Chapitre 538
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 538 : Le mouton et le chien
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L’environnement façonne les gens. Et les gens sont des bêtes. Autrement dit, on pouvait dire que l’environnement façonnait les bêtes.
Dans cette optique, qualifier les animaux sauvages de violents n’était pas une généralisation hâtive, mais une conclusion logique. La nature brute et indomptée regorgeait de souffrances et de maladies, d’insectes et de prédateurs, de rivalité et de famine. Dans une nature aussi impitoyable, la bonté était une faiblesse, un raccourci vers la mort. Au mieux, seul l’instinct de solidarité envers ses semblables permettait à une espèce de survivre.
À cette aune, il était stupéfiant que des buffles brouteurs nous transportent sur leur dos. Les animaux qui mangeaient de l’herbe étaient forcément la proie de ceux qui mangeaient de la viande. Leur force et leurs cornes acérées n’y changeaient rien. Ils étaient plutôt enclins à la prudence qu’à la curiosité…
Et pourtant, pour une raison ou une autre, les buffles qu’Azzy avait amenés couraient tranquillement avec leur troupeau, même avec des gens sur le dos. Les autres buffles passaient près de nous sans manifester beaucoup de méfiance non plus.
Ils n’allaient pas assez vite au goût de la régresseuse, mais ils étaient tout de même bien plus rapides que moi à pied.
La régresseuse voyageait confortablement sans lever le petit doigt, mais quelque chose semblait la contrarier.
« Pourquoi faut-il que je monte avec toi ?! »
« Je manque de qi ! Si je tombe à court en chemin, je m’écraserai par terre et je finirai en morceau de viande ! »
« Tu es un vampire, maintenant. Tu ne mourras pas de toute façon ! »
« Alors tu ramasseras mes morceaux après que des milliers de buffles m’auront piétiné pour me reconstituer, Shei ? »
Je pouvais lire les pensées des gens et m’adapter à leur rythme, mais pas anticiper les mouvements d’une bête. Et encore moins ceux d’un buffle, qui n’était ni un cheval ni un âne. La régresseuse, elle, possédait un art du qi absurde appelé Frontière d’inversion céleste et gardait parfaitement l’équilibre sur un buffle au galop. Mais si je venais à manquer de forces, j’étais emporté par sa course et disparaissais. Il me fallait une sorte de sécurité.
« …Accroche-toi bien. Non, ne t’accroche pas trop fort ! »
« Tu veux que je me débrouille tout seul ? Compris. »
Ce n’était pas à moi d’en décider. C’était le buffle qui tranchait.
À cet instant, le buffle sauta par-dessus un rocher et fut secoué de tout son long. La régresseuse, solidement ancrée grâce à son qi, ne bougea pas d’un pouce, mais mon corps s’éleva dans les airs, comme si j’allais être éjecté à tout moment.
« Où est-ce que tu t’agrippes ?! »
« À ton ventre ! Je te tiens normalement par le ventre, alors arrête de me faire passer pour un pervers ! »
La chevauchée était rude, à l’image de cette nature hostile. Chaque fois qu’un rocher se dressait devant nous, le buffle bondissait ; chaque fois qu’il tournait brusquement la tête, ses énormes cornes oscillaient de façon menaçante. Au début, je m’étais agrippé à elle en partie pour la taquiner, mais j’avais fini par la serrer de toutes mes forces pour sauver ma peau.
Grr ! Même Maître ne m’a jamais touchée aussi négligemment !
Quoi qu’il en soit, grâce à la régresseuse, j’échappai à des dizaines de chutes de justesse. Elle ne semblait pas ravie de cette constatation.
