Chapitre 540
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 540 : La Descente de la Sainte Vierge
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Un monastère-phare se dressait sur la péninsule qui s’avançait dans la Méditerranée, à l’ouest du continent. Il servait de balise aux marins et éclairait la côte méditerranéenne, seule voie maritime du continent. Les moines qui y vivaient, la peau brunie par le soleil, affrontaient la mer déchaînée.
Gylo, un moine du Monastère du Phare, inspectait la Muraille blanche quand il remarqua des inscriptions rouges qui se répandaient sur sa surface. Les moines avaient l’obligation de recopier aussitôt toute inscription apparaissant sur la Muraille blanche et de la conserver comme document officiel. Il s’empressa de prendre du papier et une plume, puis fronça les sourcils devant les taches rouges.
« Du rouge ? Est-ce le Monastère du Sang ? »
Le Monastère du Sang n’avait aucune information digne d’être transmise par la Muraille blanche. Qu’est-ce que des hérétiques de ces lointaines contrées barbares pouvaient bien avoir à annoncer ?
« Ils nous refont sûrement le coup de l’apparition de l’Émissaire de l’Agneau. »
C’était la seule nouvelle que le Monastère du Sang pouvait bien avoir à transmettre. Sans grand enthousiasme, il trempa sa plume dans l’encre rouge.
Alors, la Muraille blanche devint rouge.
On aurait dit que quelqu’un avait été assassiné devant le mur. Des éclaboussures de sang le maculaient, formant des lettres tracées dans du sang frais. La victime avait-elle laissé un message écrit avec son propre sang ? Saisi par cette vision macabre, le moine se cogna violemment le genou contre son bureau.
« Aïe ! »
Le phénomène était manifestement anormal, mais le moine avait l’obligation de tout consigner, même cela.
Se rappelant son devoir, il s’empressa de recopier ce qui apparaissait sur la Muraille blanche, avant de comprendre, à la lecture, que c’était inutile.
Le Monastère du Sang demandait audience à la Sainte Vierge.
Des scènes similaires se déroulèrent partout dans le monde. Sur les petites murailles blanches enfouies dans le sable des petits États comme sur les murailles blanches gigantesques qui entouraient le quartier général principal de l’Empire. Une révélation si grossière et barbare qu’on ne pouvait que la qualifier d’aberration retentit.
Tout le monde savait qui pouvait commettre une telle atrocité contre les murailles blanches, porteuses des paroles de Dieu. Mais nul ne pouvait qu’assister, impuissant, à la scène.
Car cela se passait au Monastère du Sang, qui régnait sur les terres barbares, au-delà de la plaine d’Enger, de l’autre côté du continent.
Après avoir provoqué une agitation spectaculaire, Yegcheriya posa les deux mains sur le mur blanc devenu rouge.
« Les Saintes Vierges ne pourront pas ignorer ça. Ah, cela faisait si longtemps que je n’avais pas reçu de révélation d’une Sainte Vierge ! »
« Même si vous voulez une réponse claire, vous ne trouvez pas que vous y allez un peu fort ? »
« Le Sanctuaire veille sur un ordre et des règlements qui ont fait leur temps. Ses esprits obtus ne réagissent que lorsqu’on leur met quelque chose d’extrême sous le nez. Pour atteindre la Sainte Vierge, il nous faut leur poser un problème qu’ils ne pourront absolument pas résoudre seuls ! »
C’était vrai. Même le fier Sanctuaire ne pouvait laisser la Grande Muraille de Rakion souillée par le sang. Et, comme prévu, une réponse ne tarda pas à arriver.
[Comment osez-vous, vampire, profaner de votre sang la Grande Muraille de Rakion ! Allez-vous donc souiller les briques sacrées qui portent les enseignements transmis par la Première Sainte Vierge ?]
Des lettres blanches apparurent sur la Grande Muraille de Rakion maculée de sang. Au même instant, une lumière féroce jaillit et chassa l’énergie sanguine qui profanait le mur.
[La lumière purifiera les taches ! Nonne déchue, disparaissez dans les ombres de l’Histoire !]
