Chapitre 544
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 544 : Pas étonnant que j’aie eu autant de chance
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« Ouaf ! On recommence à garder le troupeau ! »
« Bêêê ! Je ne veux plus jamais te revoir ! »
Lemme s’enfuit jusqu’au sommet du monastère et se lamenta. Azzy ne lui prêta aucune attention. Apparemment satisfaite d’avoir joué avec un jouet pour la première fois depuis longtemps, elle s’étira avec contentement.
« Au revoir ! »
« Que la bénédiction du Dieu céleste vous accompagne, mes frères ! »
Escortés par la Nonne déchue et ses enfants ravis, nous quittâmes le Monastère du Sang, le cœur rempli des bénédictions de la Sainte Vierge et de la nonne.
Alors que nous descendions la pente qui s’éloignait du monastère, je m’adressai à Rashy.
« Monsieur Rashy, pourriez-vous nous montrer le chemin… »
J’allais lui demander de nous guider, mais la scène qui s’offrit à mes yeux me coupa la parole.
Le vent soufflait dans la direction où nous devions aller, comme s’il nous poussait en avant. Doux, mais déterminé, il faisait frémir les herbes folles et nous indiquait la route.
Les brins d’herbe qui ondulaient semblaient former une flèche. C’était comme si le monde entier nous disait de prendre cette direction.
« Par ici ! »
Rashy, qui s’apprêtait à nous guider, sentit le vent et marmonna :
« Un vent favorable. C’est bon signe. J’ai bien fait de demander de l’aide à monsieur ! »
« Pourquoi ne parles-tu que de Hughes ? Moi aussi, je suis là. »
« Ha ha ! Pardonne-moi de t’avoir oublié. Oui, mon garçon ! Toi aussi, tu es là ! »
Personne ne se plaignit de suivre le courant. Après tout, qu’importait que la prophétesse m’inquiétât, puisqu’elle proposait de m’aider sur-le-champ ?
Nous suivîmes le vent. Rashy avait une endurance inépuisable tant que ses pieds touchaient le sol, tandis que la régresseuse et moi chevauchions les nuages et le vent arrière, filant encore plus vite. Azzy, elle, avait toujours largement le temps de s’amuser : elle s’élançait au loin, puis revenait tranquillement.
Le paysage changea, les montagnes se succédèrent et des villages indigènes apparurent au loin. Nous avions traversé les terres sauvages et étions entrés sur le territoire des barbares, où bêtes et humains vivaient côte à côte.
Les indigènes qui nous apercevaient dans le ciel poussaient des cris et s’enfuyaient, ou nous pourchassaient en essayant de nous chasser. Bien sûr, la plupart ne parvenaient même pas à rattraper notre ombre avant de disparaître derrière nous, mais leurs tentatives ajoutaient un peu de tension à notre voyage.
« À partir d’ici, nous sommes sur les terres de l’ancien Royaume des Dix Mille. Monsieur, connaissez-vous ce royaume ? »
« Bien sûr. À peu près autant que n’importe qui. »
Le Royaume des Dix Mille. Une nation barbare bâtie sur une terre débordant de vie.
Les Cinq Seigneurs, qui avaient chassé le Roi de l’Humanité et s’étaient emparés du pouvoir, s’étaient répandus sur le continent et y avaient fondé leurs propres royaumes.
Parmi eux, Agartha, aimée de tous, s’était rendue jusqu’à ces lointaines contrées du sud-est. Elle avait uni des tribus barbares qui n’auraient jamais dû pouvoir cohabiter et fondé une nation.
« La Reine Agartha. Une descendante d’un seigneur qui avait hérité du pouvoir d’être aimée de tous. Elle charma les autres tribus par sa beauté et son charme, forma une alliance réunissant d’innombrables tribus et régna sur elles jusqu’au jour où l’Arbre-Monde brûla et s’effondra. »
« Vous êtes bien renseigné. Comme on pouvait s’y attendre de votre part, monsieur. »
Rashy hocha la tête, comme s’il n’en attendait pas moins de moi, tandis que je récitais ce qui était écrit dans les livres d’histoire.
