Chapitre 542
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 542 : Qu’est-ce qui vient en premier, la foi ou le talent ?
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Le monastère nous recracha, la régresseuse et moi.
Les enfants, qui ignoraient que nous avions failli mourir, couraient toujours dans les champs. Azzy se roulait par terre, les cheveux de Lemme étroitement enroulés autour d’elle. Lemme poussa un cri plaintif en sentant ses cheveux s’emmêler.
« Bêêê. Qui a amené ce chien ici ? Si c’est toi, prends-en la responsabilité, bêê ! »
« Ouaf ! Je garde les moutons ! Mouton, moi prendre responsabilité ! »
« Mordre, ce n’est pas prendre ses responsabilités, bêê ! Lâche-moi, bêê ! »
Lemme, le Roi des Moutons. Le roi des moutons qui suivaient les bergers.
Les moutons étaient des créatures peureuses et stupides. Depuis l’Antiquité, les humains menaient des troupeaux de plusieurs centaines de bêtes avec pour seuls outils un bâton de bois et un chien. Pourvu qu’ils trouvent un champ plein de nourriture, les moutons se souciaient peu qu’un humain les y conduise ou qu’un chien les pousse dans cette direction.
Peut-être cette sottise plaisait-elle aux prêtres, car les moutons étaient devenus des animaux que l’on évoquait sans cesse pendant l’eucharistie.
J’aurais pu l’ignorer et poursuivre mon chemin, mais nous nous étions croisés. Nous pouvions au moins échanger quelques mots. Lemme et moi n’étions pas des inconnus l’un pour l’autre.
« Mouton, que fais-tu ici ? »
« Ça ne se voit pas, bêê ? Ce chien me tourmente, humain ! Dépêche-toi de l’enlever, bêê ! Avant qu’elle ne m’abîme tous les poils, bêê ! »
« Zzz. »
« Réveille-toi, bêê ! Ta bave me colle les cheveux, bêê ! »
Lemme se tortilla dans tous les sens, mais ne parvint pas à se dégager des cheveux d’Azzy.
Les loups étaient les prédateurs naturels des moutons, tandis que les chiens leur servaient de guides. Leurs rôles étaient diamétralement opposés, mais les uns comme les autres emmenaient les moutons là où ils ne voulaient pas aller. La hiérarchie entre les moutons et les chiens était très claire.
Après avoir tiré Azzy de là, je demandai à Lemme : « Non, mais pourquoi es-tu venue au monastère ? Il n’y a même pas beaucoup de moutons ici. »
« Pour qu’on s’occupe de moi, bêê ! »
Lemme essaya de démêler les endroits qu’Azzy avait léchés tout en parlant.
« J’ai une laine douce et duveteuse, bêê ! Mais quand le vent souffle, quand elle est mouillée ou que de la saleté s’y coince, elle s’agglutine et me donne une sensation d’étouffement, bêê ! »
Lemme tripota sa laine. Même un Roi des Bêtes ne pouvait pas se peigner correctement. Avec ses petites mains, Lemme n’arrivait même pas à atteindre toute sa longue et épaisse toison blanche, qui lui descendait presque jusqu’aux genoux.
« Alors je voyage, bêê. À la recherche d’humains qui me peigneront ! »
« Tu as fait tout ce chemin pour trouver des gens qui te peignent ? »
« Bêêê ! C’est ça, bêê ! Les petits humains d’ici ont des mains petites et délicates, alors ils me peignent sans me faire mal, bêê ! »
« Les gens d’ailleurs pourraient sûrement le faire tout aussi bien. »
« Ce n’est pas une question de savoir-faire, bêê. Ce qui compte, c’est le respect qu’on me témoigne, bêê ! Les autres humains se contentent de me frotter avec des brosses et essaient de me couper les cheveux, alors je ne les aime pas, bêê ! »
« Pourquoi ? Laisse-les te couper les cheveux. »
« Ils ne peuvent pas les couper, bêê ! Les humains essaient de m’arracher les poils, bêê ! »
La laine du Roi des Moutons était douce, mais résistante. En tant que Roi des Bêtes, un être conceptuel à la toison exceptionnellement remarquable, il ne pouvait être tondu par des moyens ordinaires. Si quelqu’un essayait avec des ciseaux, les lames ne feraient que mâchouiller ses poils.