Il y a bien longtemps, lorsque les enseignements du Dieu céleste étaient rejetés comme hérétiques et persécutés, la Première Sainte Vierge avait inscrit des passages sur des briques cuites, enseignant en secret aux gens les lettres et la foi. Chaque fois que des soldats venaient fouiller les lieux, ses fidèles rassemblaient les briques qu’ils possédaient et cachaient les enseignements.
Un jour, des soldats soupçonneux abattirent le mur. Un miracle se produisit juste avant que les enseignements de la Sainte Vierge ne soient révélés au monde. Ceux du Dieu céleste s’étaient transformés en un sévère réquisitoire contre les oppresseurs. Les soldats de ces derniers comprirent alors que la Sainte Vierge était une véritable prophétesse et se repentirent.
La Grande Muraille de Rakion était née de ce miracle, tiré d’un récit ancien. Elle devait son nom au briquetier qui avait cuit les briques.
Bien que chaque Grande Muraille blanche se dressât en un lieu différent, elles n’en formaient qu’une seule. Les enseignements du Dieu céleste circulaient à travers elles.
À l’inverse, cela signifiait que les miracles accomplis dans d’autres monastères pouvaient également agir sur le Monastère du Sang.
Des mots apparurent sur toute la Muraille blanche.
[Nous vous condamnons !]
[Nous vous punirons !]
[Repentez-vous !]
Des amas de lumière s’élevèrent partout sur la Muraille blanche. La lumière sacrée, qui purifiait toute chose, ouvrit des brèches dans l’énergie sanguine qui emplissait les lieux. Les amas de lumière grandissants déchirèrent le rideau de sang, tentant de rendre à la Muraille blanche sa blancheur.
« Chercher les enseignements, c’est atteindre sa destination ; tendre la main, c’est s’en rapprocher. Entendre ma voix et sentir mon toucher, voilà le chemin qui mène au Dieu céleste. Par conséquent, ceux qui barrent ce chemin sont des démons. »
Art du sang : Sacrement sanguin d’exorcisme.
Un sacrement sanguin destiné à chasser les démons fut accompli. La nonne vampire récita les écritures et libéra son énergie sanguine.
Les amas de lumière continuaient de scintiller. Pourtant, le rideau de sang ne cédait que brièvement avant de refluer et de combler les brèches. Des dizaines de lumières sacrées vacillaient par intermittence, incapables de prendre le dessus sur le sacrement sanguin.
« Vous ne pouvez pas effacer mes paroles en vous contentant de me dire de ne pas profaner le mur. Vous ne pouvez pas les condamner et les effacer sous prétexte que je les ai écrites avec de l’énergie sanguine. Les écritures ne disent rien de tel, après tout. »
« C’est parce que les vampires n’existaient pas à l’époque. »
« Mais ce n’est pas écrit là, n’est-ce pas ? »
Pour les fanatiques illuminés, tout ce qui n’était pas écrit dans les textes sacrés n’était pas la vérité. Les fondamentalistes extrêmes avaient un point commun avec les progressistes extrêmes : ils toléraient ce que leurs principes ne mentionnaient pas.
La lumière sur la Muraille blanche vacilla, comme décontenancée. Des dizaines de moines au moins déployaient leurs pouvoirs, et pourtant ils ne pouvaient tenir tête à Yegcheriya seule. Il aurait fallu que des ecclésiastiques du rang d’abbé ou d’évêque unissent leurs forces pour avoir ne serait-ce qu’une chance de rivaliser avec elle.
Il existait bien sûr un moyen plus simple de régler la situation. Cela revenait à céder aux exigences d’une terroriste, mais c’était la méthode la plus sûre. Soudain, le visage de Yegcheriya s’éclaira et elle leva les yeux.
« Ah, notre Sainte Vierge bénie par la Première Sainte Vierge. Merci d’avoir accordé votre grâce à ce monastère ! »
Et la causalité se tordit.
Quelque chose qui avait été tendu à l’extrême se rompit. Au même instant, l’énergie sanguine qui avait rempli la Muraille blanche disparut.
