Chapitre 561
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 561 : Le péché couvert de cendres et le dieu cousu de peau - 1
──────
L’esprit combatif des immortels grandissait. Ce n’était pas le désir d’obéir aux ordres d’un dieu, mais l’instinct de se protéger de la crise qui menaçait leur village. Un désir profondément primitif, instinctif.
Face à cette hostilité aiguë, je m’arrêtai pour réfléchir.
Même si leur esprit combatif était désormais instinctif, son étincelle venait de leur foi. Leur dévotion superficielle envers ce dieu pitoyable avait rendu tout le village prêt à risquer sa vie contre un ennemi redoutable comme moi.
…Je n’étais pas vraiment si redoutable, mais c’était ce qu’ils croyaient.
J’en étais d’autant plus curieux. S’ils se retrouvaient réellement face à une crise capable d’anéantir toute leur tribu, s’accrocheraient-ils encore à leur foi et à leurs traditions ? Offriraient-ils leur propre vie pour des outils censés préserver la vie ?
Je n’en savais rien. À vrai dire, cela dépendrait probablement de la situation. Personne ne pouvait en être sûr.
À moins que je ne le vérifie moi-même.
« Vous êtes vraiment prêts à mourir, pas vrai ? Ça ne vous dérangerait pas si je vous tuais pour de bon ? »
« Celui qui mourra, ce sera vous. Nous avons des corps bénis par le Dieu de l’Offrande. Tant qu’il sera à nos côtés, nous ne mourrons jamais ! »
« C’est pareil pour moi. Je n’ai pas l’intention de mourir non plus. Je préfère me battre plutôt que de me laisser tuer docilement. »
J’avais le Dieu démoniaque. Ce serait difficile, mais j’en étais capable. Et puisque je pouvais le faire, je ne risquais rien à essayer. Il serait intéressant de vérifier à quel point leur détermination était solide.
Alors, est-ce que je… ?
Au moment où je raffermis ma résolution et rassemblai mes forces, mon cœur se mit soudain à battre bizarrement.
Boum.
Dans une cathédrale sombre, une nonne priait seule. La lumière du soleil filtrait à travers les vitraux rouges et se posait sur ses mains fines, soigneusement jointes.
Sœur Yegcheriya, la Nonne déchue, bénit quelqu’un au Monastère du Sang.
— Comparée à celle de la Sainte Vierge du Ciel, ma bénédiction est infiniment humble et impuissante. Malgré tout, je vous bénirai.
La nonne vampire avait abandonné Dieu. Autrefois abbesse admirée de tous pour sa foi profonde, elle avait blasphémé contre le Dieu céleste et était devenue une ancienne de la Progenitrice.
— La Sainte Vierge du Ciel a déjà ordonné votre avenir. Si vous vous engagez sur cette voie, vous remonterez le cours de la causalité et vous emparerez de l’avenir béni par la Sainte Vierge.
Une cathédrale et une nonne. Elles auraient dû être sacrées, pourtant ces mots ne convenaient ni au Monastère du Sang ni à Yegcheriya, la Nonne déchue.
Elle accomplissait des rites sacrés avec du sang. Au lieu d’interroger le Ciel sur les confessions de ceux qui venaient se repentir, elle se questionnait elle-même. Au lieu de laver les nouveau-nés avec de l’huile, elle les baignait dans le sang.
— Mais les méchants peuvent accomplir de bonnes actions, et les gens bons commettre le mal sans le savoir. C’est que les humains sont imparfaits.
Yegcheriya n’avait pas abandonné Dieu. Elle s’était simplement mise en quête du dieu qui vivait dans le corps et le cœur des hommes, plutôt que d’un dieu lointain.
— Ma bénédiction n’est qu’un petit caprice. Un léger trouble qui peut survenir ou non. Pourtant, il peut rendre un méchant bon l’espace d’un instant, ou précipiter un homme bon dans le mal. Une graine de confusion.
