Chapitre 553
WeTried Translations
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 553 : Civilisation x Barbarie
──────
La vie, c’était du travail. Vivre, c’était faire quelque chose, quoi qu’il arrive. Peu importait que j’aie vaincu un mage noir maléfique ou sauvé plus de trois cents vies. Tant qu’on était vivant, il fallait travailler. C’était ça, la vérité.
« Ah, quelle vie ! Je ne peux même pas me détendre et me reposer. »
Je soupirai devant les trois cents réfugiés.
La régresseuse avait retourné le sol pour leur aménager des abris provisoires. Les vivres provenaient des réserves du Village des Mortels, auxquelles la régresseuse avait ajouté quelques provisions.
Pourtant, dans une contrée où, dès qu’on tombait malade, on commençait par offrir de l’eau et prier, personne ne pouvait soigner les réfugiés, épuisés de corps et d’esprit. Callis, qui venait de l’État militaire, considérait les blessures psychologiques comme de simples caprices, tandis que la régresseuse ne connaissait que des traitements inhabituels, comme la levée des malédictions et la purification.
Mais c’est la fonction qui façonne l’individu, et le travail qui crée la fonction. Retirez toutes les fourmis ouvrières d’une fourmilière et celles qui traînaient les pattes se mettront à leur tour au travail.
Je devins médecin et examinai les réfugiés blessés.
« Argh… J’ai l’impression que ma tête va éclater… Je préférerais que tu me tues, tout simplement. »
« Vraiment ? C’est vraiment ce que tu souhaites ? »
« … Non, je t’en prie. Fais juste en sorte que ça fasse moins mal… »
« Je n’y peux rien. Le seul moyen d’atténuer la douleur, c’est l’anesthésiant. »
« Alors donne-m’en… ! »
« Ce que tu as pris dans la prison du mage noir, c’était un anesthésiant. C’est le même genre. Tu sais que tu auras encore plus mal quand il cessera d’agir ? Prends ton mal en patience. »
Je lui fis signe de partir. Le barbare s’éloigna de la tente en gémissant, les mains plaquées sur la tête, et me lança un regard furieux.
« Charlatan… »
Tss. Ça m’était égal. J’étais bel et bien un charlatan. Lire dans les pensées et laisser les gens supporter une douleur qu’ils pouvaient endurer, voilà mon travail.
Et puis, s’ils pouvaient sortir par leurs propres moyens, ils n’avaient pas besoin de soins, pour commencer.
Je jetai un coup d’œil à une tente un peu plus loin. À l’intérieur gisaient ceux qui avaient servi de sacrifices au mage noir et qui s’accrochaient à peine à la vie. Ils étaient conscients, mais leurs pensées s’interrompaient de façon anormale. Ils n’en avaient sans doute plus pour longtemps.
Le nettoyage est plus pénible que le sauvetage. À cette lumière, il était heureux que la régresseuse n’ait pas encore empêché l’apocalypse. Nettoyer un monde après avoir empêché sa destruction serait bien plus difficile que d’en arrêter la destruction elle-même.
J’avais à peu près fini d’examiner tout le monde, préparé et administré des médicaments à ceux qui en avaient besoin, et je venais enfin de trouver un moment de répit quand Rashy écarta brusquement le pan de la tente et entra.
« Maître, vous êtes là ! Ah. J’aurais dû frapper avant d’entrer ? »
« Il n’y a même pas de porte, alors tu aurais frappé où ? Plus important, qu’est-ce qu’un homme en bonne santé comme toi me veut ? »
« Eh bien, j’ai une faveur à vous demander ! »
« Ah, ces derniers temps, je suis devenu allergique aux faveurs. »
Rashy ne tint aucun compte de ma réticence manifeste et m’expliqua la raison de sa visite.
« J’ai appris que chez vous, pour se marier, il faut quelqu’un qui célèbre la cérémonie. Une personne respectée et digne de confiance, comme un chaman, pour en être témoin. Alors j’aimerais que Maître célèbre notre mariage ! »
Je n’aurais jamais cru vivre assez longtemps pour qu’on me demande de célébrer un mariage. Jusqu’ici, le mieux que j’avais fait, c’était de distribuer les cartes aux tables de jeu.
« Tout ça, c’était du pipeau. Je n’ai jamais été maître, et je suis entré à Tartare en escroquant tout le monde. »
« Ce n’est pas grave ! Les miens ne sauront même pas si vous êtes un maître ou un escroc ! »
« Ça ne me dérange pas de le faire, mais il faudra trouver le bon moment. Je ne resterai pas longtemps ici. »
« Ah bon ? Alors, nous allons nous marier vite ! Callis ! Viens ici un instant, s’il te plaît ! »
Attends, tout de suite ? Quel genre de mariage se décidait plus vite qu’une table de jeu ?
