Chapitre 545
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 545 : L’endroit le plus difficile à fuir, c’est la chambre
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La régresseuse dormait sur moi comme si elle ne remarquerait même pas que le sol s’effondrait sous ses pieds. Et ce n’était pas une exagération : son hamac avait bel et bien cédé.
Quand je tressaillis par réflexe en me retrouvant soudain transformé en lit, la régresseuse fronça les sourcils et gémit.
« Mmm… »
Ma première pensée fut simplement : *Je suis foutu.*
Cette régresseuse émotive et déraisonnable était exactement le genre de personne à se glisser elle-même dans mon lit, puis à me tuer sans la moindre hésitation.
La visite nocturne était censée être une fée, pas une meurtrière qui tranchait au hasard le bras droit des gens. Mais qu’est-ce qui s’était passé, bon sang ? Pourquoi y avait-il une bombe dans mes bras ?
Je levai les yeux. La corde qui retenait le hamac s’était détendue et pendait mollement. Dans ce camp abandonné depuis longtemps, le hamac avait été tendu à l’extrême ; sa tension avait fini par lâcher quand la régresseuse s’y était installée. Par miracle, la corde n’avait pas cassé : elle avait simplement glissé, et la régresseuse avait dû atterrir sur moi sans se réveiller.
Bon sang. Quelle coïncidence absurde.
La régresseuse était une bombe à retardement. Si je la réveillais, elle exploserait. Si je ne la réveillais pas, elle finirait par se réveiller. Et elle exploserait quand même. Cette situation ne pouvait se terminer que par mon explosion en mille morceaux, alors que je n’y étais pour rien !
Mais j’étais un magicien. Aussi difficile que fût la situation, je devais m’en tirer avec calme. Je passai aussitôt en revue les cartes que j’avais en main : quelques Dieux démoniaques, ce corps et le hamac qui soutenait la régresseuse.
Parfait. C’était tout.
De la magie de lévitation.
La plupart des tours de lévitation reposaient sur de fins fils. Leur réussite dépendait de la fluidité et du naturel avec lesquels on faisait bouger l’objet suspendu.
Je n’avais jamais soulevé quelqu’un de plus de cinquante kilos, mais, maintenant que j’étais plus fort, j’arriverais peut-être à m’en sortir.
Bon, repérons son centre de gravité. Son visage était pressé contre ma poitrine, son corps recroquevillé comme une crevette. Du pied gauche, je fixai un côté de la corde au mur, puis j’enroulai l’autre côté autour de mon pied droit et tirai dessus. Le hamac se tendit légèrement.
Je pris une petite inspiration, ajustai l’équilibre et soulevai les cordes du hamac.
« … ! »
Malgré ma force accrue, tirer sur un hamac pour soulever quelqu’un n’avait rien de facile. Je tirais ses extrémités supérieure et inférieure avec mes membres, et une douleur se répandit dans tout mon corps, comme si on me tordait.
La peur de mourir me donna toutefois une force monstrueuse. Le hamac de la régresseuse s’éleva lentement.
Bien. Je la soulèverais ainsi, fixerais les cordes au mur grâce à la magie de la terre et à l’alchimie, puis me dégagerais de dessous elle.
Finalement, ma vie de magicien n’avait pas été vaine. J’étais en train de réussir un tour pareil tout en empêchant la régresseuse de tomber.
Le hamac s’éleva d’une dizaine de centimètres au-dessus de moi. C’était suffisant. Après avoir soudé le mur et la corde avec l’alchimie, je soutins l’autre côté de la corde et tentai de me dégager en me tortillant. Il me suffisait de me glisser dehors, puis de renouer la corde.
J’étais sauvé.
Au moment où je poussai un soupir de soulagement, je croisai le regard d’Azzy.
« Ouaf ? »
Pourquoi restais-tu plantée là à me regarder ?
Je me figeai comme un coupable. Azzy entrouvrit la bouche, puis s’interrompit et demanda innocemment :
« Debout ? Toi debout ? »
« Chut. Tu ne vois pas ? Je suis debout, alors ne jappe pas. »
« Ouaf ? Lui dort encore ! Moi, réveiller lui bien ! »
« Tais-toi ! Ne mets pas le feu aux poudres ! Laisse monsieur Shei dormir ! »
Et voilà, il fallait que ça arrive maintenant… Bouge ! Je devais sortir de là !
« Mmm… »
Mais j’avais négligé un détail.
Les humains bougent. Et lorsqu’ils bougent, leur centre de gravité se déplace aussi. Si l’équilibre se rompt alors qu’ils sont suspendus de manière précaire à des cordes, tout bascule.
Le hamac se renversa brusquement. La régresseuse, qui flottait dans les airs, fit une brève chute.