« Mais il y a une différence. C’est ainsi qu’on la présentait dans l’État militaire, mais ce n’était pas là le véritable pouvoir de la Reine. Son véritable pouvoir était… »
« Je sais. Le langage. Plus précisément, le pouvoir de l’expression. »
Chaque bête avait ses propres caractéristiques, et celles-ci se reflétaient chez le Roi des Bêtes. Azzy, en tant que chienne, était amicale et aimait les humains, tandis que Lemme, en tant que brebis, avait une laine épaisse.
Le Roi de l’Humanité ne faisait pas exception, mais les Cinq Seigneurs avaient employé une méthode quelconque pour lui voler ses pouvoirs.
Celui qui s’était emparé de la force de l’humanité était le Tyran. Il était assez puissant pour déraciner des montagnes à mains nues et les lancer, pouvait manier n’importe quelle arme avec aisance et se battre sept jours et sept nuits sans repos.
Celle qui s’était emparée du savoir-faire de l’humanité était Elik, reine du Royaume doré. Après n’avoir vu un outil qu’une seule fois, elle pouvait le reproduire, maîtriser toutes les techniques, en comprendre les principes et créer des chefs-d’œuvre.
Celui qui s’était emparé de la sociabilité de l’humanité était Grandiomor, du Royaume. Aucun humain ne pouvait se montrer hostile envers lui, et il savait rallier à sa cause jusqu’aux personnes les plus fortes et les plus rusées, puis les maîtriser.
Il s’agissait bel et bien de caractéristiques humaines, mais elles n’étaient pas l’apanage des humains. Les ours et les tigres étaient plus forts à l’état brut, les oiseaux et les castors construisaient des nids, et il suffisait de regarder autour de soi pour trouver des créatures vivant en groupe.
Agartha n’était pas différente. Ce qu’elle avait pris, c’était le langage, ou plus exactement l’expression.
Avant même l’apparition du langage, à l’époque où les humains ne se servaient de leur langue que pour goûter, ils avaient déjà des moyens de montrer ce qu’ils ressentaient. Gestes, voix, cris, expressions, mouvements et bien d’autres choses encore. Il existait une infinité de façons de mettre en garde ses ennemis et de témoigner sa bienveillance à ses alliés.
Et Agartha excellait en tout.
« Un visage magnifique. Des gestes qui révélaient ses sentiments. Une voix douce qui gagnait la faveur des humains comme des bêtes. Même dans ces terres barbares, où l’on parlait des langues différentes de celles du monde civilisé et où l’on vénérait plus de cent mille dieux, Agartha faisait plier tout le monde par ce seul pouvoir. »
« Hmm. Vous en savez bien plus que je ne l’aurais cru, monsieur. Même moi, qui suis né sur ces terres, je ne saurais l’expliquer avec autant d’éloquence ! »
« Le talent des mots est l’un de mes points forts. »
Le Royaume des Dix Mille était le pays qu’Agartha avait rassemblé et dirigé. Il avait toujours vécu aux confins de la civilisation et était peu connu, mais il avait toujours été une nation puissante et menaçante.
En particulier, on se méfiait discrètement du Royaume des Dix Mille parce que, bien qu’il descendît d’un seigneur, il prenait ses distances avec le Dieu céleste et avait embrassé les croyances indigènes.
« Les archives sont rares et les échanges limités, alors on a tendance à le sous-estimer. Pourtant, on dit que le Royaume des Dix Mille possédait autrefois une civilisation presque aussi puissante et splendide que l’Empire. Il suffit de voir les ruines, les trésors et les élixirs qu’il a laissés derrière lui. Même aujourd’hui, des siècles plus tard, des aventuriers viennent chercher des trésors cachés. »
« Aujourd’hui, il ne reste rien d’autre que l’héritage d’un royaume déchu ! Si vous en savez autant, inutile que je vous mette en garde ! »
« Je comprends quand même pourquoi vous vouliez que nous fassions attention. »
On ne pouvait pas réduire le Royaume des Dix Mille à un simple territoire barbare. À vrai dire, il était d’autant plus effrayant qu’il était plus libre et moins contraint que les terres civilisées.
Les difficultés surgissaient toujours là où on ne les attendait pas…
Du moins, c’était ce qui aurait dû arriver.
Même dans ces terres barbares qui donnaient du fil à retordre aux aventuriers chevronnés, notre voyage aurait difficilement pu être plus facile.