« Ça ne vous dérange pas de vous marier aussi vite ? »
« Aussi vite ? J’en ai déjà parlé plusieurs fois à tout le village, et les chamans ont obtenu la permission du Dieu de l’Offrande. Nous n’avons fait que repousser la cérémonie parce que nous ne savions pas comment la célébrer. »
Pour les immortels, un mariage consistait à enterrer ensemble les mariés et à les laisser là près d’un mois, c’est ça ? Les immortels n’y voyaient peut-être pas grand-chose à redire, mais Rashy, qui était parti étudier, avait compris en son for intérieur combien cette coutume était barbare.
C’était pratiquement dire que les immortels ne devaient épouser que d’autres immortels. Voilà pourquoi ils essayaient d’organiser une autre cérémonie.
« Mais maintenant, nous avons des cadeaux de mariage, et le groupe de Maître est là lui aussi ! Y a-t-il un jour particulièrement faste ? Nous avons de bons invités sous la main, c’est le moment idéal ! »
« Hmm. Autrement dit, tu veux qu’on te donne un coup de main ? »
« Hahaha ! C’est ça ! Si c’est une cérémonie étrangère, ça ferait bizarre que Callis et moi soyons les seuls à savoir quoi faire. La présence d’invités venus du même endroit nous donnerait un peu de prestige, non ? »
Il parlait sans détour, mais il avait réfléchi à bien des choses. La simplicité n’était peut-être pas synonyme de bêtise.
Après tout, les immortels et les humains ordinaires avaient vraiment des constitutions très différentes. Les immortels pouvaient malmener leur corps, mais les humains ordinaires dépérissaient et mouraient vite. Leurs conditions de base n’étaient pas les mêmes.
« Rashy ? Tu m’as appelée ? »
Alors que j’écoutais Rashy me parler de son mariage, Callis écarta le pan de la tente et apparut.
« Oh, Callis ! »
Dès qu’ils se virent, ils échangèrent un long baiser passionné. Ma présence ne semblait pas les gêner. Ils ne firent attention à moi qu’après s’être longuement embrassés et caressés.
« Au fait, pourquoi m’as-tu appelée ? »
« Ah, c’est ça. J’ai demandé à Maître de célébrer notre mariage. »
« Quoi ? Un criminel, pas un prêtre ? »
« Et alors ? Personne ne le saura. Maître possède aussi le pouvoir d’un druide. Les druides sont les sages de la forêt. Tu t’en fiches peut-être, mais dans notre village, ils sont plus respectés que la plupart des prêtres. »
« Un druide… ? Je ne crois pas que ce soit indiqué dans ton dossier. »
Les gens évoluent. Combien de temps allait-elle encore me prendre pour la vermine de l’Abîme que j’étais autrefois ?
Callis détourna son regard méfiant et dit : « Rashy, j’ai une proposition à te faire. »
« Tu n’aimes sûrement pas l’officiant ? Mais pour l’instant, Maître est la seule personne qui puisse convenir, alors pourquoi ne pas faire avec ? »
Me demander de célébrer leur mariage était donc quelque chose qu’elle devait tolérer ? C’était lui qui avait proposé. Il y avait des limites à l’impolitesse !
Mais ce n’était pas ce qu’elle voulait dire. Callis secoua la tête.
« Non. Le problème, ce n’est pas l’officiant. Si nous célébrons le mariage à la manière de l’État militaire, nous deviendrons tous les deux des étrangers dans cette contrée. Il sera bien plus facile d’ignorer nos suggestions, et le Village des Mortels ne progressera guère. »
On pouvait trouver excessif d’en faire toute une histoire pour un mariage, mais les cérémonies avaient une grande importance. À l’origine, le mariage unissait deux lignées différentes. À moins que le couple ne compte devenir complètement indépendant, l’un des deux finissait naturellement par appartenir à l’autre.
Une cérémonie montrait à qui l’on appartenait. Rashy avait beau être le Bras droit ou je ne sais quoi, s’il s’obstinait à célébrer son mariage selon les coutumes des contrées au-delà de la steppe, on le traiterait comme un étranger.
« Alors, qu’est-ce que tu proposes ? »
Rashy le savait aussi. Il ne pouvait simplement rien y faire. S’ils célébraient un mariage d’immortels, Callis ne ferait plus partie des vivants.
C’était pour cette raison qu’il avait apporté la laine du Roi des Moutons, afin de compenser leur manque d’autorité par quelque chose de précieux.
Callis aborda le problème sous un autre angle.
« Je vais célébrer une cérémonie de mariage d’immortels. »
Si elle parvenait à supporter l’épreuve d’un mariage d’immortels, elle pourrait obtenir les deux. C’était une façon de penser extrêmement risquée.
Comme on pouvait s’y attendre, Rashy s’emporta.
