Chapitre 559
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 559 : La tradition est-elle une bonne civilisation ?
──────
Le Dieu de l’Offrande avait de l’ambition, et le pouvoir de la réaliser. Il n’avait pas défié le Roi de l’Humanité dans le seul but de la vaincre et de se protéger.
« Si je peux obtenir le corps du Roi de l’Humanité ! Si je peux réussir cette fois ! »
Il avait défié le Roi de l’Humanité parce qu’il voulait devenir plus fort, plus complet.
Le problème, c’était qu’il n’en avait pas la force. Il avait fui pour survivre, ressenti de la peur et s’était caché. Voilà ce qu’était le Dieu de l’Offrande, au fond. Son ambition s’était simplement brisée contre le mur de la réalité.
Mais que se passerait-il s’il se rendait compte que le Roi de l’Humanité avait beaucoup faibli ? Se retiendrait-il pour préserver sa vie, ou profiterait-il de cette occasion pour retenter ce qu’il avait essayé dans les temps anciens ?
Eh bien, j’avais ma réponse.
[Mes serviteurs ! Tuez cet homme et offrez-le sur mon autel. À celui qui y parviendra, j’accorderai mon cœur !]
Tressaillement.
Ceux qui venaient tout juste de recevoir des parties divines transplantées changèrent d’attitude. Ils auraient dû passer près d’un an à se nourrir des offrandes et à s’accoutumer doucement à leur corps immortel. Pourtant, la chair transplantée du Dieu de l’Offrande tressaillit et s’enfonça peu à peu davantage en eux.
« Aïe… Argh ! »
« Aaah ! Qu’est-ce qui se passe ?! »
« Dieu de l’Offrande ! Qu’est-ce que… Aaaah ! »
La puissance du Dieu de l’Offrande qui s’insinuait dans leur corps avant qu’ils s’y soient pleinement adaptés était une destruction, une invasion. Les immortels l’acceptaient progressivement au fil du temps, mais ceux qui venaient de recevoir leur greffe subissaient l’emprise de cette puissance sur leur corps.
Eh oui, à petites doses, c’était un remède. Tout prendre d’un coup, c’était un stimulant. Ni bon ni mauvais : dans les deux cas, c’était la puissance du Dieu de l’Offrande. Les deux groupes étaient des immortels.
[Servez-moi de votre sang et de votre chair !]
« Uuuurgh… ! »
La volonté du Dieu de l’Offrande était inébranlable.
Il voulait me tuer.
Les barbares qui venaient tout juste de devenir immortels et les prêtresses du Dieu de l’Offrande ne comprenaient pas ce qui se passait, mais ils obéirent à sa volonté. Pour échapper à leur douleur, ils s’approchèrent de moi.
… Je les avais poussés à agir, mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils aillent aussi loin.
« Eh bien. Qu’est-ce qui te prend, Ankha ? »
[Je ferai de toi mon corps et briserai ce cycle misérable ! Je deviendrai un dieu complet !]
« Tu me défies, là, tout de suite ? »
J’avais ravivé le traumatisme de ses souvenirs pour l’effrayer, mais une menace verbale ne pouvait retenir le Dieu de l’Offrande qu’un temps.
[Oui ! Je te défie ! Pour échapper à ces longues années d’humiliation et revenir dans le monde !!]
Eh bien, s’il était prêt à risquer sa vie une nouvelle fois pour son ambition, je pouvais l’encourager.
Ça ne voulait pas dire que j’allais le laisser me tuer.
Je pris appui sur le sol et m’élançai. Au même moment, les immortels fraîchement créés se lancèrent à ma poursuite. Leur puissance n’était pas encore pleinement stabilisée, mais ils restaient des barbares qui avaient survécu dans cette jungle. Sentant qu’ils me rattrapaient rapidement, je fonçai vers l’immense porte de pierre.
La « bouche » appela le Dieu de l’Offrande.
« La porte ne s’ouvrira pas. Poursuivez-le, immortels ! »
Seule la puissance d’une prêtresse pouvait ouvrir la porte de pierre hermétiquement close. Plutôt que de perdre mon temps à essayer en vain de l’ouvrir, je tirai une carte, la glissai dans la fente et la fis courir le long de la porte.
En un instant, la porte se transforma en carte. Je me faufilai par l’ouverture et me précipitai dehors.
