Chapitre 534
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 534 : Le nettoyage est plus pénible que le travail lui-même
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La régresseuse se rétablit à une vitesse stupéfiante. Après une journée, elle parvint à s’asseoir dans son lit, alors qu’elle n’avait pas pu bouger jusque-là. Un autre jour passa, et elle était déjà assez remise pour se tenir debout et marcher.
Quand je vis la régresseuse boiter dehors, je claquai la langue.
« Quelle guérison monstrueuse. »
« C’est toi qui dis ça. Ce n’est pas si impressionnant. Ceux qui maîtrisent l’Art du qi aquatique peuvent plus facilement soigner leurs blessures internes. Et j’ai aussi pris quelques élixirs que je gardais en réserve. »
« Ce serait à cause des propriétés curatives de la salive d’Azzy ? Alors monsieur Shei s’est vraiment servi de cette cuillère. »
« T-tais-toi ! Ne me rappelle pas ça ! Et toi aussi, tu as peut-être utilisé cette cuillère ! »
La régresseuse chancela, prise de vertige. Elle tendit la main pour s’appuyer quelque part, mais il n’y avait rien à proximité.
Devais-je la rattraper ? Ou pas ? À vrai dire, un petit geste de gentillesse ne coûtait rien. Mais si je la rattrapais et qu’elle se faisait encore des idées étranges, ça m’agacerait. Cela dit, ce serait peut-être bien pour gagner sa confiance.
Ah… Un peu de gentillesse n’avait jamais fait de mal à personne. Autant l’aider. À contrecœur, je tendis la main.
C’est alors qu’Azzy surgit et soutint la régresseuse de son dos et de sa tête. Celle-ci s’appuya sur elle comme sur une béquille pour retrouver son équilibre.
« Merci, Azzy… »
Puis elle croisa mon regard tandis que je restais là, la main tendue. Après une courte pause gênée, la régresseuse prit la parole d’un ton penaud.
« Euh… Hughes, toi aussi… merci ? »
Adieu mon rare élan de générosité. Je fusillai Azzy du regard : elle s’était interposée sans comprendre la situation.
« Bon sang. J’allais t’aider, mais Azzy m’a coupé l’herbe sous le pied. »
« Ouaf ? À cause de moi ? Tu ne manques pas de culot ! »
J’avais seulement réussi à me ridiculiser en essayant de l’aider. Tandis que je passais mes nerfs sur la pauvre Azzy, la régresseuse ricana.
« Il essayait de m’aider ? Il parle comme si tout se déroulait toujours selon ses plans, mais Hughes a aussi un côté mignon. »
Hé… Endure. C’était pour gagner sa confiance. Souviens-toi de ton travail d’hôte. Oublie ton ego et ta fierté, et fais ce que l’autre veut.
Le problème avec la régresseuse, c’était qu’elle était si lunatique que je n’avais aucune idée de ce qu’elle désirait. Cela dit, elle était assez simple pour que je n’aie pas à me creuser la tête.
« À bien y réfléchir, Hughes croit toujours que je suis un homme… non ? Il essaie juste d’être gentil, pas vrai ? Si ce n’est pas une gentillesse qui relève de l’amitié, je vais devoir m’interroger sur ses goûts. »
Je sais. Je sais ! Je sais que tu es la régresseuse, que tu te déguises en homme et que tu n’en as même pas conscience. C’est pour ça que je ne suis pas perturbé, moi non plus !
Ah, si seulement quelqu’un pouvait lire mes pensées et le lui expliquer. Ce serait tellement moins frustrant.
« Arrête de traîner et va travailler. Pendant que tu étais alitée, une montagne de tâches pénibles s’est accumulée. »
« Travailler ? On s’est occupés de Fenrir, alors tout est réglé, non ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse de plus ? »
« J’ai dit quelque chose de ce genre, moi aussi, mais les gens veulent pouvoir se fier à leur propre jugement. S’ils ont en plus la force et l’autorité nécessaires, cela devient une source de pouvoir à part entière. »
« Je ne peux pas faire grand-chose pour eux… Bon. Je vais me laver et j’arrive. »
« Te laver ? Monsieur Shei se lave aussi ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que oui. Quand je n’ai pas le choix, je me débrouille avec les arts énergétiques, mais sinon, je me lave. »
Même quelqu’un qui ne connaissait que l’Art du qi céleste pouvait repousser la poussière et les impuretés de son corps. Quant à ceux qui maîtrisaient l’Art du qi aquatique, ils pouvaient pratiquement muer.
Il y avait quand même une question de sensation. Pour nettoyer un corps couvert de sang, de poussière et de sueur, les arts énergétiques ne suffisaient pas.
Hum. Attends un peu. Ne serait-il pas temps de dévoiler l’un des mensonges de la régresseuse ?
À terme, je devais faire en sorte que la régresseuse parle elle-même de sa « régression ». Mais avec ses secrets empilés les uns sur les autres, elle n’allait pas tout révéler d’un coup. Il fallait d’abord enlever la couche extérieure avant d’atteindre le cœur du problème.