« La nuit tombe. Il faudrait trouver un endroit où dormir… Qu’est-ce que c’est ? »
« Un campement d’aventuriers. Ceux qui cherchent des élixirs en installent un peu partout, afin de pouvoir y séjourner quelque temps en fonction de la météo et du terrain. Ils les dissimulent soigneusement pour éviter que d’autres ne les pillent. Nous avons de la chance. »
Chaque fois qu’un problème semblait se profiler, une solution toute trouvée apparaissait à nos côtés. Quand nous avions besoin d’un endroit où dormir, nous trouvions un campement ou un abri. Quand nous avions faim, une bête que nous pouvions chasser passait juste devant nous. La route était plane et couverte d’herbe, sans la moindre boue ni le moindre trou, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre.
Je ne savais pas si je traversais les terres sauvages ou si je me promenais sur une route bien entretenue de l’État militaire. Dans le campement que nous avions découvert par hasard, je mangeai les restes laissés là par hasard, réchauffés sur du bois de chauffage qui avait lui aussi été abandonné par hasard, puis penchai la tête.
« Je ne tiens pas à ce que le voyage soit épuisant, mais c’est un peu monotone. Cet endroit a toujours été aussi désert ? »
« Non. Quand je suis parti pour le monastère, j’ai été attaqué plus de cinq fois. Trois fois par des bêtes, deux fois par des hors-la-loi. Même si, de leur point de vue, c’est sans doute moi qui les attaquais ! »
Même Rashy, qui s’était d’abord réjoui de l’absence d’incidents, trouvait étrange ce calme inhabituel. La régresseuse, en revanche, l’acceptait comme une chose naturelle.
« C’est parce que la Sainte Vierge du Ciel a béni tout notre voyage. »
« Et ça fonctionne comment, exactement ? »
« Comment ? Les bénédictions n’ont pas besoin de mécanisme. Elles se produisent, tout simplement. D’après ce que j’ai entendu, elles contraignent l’avenir à converger vers un but, mais c’est difficile à comprendre pour ceux d’entre nous qui ne peuvent pas voir l’avenir. »
« Rien que de t’entendre, j’ai déjà mal à la tête. »
« Quoi qu’il en soit, ça veut dire qu’il ne nous arrivera que de bonnes choses. À moins que quelque chose soit absolument impossible dès le départ. »
Est-ce que cela effaçait les autres futurs, apportait de minuscules ajustements, ou lisait notre itinéraire à l’avance pour tout préparer ? Je n’en avais pas la moindre idée. Peut-être était-ce quelque chose que je ne pouvais même pas imaginer.
« Si tout se passe bien, les moustiques ne sortiront même pas la nuit. Nous pourrons dormir les jambes allongées. »
« Hein ? Je les tenais déjà à distance en dressant une barrière avec Chanteciel. »
« Ah bon ? Je me disais bien que je dormais mieux. »
Même si la bénédiction de la Sainte Vierge semblait impressionnante, elle l’était moins si nous pouvions obtenir tout ça par nos propres moyens, non ? Alors, à quoi servait-elle, cette bénédiction ?
« Dormons pour aujourd’hui. Nous sommes bénis, alors nous ne devrions courir aucun danger, mais je vais quand même dresser une barrière. »
« Monsieur et mon garçon, reposez-vous. Je monterai la garde dehors. »
« Toi ? »
« Monsieur et mon garçon, vous êtes mortels. Vous devez dormir la nuit. Mais tant que mes pieds touchent le sol, je ne meurs pas et je n’ai pas besoin de dormir. Puisque vous m’aidez, monsieur, je peux bien vous rendre ce petit service. »
« Vraiment ? Alors, d’accord. »
« Comme ça, je pourrai dormir tranquillement sans avoir à partager mon attention avec le maintien de la barrière. »
Après avoir raccompagné Rashy, la régresseuse et moi choisîmes chacun notre place. Nous installâmes d’abord un coin près de l’entrée pour Azzy, puis sélectionnâmes nos couchettes dans le hamac superposé.
« Je dormirai en haut. Je n’aime pas me sentir à l’étroit. »
« Ça tombe parfaitement. Je voulais celle du bas. Plus facile de s’enfuir. »
Sans ajouter un mot, nous prîmes chacun la place qui nous convenait. Étonnamment, les gens aux préférences opposées ne se disputaient pas souvent. Nous ne voulions pas les mêmes choses.