Les prêtresses fixèrent les cartes qui s’éparpillaient, déconcertées.
« Quelle sorte de pouvoir est-ce là ? Celui d’un druide ? »
« Non. Je n’ai jamais rien vu de tel. Si je devais comparer ça à quelque chose, je dirais que ça ressemble davantage à une malédiction de sorcière ! »
« Si c’est une transmutation, elle ne fonctionnera pas sur nous, qui possédons une telle force vitale. N’ayez pas peur ! »
Les guerriers barbares aux ordres des prêtresses me suivirent tandis que je me hâtais dans l’obscurité. Si je m’attardais dans cette caverne, je finirais dans l’estomac du Dieu de l’Offrande.
« Set, Li ! Lux ! »
J’activai une magie standardisée et fis apparaître de la lumière. Éclairant la grotte sombre, je grimpai rapidement.
Je n’étais pas particulièrement rapide, mais pas assez lent pour me faire rattraper par des barbares qui venaient tout juste de devenir immortels. Je fis s’effondrer des pans du plafond de la grotte sur mon passage et les semai sans difficulté. Dans l’obscurité, les aspirants immortels furent projetés au loin sans même comprendre ce qui les avait frappés.
Facile. Une fois dehors, je n’aurais qu’à effondrer toute la caverne avec de la magie de la terre. Alors que je m’approchais de la sortie, presque à portée, un violent coup me percuta le flanc.
Mes os se brisèrent et le choc me traversa de part en part. Mon corps tordu rebondit plusieurs fois au sol avant de retomber plus loin. Quand je me relevai en titubant, un immortel que j’avais déjà vu quelque part se tenait devant moi.
« Jambe gauche ? »
« Eh bien ! Je t’ai à peine salué d’une tape, et voilà que tu es un Piu ? Tu aurais dû faire plus attention. Tu ne portais pas ton brassard Piu, alors je ne t’ai pas reconnu. »
Jambe gauche se tapota négligemment l’épaule en s’avançant.
« Bien sûr, toi non plus, tu n’avais pas l’intention de faire attention ! Le Dieu de l’Offrande était si furieux qu’il a proclamé une révélation en te désignant nommément ! Il a dit que tout était permis, tant qu’on ne détruisait pas ton corps ! »
« … Alors tu m’attaques sans prévenir ? Tu y vas vraiment à fond, hein ? »
« C’est plutôt à moi de dire ça. Le Dieu de l’Offrande est un dieu bienveillant qui nous a promis l’immortalité. Quel péché as-tu commis pour qu’il ordonne la mort d’un simple Piu ? »
Il pouvait donc donner ses ordres autrement que par l’intermédiaire des prêtresses. Celles-ci n’étaient que des relais. Il pouvait aussi transmettre sa volonté à ses serviteurs.
« J’ai découvert le passé de ton dieu. Quand je lui en ai parlé, il a soudain décidé de me tuer. Essayer de tuer quelqu’un pour avoir évoqué un petit épisode embarrassant de son histoire… Il est vraiment bienveillant, hein ? »
« Tu as insulté le Dieu de l’Offrande. Celui qui vient d’au-delà de la steppe. Tss. Les tiens ne changent jamais. »
« Les miens ? On ne se connaît pas depuis assez longtemps pour que tu connaisses mes habitudes. »
« J’ai rencontré d’autres gens venus d’au-delà de la steppe. Ils étaient tous arrogants et malpolis. Ils pointaient le doigt vers le Dieu de l’Offrande et parlaient de lui avec irrespect. Pourtant, ils entraient dans une colère noire dès qu’on insultait leurs propres dieux. »
Jambe gauche se remémora de mauvais souvenirs. Dans la jungle, qui changeait brutalement chaque jour depuis la chute du Royaume des Dix Mille, le village des immortels était l’un des rares endroits où l’histoire et les traditions avaient perduré. Les aventuriers venus d’au-delà de la steppe séjournaient souvent dans ce village généreux et accueillant.
Mais la bonté n’était pas toujours rendue par la bonté.
La plupart des aventuriers venaient y faire des découvertes. Ils cherchaient à étudier le mystérieux pouvoir des immortels et le Dieu de l’Offrande lui-même : la nature, l’origine et les limites de l’attrayant pouvoir de l’immortalité.