À cet instant, les yeux de la régresseuse s’ouvrirent en grand. Elle empoigna Chanteciel et frappa.
La Frontière d’inversion céleste préparait toujours la défense et la contre-attaque appropriées, quelle que fût la situation. Même inconsciente et plongée dans un profond sommeil, elle visait rapidement et avec précision tout ennemi qui s’approchait.
Sans tenir compte du fait que l’ennemi qui s’approchait, c’était la régresseuse elle-même !
Chanteciel fonçait vers mon cou. Si la régresseuse m’avait attaqué consciemment, j’aurais pu réagir grâce à la lecture des pensées. Mais là, c’était une attaque gravée dans son corps.
La lecture des pensées ne pouvait pas m’aider. Il m’était difficile de dévier le coup ou d’y répondre. Tout ce que je pouvais faire, c’était prier pour que mon corps se régénère.
« Hein ? Hughes ? »
C’est alors que cela se produisit. Réveillée, la régresseuse s’arrêta juste avant d’abattre Chanteciel. Son équilibre lui échappa aussitôt ; le hamac oscilla et se retourna. Le monde tourna deux ou trois fois.
« Ah ! »
La régresseuse et moi nous retrouvâmes donc étroitement enroulés dans le hamac, tels deux cocons.
J’avais assisté à toute la scène et compris comment nous en étions arrivés à ce résultat. La régresseuse, qui venait à peine de se réveiller, n’y comprenait rien et s’écria :
« M-Mais quoi ?! Pourquoi es-tu dans mon lit ?! »
« Ton lit ? C’est plutôt à moi de te poser la question ! C’est toi qui es tombée dans mon lit ! »
« Qu’est-ce que tu racontes ? C’est impossible que je ne m’en sois pas rendu compte ! »
« Justement ! Si j’avais rampé jusqu’à ton lit, tu t’en serais forcément aperçue ! Et je n’avais aucune raison de m’y glisser, de toute façon ! »
« Alors pourquoi tu es là avec moi ?! »
« C’est ce que je voudrais savoir ! Pourquoi ne t’es-tu pas réveillée en venant jusqu’ici ? Si tu t’étais réveillée plus tôt, aucun de nous n’aurait à se sentir gêné en ce moment ! »
Heureusement, ma tête n’avait pas été tranchée. Elle avait donc acquis assez de patience pour me demander ce qui s’était passé avant de me couper le cou. Comme elle était généreuse ! Pourtant, la victime, c’était moi.
« Descends de moi, d’abord ! »
La régresseuse tendit le bras et balança Chanteciel. Frrt. La corde fut tranchée et, toujours ligotés dans le hamac, nous heurtâmes le sol avec un bruit sourd. La régresseuse regarda le sol d’un air surpris : il était arrivé bien plus tôt que prévu.
« C’est vraiment la couche du bas ? J’ai dormi en haut. Quoi ? Ça veut dire que j’ai vraiment fini dans le lit de Hughes ? Pourquoi ? Comment ? »
Ne te demande pas pourquoi. Si tu veux sortir de là, dépêche-toi ! À ce rythme…
« Il y a du bruit à l’intérieur. Vous êtes réveillés ? »
À cet instant, Rashy ouvrit brusquement la porte et se figea.
Devant lui, la régresseuse et moi étions enlacés dans le hamac, réduits à une seule masse. Elle s’était débattue pour s’en dégager, si bien qu’elle se retrouvait presque collée à moi.
Waouh. Vu de l’extérieur, ça donnait donc cette impression. On aurait vraiment dit deux personnes prises en flagrant délit d’adultère.
La régresseuse et moi étions incapables de trouver quoi dire ; nous restâmes figés. Rashy se gratta le menton, jeta un regard gêné dehors et marmonna :
« Eh bien, eh bien. On dirait que la nuit a été froide. »
Rashy fit semblant de ne rien voir et se parla à lui-même. Azzy lui répondit d’un aboiement.
« Ouaf ? Pas froid ! Plutôt chaud ! »
Contrairement à ce que j’avais prévu, la régresseuse ne fit pas de scène. Elle termina son repas d’un air boudeur et nous pressa de partir sans dire grand-chose.
Je lui expliquai la situation à l’aide de plusieurs indices et éléments circonstanciels, et elle ne trouva pas la moindre faille dans mon récit. À contrecœur, elle admit qu’il s’agissait d’un accident.
Ce n’était même pas grave. Un hamac avait glissé et était tombé, voilà tout. C’était peut-être désagréable, mais rien de plus. Une fois l’incident derrière nous, il n’y aurait plus de problème.
« Non, ça n’a aucun sens ! J’ai appris la Frontière d’inversion céleste. Même endormie, comment ai-je pu ne pas remarquer quelqu’un d’aussi proche de moi ?! »
La régresseuse était encore pleine de confusion et de colère. C’était donc le calme avant la tempête. Je la surveillai attentivement et lus ses pensées.