Franchement, le fait que tu sois une femme n’est presque plus un secret important, non ? Tout au plus, le révéler augmenterait légèrement les chances que tu sois la Sainte Vierge. Autant le dévoiler rapidement.
Je pris un ton désinvolte, comme si l’idée venait de me traverser l’esprit.
« Tu veux que je te lave ? »
« Pff ! Hum, hum ! »
La régresseuse toussa violemment, comme si elle avait avalé de travers. Au bout d’un moment, elle reprit enfin son souffle et s’écria, stupéfaite :
« Q-qu’est-ce que tu racontes ?! Pourquoi est-ce que tu me laverais ?! »
« J’ai peur que monsieur Shei glisse, puisque tu as du mal à te déplacer. J’essaie de t’aider. »
« Tu es complètement fou ?! Tu ne peux pas balayer ça d’un revers de main avec une excuse pareille ! »
« Pourquoi pas ? On est deux hommes. »
« Euh… ? »
« C’est vrai. Je suis toujours déguisée en homme. »
Tu vois ? Même maintenant, elle n’y pensait pas du tout. Si tu voulais te déguiser en homme, tu aurais dû être plus méticuleuse et prudente. Ou alors, avouer la vérité, tout simplement.
« On n’est peut-être pas les meilleurs amis du monde, mais on est assez proches pour pouvoir compter l’un sur l’autre quand les choses se compliquent, non ? Il faut changer tes bandages et appliquer des médicaments sur tes blessures. »
« Non, je… ce n’est pas nécessaire… »
« Même aussi doué que soit monsieur Shei, ça doit être difficile de se mettre des médicaments et des bandages tout seul dans le dos. Je vais t’aider… Hop. »
« P-pourquoi tu essaies d’enlever tes vêtements ?! »
« Pourquoi ? Si je les garde, ils seront trempés pendant que je te lave. »
« Garde-les ! »
« Hein ? Ah. D’accord. Tu risques d’être mal à l’aise, alors je garderai mes vêtements pour entrer. Seul monsieur Shei devra se déshabiller. »
« Qui a dit que j’allais me déshabiller ?! Non ! Je ne t’ai jamais demandé de venir ! »
Refuser qu’on la touche, c’était une chose, mais la réaction de la régresseuse dépassait clairement la normale. Si elle avait vraiment été un homme, sa réaction aurait été assez exagérée pour glacer l’atmosphère. Ne serait-il pas temps qu’elle renonce à cette mascarade ? Je lui tendis discrètement une perche.
« Je te le propose de bon cœur, alors pourquoi refuser avec autant de véhémence ? Si on est deux hommes, tu n’as pas besoin de détester ça à ce point, non ? »
« C’est parce que… ! »
J’avais mis en place les conditions idéales. Elle était à fleur de peau, alors la titiller ainsi provoquerait une meilleure réaction que d’y aller progressivement. Il était temps qu’elle renonce à cette mascarade ridicule.
J’attendis de voir ce qu’elle allait répondre, mais la régresseuse me lança :
« Je n’aime pas que tu me regardes comme ça ! »
« Qu’est-ce que tu racontes, bon sang ?! »
Comme ça ? Même si tu étais une femme, je ne te regarderais pas de cette façon ! Quelqu’un qui lit les pensées réagirait juste parce qu’il a aperçu un peu de peau nue ?! Je t’offrais l’occasion de sortir de ta mascarade ratée, alors pourquoi la conversation partait-elle dans une direction aussi bizarre ?!
« Arrête de me faire passer pour un pervers et rends-toi compte que c’est toi qui es bizarre ! »
« C’est toi qui es bizarre ! Tu ne m’avais jamais proposé de me laver, et voilà que tu le fais tout à coup ! C’est louche ! »
« Je ne m’en préoccupais pas avant parce que je pensais que tu t’en chargerais toute seule ! C’est toi qui es bizarre à piquer une crise au lieu de simplement dire : “C’est gentil, mais je vais me débrouiller.” »
« Alors pourquoi tu es aussi obsédé par mon corps ?! »
« Je ne suis pas obsédé ! »
Je n’obtenais pas la réaction que je voulais. La lecture des pensées avait-elle toujours été aussi inutile… ? Conscient de mes limites, je soupirai et fis un geste de la main.
« Laisse tomber. J’ai compris. Va te laver, maintenant. Tu pues. »
« C’est ce que j’allais faire ! »
Malgré ses jambes flageolantes, la régresseuse parvint tant bien que mal à garder l’équilibre et se dirigea vers la salle de bains. Puis elle s’arrêta brusquement, me jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et lança :
« Ne regarde pas en douce. »
« Aaaah ! Regarder quoi ?! Je ne regarderais pas, même si tu me le demandais ! »
Pourquoi cherchait-elle la bagarre avec moi alors qu’elle était déguisée en homme ? Qu’est-ce qu’elle cherchait à faire ? Je n’y comprenais rien !