Pour les immortels qui vénéraient le Dieu de l’Offrande comme un dieu, c’était profondément offensant. Jambe gauche fronça les sourcils et demanda :
« Très bien. Qu’est-ce que les tiens ont dit de notre dieu ? »
« Ah. J’ai dit que le Dieu de l’Offrande était un vestige formé par la puissance d’Ankha, mort depuis longtemps. »
« Ça t’a amusé ? »
« Pardon ? »
« Je te demande si ça t’a amusé de réduire notre dieu à un ancien tyran maléfique. »
Les immortels étaient doux et bienveillants. Après tout, rien ne pouvait leur faire de mal. Comme ils ne pouvaient pas mourir, ils accueillaient leurs invités sans craindre les lames ni les inconnus.
Mais lorsqu’on s’en prenait à leur honneur et à leur foi, les immortels devenaient plus violents que quiconque. Avec un profond mépris mêlé de déception, Jambe gauche me condamna.
« Voilà pourquoi je m’inquiétais pour le mariage de Jambe droite. La personne que Jambe droite a ramenée chez elle. Cette femme qui dirigeait le Village des Mortels avec ses arts démoniaques était discrète, mais elle n’aurait jamais pu être des nôtres. C’était une humaine arrogante venue d’au-delà de la steppe, qui ne respectait pas le Dieu de l’Offrande. »
« Pourtant, le Dieu de l’Offrande l’a acceptée. »
« Oui. Il est si bienveillant. J’ai cru que c’était aussi une faveur du Dieu de l’Offrande, alors je l’ai suivi sans me plaindre. Mais cette femme a fini par faire venir d’autres Piu à sa guise, recruter et entraîner des soldats, puis brûler la forêt imprégnée de l’essence du Dieu de l’Offrande. J’ai supporté tout cela parce qu’elle avait sa permission… Mais à la fin, elle t’a même amené ici et s’est attiré sa colère. »
Des immortels apparurent derrière Jambe gauche, qui marmonnait. Guidés par les prêtresses du refuge secret du Dieu de l’Offrande, des immortels ayant reçu différentes parties du corps divin m’encerclèrent. La douceur avait disparu de leurs visages.
Au nom de tous, Jambe gauche exprima le ressentiment qu’ils éprouvaient à mon égard.
« Dire que tu as pénétré dans le refuge secret du Dieu de l’Offrande sans permission… Quel salaud arrogant. Par la volonté du Dieu de l’Offrande, j’offrirai ton corps sur son autel. »
Eh bien, je n’avais rien à répondre. J’avais envahi un lieu secret appartenant à celui qu’ils considéraient comme leur dieu. Il était tout à fait naturel qu’ils soient en colère.
Mais quand même.
« Arrogant ? Sérieusement ? Vous appelez les autres barbares des Piu, et c’est moi que vous trouvez arrogant ? »
Il y avait une chose que je voulais demander. Je redressai le dos, où une douleur lancinante persistait, et me relevai.
« Vous, les immortels, vous êtes gentils avec les autres tribus barbares, pas vrai ? Parce que vous savez qu’elles ne peuvent pas vous faire de mal. Vous n’hésitez pas à prendre soin d’elles comme de petits chiens ou de petits chats. »
« Peut-être. Mais nous avons été bons avec les tiens. »
« C’est vrai. Mais cette bonté venait de votre arrogance. Si vous les considériez vraiment comme vos égaux, vous ne leur mettriez pas des brassards rouges pour les marquer comme des Piu. »
« C’est aussi une marque de considération envers les Piu. Nous, les immortels, avons pour tradition de nous saluer à coups de poing. Nous les marquons pour éviter que ces fragiles Piu se retrouvent mêlés à cette tradition et y perdent la vie. Ou bien tu prétends que nous devrions avoir le droit de tuer les Piu comme bon nous semble ? »
Jambe gauche me posa la question comme si j’étais un idiot.
Certes. Au regard de leurs traditions, le traitement réservé au Village des Mortels et aux Piu était parfaitement raisonnable.
Mais…
« C’est étrange qu’une telle tradition existe, tout simplement. »
Je ne pouvais pas tout savoir. Mais je savais reconnaître ce qui était étrange. On pouvait balayer une tradition consistant à se rouer de coups en disant que ce n’était qu’une tradition, mais il y avait trop de choses bizarres pour que cette explication suffise.