« Est-ce que je me suis trop rapprochée de lui ? Aucun de mes compagnons n’a jamais pénétré dans le rayon de la Frontière d’inversion céleste… Est-ce parce que c’est moi qui ai bougé ? Ou parce que Hughes est trop faible ? »
J’étais la victime, et pourtant c’était à moi de me justifier. Tel était le triste sort des faibles.
« Ça n’a aucun sens. Ça doit être à cause de la bénédiction. J’ai trop baissé ma garde parce que j’ai reçu la bénédiction de la Sainte Vierge. Tout se passe bien depuis un moment, alors je me suis relâchée… »
Soudain, la régresseuse sembla comprendre quelque chose et pencha la tête.
« … Si tout est censé bien se passer, pourquoi le hamac a-t-il glissé pendant que je dormais ? Ce n’est pas une bonne chose, pourtant ? »
« Monsieur. »
« Oui, Rashy. »
Épuisé, je marchai encore un moment. Rashy s’approcha tandis que je jetais un œil aux pensées de la régresseuse et me murmura à voix basse :
« Moi aussi, j’ai dû traverser bien des épreuves avant de trouver l’amour. Différences de culture, de coutumes, de territoire, et même de condition physique. Nous avons connu d’innombrables difficultés et les avons surmontées en nous adaptant l’un à l’autre. Nous y sommes parvenus parce que nous avions tous deux nos propres capacités et notre détermination. »
« Pourquoi me racontez-vous ça tout à coup ? Vous me faites peur. »
Rashy se méprenait manifestement sur quelque chose. Il prit un ton inquiet.
« Mais le garçon est encore jeune. Il ne sait probablement pas à quel point ces épreuves peuvent être rudes. Puisque vous êtes son professeur, je pense que vous devriez d’abord lui expliquer ces difficultés. D’autant plus que l’âge, le sexe et bien d’autres choses encore font obstacle. »
Quelque chose avait dû se passer pendant notre séparation. Rashy me donnait ses conseils avec un sérieux mûr, des conseils qui semblaient imprégnés de toute une vie d’expérience…
Mon cul, oui.
« De quoi parlez-vous ? Vous n’avez pas entendu ce qu’on a dit tout à l’heure ? Monsieur Shei s’est retrouvé dans mon lit. Je n’ai rien fait ! Quand j’ai ouvert les yeux ce matin, j’étais coincée sous lui et je gémissais comme si j’étais paralysée dans mon sommeil ! »
Si elle avait au moins réfléchi avant de venir, ç’aurait été une chose. Mais moi aussi, j’avais été pris dans cet accident ! La régresseuse ne se méfiait pas de moi, mais elle ne voulait pas s’attacher à cette itération qu’elle finirait par abandonner. Si je m’approchais d’elle à la légère, je risquais de me faire poignarder avant même d’avoir pu lire ses pensées.
« Le garçon éprouvait donc des sentiments à sens unique ? »
« Non, ce n’est pas ça… »
La régresseuse était une femme et n’éprouvait rien pour moi. Pourtant, elle continuait à susciter des malentendus, au point qu’il devenait difficile de seulement évoquer ce fait.
Mais après tout, pourquoi m’en soucier ? Si elle voulait dissiper le malentendu, elle n’avait qu’à le faire elle-même. Ça ne me regardait pas.
« Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? Je suis un homme ordinaire qui aime les femmes. Je ne sais pas ce qu’il avait en tête en venant ici, mais c’est moi qui suis le plus mal à l’aise. »
« Hum. Je vois. Le garçon a lui aussi bien souffert. »
« Ce n’est pas ça ! »
N’en pouvant plus d’écouter, la régresseuse s’écria et s’approcha de nous.
« C’était un accident ! La corde s’est simplement détendue ! Ce n’était rien… »
Pourtant, la question qui transperçait la régresseuse persistait et la tourmentait. Elle criait avec agitation, mais une pensée inattendue lui vint et elle se tut.
« Pourquoi quelque chose qui ne signifiait rien s’est-il produit précisément à ce moment-là… ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça signifie ? En quoi est-ce censé m’aider ? »
Perdue dans ses pensées, la régresseuse cessa de parler et se remit à marcher, comme si marcher était devenu son seul objectif.
Qu’est-ce que c’était que ça ? Réagis un peu. Si tu continues à te comporter aussi bizarrement…
« Hum. Je vous prie de m’excuser, monsieur. Je ne pensais pas qu’il en serait aussi bouleversé. Puisque vous êtes l’adulte, veuillez tenir compte des sentiments du garçon. »
Vous me faites passer pour un drôle, là !
Notes :
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