Elle ne fut ni balayée ni chassée. La Muraille blanche retrouva simplement son état d’origine. C’était un miracle supérieur, d’une nature fondamentalement différente d’un simple miracle ou d’un affrontement de forces.
La Muraille blanche avait été restaurée par le pouvoir de la Sainte Vierge.
Sur la Muraille blanche, qui avait retrouvé sa pureté comme si le sang ne l’avait jamais souillée, les mots d’une seule personne apparurent doucement.
[Je t’ai arrêtée, Yegcheriya. Car je suis venue te trouver moi-même.]
Quoi ? Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Malgré la causalité étrangement tordue de ces mots, Yegcheriya joignit les mains avec révérence et accueillit la révélation de la Sainte Vierge.
« Ô Seigneur… Cette humble servante du Dieu céleste accueille la lumière venue jusqu’à ce monastère isolé. »
Des mots pouvaient apparaître sur la Muraille blanche, mais les voix ne pouvaient pas la traverser. Yegcheriya manipulait l’énergie sanguine pour y écrire, mais celle-ci disparaissait dès qu’elle touchait la Muraille blanche, qui conservait sa forme grâce à une sorte de pouvoir.
L’autorité de la Sainte Vierge était d’un ordre supérieur au pouvoir divin. Grâce à une vision qui transcendait le temps et l’espace, les Saintes Vierges pouvaient accomplir des miracles dépassant l’imagination. Celle qui venait d’effacer l’énergie sanguine de Yegcheriya sans lien avec le pouvoir ou l’autorité de cette dernière se mit calmement à écrire davantage.
[Quelle que soit la réponse que je te donne, je ne peux pas rétablir la causalité tordue que tu incarnes. Telle est la providence. Mais, en tant que Sainte Vierge, je te le demande, toi qui fus jadis une croyante dévouée : cesse d’errer et retourne dans l’étreinte de Dieu. Ton corps est peut-être maudit, mais je préserverai ton esprit afin qu’il puisse retrouver la lumière.]
Elle lui disait de mourir. Une adepte du Sanctuaire ne voyait peut-être pas grand-chose à mourir pour sa foi, cependant. Yegcheriya esquissa un sourire et agita son doigt taché de sang.
« Ah, Sainte Vierge. Votre plaisanterie va trop loin. Ne craignez pas la mort. Si l’on possède un esprit clair et pur, le Dieu céleste nous fera volontiers une place à Ses côtés. Si mon esprit est clair, pourquoi ce corps misérable m’empêcherait-il de faire le bien et d’accomplir des actes vertueux ? »
De nouveau, ses mots disparurent avant d’atteindre la Muraille blanche. Bien qu’ils ne l’aient manifestement pas traversée, la Sainte Vierge lui répondit comme si elle les avait compris.
[Une Sainte Vierge ne peut échapper à son destin, pas même lorsque l’issue est prédéterminée. Je savais que tu refuserais, mais je devais te le demander. C’est pourquoi je garderai le silence sur la question que tu comptes poser.]
« Sainte Vierge. Ce que je voudrais vous dire, c’est… »
[Ces mots ne s’adressaient pas à toi, Yegcheriya. Ils s’adressaient au Roi de l’Humanité qui t’a poussée à agir.]
Hein ? Elle ne devrait pas pouvoir me voir.
La Muraille blanche n’était qu’un mur sur lequel les mêmes mots apparaissaient partout. Elle ne transmettait ni scènes ni circonstances. Pourtant, pour une raison ou une autre, la Sainte Vierge, de l’autre côté du mur, me regardait droit dans les yeux.
[Inutile de t’épuiser à répéter des réponses que tu connais déjà. Pas plus que je ne peux te fournir celles que tu ignores. La causalité qui aurait permis à cette conversation de se poursuivre est arrivée à son terme ; je peux donc refermer cette boucle.]
Ces mots étaient vrais.
Peu importait ce que nous disions ou le sacrement sanguin accompli par Yegcheriya : cette Sainte Vierge pouvait clore et rejeter cette conversation à sa guise. Ce devait être le pouvoir de la Sainte Vierge de la Causalité, celui de Tichiel.