« C’est dangereux ! Un mois entier, enterrés sous terre ! Il faut supporter tout ce poids sans aucune aide extérieure ! »
« J’emporterai de la nourriture et je me protégerai avec de la magie. Si nous nous préparons correctement, je pense avoir de grandes chances de tenir un mois sans danger. »
« De grandes chances, ce n’est pas une certitude ! »
« Rashy. Si tu es avec moi, je pourrai surmonter cette épreuve. »
« C’est justement pour ça ! »
Rashy serra le poing, les veines saillantes.
« Je… ! Je ne suis pas sûr de pouvoir te regarder dépérir sous mes yeux… ! »
Je comprenais un peu les sentiments de la régresseuse. C’était attendrissant de les voir si absorbés par leur petit monde, mais rester là comme un paravent me mettait un peu mal à l’aise.
Bon, peu importe. Je comprenais les deux côtés. Quel que soit leur choix, ça ne changerait pas grand-chose.
Mais si je devais dire lequel je préférais, j’étais naturellement en faveur de celui qui comportait un risque.
« Rashy, j’ai une question. Vous ne pouvez pas vous éclipser à mi-parcours ? »
« … Ce serait difficile. Les futurs mariés sont placés dans un panier, la peau nue pressée l’un contre l’autre. Le panier est enterré profondément sous la surveillance du chaman. On y perce des trous pour laisser passer l’air, mais il serait difficile de creuser pour remonter depuis l’intérieur. La force que j’emploierais pour percer la terre déchirerait aussi le corps de Callis. »
« Et si vous creusiez un passage à l’avance ou vous aménagiez un peu d’espace ? Ce n’est pas parce qu’on vous enterre que vous devez rester inconfortablement coincés là pendant tout le mois, si ? »
Cette méthode n’était pas la seule possible. Enterrés sous terre ? Ils n’avaient qu’à s’échapper. Ils pourraient passer un mois à se prélasser, puis revenir en douce et prétendre que ça avait été difficile.
« Vous dites qu’on devrait tricher ? »
« Tricher ? Appelons ça de la souplesse. Tradition ou pas, enterrer des gens pendant un mois, ça n’a aucun sens. Dans ce genre de situation, il est sage de savoir faire preuve d’un peu de souplesse. »
« Je vois… ! Comme on pouvait s’y attendre de Maître ! Qui aurait cru que vous penseriez à tromper le rituel ? Une idée qui ne viendrait même pas à l’esprit d’une personne ordinaire ! »
Comment personne n’y avait pensé ? C’était moi, le bizarre ? Est-ce que j’étais vraiment bizarre ?
Callis aussi fut impressionnée par ma suggestion.
« C’est une très bonne méthode, à condition de ne pas se faire prendre. Mais creuser un passage assez grand sans que les fossoyeurs s’en aperçoivent me semble difficile. Il nous faudrait un complice capable de tenir sa langue… »
« Je vais demander à Shei. Avec le pouvoir de Jizan, elle devrait pouvoir aménager un passage secret sans que personne s’en aperçoive. »
« Merci ! »
J’allais les aider, mais pourquoi faisiez-vous semblant d’être si irréprochables ? Toi qui appartenais à une organisation clandestine de l’État militaire, tu étais pire qu’un petit escroc comme moi.
« Attendez un instant. Je vais monter la garde. »
De toute façon, nous complotions pour monter une arnaque que nous appelions « souplesse ». Il ne fallait pas que quelqu’un nous entende. Je sortis de la tente et regardai autour de moi.
C’est alors que je vis une personne très étrange s’approcher.
Les tribus barbares s’habillaient généralement de façon tout aussi barbare. Les immortels, eux, se promenaient torse nu ou se couvraient si négligemment que le terme « porter des vêtements » ne semblait guère approprié.
L’immortel qui s’approchait de moi avait pourtant entièrement dissimulé son corps. Sa tête et son visage étaient même couverts, comme si sa peau ne devait pas être exposée.
Malgré tout, une partie de son corps restait curieusement à découvert : sa bouche. Par cette ouverture, je distinguai nettement des lèvres cousues, comme si on les avait découpées quelque part avant de les recoudre là.
« Maître ? Pourquoi restez-vous là, l’air absent… “Bouche” ? »
Un chaman du Dieu de l’Offrande. Parmi les immortels qui offraient une partie de leur corps pour obtenir le pouvoir de l’immortalité, ces élus avaient sacrifié leurs yeux, leurs oreilles et leur bouche.
Une chamane qui communiquait véritablement avec son dieu était venue en personne transmettre sa volonté.
« Bouche » se dirigea droit vers nous et parla d’une voix grotesquement résonnante.
『Je suis venue transmettre la volonté du Dieu de l’Offrande en lieu et place de sa bouche.』
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>