Quand Yegcheriya bénit la régresseuse et moi, elle planta une minuscule graine. À la fin de l’avenir ordonné, au moment où la Sainte Vierge l’observerait, ce serait une impulsion insignifiante qui influerait sur notre circulation sanguine.
— La Sainte Vierge du Ciel détermine l’avenir. C’est l’aboutissement de l’inévitabilité, la conclusion à laquelle mènent la raison et la causalité. Mais ce qu’elle juge, c’est l’humanité. Comme elle juge des humains imparfaits selon une norme parfaite, tout se désaligne, se brouille et se déforme.
Qu’il s’agisse d’une brise fraîche, d’une légèreté dans mon corps ou de quelque chose qui attirait soudain mon regard, une petite impulsion me frôla et me donna brièvement envie d’agir. Elle ne pouvait pas me contrôler, mais elle pouvait me faire hésiter un instant.
— Dieu réside dans nos cœurs. Moi, Yegcheriya, je vous bénis.
Art du sang, rite baptismal du sang.
La bénédiction que Yegcheriya avait accordée n’était qu’un minuscule caprice. Elle semait dans le corps une petite impulsion susceptible de modifier soudain l’état d’esprit ou les actes d’une personne. Elle était insignifiante comparée à celle de la Sainte Vierge, mais pouvait jouer les jokers et dévier cette bénédiction de sa trajectoire.
La bénédiction recréée par l’art du sang agissait bel et bien dans mon corps. Le seul petit problème, c’était que je connaissais déjà son existence grâce à la lecture des pensées.
Une impulsion n’en était une que lorsqu’on ignorait sa présence. Savoir précisément de quoi il s’agissait rendait la chose un peu gênante. Et c’était censé être une arme secrète, en plus.
Hum. Cela dit…
Rien ne m’empêchait de céder à un caprice, n’est-ce pas ?
Je joignis aussitôt les mains et m’inclinai profondément.
« Je suis sincèrement désolé. Je voudrais vous présenter mes excuses à tous. »
Les immortels, qui s’apprêtaient à avancer, le sang bouillonnant et l’esprit combatif enflammé, hésitèrent devant mon attitude soudainement soumise. J’en profitai pour insister encore davantage sur mes excuses.
« Je suis désolé d’avoir débarqué sans permission et d’avoir semé le trouble. Mais essayez aussi de comprendre ma situation. Vous avez dit qu’il fallait offrir quelqu’un au Dieu de l’Offrande. Comment aurais-je pu ne pas enquêter ? »
« …Qu’est-ce que vous avez dit ? »
« Il s’agissait de sacrifices destinés à un dieu maléfique, et vous m’avez demandé de les lui offrir. Forcément, ça m’a paru inquiétant. Et si le Dieu de l’Offrande était une créature malfaisante, comme un mage noir ? Et s’il comptait tous les dévorer pour recouvrer ses forces ? Je suis seulement entré pour m’en assurer. Il est vrai que je n’ai pas assez pris vos sentiments en considération. »
« Euh, attendez. J’ai mal au crâne. »
Bras gauche se martela la tempe, prise d’une soudaine migraine. Après s’être soignée à la manière des immortels en se frappant la tête, elle fronça profondément les sourcils.
« Tu as semé tout ce désordre et tu nous as même attaqués, et maintenant tu t’excuses ? C’est quoi, ce caprice ? »
« C’en est un, mais j’ai quand même été un peu présomptueux, non ? Je voulais d’abord m’excuser pour ça. »
« Si tu t’excuses, tu devrais offrir l’un de tes bras. S’excuser avec de simples mots, quel culot ! »
« Eh bien, c’est indépendant du fait que je n’ai pas été prévenant. Ce n’est pas comme si j’avais commis quelque chose d’impardonnable. Et si le Dieu de l’Offrande avait vraiment dévoré des gens, comme je l’ai dit ? »
J’ignorais quel effet aurait ce caprice, mais fallait-il toujours que les mots produisent un effet avant d’être prononcés ?
« Cela dit, si le Dieu de l’Offrande me pardonne par bonté, je ne me battrai pas davantage. »
* * *
[Yegcheriya. Alors, enfin…]
L’avenir avait changé. La Sainte Vierge du Ciel comprit que l’ombre de la nonne le suivait et laissa échapper un grognement sourd.