« Dormons bien, prenons le petit déjeuner et repartons demain matin. »
« Ouf. Oui. On devrait se reposer comme ça une fois tous les quelques jours. Bonne nuit. »
« Monsieur Shei. Avant ça, il y a quelque chose que je voulais vous demander… »
« … »
Seule une respiration paisible me répondit.
Elle s’était déjà endormie ? Hmm. Ses pensées s’étaient interrompues, alors elle dormait bel et bien. Je comptais lui soutirer quelques informations en bavardant un peu avant de dormir.
Elle avait l’air de dormir paisiblement, sans se soucier de rien, mais au moindre signe d’approche, elle réagirait aussitôt. Elle ne pouvait dormir ainsi qu’en ma présence, parce que nous étions devenus assez proches.
Plus j’y repensais, plus cette bénédiction de la Sainte Vierge me laissait perplexe. Elle semblait bel et bien exister, et pourtant, pas tout à fait.
Si l’on croyait qu’aucun obstacle ne se dresserait sur notre chemin, pourrait-on tout faire, ou serait-on incapable de faire quoi que ce soit ?
Une bénédiction aidait-elle ceux qui s’aidaient eux-mêmes, ou imposait-elle le destin ?
Tss. J’aurais bien aimé pouvoir lire les pensées de la Sainte Vierge, mais ça n’aurait pas été facile. Peut-être était-elle protégée par une méthode semblable à celle de la régresseuse. Les pensées de Peruel m’avaient aussi paru étranges quand je les avais lues.
Après m’être tourné et retourné, je finis par m’allonger dans mon hamac. Depuis que j’avais obtenu le pouvoir du Dieu démoniaque, mon corps se fatiguait difficilement, même après plusieurs jours de marche. Pourtant, la fatigue mentale et l’inertie persistante de l’épuisement demeuraient et réclamaient du repos.
Pour l’instant, dormir. Je n’avais qu’à entretenir de bonnes relations avec la régresseuse. Elle était la plus proche de la Sainte Vierge et du Dieu démoniaque ; je m’accrocherais à elle comme un parasite s’il le fallait et chercherais des indices.
… Enfin, peu importait si elle régressait.
Qu’y pouvais-je ? Mieux valait ne pas s’inquiéter de ce à quoi on ne pouvait résister. Je regardai le hamac où la régresseuse était allongée, puis fermai bientôt les yeux, submergé par la somnolence.
Une pression de ténèbres matérielles m’écrasait.
Je rêvais rarement, mais mon sommeil fut agité cette nuit-là. On aurait dit qu’un visiteur indésirable était venu, m’avait agrippé par le col et me contemplait.
Quel genre de cauchemar ridicule était-ce là ?
Pourtant, mon esprit était étrangement lucide, comme si ce n’était pas un rêve.
Ce n’était pas une illusion. Je compris qu’une chose dotée d’une présence tangible pesait sur moi. Je m’empressai d’activer la lecture des pensées.
Un humain ? Non. Je ne parvenais à lire aucune pensée.
Une bête ? Impossible. À part Rashy, Azzy ne serait pas restée silencieuse.
Alors, qu’est-ce que c’était ? Qu’est-ce qui m’immobilisait ? Pourquoi Azzy n’aboyait-elle pas, et que faisait la régresseuse pour rester plongée dans ses rêves ?
Ce n’était pas le moment de se poser ces questions. Bête, humain ou phénomène étrange, je devais m’échapper de cette chose qui s’était glissée sans bruit dans mon hamac.
Heureusement, la pression n’était pas si forte. Je pouvais bouger en résistant.
Il me fallait donc évaluer la situation et m’enfuir d’un seul mouvement avant qu’elle ne réagisse. Je fis semblant de dormir, gardai une respiration régulière et entrouvris prudemment les yeux. Grâce à l’énergie qui soulevait légèrement mes paupières, je jetai un coup d’œil sur le côté à ce qui m’était tombé dessus…
« … Mmph. »
Et lorsque je découvris la régresseuse profondément endormie sur moi, je ressentis une perplexité et une peur encore plus grandes qu’auparavant.
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