« A-arrête de t’agripper à moi et utilise un art du qi ! »
« Ah. D’accord. »
« Aah ! Tu es fou ?! Où est-ce que tu utilises ton art du qi ?! »
« Je croyais que j’allais tomber, alors je m’en suis servi pour mieux m’accrocher. »
« Espèce d’idiot ! Tu essaies d’utiliser ton art du qi sur le corps d’une autre maître de qi ?! Le qi permet de maîtriser. Il ne faut jamais l’utiliser à la légère sur le corps de quelqu’un d’autre, même s’il s’agit de son maître ou d’un membre de sa famille ! C’est bien pire que de s’introduire chez quelqu’un ! C’est uniquement parce que je n’ai pas délibérément activé la Frontière d’inversion céleste. Sinon, tu aurais été contre-attaqué sur-le-champ ! »
« Je n’avais pas le choix. Supporte-le un instant. Tu ne peux pas endurer ça, Shei ? »
« Pourquoi devrais-je endurer quoi que ce soit ?! »
Je devrais peut-être le saisir par le col et le porter ? Il ne mourra pas si je l’étrangle un peu, si ? Ou alors je pourrais l’attacher à Jizan et le trimballer. Ce serait plus simple.
Pourquoi avait-elle l’air sérieuse ? Ça n’allait pas. À ce rythme, la régresseuse risquait vraiment de me porter comme une brochette.
Je ne pouvais pourtant pas la lâcher. Alors, pour la détourner de cette idée, je lui lançai un petit os mental à ronger.
« À propos d’Azzy. Ça ne te fait penser à rien ? »
« À quoi donc ? »
« Parler aux autres bêtes, c’est une chose. Mais elle arrive à leur faire comprendre ses intentions, et les buffles ne sont même pas effrayés quand ils courent à côté d’elle. »
Azzy courait auprès du troupeau, savourant sa liberté. Elle dépassait les buffles au loin, puis revenait, parcourant ainsi plusieurs fois plus de terrain qu’eux. On aurait dit que toutes nos promenades jusque-là n’avaient été qu’un avant-goût.
Malgré cela, les buffles se contentaient de jeter un coup d’œil à Azzy et accéléraient.
« Tu as raison. Les buffles ne semblent pas particulièrement méfiants envers Azzy. Mais les chiens s’entendent plutôt bien avec les autres animaux, non ? C’est peut-être pour ça ? »
« Azzy est peut-être amicale, mais il serait difficile pour les buffles de l’être aussi avec elle. Surtout avec un troupeau aussi nombreux : il aurait dû y en avoir au moins un pour prendre peur et s’enfuir. Pourtant, aucun n’a essayé de la charger ni de s’éloigner d’elle. »
« Maintenant que tu le dis, c’est vrai. Azzy est une bête étrange, qui n’a rien à voir avec les buffles. »
« Oui. Il n’y a donc qu’une possibilité. Azzy a acquis la capacité d’éviter l’hostilité, même celle des autres bêtes. »
La régresseuse ne pouvait pas réfléchir à deux choses à la fois. Sans se rendre compte que je lui tenais toujours le ventre, elle se plongea dans ses pensées.
« La famille royale Grandiomor ? »
« C’est ça. Ça ressemble au pouvoir de la famille royale Grandiomor, celui qui lui permettait d’éviter l’hostilité. C’est l’un des pouvoirs que les Cinq Seigneurs ont obtenus après avoir chassé le Roi de l’Humanité. Azzy est une Roi des Bêtes qui a subi des transformations pour une raison ou une autre. Il ne serait pas étonnant qu’elle ait acquis une telle capacité. »
« Mais pourquoi auraient-ils besoin de ce pouvoir ? Maintenant qu’on est arrivés jusque-là, la volonté des bêtes ne semble pas si importante. »
« On ne saura pas ce qu’ils pensent tant qu’on ne les aura pas entendus. Pas qu’ils nous le diront. »
« Si on le leur demande correctement, le Sanctuaire nous répondra. Ils doivent vouloir arrêter le Roi du Péché, eux aussi. »
Le Sanctuaire n’a pas pu créer le Roi du Péché. Mais il est clair qu’ils ont tenté quelque chose. La raison… Ça pourrait être un indice.
Parfait. J’avais réussi à la distraire.
Les préoccupations et les réflexions de la régresseuse m’offrirent de quoi méditer pendant ce voyage interminable. Cela continua jusqu’à ce qu’elle se rende soudain compte qu’elle avait raté l’occasion de descendre. Elle me jeta au loin et sauta à terre en catastrophe.