La régresseuse s’avança alors et proposa :
« Tu veux que je te la coupe ? »
« Bêê ? Toi, bêê ? »
« Oui. Je pense que Chanteciel pourrait couper ta laine. »
« Même pas en rêve, bêê. Une lame humaine ne peut pas couper ma laine, bêê. Je suis un mouton. Je déteste avoir mal, bêê ! »
Lemme rejeta fermement la proposition de la régresseuse. À cet instant, les enfants rassemblèrent les mèches tombées pendant le brossage et les tendirent à la régresseuse.
« Voici les poils laissés par l’Émissaire de l’Agneau. »
« Si tu arrives à les couper, on te croira ! »
« Ce ne sera pas facile. Parfois, on s’en sert pour jouer au chat et à la souris, mais dès que ça s’emmêle, impossible de démêler le tout ! C’est pour ça qu’on en garde un gros tas dans un coin du dortoir ! »
Les enfants, candides, s’approchèrent de la régresseuse sans la moindre crainte. La preuve que la peur s’apprenait. S’ils avaient pu la ressentir instinctivement, ils ne se seraient jamais approchés d’une personne à l’air aussi effrayant.
Malgré son apparence, la régresseuse n’avait rien contre les enfants innocents. Elle en fit tendre la laine par deux d’entre eux, puis dégaina Chanteciel d’un geste léger.
Ting.
La laine de Lemme fut coupée dans un murmure à peine audible.
« Waouh ! Ça a marché ! »
« C’est incroyable ! Même avec des ciseaux et des scies, on n’arrivait pas à la couper ! »
« Super ! On va te laisser couper la laine de l’Émissaire de l’Agneau ! »
Les enfants bavardèrent à qui mieux mieux, et Lemme répondit d’un ton soupçonneux :
« Bêêê ? Ça ne pose vraiment pas de problème, bêê ? Bon, d’accord, bêê. Je te laisse me couper la laine. Mais tu n’auras droit qu’à un seul essai, bêê ! Si tu m’en arraches un seul poil, je te charge ! »
Lemme se dandina jusqu’à elle, souleva sa laine à deux mains et la lui présenta. La régresseuse resta impassible devant cette masse de toison gigantesque, assez grande pour cacher quelqu’un à l’intérieur.
Pris d’un vague malaise, je demandai : « Shei, tu es sûre de pouvoir la couper ? »
« Bien sûr. Tu viens de le voir, non ? Chanteciel peut même couper la laine du Roi des Moutons. »
« Non, je ne parle pas de ça. Tu sais vraiment couper les cheveux correctement ? Tu n’as pas l’air très habile de tes mains. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Comment crois-tu que je me coupais les cheveux quand je voyageais ? Je me les coupe moi-même, tu sais. »
« Ah, c’est donc pour ça que tes cheveux… »
« Tu veux que je te rase le crâne ? »
« Mettons-nous au travail. Lemme attend. »
En maugréant, la régresseuse concentra Chanteciel et en chauffa la lame. L’épée ondula sous la chaleur tandis qu’elle glissait doucement dans la laine de Lemme.
Couic, couic.
Elle rassembla les mèches avec son énergie, puis les coupa en biais avec Chanteciel. Des touffes de laine de Lemme tombèrent. Chacune contenait probablement plus de poils que la tête d’une personne ordinaire, pourtant, même après des dizaines de coups de lame, la toison de Lemme ne semblait pas près de s’épuiser.
La laine blanc neige qui tombait comme des flocons avait quelque chose d’étrangement captivant. Azzy, les autres enfants et moi regardions la scène sans dire un mot.
Lemme, celle qui recevait ces soins, ne montrait aucune gratitude. Elle se lécha les babines et remua sur place.