Je ne pouvais même pas commencer à deviner en quoi consistait cette capacité. Lire ses pensées et comprendre sa nature n’y changerait probablement rien. Comme pour Peruel, la Vierge d’Acier, il s’agissait sans doute d’un pouvoir difficile à comprendre et impossible à vaincre, même une fois compris.
Pourtant, une Sainte Vierge n’était pas omnipotente. Le fait que cette conversation, inaccessible à la Sainte Vierge de la Causalité par le biais de la causalité, ait pu avoir lieu signifiait qu’il restait une marge de manœuvre.
« Alors, ça veut dire que je peux penser ce que je veux, pas vrai ? »
Avant que Yegcheriya ait pu écrire quoi que ce soit, la Muraille blanche répondit d’elle-même.
[Oui. Cette conversation est déjà terminée.]
Alors, la plupart de mes suppositions étaient justes, et elle disait qu’elle ne pouvait rien me révéler qui ne soit encore qu’une hypothèse ? C’était louable, mais, malheureusement, ce n’était pas suffisant pour l’instant.
Car il y avait ici une protagoniste qui ne comprendrait pas sans explications.
« Voilà ce qu’elle dit, Shei. Qu’est-ce que tu en penses ? »
La régresseuse, qui se tenait là, l’air renfrogné, répondit d’un ton irrité.
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? Explique-moi pour que je comprenne. »
*La façon de parler de Tichiel est déroutante. Ah, si seulement le commandant du Corps de l’Épée sacrée était là, il pourrait me traduire ça. Je ne comprends rien de ce qui se passe par la Muraille blanche.*
La Muraille blanche devint alors brièvement d’un blanc immaculé. Le message de la Sainte Vierge apparut dans une écriture manifestement troublée.
[Yegcheriya. Qu’est-ce que tu manigances ? La causalité est tord…]
C’est alors que cela arriva.
Les lettres s’effondrèrent, impuissantes.
Les mots écrits dans les airs tremblèrent, puis se brisèrent en consonnes et en voyelles avant de tomber. Les lettres qui chutèrent au pied de la Muraille blanche se réassemblèrent pour former une seule phrase.
Une lumière descendit des cieux.
À cet instant, sans le moindre signe ni avertissement, une jeune fille apparut dans la chapelle, les yeux paisiblement clos.
Non, pouvais-je seulement dire qu’elle était apparue ?
Si la présence était une forme d’existence, alors elle rayonnait d’une existence écrasante. Même lorsque je regardais ailleurs, je savais qu’elle était là. Ma conscience se concentrait sur elle plus nettement que sur quoi que ce soit d’autre.
Et pourtant, elle n’était pas ici. Ce fantôme n’avait ni la chaleur d’un corps, ni le poids d’une présence, ni la grâce d’une voix.
Personne n’était là. Et pourtant, elle existait bel et bien. Si on m’avait demandé de dessiner son apparence, j’en aurais été capable. Mais si je m’étais regardé dans un miroir, sa silhouette se serait évanouie comme une illusion.
Plutôt que d’être ici, c’était comme si le fait qu’elle soit là avait été directement transmis à mon esprit. Je ne pouvais pas lire ses pensées, elle ne semblait pas réelle, mais sa présence ne faisait aucun doute.
« Cela fait une éternité, Roi de l’Humanité et Yegcheriya. »
Une voix qui semblait venir d’au-delà du temps et de l’espace résonna. Douce et limpide, elle portait pourtant une vérité immuable. La Sainte Vierge, les yeux paisiblement clos, regarda précisément la régresseuse et la salua avec tristesse.
« Et toi, mon ultime espoir, mon premier désespoir. »
Je ne pouvais pas lire ses pensées ; je n’avais donc aucune idée de son identité ni du pouvoir qu’elle possédait. Mais la régresseuse savait exactement qui se tenait devant elle. Même face à un miracle aussi immense, elle salua l’autre personne avec calme, comme si elle en avait l’habitude. Son expression disait qu’elle était heureuse de la revoir.
« Je suis contente de te revoir, Maiél. »
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