« Ouaf ! À plus tard ! »
Le troupeau de buffles s’éloigna, laissant Azzy derrière lui tandis qu’elle lui faisait signe.
Voyager était facile, même dans cette nature hostile. Nous demandions notre chemin aux zèbres que nous croisions et chassions les léopards qui s’approchaient en rampant. Même les ennemis qui menaçaient nos vies se comportaient comme de doux agneaux quand Azzy était avec nous.
Azzy n’hésitait pas non plus à recourir à la force quand il le fallait. Un jour, alors qu’une troupe de lions affamés continuait de nous suivre, Azzy bondit comme une flèche, mordit le lion mâle par la peau du cou et l’emporta. Même le roi des bêtes qui arpentait les terres désolées dut battre en retraite devant la Roi des Bêtes, les yeux pleins de tristesse.
Sans montrer les crocs ni verser de sang, nous traversâmes paisiblement une terre sauvage et déserte.
« Les bêtes ne sont pas vraiment effrayantes, mais c’est agréable de ne pas avoir à les tuer. Même moi, je trouve une troupe de lions pénible. »
« On dirait que tu es devenue une druidesse. »
« C’est bien mieux que d’être druide. Les druides peuvent communiquer avec les bêtes, mais ils se font quand même attaquer. »
Nous avancions sur des marches de nuage et, pendant les pauses, demandions notre chemin aux bêtes. Guidés par la régresseuse, nous traversâmes la plaine d’Enger.
Je n’avais aucune notion des distances. Même en volant à toute vitesse, je ne pouvais pas savoir jusqu’où nous étions allés. On disait que la terre avait un visage, mais, pour un étranger comme moi, ce n’était qu’une succession de collines et de terrains ondulants, tous identiques. Si la vie était un voyage où les mêmes choses se répétaient sans fin, alors la plaine d’Enger était la vie même. On y croisait toujours les mêmes visages et on marchait interminablement dans des plaines dont on ignorait où elles s’arrêtaient.
Et je n’avais jamais manqué de me plaindre de la vie.
Marcher sur des nuages grâce au qi était déjà assez difficile ; garder l’équilibre pour éviter de tomber me demandait aussi des efforts. J’avais le dos et les jambes en compote. Au début, j’avais été enthousiaste quand elle avait parlé de chevaucher les nuages, mais marcher aurait été plus confortable.
« Ah, c’est épuisant. Pff, je meurs. »
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! C’est amusant ! »
Cette chienne courait à quatre pattes, la langue pendante, et pourtant elle s’éclatait.
« Ouf. J’ai l’impression d’avoir fait l’équivalent d’un an de promenades. À partir de maintenant, terminé les promenades. »
« Ouaf ? Ce n’est pas une promenade ! C’est du travail. Les promenades, c’est un droit ! »
« Depuis quand les promenades sont-elles un droit… ? Ah… J’ai déjà envie de me reposer. Shei, il nous reste combien de temps ? »
La régresseuse balaya les montagnes du regard et répondit :
« On y est presque, je crois. »
« Presque ? Tu as déjà dit ça hier. Tu nous guidais sans même connaître le chemin ? »
« Je connais le chemin ! C’est juste que je ne sais pas évaluer la distance ! »
« C’est pareil. Comment peux-tu connaître le chemin sans connaître la distance ? »
« C’est si long parce que je te porte sur des marches de nuage ! Si on ne s’était pas arrêtés régulièrement pour que tu récupères ton qi, on serait déjà arrivés ! »
« Ah, tu n’as pas besoin de me faire récupérer mon qi, alors porte-moi sur ton dos, s’il te plaît. Le monde est au bord de la destruction. On n’a pas le temps d’avancer aussi lentement ! »
« Non. »
Si je le porte, il va encore me toucher. Ça me rend nerveuse et mal à l’aise. Il risque de comprendre que je suis une femme.