Non, l’avenir n’avait pas changé du tout. Sans l’intervention de la Sainte Vierge, le Roi de l’Humanité défierait l’ordre. Le Dieu de l’Offrande ne renoncerait pas non plus à ses désirs ; leur affrontement était donc inévitable.
Cette petite impulsion n’avait fait que dévier légèrement la voie qui menait à cet avenir.
Pourtant, même cette infime différence modifiait la nature du péché.
« Il s’est excusé ! Tu vois ? Hughes a cédé le premier. Ça ne suffit pas ? »
Shei se redressa d’un bond, l’air soulagé.
Même si la causalité elle-même ne changeait pas, la norme selon laquelle on jugeait un acte, elle, avait changé. Grâce à un petit caprice, à une infime différence, le poids du bien et du mal pouvait basculer de l’autre côté.
Le Roi de l’Humanité était ce qu’il était, et le Dieu de l’Offrande était ce qu’il était ; pourtant, ce léger changement brouillait la frontière entre le bien et le mal. Le gris s’étendait à la limite du noir et du blanc.
[Cela ne change rien… Au bout du compte, cela arrivera quand même.]
« Si, ça a changé. Notre façon de voir Hughes ! »
Shei répondit d’un ton léger.
* * *
« Tu veux dire qu’on devrait arrêter de se battre ? »
« C’est suspect. Il doit mijoter quelque chose. »
« Bras gauche, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
« Pourquoi tu demandes à Bras gauche, Cuisse ? Le Dieu de l’Offrande a déjà donné son ordre ! Tu comptes désobéir à sa volonté ? »
« La situation n’a-t-elle pas changé ? Peut-être que le Dieu de l’Offrande donnera un autre ordre. »
« Il n’y a eu aucun nouvel ordre depuis ! Nous devons suivre celui qu’on nous a donné ! »
« Mais il s’est excusé, non ? »
Jeter un froid sur leur ardeur au combat divisa également les immortels. Certains n’aimaient pas l’idée d’employer la force contre Piu. D’autres craignaient la puissance dont j’avais fait preuve. D’autres encore croyaient simplement mes paroles et demandaient quel était le problème, désormais.
Une petite dispute éclata. Incapable de supporter plus longtemps leur bavardage, Bras gauche tonna :
« Silence ! J’ai mal au crâne, alors arrêtez de jacasser ! »
« Mais quand même… »
« J’ai dit que j’avais mal au crâne ! »
Bras gauche abattit l’immortel qui continuait de parler malgré tout. La tête enfoncée, il roula par terre, puis referma prudemment la bouche.
« Capturez-le pour l’instant ! On pourra l’enfermer en attendant que le Dieu de l’Offrande donne un nouvel ordre ! Vous autres, les jeunes, vous êtes moins souples que moi ! »
« Oh, pas bête ! »
« Vous comptez aussi demander à une vieille femme qui perd la mémoire de réfléchir à votre place ? »
M’enfermer ?
Devais-je céder encore un peu à ce caprice et les laisser me capturer ? Je pourrais de toute façon me libérer sans difficulté des liens des immortels. Hum, mais je ne voulais pas aller jusque-là.
Très bien. Battons-nous. S’ils comptaient attendre les ordres du Dieu de l’Offrande, je n’avais plus aucune raison de tenir compte de leurs souhaits.
« Attendez ! Arrêtez tous de vous battre ! »
À cet instant, une ombre immense s’interposa entre les immortels et moi. D’une carrure qui rivalisait avec celle de Bras gauche et doté d’un bras droit particulièrement imposant, il était le plus puissant des immortels : Bras droit Rashy.
Il s’approcha, l’air déconcerté, et promena son regard de Bras gauche à moi.
« Qu’est-ce qui se passe, au juste ? Pourquoi vous battez-vous soudain contre un invité ? »
« Bras droit ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Je vous ai enterrés, toi et ta fiancée, pour votre cérémonie de mariage ! »
Rashy leva les yeux au ciel.