« Bêêê. Je m’ennuie, bêê. Vous, allez me chercher de l’herbe à mâcher, bêê. »
Elle donnait ses ordres comme une maîtresse de maison. Je ne fus pas le seul à trouver cela impoli : Azzy, qui observait la scène, aboya soudain sur Lemme.
« Ouaf ! Arrête ! »
« Bêê ! »
« Ne bouge pas ! Tu vas te blesser ! Toi et l’humaine ! »
« Bêê, bêêê… Je peux bien mâcher de l’herbe, bêê… »
Effrayée, Lemme joignit les mains et s’assit sans bouger, surveillant la réaction d’Azzy. Grâce à cette dernière, il devint bien plus facile de lui couper la laine.
Après presque une heure de taille, la régresseuse boucla les pointes de la laine de Lemme à l’aide de Chanteciel chauffé, puis épousseta ses mains.
« Hm. Alors, qu’en dis-tu ? Je m’en suis plutôt bien sortie, non ? »
Je ne pouvais pas dire le contraire. La régresseuse avait du talent. La coupe était nette, et boucler les pointes sur un coup de tête était impossible sans goût ni sens de l’esthétique.
Lemme, jusque-là enfouie sous sa laine emmêlée, était devenue une jolie jeune fille aux longs cheveux ravissants. Les enfants s’émerveillèrent de ce changement.
« Waouh ! Elle est jolie ! »
« L’Émissaire de l’Agneau a l’air beaucoup plus propre et plus jolie maintenant ! »
« Elle était mignonne, toute duveteuse, mais elle a l’air bien plus à l’aise maintenant ! »
Lemme, elle, ne réagit pas particulièrement. Elle surveillait trop attentivement l’humeur d’Azzy. Je ne pouvais pas attendre d’un mouton qu’il ait le sens de la beauté. Tout au plus se sentait-elle un peu moins étouffée.
La régresseuse secoua les dernières mèches d’un air satisfait.
« Tu vois ? »
« Quand as-tu appris à faire ça ? »
« Je te l’ai dit. Je me coupais les cheveux quand je voyageais seule. »
« Je passais beaucoup de temps à les tailler, parce que je voulais avoir l’air au moins un peu humaine. Voilà pourquoi. Grâce à mes Yeux aux Sept Couleurs, je pouvais même voir l’arrière de ma tête. »
Je pensais qu’elle se fichait complètement de ce genre de choses… Non, ce n’était pas vrai. À en juger par des choses comme le Manhan Quanxi et la Bourse de Rene, elle prenait tout de même assez soin d’elle-même et de son environnement. Enfin, autant s’occuper de ce qu’on pouvait.
« Et la bénédiction de la Sainte Vierge m’a facilité la tâche. »
« Quoi ? La bénédiction de la Sainte Vierge ? Quel rapport avec tout ça ? »
« Hein ? Tu ne sais pas ? C’est une bénédiction de la Sainte Vierge. »
« Et cette bénédiction fait quoi, au juste ? Je ne sens aucun pouvoir particulier. »
« Hé hé. Il y a donc des choses que tu ignores, toi aussi ? Mais quand as-tu reçu une bénédiction, toi ? »
Peut-être parce qu’elle avait réussi à couper la laine du mouton, la régresseuse prit un ton légèrement suffisant.
« La bénédiction de chaque Sainte Vierge dépend de son autorité. La Vierge d’Acier donne le pouvoir de rendre sa volonté réelle, et la Sainte Vierge de la Causalité accorde le savoir nécessaire pour découvrir ce que l’on cherche. La Sainte Vierge du Soleil éclaire le chemin à venir. Quant à la Sainte Vierge du Ciel… elle accorde la chance. »
« La chance ? »
« Oui. Tout ce que tu entreprends tourne bien, et même lorsqu’un obstacle se dresse devant toi, un moyen de le surmonter facilement apparaît. Des occasions inespérées se présentent à toi avant même que tu t’en rendes compte. Les bénédictions des autres Saintes Vierges sont claires, mais assez limitées. Celle de la Sainte Vierge du Ciel est bien plus vague et plus vaste. Comme une déesse de la chance. »
La chance ? Quelle sorte de chance était-ce donc ? La chance existait, mais elle n’était jamais que probabilité.