Je ne crois pas que je m’en serais rendu compte, même en te touchant. Ton ventre était plutôt ferme quand je l’ai attrapé tout à l’heure. On aurait dit un pilier de pierre.
« Profite de l’occasion pour t’entraîner au qi ! C’est le moment idéal, alors pourquoi est-ce que tu ne fais que paresser ? Si tu ne comptes que sur tes ruses, tu atteindras vite tes limites ! »
« Tu sais pourquoi j’atteins si vite mes limites ? Parce que j’ai tout maîtrisé, sauf ce qui se trouve au-delà. Si le qi n’était pas ma limite, je serais aussi arrogant que toi et je me mêlerais de tes affaires. »
« Quand est-ce que j’ai été arrogante ?! »
« À l’instant, par exemple. Tu as plein d’élixirs et de reliques, mais tu te comportes comme si tu étais la meilleure. Si j’avais eu les mêmes occasions, je serais devenu bien plus fort que toi. »
« Tu n’y connais rien ! »
Tu crois que je suis devenue forte sans rien faire, gratuitement ? Ma puissance a grandi au fil de mes régressions !
Cette capacité à régresser t’a été offerte gratuitement. Voilà pourquoi je dis ça.
« À ce compte-là, tu es né différent ! Tu es le Roi de l’Humanité ! »
« Un roi qu’on a chassé. Traqué par le Sanctuaire et rejeté par la Sainte Vierge. Je ne peux même pas révéler librement mon identité et je dois vivre caché. Ah, quelle tragique destinée ! Quel péché ai-je donc commis pour mériter ça ? »
« Ouaf ! Tu n’as qu’à mieux te comporter au quotidien ! »
« Je me suis toujours bien comporté. J’ai sincèrement traité chaque être humain avec attention. C’est eux qui se sont fait des attentes tout seuls et qui ont été déçus tout seuls. »
Je me plaignais sans fin quand les yeux de la régresseuse prirent brièvement une teinte indigo. Le sixième des Yeux aux Sept Couleurs : l’Œil indigo, qui voyait au loin. Elle regarda une colline trop éloignée pour que je puisse la distinguer et marmonna :
« C’est le Monastère du Sang. On y est. »
« Waouh, vraiment ? Tu ne mens pas, cette fois ? »
« Oui. Je te le garantis. On y est vraiment, cette fois. Je le vois juste devant nous. »
« Parfait. Alors dépêchons-nous d’y aller sans nous reposer ! »
Bien sûr, c’était encore un mensonge.
Le Monastère du Sang qu’elle voyait grâce aux Yeux aux Sept Couleurs se trouvait encore à près d’une journée de voyage.
« Bêê. Bêêê. »
Une jeune fille faisait paître un troupeau de moutons.
Les humains avaient bien moins de poils que les autres bêtes. Pourtant, cette fille semblait en avoir plus que la plupart des animaux. Sa chevelure blanche, épaisse et duveteuse comme un nuage, aurait suffi à confectionner un vêtement matelassé entier en un seul coup de peigne. Elle était si abondante et si dense que ses mèches emmêlées lui descendaient jusqu’à la taille. Si elle dévalait une montagne, on aurait dit qu’elle roulerait à cause de ses propres cheveux.
Elle se tenait au milieu des moutons, mais ni eux ni elle ne semblaient s’en soucier. C’était rare, avec des moutons aussi craintifs.
Pourtant, la vue des cornes rondes et recourbées sur la tête de la jeune fille suffisait à deviner pourquoi.
« Hein ? »
« C’est l’Émissaire de l’Agneau ! Ma sœur ! L’Émissaire de l’Agneau est revenue ! »
Les enfants qui étaient sortis pour traire les moutons accoururent et s’agglutinèrent autour de la fille aux cornes de mouton. Alors que leurs regards curieux commençaient à la mettre mal à l’aise, une nonne au visage couvert d’un tissu noir s’approcha et lui murmura doucement :
« Lemme. Tu es revenue. Tu veux qu’on te brosse ? »
Lemme, le Roi des Moutons. Le roi des agneaux craintifs et égarés.