« Votre tribu n’a pas pu être immortelle depuis le début. Une telle tradition n’a donc pas pu exister d’emblée. Elle a forcément été créée artificiellement. Alors, pourquoi crois-tu qu’une telle tradition a vu le jour ? »
Jambe gauche fronça les sourcils, comme s’il ne s’était jamais posé la question. Il avait suivi cette coutume sans ressentir le besoin de savoir pourquoi. Je lui expliquai donc pourquoi le Dieu de l’Offrande avait instauré cette pratique.
« Pour éliminer ceux qui ne sont pas immortels, pas vrai ? Seuls les immortels supportent qu’on les attaque soudainement. C’est fait pour tuer ou chasser les autres. Les membres de la tribu qui refusaient la puissance des immortels parce qu’ils ne voulaient pas blesser leur propre corps, les étrangers qui s’infiltraient en quête de cette puissance, ou les immortels devenus trop vieux pour supporter leurs parties divines. C’est un moyen de les pousser dehors tout naturellement. »
À présent, la plupart des immortels avaient accepté leur sort, offert leur corps et acquis le pouvoir de l’immortalité. Cette pratique d’exclusion s’était transformée en une sorte de tradition tribale primitive.
Mais le fond n’avait pas changé.
On s’en servait toujours pour reléguer les Piu au Village des Mortels.
« Votre coutume du mariage est du même acabit. Vous vous attendez à ce qu’ils passent près d’un mois enterrés sous terre ? Pour quiconque n’est pas immortel, c’est comme lui dire de mourir. C’est la même chose que d’affirmer que seuls les immortels devraient se marier entre eux, et cette coutume a été créée pour l’imposer. Est-ce vraiment une tradition sainte et pure ? »
Le nombre d’immortels était égal au nombre de morceaux dans lesquels le Dieu de l’Offrande avait divisé son corps. Tant qu’il n’augmentait pas la quantité de chair distribuée, il était difficile d’accroître leur nombre. Le Dieu de l’Offrande devait donc contrôler la population de la tribu, et la coutume du mariage était l’un de ses moyens d’y parvenir.
Je ricanai en me moquant d’eux.
« Tout est comme ça. Les traditions, la foi, peu importe. Elles naissent pour une raison et se transmettent de génération en génération. Ce ne sont que des outils. Des choses que les gens croient spéciales alors qu’elles sont simples, insignifiantes, voire puériles. Rien de remarquable, en somme. »
La véritable identité du Dieu de l’Offrande était Ankha. Un ancien tyran maléfique qui était devenu un dieu en divisant et en répandant sa puissance pour survivre.
Les coutumes et la culture particulières des immortels étaient des moyens de préserver leur immortalité et d’empêcher que la puissance du Dieu de l’Offrande ne se dilue.
« Les gens sont tous pareils. Il n’y a que des degrés différents. On enlève une couche, et tout redevient simple et puéril. On peut bien l’enrober de grands mots, ce n’est qu’un prolongement de l’instinct. C’est comme ça. Tout désir naît de l’instinct. »
Cette attaque contre moi n’avait pas non plus besoin d’une raison compliquée. Elle se produisait simplement à cause du désir primitif du Dieu de l’Offrande.
Tradition, coutume, foi : tout cela n’était que des outils. Des prétextes que les gens s’appropriaient et avalaient pour survivre.
N’est-ce pas ridicule de se laisser gouverner par ce qu’on a soi-même créé ?
« … Je me demandais bien ce que tu racontais. Tu es comme les autres gens venus d’au-delà de la steppe. Tu te moques de nos traditions et de notre foi. »
« Quoi ? Je ne me moque pas des traditions et de la foi. Je dis que ce ne sont que des outils. Tenir les étrangers à distance est un acte tout à fait naturel chez les bêtes. Tu n’as pas à en avoir honte. »
J’avais beau le répéter, les humains n’étaient rien d’autre que des animaux. On pouvait les envelopper de couche en couche, leur nature ne changeait pas. Les traditions et les coutumes n’étaient que des habitudes répétées jusqu’alors. Elles n’avaient pas d’autre sens.