« Regarde aujourd’hui. C’est peut-être un détail, mais il ne reste presque aucun poil après avoir coupé la laine du Roi des Moutons. J’ai seulement appris en observant les autres, alors je ne suis pas si douée. Si le résultat est aussi réussi, c’est grâce à la bénédiction. »
« Ça ne peut pas être vrai… Couper les cheveux, c’est juste une question de talent. »
« Oh, arrête de me flatter. »
« Je ne te flatte pas. C’est toi qui es bizarre à croire à la bénédiction de la Sainte Vierge, Shei. Tu fais partie d’une secte ou quoi ? Tu crois vraiment que ce que tu as fait de tes propres mains, c’est la bénédiction de la Sainte Vierge ? »
Je ne pouvais pas prétendre que la bénédiction de la Sainte Vierge était dépourvue de pouvoir. Elles avaient bel et bien la capacité de voir l’avenir. Mais attribuer à une bénédiction le résultat de son propre travail me paraissait encore plus étrange.
« Et réfléchis-y. Si cette bénédiction est si incroyable, pourquoi t’aiderait-elle à couper la laine de Lemme ? Ce n’est qu’un passe-temps. »
« Qui sait ? Peut-être qu’on aura l’usage de la laine bien coupée du Roi des Moutons. »
« À quoi pourrait bien nous servir de la laine alors qu’on ne va même pas la tisser tout de suite… ? Et puis, la Sainte Vierge du Ciel t’a ordonné de vaincre un mal ancien, non ? Peu importe la valeur de cette laine, elle n’arrêtera pas un mal ancien. Tu comptes en faire cadeau ? »
« Ça ne coûte rien de la garder. Et je connais peut-être quelqu’un à qui l’offrir. »
« Quoi ? Quel cadeau pourrait-on faire dans un monastère où la laine de Lemme traîne partout ? »
C’était aussi une terre sauvage, épargnée par la civilisation. Même si nous la vendions, personne ne pourrait l’acheter. Nous allions troquer avec des sauvages ? À la rigueur, ça pourrait servir, mais ils n’avaient pas l’air d’avoir grand-chose à nous offrir.
C’est alors que cela arriva.
« Bonjour ! La sœur est-elle là ? »
Une voix tonitruante retentit. Elle était assez forte pour faire sursauter les moutons, les enfants et même Lemme.
Dans le monde civilisé, faire du tapage chez quelqu’un était considéré comme une intrusion. Dans ce monde sauvage, c’était différent. Les chiens qui aboyaient ne mordaient pas, et les menaces s’approchaient toujours sans bruit. Se signaler était plutôt une marque de bonne volonté.
« Vous êtes un Terrien. »
Yegcheriya, le visage de nouveau dissimulé sous un voile, sortit saluer la grande silhouette à la peau brune.
« Tous les êtres sous le ciel sont les enfants du Dieu céleste, mais tous ne lui sont pas dévoués. J’ai entendu dire que les Terriens ne servent pas le Dieu céleste, mais vénèrent la Terre Mère. En tant que servante du Dieu céleste, j’accueille tous les visiteurs, mais êtes-vous sûr qu’il soit convenable de poursuivre cette entrevue ? »
Les Terriens. Une race immortelle qui absorbait l’énergie de la terre dans son corps, acquérant ainsi des propriétés semblables à celles du sol. Ils étaient également les habitants originels du Royaume des Dix Mille et suivaient une foi quelque peu différente, fondée sur une conception déformée de la Terre Mère.
C’était pourquoi il n’y avait qu’un seul monastère dans cette vaste contrée sauvage. Ces terres débordantes de vie étaient envahies de mauvaises herbes que même le vent du Dieu céleste ne pouvait déraciner.
Pourtant, ce Terrien semblait assez éclairé pour faire preuve de courtoisie envers la nonne.
« C’est exact ! Je suis justement venu vous rencontrer, ma sœur ! »
Yegcheriya ouvrit grand les bras pour accueillir l’immortel.