Les moutons qui vivaient dans les prés à l’herbe courte suivaient instinctivement un troupeau. Même pas besoin que ce soit un troupeau de la même espèce. Si un humain muni d’un bâton les conduisait quelques fois dans un pré bien herbeux, le troupeau suivait ce chef sage et dépourvu de poils.
« Bêê. Dépêche-toi de me brosser, bêê. »
« Un instant. »
C’était pour cette raison que les moutons étaient associés au symbolisme religieux, et la venue du Roi des Moutons dans un monastère qui en élevait était une grande source de fierté. Cela signifiait que le monastère était assez paisible et heureux pour accueillir même le Roi des Moutons, si craintif.
Pourtant, au cours des dernières décennies, aucun autre monastère n’avait ne serait-ce qu’aperçu le Roi des Moutons. Seul le Monastère du Sang avait continué à signaler sa présence.
Certains avançaient que cela s’expliquait par le déclin marqué des populations animales dans le nord civilisé. Mais, au vu des millions de bergers qui élevaient toujours des moutons, l’explication n’était guère convaincante. C’était dans les régions civilisées qu’on élevait le plus de moutons pour le bétail.
Pourquoi le Roi des Moutons n’apparaissait-il donc pas ailleurs ?
Au nom de la rationalité, quelques personnes prêtes à risquer un conflit avec la religion avancèrent une hypothèse plausible.
Si le Roi des Moutons ne se montrait pas dans les autres monastères, c’était parce que le Monastère du Sang était bien plus paisible et heureux.
C’était une explication assez rationnelle, n’était le fait que le Monastère du Sang était hérétique et que quiconque le défendait voyait sa foi remise en question.
On pouvait bien payer la vérité de son sang, mais le Monastère du Sang lui-même était trop paisible pour mériter son nom. La nonne regarda les enfants et demanda :
« Alors, qui veut brosser l’Émissaire de l’Agneau ? »
« Moi ! Moi ! »
« Je veux le faire ! »
« Tu as déjà tondu la laine la dernière fois ! »
Les enfants pleins de vie s’exclamèrent bruyamment. En les regardant lever la main et s’avancer, la nonne sourit avec bonté.
« Ne vous disputez pas, mes petits agneaux. Un brossage pressé et maladroit trouble les moutons. Mettez-vous à leur place, faites attention à leur laine douce, souvenez-vous de la façon dont vous les avez brossés et apaisez votre cœur. »
À ces paroles qui ressemblaient à une berceuse, les enfants cessèrent de bavarder.
« Si vous vous approchez avec un cœur impatient à cause d’une dispute, l’autre gardera naturellement ses distances. Approchez-vous avec gratitude pour ce qui vous a été donné. »
La nonne s’avança la première et caressa les cheveux de Lemme.
« Si l’on partage, puis partage encore, cela devient innombrable. Si l’on donne, puis donne encore, tout le monde est heureux. Toutes les choses de ce monde appartiennent depuis toujours au Dieu céleste. Nous devons vivre chaque vie avec joie et gratitude. À présent, remercions la belle et douce Émissaire de l’Agneau. »
« Merci, Émissaire de l’Agneau ! »
« Merci, toute douce ! »
Lemme, qui se laissait brosser avec bonheur, n’éprouvait pas la moindre gratitude.
« Bêê… ? Dépêche-toi de me brosser, bêê. Je vais dormir, alors finis, bêê. »
Les enfants n’avaient aucune chance de faire du mal au Roi des Moutons en la brossant. Lemme accepta leur service avec un sourire doux.
Des journées paisibles et champêtres. Une suite d’instants qui semblaient devoir durer éternellement, pour peu que rien ne change.
« Ouaf ! »
Lemme dressa les oreilles et bondit sur ses pieds. Des peignes coincés un peu partout dans sa chevelure, elle trembla de peur et poussa un cri.
« Bêêê… ! Ce bruit ! »
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! »
« Un loup, bêê ! Un loup est apparu, bêê ! »
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