« Rouer de coups les passants au nom de la tradition et se sentir supérieur en méprisant les Piu incapables de le supporter. Empêcher les sangs de se mêler en enterrant ensemble les mariés selon une coutume aberrante. Rien de tout ça n’a quoi que ce soit de grandiose. »
« Ne prends pas de grands airs sous prétexte que tu viens d’au-delà de la steppe ! »
« Quoi ? Je n’ai pas pris de grands airs une seule fois. En quoi dire que nous sommes tous des animaux revient-il à se croire supérieur ? Je dis qu’on devrait tous descendre au niveau des bêtes. »
« Nous sommes une tribu choisie directement par le Dieu de l’Offrande ! »
« Le Dieu de l’Offrande ? Ah, tu parles de cette marionnette de chair sous terre ? Cette pauvre bête qui s’est terrée au fond d’une grotte par peur, puis a tenté de dévorer mon corps dès qu’elle en a eu l’occasion ? »
Les immortels en furie crièrent quelque chose. Je laissai leurs émotions me traverser et répondis :
« Je ne sais pas si c’est un dieu ou non, mais je préfère quelqu’un d’aussi simple que lui. Il mange pour survivre et devenir plus fort. C’est pas animal, ça ? »
Quel désir simple, facile à comprendre. Dommage que je ne puisse pas le satisfaire.
Jambe gauche secoua la tête et me lança un regard noir.
« … Tu es fou. Je n’ai jamais vu quelqu’un venu d’au-delà de la steppe d’aussi fou que toi. Au moins, les autres avaient peur de nous. Tu n’as pas peur de mourir ? Ou tu es certain de ne pas pouvoir mourir ? »
« Ha ha. Eh bien, je ne suis pas si différent de vous. »
Je fis bouger mon corps, parfaitement guéri. Ma régénération était plus rapide que prévu. Le temps que nous discutions, j’avais retrouvé mon état normal.
En me voyant sautiller sur place avec légèreté, Jambe gauche resta perplexe.
« Quoi ? J’ai clairement senti ses os se briser. Ce n’était pas un druide ? »
« Un corps immortel, ce n’est pas si extraordinaire, pas vrai ? Enfin, je reconnais que c’est rare. »
C’était tout de même moins puissant que celui d’un vampire. Les vampires ne vieillissaient pas et ne pouvaient pas mourir. Ici, quand on mourait, on retournait dans les bras du Dieu de l’Offrande.
« Alors, tout le monde. Je suis en fait un immortel, comme vous. Qu’en dites-vous ? Vous pouvez toujours me tuer ? »
« Toi, venu d’au-delà de la steppe ! Tu nous cachais quelque chose ! »
Jambe gauche, qui s’était relâché après avoir cru m’avoir mis hors de combat, se précipita pour m’achever.
« Mais l’immortalité sans la force, ce n’est que de la souffrance ! Ne crois pas que ça te sauvera ! »
Si je ne pouvais pas mourir, je n’avais pas besoin de me défendre, pas vrai ? Au lieu de prendre une posture défensive, je levai ma brochette et fonçai vers sa jambe gauche, épaisse comme un tronc.
Un tronc lancé à pleine vitesse était mortel au moindre frôlement. Se jeter dessus revenait à choisir la mort. Jambe gauche fut surpris par l’élan avec lequel je fonçais droit sur lui pour mourir, mais il mit bientôt davantage de force dans son corps et me donna un coup de pied.
Parmi les immortels, le guerrier qui avait hérité de la jambe gauche du Dieu de l’Offrande était puissant. Mon corps ne résista pas à cette brève collision et vola en éclats. Des os brisés me transpercèrent les organes, et du sang gicla à l’intérieur comme à l’extérieur. En proie à une douleur atroce, je fus projeté au loin.
« S’il est immortel, il suffit de continuer à le frapper pour l’empêcher de se régénérer ! Nous avons plus d’expérience que lui dans les combats contre les immortels ! »
Jambe gauche tenta de me poursuivre sans ralentir. Alors qu’il prenait appui sur sa jambe gauche robuste pour courir, il sentit soudain que quelque chose clochait.
Ce n’est qu’alors que Jambe gauche baissa les yeux vers sa jambe. Un petit trou, que j’avais percé avec ma brochette, laissait couler du sang rouge.
Sa chair noircissait.
« C’est… le sang d’un vampire… ? »
Le pouvoir d’un vampire s’apparentait à une malédiction pour les immortels. Le sang des vampires ne pouvait pas contrôler celui d’un immortel, mais il pouvait le corrompre.
Je posai une nouvelle fois la question à Jambe gauche :
« Tu peux toujours me tuer ? »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>