« Soyez le bienvenu ! Même dans cette contrée lointaine, sauvage et hérétique, les graines de la foi portées par le vent finiront par prendre racine ! Moi, Yegcheriya, j’accueille sincèrement votre repentance, mon frère ! »
« Ha ha ! Je n’ai aucune intention de croire au Dieu céleste ! »
« Cela ne fait rien ! Votre venue est déjà un signe des plus prometteurs ! Pourquoi ne pas commencer par lire les Écritures ? »
« Non, vraiment, ce n’est pas pour ça que je suis venu. Je voulais seulement recevoir cette… comment ça s’appelle ? Un sacrement ? »
« Un sacrement ? »
« C’est ça. Le sacrement du mariage, je crois. J’ai entendu dire que, dans les pays du nord, les gens recevaient la bénédiction d’un prêtre quand ils se mariaient. Ma future épouse vient de loin et je voulais, si possible, respecter ses coutumes ! »
L’immortel rit à gorge déployée et expliqua sa situation. Il avait ramené une femme d’une contrée lointaine pour l’épouser, mais les coutumes de leurs villages étaient si différentes que cela avait provoqué quelques tensions. Il souhaitait recevoir un sacrement au Monastère du Sang afin que personne ne puisse s’y opposer.
Il voulait se servir d’un sacrement sacré pour parvenir à ses fins, mais Yegcheriya ne s’attarda pas sur ces motifs dérisoires. Au contraire, elle joignit les mains, l’air encore plus réjoui.
« Ah… Voilà la véritable repentance par l’amour ! Je n’ai pas encore rencontré votre future épouse, mais elle doit être une femme profondément dévote ! Très bien. Je me tiendrai prête à bénir cette union sacrée dès que vous le souhaiterez ! »
« Hm. Je vous en serais reconnaissant ! J’ai apporté des peaux et de la viande, alors… comment dites-vous déjà ? Je ferai un don ! »
« J’accepte votre offrande avec gratitude ! »
« Et je suis désolé de vous le demander, mais pourriez-vous me donner quelque chose qui prouve que le monastère s’est engagé à célébrer le sacrement ? Je serais gêné de rentrer les mains vides. »
« Bien sûr. Justement… »
Yegcheriya se tourna vers nous en souriant largement. Les enfants, qui ramassaient soigneusement la laine de Lemme, reçurent le regard de la nonne.
« Nous venons justement d’obtenir une laine qui ferait un excellent gage. »
À cet instant, un malaise m’envahit.
Était-ce de l’inquiétude ? J’avais l’impression de miser sur un plateau parfaitement arrangé. Comme si je dansais alors que la carte que je tirerais, tout comme celle qui apparaîtrait, avait déjà été choisie.
Le monde s’assemblait d’une étrange façon. Dans cette contrée sauvage, la laine et les peaux étaient des nécessités, des richesses. C’étaient des biens d’une valeur incomparable. Quant à la laine du Roi des Moutons, inutile de la comparer à quoi que ce soit. Il suffisait de la rapporter chez soi pour qu’on vous traite en invité d’honneur.
Une si belle occasion s’était présentée si vite ? Comme si elle s’en vantait ?
Allons donc. Ce devait être une coïncidence…
… c’est ce que j’aurais voulu dire, mais…
« Hughes. »
« Tu l’as remarqué aussi, Shei ? »
« Oui. Je sais. Cet immortel… »
La régresseuse avait reconnu l’identité de l’immortel en même temps que moi, et elle était elle aussi gagnée par un sentiment étrange. C’était trop bizarre pour qu’on puisse balayer ça comme une coïncidence, mais trop incompréhensible pour qu’on puisse parler de bénédiction de la Sainte Vierge…
« Oh ? Maître. Et toi, mon garçon ! Ça fait longtemps ! Quelle drôle de coïncidence, de vous retrouver ici ! »
Rashy, l’immortel et ancien compagnon de cellule que j’avais rencontré au Tartare, nous reconnut, la régresseuse et moi, et nous salua d’un grand geste de la main.
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