Bon, en me forçant un peu, je pouvais comprendre. Elle ne voulait pas qu’on la soupçonne d’être la Sainte Vierge, et notre relation actuelle lui convenait probablement. Elle avait peut-être aussi honte de révéler elle-même la vérité.
Mais tu n’es pas du genre à réfléchir autant avant d’agir ! Il était temps de simplement tout lâcher ! À ce rythme, j’allais finir par le révéler par accident !
Ah… À ce rythme, quand allait-elle avouer qu’elle était une régresseuse ? J’avais encore du chemin à parcourir.
« Azzy, tu veux te laver aussi ? »
Azzy répondit d’un air grave.
« Ouaf. Nous, les bêtes, nous perdons notre fourrure au lieu de nous laver à l’eau comme les humains. À moins d’aller nager, pas besoin de se tremper jusqu’à la peau. »
J’avais beaucoup à dire, mais j’étais fatigué, alors je me retins. Je la mettrais dans une baignoire plus tard.
Il était difficile d’apaiser toute l’agitation en cinq jours seulement. Sans Fenrir ni le Seigneur de la Montagne, Ende gardait l’atmosphère d’une ruche qu’on aurait remuée avant de l’abandonner. Les habitants pleuraient leurs proches ou fulminaient contre leur mort, et portaient des armes parce qu’ils estimaient devoir se protéger. La moindre provocation déclenchait des disputes dans les rues, et des incidents survenaient presque tous les jours.
Pourtant, l’ordre avait tenu bon à Ende malgré les combats successifs. C’était en partie grâce aux Obélisques et à la Faction des Bêtes, qui étaient toujours intacts, mais surtout…
« Parce qu’ils ont un ennemi commun. »
Triber, le maire d’Ende, continuait de travailler malgré son air épuisé et vieilli. Vu son âge, il aurait dû se reposer, mais la situation ne le permettait pas. Le maire Triber accordait plus d’importance à la situation qu’à sa santé.
« Tout le monde sait que le duché a tenté de reprendre ces terres quand Ende était au plus mal. Les hommes-bêtes pris en embuscade alors qu’ils secouraient les ensevelis sont consumés par la rage et réclament vengeance. Beaucoup demandent même qu’on tue tous les soldats blessés du Corps du Tigre noir, blessés par le Seigneur de la Montagne, et qu’on renvoie leurs têtes. »
« Vous allez le faire ? »
« Si je suivais mon cœur, oui. »
Mais il était impossible de céder à cette envie : c’était ce que Triber voulait dire. Le maire répondit honnêtement à la régresseuse.
« Ce jour-là, Ende aurait très bien pu disparaître. Le Roi des Loups, le Corps du Tigre noir et le Seigneur de la Montagne. N’importe lequel d’entre eux aurait pu détruire Ende. Si nous avons survécu à une situation aussi insensée, c’est uniquement parce que la chance nous a souri. »
Le maire Triber tourna les yeux vers moi, la régresseuse et Azzy, puis s’inclina profondément.
« Vous avez été, en particulier, cette chance pour nous. Au nom de toutes les oreilles et de toutes les queues d’Ende, permettez-moi de vous remercier. »
« N’en parlons pas. Je ne l’ai pas fait pour recevoir vos remerciements. »
« Je pense comme lui. Au lieu de me remercier, donnez-nous une compensation matérielle. »
« Ouaf, ouaf ! Gratuitement ? »
La régresseuse me lança un regard qui semblait demander si j’avais vraiment l’intention d’accepter.
Pourquoi pas ? Il était normal de vouloir une compensation. La régresseuse, qui passerait de toute façon au cycle suivant, ne tenait peut-être pas tellement à la récompense d’Ende, mais Azzy et moi, c’était différent. C’étaient ces petites récompenses qui nous permettaient de tenir le coup.
« Je ne sais pas si vous serez satisfaits, car je n’ai pas encore décidé des détails, mais… »
Le maire Triber hocha la tête et sortit trois boîtes en bois. Oh, ils avaient préparé des récompenses ? Comme on pouvait s’y attendre d’un maire, il savait y faire avec les gens.
Le maire ouvrit d’abord la boîte ornée d’un ruban. À l’intérieur se trouvait un os étroitement enveloppé de cuir de vache.
« Tenez. C’est modeste, mais voici un os à mâcher pour chien, fabriqué à la main par notre atelier d’artisanat. »
« Ouaf, ouaf, ouaf, ouaf ! »
Azzy s’empara aussitôt de l’os à mâcher, le serra contre sa poitrine et le rongea comme s’il s’agissait d’un trésor. Ce n’était qu’un jouet insignifiant au regard de ce qu’elle avait accompli, mais les sentiments de la personne qui le recevait comptaient plus que sa valeur intrinsèque. Azzy avait l’air plus heureuse que quiconque en mâchouillant sa friandise.
Les deux autres n’étaient quand même pas aussi des os à mâcher ? Ça aurait été plutôt drôle.
Hélas, mes espoirs furent déçus. Quand le maire Triber ouvrit une autre boîte en bois, une légère odeur d’herbes médicinales s’en échappa : elle contenait un élixir brun foncé.
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