétation qui s’écroulait de part et d’autre.
« Vite ! Avant que la Barrière verte ne soit achevée… ! »
La régresseuse s’apprêtait à s’élancer, mais s’arrêta et se tordit le corps. Des épines acérées jaillirent de l’endroit vers lequel elle se dirigeait une seconde plus tôt. Les branches qui poussaient à toute vitesse étaient pointues comme des fers de lance et semblaient capables de déchirer sans peine la peau humaine.
Le désespoir passa sur le visage de la régresseuse.
« Est-ce que… je suis déjà arrivée trop tard ? »
L’herbe et les arbres repoussaient dans l’espace que la régresseuse avait ouvert, comme pour piéger quiconque tenterait de s’échapper.
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