Il aurait dû rester sous terre après la cérémonie, mais il avait creusé un tunnel à l’avance. À la tombée de la nuit, il s’en était échappé discrètement. Il n’était arrivé qu’en retard, après avoir trouvé un endroit où rester hors de vue des autres immortels et reçu l’appel du Dieu de l’Offrande.
« Mon Dieu de l’Offrande s’est soudain mis à s’agiter. C’était manifestement une urgence, alors j’ai demandé à ma femme de comprendre et j’ai accouru ! »
« Tu es encore loin d’être un chef de famille ! Tu as abandonné la mariée que tu venais d’épouser pour accourir sur un champ de bataille ! »
« Ah, on pourra refaire la cérémonie une prochaine fois ! Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi vous vous battez contre monsieur ? Le Dieu de l’Offrande vous a ordonné de le tuer ? »
« Une révélation a dû t’être transmise, toi aussi, et tu oses poser cette question sans vergogne alors que tu connais la réponse ! »
« Eh bien… On m’a démasqué. »
Rashy se gratta la tête, regarda tour à tour Bras gauche et moi, puis soupira.
« Arrête, tante Bras gauche. Il n’y a aucune raison de se battre. »
« Quoi ? »
« Le compagnon de monsieur, le garçon, est un guerrier extrêmement puissant. Même Jiseon a fini par être vaincu et perdre un bras. Monsieur est fort, lui aussi, et peut rivaliser avec lui. Nous ne devons pas nous battre sans être pleinement résolus. »
« Tu voudrais éviter le combat parce que l’ennemi est fort ? Rashy ! C’est comme ça que je t’ai élevé ? »
« Bien sûr que non, tante Bras gauche. En tant qu’immortel, je ne crains pas non plus le combat. Mais j’ai vécu avec eux dans l’État militaire, au-delà de la steppe, j’ai reçu leur bonté et je les ai accueillis comme invités dans notre village. Comment pourrais-je donner tout ce que j’ai contre des invités que j’ai moi-même reçus ? »
Rashy était encore jeune, mais il avait reçu le bras droit du Dieu de l’Offrande. Le bras droit et le bras gauche étaient les deux membres du Dieu de l’Offrande, de rang égal. Comme leurs avis s’opposaient, Bras gauche ne put rien ajouter et poussa un grognement.
« Pff. Ce n’est pas que je ne comprenne pas ce que tu veux dire. Mais comment pouvons-nous nous retenir alors que le Dieu de l’Offrande nous a donné un ordre ? »
« Demandons de nouveau au Dieu de l’Offrande ! »
Tandis que Bras gauche se tourmentait, Rashy trancha sans hésiter.
« La révélation était manifestement erronée ! Le Dieu de l’Offrande donnerait-il vraiment un ordre aussi inconsidéré et soudain ? Appelons les chamans et demandons-leur ce qu’il voulait réellement dire ! »
Prétendre qu’un dieu pouvait se tromper n’était pas vraiment une attitude encouragée chez les croyants. Pourtant, cette fois, Rashy avait raison. Le Dieu de l’Offrande n’avait qu’un pouvoir semblable à celui d’un dieu. Ce n’était pas un véritable dieu.
Je n’avais pas spécialement cherché à éviter de me battre contre les immortels, mais si j’avais cédé à un petit caprice et esquivé le combat, cela m’allait aussi. La bataille contre les immortels s’arrêtait donc là.
Il ne restait plus qu’à…
[Comme prévu, un corps qui n’obéit pas à la volonté de la tête n’est qu’une foule désordonnée.]
Grondement.
Une énorme secousse ébranla la caverne du Dieu de l’Offrande. Comme si elle était trop exiguë, il en sortit lentement, une main appuyée contre le plafond.
Un corps grotesque, confectionné en cousant des morceaux de peau ensemble. Le Dieu de l’Offrande, qui avait assemblé les corps offerts par les immortels pour se constituer le sien, sortait de sa longue retraite.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>